Qishan (dynastie Qing)

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Qishan  : 琦善, pinyin: Qí shàn ; mandchou: Cišan [1]; (1790–1854) était un Mandchou de grande famille, haut fonctionnaire de la Dynastie Qing, rendu célèbre par son rôle dans la conclusion de la Première guerre de l'opium (1839 – 1842) et la cession de Hong Kong à la Grande-Bretagne.

Débuts[modifier | modifier le code]

Qishan est né en 1790 dans le clan mandchou des Bordjigin d'où était issu Gengis Khan, de la Bannière jaune uni des Huit Bannières. Pour son premier poste, en 1808, il fut directeur adjoint au ministère de la Justice à la cour de Pékin. Il occupa ensuite diverses hautes positions; il fut gouverneur du Liangjiang (aujourd'hui les provinces de Jiangsu, Jiangxi et Anhui), de 1825 à 1827.

Première guerre de l'Opium[modifier | modifier le code]

Le camp britannique de Toong-Koo, dans l'embouchure de la Rivière des Perles, où Qishan rencontra le négociateur britannique Charles Elliot.

À la suite de l'échec de Lin Zexu dans sa mission d'interdire le commerce de l'opium, et à l'offensive britannique connue sous le nom de Première guerre de l'opium, l'empereur Daoguang nomma Qishan gouverneur du Guangdong et Guangxi en remplacement de Lin et le chargea de négocier un traité de paix avec la Grande-Bretagne. Sans attendre l'approbation explicite de la cour de Pékin, Qishan conclut la Convention de Chuanbi[2] le 20 janvier 1841. Par cette convention, l'île de Hong Kong, que les Britanniques occupaient déjà, leur était cédée « à perpétuité », et la Grande-Bretagne devait recevoir une indemnité de guerre de 6 millions de dollars. Qishan fut désavoué, et condamné à mort, mais la sentence fut commuée en exil.

Suite de sa carrière[modifier | modifier le code]

Après la fin des hostilités, Qishan fut réhabilité dès 1842 et de nouveau affecté à des postes importants. En 1844, il fut envoyé comme ministre résident de la cour de Pékin à Lhassa, pour régler la crise politique provoquée par la conduite du prince-régent Cemolin (Tsemönling Rinpoché) et la mort prématurée des 9e, 10e et 11e Dalaï-lama. Après un épisode violent (le prince-régent emprisonné puis libéré de vive force par des moines de son parti), Qishan obtint que Cemolin se démît et s'exilât[3]. En 1846, il ordonna l'expulsion des missionnaires français Joseph Gabet et Évariste Huc qui venaient d'atteindre Lhassa par la route du nord[4]. Dès le début de la révolte des Taiping en 1851, Qishan participa à la répression. Il fut tué au combat en 1854, au cours de l'offensive des Taipings dans le Jiangsu.

Pour l'universitaire Laurent Deshayes, l'ensemble des commissaires impériaux envoyés au Tibet au XIX siècle n'eurent pas un pouvoir réel à l'exception toutefois de Qishan[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ecrit Keeshen par les Britanniques dans les documents contemporains, Ki-Chan par Évariste Huc en 1846, Ch'i Shan en Wade-Giles.
  2. Du nom du fort où le traité fut signé, près de Bocca Tigris (虎门 Hǔ mén) sur la Rivière des Perles en aval de Canton.
  3. Chen Qingying, Tibetan history, (ISBN 7-5085-0234-5) p. 74 ; témoignage contemporain d'Evariste Huc, Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, t. II, ch VI, [lire en ligne].
  4. Évariste Huc, Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine , t. II, ch VIII, [lire en ligne].
  5. Laurent Deshayes, Les Chinois au Tibet « Ils ne parlaient pas tibétain et leur nomination était pour eux une sorte d'exil pouvant leur permettre de revenir dans les bonnes grâces de Pékin. L'exception est connue des historiens de l'Asie : il s'agit de Qishan qui tenta de vaines négociations avec la Grande-Bretagne lors de la première guerre de l'Opium dont l'aboutissement fut, on le sait, l'ouverture forcée de la Chine au commerce occidental lors du traité de Nankin de 1842. En 1844, il fut envoyé au Tibet autant pour le punir de n'avoir pas su empêcher les manœuvres britanniques, que pour lui offrir une chance de se racheter aux yeux de Pékin. Ce fut Qishan qui ordonna l'expulsion du Tibet des Lazaristes français Huc et Gabet en 1846, dont le voyage en Mongolie et au Tibet reste l'un des plus célèbres. Qishan intervint aussi directement dans les affaires politiques en obtenant du Panchen Lama, l'un des plus importants chefs religieux du haut plateau, qu'il accepte temporairement d'être régent à l'heure ou le Tibet connaissait de sérieux troubles intérieurs. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • édité par Hummel, Arthur William, Eminent Chinese of the Ch'ing Period (1644-1912). 2 vol. Washington: United States Government Printing Office, 1943.
  • John Ouchterlony,  The Chinese war : an account of all the operations of the British forces from the commencement to the Treaty of Nanking, Saunders and Otley, Londres, 1844, [lire en ligne] sur Google Books.
  • Hoe, Susanna; Roebuck; Derek. The Taking of Hong Kong : Charles and Clara Elliot in China Waters. Routledge, London, 1999. (ISBN 0700711457).
  • Tsang, Steve. A Modern History of Hong Kong. I.B. Tauris, 2007. (ISBN 1845114191).
  • Père Huc. Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Thibet, suivis de L'Empire chinois. Omnibus. 2001.