Quévaise

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La quévaise (quemaes en moyen breton, kevaez en breton moderne) est une pratique successorale de certaines seigneuries ecclésiastiques de Bretagne, qui avait été mise en place pour faciliter les défrichements, donc la mise en valeur agricole et le peuplement.

Les quévaises dépendant des commanderies des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (La Feuillée, Le Paraclet, Loc'h-Maël (Maël et Loc'h, en Bulat-Pestivien), Runan, Plélo, Le Croisty) étaient éparpillées dans une trentaine de paroisses, les plus nombreuses étant à Pont-Melvez (115 quévaises), Ploumilliau, Ploulec'h et Plouaret (183 quévaises en tout), La Feuillée (83 quévaises), Maël-Carhaix (72 quévaises), Louargat (66 quévaises),.. Ces quévaises étaient regroupées en "membres" dépendant des différentes abbayes (le "membre" du Relec comprenait 194 quévaises situées à Plounéour-Ménez, Commana, Plourin, Plougonven, Le Cloître ; parmi les autres membres : Bégard et Penlan, Manac'hty, Plufur, Outrellé (près de Brasparts), Lanven (près de Morlaix), ..[1].

Le quévaisier ne peut aliéner ou vendre le bien sans la permission du seigneur et alors le droit de mutation est très lourd (du quart à la moitié du prix de vente). Sur les quevaises le champart est élevé (du 1/7° au 1/4 de la récolte). En cas de succession directe c'est l'enfant le plus jeune qui prend le bien (voir juveigneurie), payant à ses frères et sœurs leurs parts d'héritages. Si le quevaisier meurt sans héritiers directs (succession « sans hoirs »), la terre revient au seigneur ecclésiastique propriétaire[2].

Selon les comptes de la frairie de Kerbriand (laquelle comptait 9 quévaisiers) concernant l'année 1756, l'abbé du Relec percevait 28 % du revenu des terres, n'en laissant donc que 72 % aux quévaisiers[1].

Généralement, le quevaisier devait cultiver chaque année au moins la moitié des "terres chaudes" (bonnes terres, fumées et amendées, cultivées principalement en céréales (avoine, orge, seigle, peu de froment), en blé noir, en navets et fèves, etc. afin de ne pas léser le seigneur qui prélevait une partie des récoltes. Les "terres froides", appelées "gaigneries", cultivées épisodiquement, couvertes le plus souvent de lande ou ensemencées en ajoncs, étaient cultivées de temps à autre après écobuage et défrichement à la marre (sorte de bêche), étaient alors ensemencées en seigle et soumises à champart : le prélèvement du seigneur était en moyenne de 3 gerbes sur 20. Le quevaisier versait aussi une petite redevance pour le droit de pâturage et d'occupation des landes et fournissait quelques « gélines » (volailles) au seigneur.

Le cahier de doléances de la paroisse de Pont-Melvez, qui était le siège d'une commanderie, a été conservé[3] ; il contient notamment des plaintes des paroissiens à propos des quevaises : « Nous sommes seuls sous l'usement fatal de quevaise, sous lequel nous gémissons depuis plusieurs années sans jamais avoir pus nous affranchir et nous rendre libres sous l'usement commun de cette province » écrivent-ils.

« Le système très égalitaire de la quévaise a profondément marqué les paysages et les mentalités. Ainsi, on a pu montrer que les zones de quévaise présentaient une nette originalité dans leurs choix politiques avec un vote majoritairement "rouge" comme l'ont montré le sociologue Ronan Le Coadic ou l'ethnologue Patrick Le Guirriec » [dans des communes comme Plourac'h, Bolazec, Lohuec, Scrignac par exemple][4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Gallet, Seigneurs et paysans bretons du Moyen-Âge à la Révolution, Rennes, Ouest-France Université, , 339 p. (ISBN 2-7373-1023-7).
  2. Jeanne Laurent, "Un monde rural en Bretagne au XVe siècle : la quevaise", SEVPEN, 1972
  3. http://www.infobretagne.com/pont-melvez-cahier-doleances.htm
  4. François de Beaulieu, "Les landes, un patrimoine vivant", éditions Locus Solus, 2017, (ISBN 978-2-36833-184-2).

Article connexe[modifier | modifier le code]