Qu'ils mangent de la brioche

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La Brioche, peinte par Jean Siméon Chardin, contemporain de Rousseau.

« Qu'ils mangent de la brioche ! » serait la réponse donnée par « une grande princesse » à qui l'on faisait part du fait que le peuple n'avait plus de pain à manger. Une interprétation assez répandue de la force de ce dicton est que par son ironie involontaire, cette réponse est censée illustrer la distance sociale qui existait entre les classes populaires et la noblesse : la princesse incapable d'imaginer que c'était en raison de leur dénuement que ces gens manquaient de pain, elle les invite à manger de la brioche alors qu'il s'agit d'une viennoiserie encore plus chère que le pain.

Cette phrase, citée sans nommer la princesse, par Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions publiées en 1782, est souvent attribuée à tort à la reine Marie-Antoinette.

« Environné de petites choses volables que je ne regardais même pas, je m'avisai de convoiter un certain petit vin blanc d'Arbois… et l'occasion fit que je m'en accommodai de temps en temps de quelques bouteilles pour boire à mon aise en mon petit particulier. Malheureusement je n'ai jamais pu boire sans manger. Comment faire pour avoir du pain ? Il m'était impossible d'en mettre en réserve. En faire acheter par les laquais, c'était me déceler, et presque insulter le maître de la maison. En acheter moi-même, je n'osai jamais. Un beau monsieur l'épée au côté aller chez un boulanger acheter un morceau de pain, cela se pouvait-il ? Enfin je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain, et qui répondit : Qu'ils mangent de la brioche. J'achetai de la brioche. Encore que de façons pour en venir là ! Sorti seul à ce dessein, je parcourais quelquefois toute la ville, et passais devant trente pâtissiers avant d'entrer chez aucun. »

— Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions[1].

Selon l'historien Paul Johnson, il s'agirait d'une anecdote inventée par Rousseau car on n'en trouve trace nulle part ailleurs dans les écrits de l'époque[2].

En réalité, on trouve un début de réponse dans les mémoires de Mme de Boigne. Le nom de la princesse y est désigné. Il s'agit d'une des filles de Louis XV, Madame Victoire, et contrairement au raccourci de Jean-Jacques Rousseau, l'anecdote de Mme de Boigne enlève tout dédain à la phrase. On ne parle d'ailleurs pas ici de brioche mais de croûte de pâté :

"Madame Victoire avait fort peu d'esprit et une extrême bonté. C'est elle qui disait, les larmes aux yeux, dans un temps de disette où on parlait des souffrances des malheureux manquant de pain : "Mais mon Dieu, s'il pouvaient se résigner à manger de la croûte de pâté !"

Dans d'autres cultures, on retrouve des formules similaires. Ainsi, l'empereur chinois du IIIe siècle Jin Huidi, alors qu'on lui rapportait que son peuple n'avait plus de riz à manger, aurait répondu : « Pourquoi ne mangent-ils donc pas de viande ? »[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Texte du Livre VI (Wikisource).
  2. (en) Paul Johnson, Intellectuals, Harper & Row, 1988, p. 14f. (ISBN 0-06-016050-0).
  3. (en) Mark Israel, « "Let them eat cake!" ».

Mémoires de la comtesse de Boigne, dans la collection le Temps Retrouvé, édition du Mercure de France (1989) tome 1, page 55

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Archer Taylor, « And Marie Antoinette Said… » dans Revista de etnografia 22 (1968) pp. 1-17
  • Véronique Campion-Vincent, Christine Shojaei Kawan, « Marie-Antoinette et son célèbre dire », dans Annales historiques de la Révolution française no 327, 2002. pp. 29-56. [lire en ligne]