Purisme (linguistique)

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Le purisme, en linguistique, est l'attitude qui consiste à chercher à rendre une langue « pure » en la débarrassant d'éléments considérés comme un appauvrissement du langage et une menace pour son intégrité. Ces éléments rejetés sont le plus souvent :

Les puristes font ainsi une distinction entre un langage « correct » ou « mauvais » : ainsi, il sera jugé que telle personne qui utilise tel terme « parle mal », tandis que telle personne qui en utilise un autre « parle correctement ». Le problème du purisme peut cependant se poser de manière différente selon le statut social des langues :

  • les langues établies comme le français, l'espagnol ou le japonais, sont solides, dynamiques et leurs structures fondamentales ne sont pas réellement menacées par les emprunts et les innovations ;
  • les langues subordonnées ou langues minoritaires, comme le basque, le corse ou les langues kanaks, sont fragilisées par les interférences massives des langues dominantes, qui tendent plus à les remplacer qu'à leur fournir de nouveaux éléments.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • Dans la langue française, un néologisme provenant du latin, du grec ancien ou d'un mélange des deux sera préféré à un emprunt anglais, car les deux premières langues, étant la base du français cultivé, sont jugées « plus pures ».
  • Certaines chroniques donnent les termes « à employer ».
  • Refus de l'emploi de « soi-disant » pour parler d'un objet, puisque la définition donnée par la plupart des dictionnaires comme Larousse ou Le petit Robert est « qui se prétend comme tel » [1].
  • Lors de la réforme de la langue turque, Atatürk fit enlever les mots d'origine arabe ou perse.
  • Les puristes du hindi et du swahili ont voulu rompre avec les mots hérités de la colonisation.

Islandais[modifier | modifier le code]

L'islandais est considéré une des langues les plus pures au monde, le résultat d'une tradition de forger les nouveaux termes techniques, savants, sociaux, commerciaux ou culturels à partir de ses propres racines et formes. Ce mouvement officiel et populaire, qui remonte au XVIII-XIXe siècle et continue aujourd'hui, ciblait d'abord les emprunts danois et plus récemment anglais.

Français Islandais Sens littéral ou éclaircissement
satellite gervitungl lune d'usine
téléphone sími Recyclage d'un mot tombé en désuétude ancien ayant le sens de ficelle, fil.
météorologie veðurfræði Mot composé de temps et savoir.
SIDA eyðni Dérivé du verbe détruire, évoque l'anglais AIDS.
technique, technologie tækni À base du mot tæki (outil), choisi pour sa ressemblance (son et sens) au mot étranger.
ordinateur tölvi prophétesse numérique
brocoli spergilkál asperge + plante du genre brassicacées.

Chinois[modifier | modifier le code]

À cause de son système de syllabes relativement limités, le chinois intègre mal les mots étrangers tels quels. Il y a quelques exemples où les caractères chinois choisis pour traduire un mot importé lui ressemblent quant à leur sens et leur son.

Arabe[modifier | modifier le code]

Pour des raisons culturelles et linguistiques, l'arabe littéraire a un haut niveau d'immunité contre les emprunts. En tant que langue du peuple arabe uni, du Coran, et donc langue de Dieu, la langue arabe jouit d'un grand respect et le courant puriste est largement accepté. Sur le plan linguistique, son système morphologique assez rigide et en même temps sa capacité de créer de nouveaux mots résistent à l'importation de mots étrangers et favorisent la mise en valeur des racines et formes arabes. Ce purisme touche non seulement les termes de tendance, mais tous les domaines (où les langues européennes tendent à emprunter au grec/latin), par exemple le vocabulaire savant (cosmos, atome, transfusion, synchronisation) où les langues de l'Ouest tendent à emprunter au latin ou au grec. L'attitude puriste de l'arabe littéraire se différencie de celle de ses dialectes, très relâchée face aux emprunts.

Français[modifier | modifier le code]

Le français est doté d'un courant assez puriste, soutenu officiellement par les gouvernements français et québécois, épousé par certains Francophones mais ignorés par d'autres. Le résultat est une langue muni d'un nombre de termes natifs relativement élevé par rapport à ses cousines européennes. Ce courant puriste découle du désir de préserver une langue considérée belle par beaucoup, de la vue que la Francophonie doit jouer le rôle de contrepoids face au modèle anglo-saxon, et de la politique gouvernementale d'assurer la compréhension et la transparence de nouveaux termes.

Anglais[modifier | modifier le code]

L'anglais n'a pas une tendance puriste de grande envergure portant sur son vocabulaire, dont une grande partie, d'origine française, s'est bien enracinée après la conquête normande au XIe siècle. En général les questions puristes se limitent à la grammaire, à l'orthographe et à l'étiquette.

Hollandais[modifier | modifier le code]

Malgré ses prouesses morphologiques (soit sa capacité d'élaborer des mots complexe), l'hollandais (ou néerlandais) laisse entrer librement des mots étrangers, jusqu'au cœur de la langue (sorry, baby)

Russe[modifier | modifier le code]

Même si le russe était dans le passé plutôt puriste, au XXIe siècle il a viré au relâchement total, parfois même négligeant de convertir les emprunts en lettres cyrilliques.

Critiques du purisme[modifier | modifier le code]

  • Raymond Queneau, l'un des principaux opposants au purisme en linguistique, souligne l'écart entre le français écrit et le français oral. Ainsi, il cite : « On ne peut plus soigner la France sans lui dire « tire ta langue ». Elle la tire. Moi je la trouve un peu blanchâtre. Ces sacrés Habits verts la soignent, et mal. Il faudrait qu’elle soit un peu plus rose cette langue. Un peu plus rose - au moins. » Dans Bâtons, chiffres et lettres, il propose une réforme radicale de l'orthographe et de la grammaire afin de moderniser le langage[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]site de l'université March Bloch.
  2. RFI-Raymond Queneau, un linguiste révolutionnaire