Lean (drogue)

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Une cuillerée du sirop à base de prométhazine et de codéine, montrant sa couleur pourpre caractéristique.

La lean (ou purple drank, syzzurp, codé-sprite, tsikuni, syrup, Texas Tea...) est le nom donné au mélange de sirops à base de codéine et de prométhazine associés à un soda (souvent du Sprite ou Mountain Dew)[1]. La codéine est un opiacé, tandis que la prométhazine est un antihistaminique[2],[3].

Ce mélange est parfois utilisé comme alternative à l'alcool, ou utilisé avec, mais sa consommation est risquée puisqu'elle peut conduire à une dépendance ou à un abus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis d'Amérique[modifier | modifier le code]

Cette boisson, très appréciée dans le milieu du rap américain, serait impliquée dans le décès des américains Pimp C, DJ Screw, ainsi qu'ASAP Yams[4] et plus récemment, celui de Fredo Santana.

La boisson est aujourd'hui considéré comme un problème de santé publique aux États-Unis où la pratique est popularisée depuis les années 1990 par des rappeurs américains comme Lil Wayne ou Ludacris[3],[5].

En 2014, le rappeur Future sort la musique « Codeine Crazy » en référence à la boisson, qui participe avec l'aide de nombreux autres rappeurs, à l'augmentation de la consommation du mélange chez les adolescents[6].

En France[modifier | modifier le code]

En France, depuis 2013 environ, le purple drank est de plus en plus populaire auprès des adolescents[7]. L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies a détecté des « demandes suspectes de délivrance de codéinés, des cas d’abus, voire de dépendance, ainsi que des signalements avec une multiplication de cas à partir de 2015 »[5].

L'ordre national des pharmaciens a mis en garde contre la délivrance de ces médicaments, notamment aux adolescents[8]. Depuis le , suite à un arrêté, les médicaments codéinés sont uniquement vendus par ordonnance[9].

Avant cela, les médicaments à base de codéine étaient en vente libre en pharmacie d'officine en France sous forme de sirops et en comprimés, si la dose ne dépassait pas 30 mg par comprimé[10]. Néanmoins, un pharmacien, par déontologie, peut refuser la délivrance de ces médicaments s'il le juge nécessaire[11].

Consommation[modifier | modifier le code]

Le mélange se prépare comme un cocktail, dans lequel du sirop ou des comprimés codéinés sont dilués par une autre boisson tel que du soda, de l'alcool ou une boisson énergisante. Les consommateurs y ajoutent souvent de la grenadine ou des bonbons, donnant la couleur violette caractéristique de la boisson et la consomme avec un antihistaminique[5]. Ce mélange est parfois consommé avec de l'alcool ou du dextrométhorphane. Il est principalement consommé par un public jeune et inséré : lycéens, étudiants, jeunes actifs[5].

Effets[modifier | modifier le code]

L'article« Codéine » comporte une section détaillée des effets secondaires du médicament.

L'OFDT indique que la boisson provoque une euphorie, « une impression de légèreté, comme de voler » et un sentiment de bien être grâce à la codéine. Néanmoins, les effets indésirables dus à l'opiacé sont nombreux, c'est pourquoi un antihistaminique, comme la prométhazine, est associé au mélange afin de diminuer les démangeaisons et les vomissements. Certaines personnes ne détournent pas seulement la codéine pour ses effets, mais aussi la prométhazine qui à haute dose, peut donner lieu à des hallucinations[12].

Malgré cela, cette drogue peut donner lieu à des troubles selon la sensibilité individuelle[1],[5],[13],[14],[15]

De même que l'association de codéine et de paracétamol, un mélange médicamenteux courant, peut à grande dose être toxique et endommager le foie.

Prévention[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis d'Amérique[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Le lancement d’une pétition par la mère de Pauline, 16 ans, morte le à la suite d’une overdose de médicaments codéinés a provoqué une prise de conscience autour des problèmes que pose ce mélange[16]. Ainsi, la prévention contre ce cocktail a été renforcée par un arrêté le , de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a inscrit les médicaments à base de codéine sur la liste des produits délivrés sur ordonnance[9]. Les pharmaciens sont aussi conviés à la vigilance.

Restriction par arrêté[modifier | modifier le code]

La restriction de l'accès à la codéine a été considéré comme violente par les consommateurs occasionnels ou addicts. En effet, comme huit français sur 10 ont recours à l'automédication, certains se sont mis à utiliser les effets secondaires euphorisants de la codéine pour palier à des problèmes tels que l'anxiété généralisée ou la dépression[17],[18].

La ministre de la santé Agnès Buzyn qui a appliqué cet restriction par un arrêté à application immédiate avait pour objectif d'empêcher l'utilisation récréative d'un mélange à base de codéine par les adolescents. Pourtant, ce sont les plus âgés qui se disent être touchés par la mesure. Aucune mesure d’accompagnement n’a été prise au niveau national. Agnès Buzyn a été interpellée le à l’Assemblée nationale et n’a évoqué que le cas du lean, sans un mot pour les autres cas d’usage de la codéine[18].

C'est pourquoi les spécialistes en addictologie redoutent l’apparition de circuits d’approvisionnement à l’étranger grâce à Internet, voire la prise de substances plus dangereuses. De plus, si les habitués ne cherchent pas un autre moyen d’approvisionnement, ils pourraient se voire confrontés à un sevrage agressif et dangereux[18].

Mortalité[modifier | modifier le code]

Le nombre de morts causé par l'abus d'opiacés et d'opioïdes médicamenteux comme la codéine chaque année est incertain et sous-estimé d'après Nathalie Richard, directrice adjointe du service Médicaments du système nerveux central à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, car « il y a une sous-notification des cas déclarés à l'Agence du médicament »[19].

Néanmoins, il est estimé que des centaines de décès chaque année en France sont liés à un opioïde, soit plus que les décès suite à des overdoses d’héroïne. Dans le monde, « les opioïdes sont responsables chaque année d’environ 70 000 décès par overdose », un nombre en constante augmentation selon des données de l’Organisation mondiale de la santé[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Le lean chez les adolescents… faut il interdire la vente libre de codéine ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  2. « Opiacés, opioïdes et stupéfiants | ASUD », sur www.asud.org (consulté le 4 décembre 2017)
  3. a et b ANSM, « Usage détourné de médicaments antitussifs et antihistaminiques chez les adolescents et les jeunes adultes », Point d'Information, 2016
  4. « Les causes du décès d'ASAP Yams révélées » (consulté le 20 mars 2015)
  5. a, b, c, d et e Rédaction Snapchat-Le Monde, « La codéine, « drogue des ados », en 5 questions », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  6. « Le "Purple Drank", le cocktail codéiné qui fait rage aux États-Unis », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  7. lefigaro.fr, « Ces ados qui transforment le sirop contre la toux en drogue », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  8. « "Purple drank" : ces ados qui se droguent avec du sirop pour la toux », RTL.fr,‎ (lire en ligne)
  9. a et b « Arrêté du 12 juillet 2017 portant modification des exonérations à la réglementation des substances vénéneuses », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le 3 août 2017)
  10. « Risque d'addiction : ordonnance désormais obligatoire pour les médicaments à la codéine », Europe1,‎ (lire en ligne)
  11. « Quand le sirop pour la toux devient une drogue pour les jeunes », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  12. « Fiches OMS d'information à l'usage des prescripteurs - Médicaments utilisés en anesthésie : Prométhazine », sur apps.who.int, (consulté le 6 décembre 2017)
  13. B. A. Sproule, U. E. Busto, G. Somer et M. K. Romach, « Characteristics of dependent and nondependent regular users of codeine », Journal of Clinical Psychopharmacology, vol. 19, no 4,‎ , p. 367–372 (ISSN 0271-0749, PMID 10440466, lire en ligne)
  14. « Le danger des purple drank, ces mélanges explosifs à base de médicaments en vente libre grâce auxquels les ados se font planer », Atlantico.fr,‎ (lire en ligne)
  15. Shih-Chen Kuo, Ya-Chu Lin, Shu-Min Kao et Yea-Huei Kao Yang, « Probable codeine phosphate-induced seizures », The Annals of Pharmacotherapy, vol. 38, no 11,‎ , p. 1848–1851 (ISSN 1060-0280, PMID 15466903, DOI 10.1345/aph.1E189, lire en ligne)
  16. Hélène Assekour et Mattea Battaglia, « Codéine sur ordonnance : dans les pharmacies, un certain « flottement » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  17. « Les Français et l’automédication en premier recours : quelle place pour le professionnel de santé ? », Ipsos,‎ (lire en ligne)
  18. a, b et c Hélène Assekour et Mattea Battaglia, « Codéine : les usagers pris de court par l’arrêté ministériel », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  19. « Les médicaments à la codéine désormais interdits à la vente libre », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  20. Pascale Santi, « Opiacés : En France, des centaines de morts par an », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]