Purification de la mémoire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La purification de la mémoire est une démarche effectuée dans le cadre de la repentance de l'Église catholique en l'an 2000 afin de :

Cette démarche faisait partie des souhaits du pape Jean-Paul II plusieurs années avant l'an 2000.

Des démarches préliminaires ont eu lieu :

Pour Mgr Claude Dagens, le travail de la mémoire n'est pas fait pour aggraver une culpabilité collective par rapport à des images réductrices de l'Église, mais au contraire pour libérer la conscience sous le regard de Dieu et pour aller de l'avant[1].

Relation avec les Églises d'orient[modifier | modifier le code]

La « purification de la mémoire » a été évoquée par Jean-Paul II lors la visite de courtoisie à S.B. Christodoulos, archevêque d'Athènes, en Grèce, le 4 mai 2000: il s'agit essentiellement d'expurger l'historiographie ecclésiale des biais issus, depuis le Schisme de 1054, des chancelleries papales rejetant la responsabilité de la séparation sur les seules églises orientales, qualifiées de schismatiques tandis que leur doctrine (dite des sept conciles) était qualifiée de dissidente (bien qu'à l'instar du christianisme primitif, elle n'admette ni purgatoire, ni filioque, ni célibat des prêtres, ni indulgences, ni primauté séculière du pape, ni inquisition). Comme l'Église de Rome revendiquait pour elle seule le Patrimonium Petri (l'« héritage de Saint-Pierre », alors que les « Actes de Pierre » sont apocryphes), par contraste les autres églises ont été délégitimées en occident. Forte de ces arguments, la Quatrième croisade a mis à sac Constantinople. Sur de telles bases, toute l'histoire du christianisme et des civilisations a été réécrite durant les siècles suivants, et a formé dans cet esprit des milliers de lettrés occidentaux, qui récusent et occultent complètement l'héritage grec, ne reconnaissent avoir retrouvé les savoirs antiques que par les Arabes[2].

Les Vénitiens, les Génois et les Florentins n'en ont pas moins puisé directement aux sources grecques grâce à des lettrés tels Gemiste Pléthon, Georges de Trébizonde, Démétrius Chalcondylas, Jean Bessarion ou Jean Lascaris. Mais ce transfert de connaissances et d'idées est généralement oublié, jusqu'à Voltaire qui affirmait détester Byzance où il ne voyait ni sciences, ni techniques, ni arts, ni subordination des religions au pouvoir civil, mais seulement une théocratie décadente et malsaine, une théocratie orthodoxe (mot devenu en occident synonyme de "dogmatique"). Dans cette réécriture, le christianisme occidental récuse ses racines orientales, et judaïques pour construire sa légitimité uniquement sur la succession des pontifes de Rome et sur la conversion des rois germaniques, tels Clovis. La « purification de la mémoire » consiste à abandonner cette réecriture de l'histoire du christianisme[3].

Relation entre science et foi[modifier | modifier le code]

La purification de la mémoire a été évoquée pour le Jubilé du monde de la recherche et de la science[4].

Bref rappel historique[modifier | modifier le code]

En 1632 et 1633 eut lieu le procès de Galilée, en raison de la publication du dialogue sur les deux grands systèmes du monde (dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo), ouvrage ouvertement procopernicien, qui enfreignait l'interdit de l'Inquisition sur les ouvrages favorables à l'héliocentrisme (1616). Galilée fut condamné à la prison à vie (voir procès de Galilée) le 22 juin 1633, et sa peine fut immédiatement commuée en assignation à résidence par Urbain VIII.

Au XVIIIe siècle, devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la terre, l'Église reconnut la valeur des travaux de Galilée : le pape Benoît XIV fit donner l'imprimatur aux œuvres de Galilée en 1741, et leva l'Index sur les œuvres ayant trait à l'héliocentrisme en 1757.

La dernière résistance se présenta dans les années 1820 : en 1820, le chanoine Settele s'apprêta à publier des éléments d'optique et d'astronomie. Après un premier refus du père Anfossi, l'auteur interjeta auprès du pape Pie VII qui accorda un avis favorable en 1822.

Après des travaux d'exégèse et d'herméneutique lancés par Léon XIII et Pie XII, les papes modernes ont tous rendu hommage au talent exceptionnel de Galilée.

L'Église reconnaît ses erreurs, et elle considère que l'on ne peut pas vraiment parler de réhabilitation, puisque l'institution qui a condamné Galilée n'existe plus. Les levées d'index de 1741 et 1757 sont implicitement des réhabilitations. [réf. nécessaire]

Pie XII a accueilli la théorie du Big Bang par cette expression : « Fiat lux ! »

Commission d'étude nommée par Jean-Paul II[modifier | modifier le code]

Le 10 novembre 1979 (célébration du centième anniversaire de la naissance d'Albert Einstein), le pape Jean-Paul II exprima le souhait que « des théologiens, des savants et des historiens, animés par un esprit de sincère collaboration, approfondissent l'examen du cas Galilée et, dans une reconnaissance loyale des torts de quelque côté qu'ils viennent, fassent disparaître la défiance que cette affaire oppose encore, dans beaucoup d'esprits, entre science et foi. »

Jean-Paul II a nommé le 3 juillet 1981 une « commission pontificale d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne aux XVIe-XVIIe siècles ».

Le 31 octobre 1992, le pape Jean-Paul II a rendu une nouvelle fois hommage à Galilée lors de son Discours aux participants à la session plénière de l'Académie pontificale des sciences.

Jean-Paul II a clairement reconnu les erreurs de certains théologiens du XVIIe siècle dans l'affaire lors de la mise à l'index des écrits héliocentriques (1616) et lors de la condamnation de Galilée (1633) :

« Ainsi la science nouvelle, avec ses méthodes et la liberté de recherche qu'elle suppose, obligeait les théologiens à s'interroger sur leurs propres critères d'interprétation de l'Écriture. La plupart n'ont pas su le faire.
Paradoxalement, Galilée, croyant sincère, s'est montré plus perspicace sur ce point que ses adversaires théologiens. "Si l'écriture ne peut errer, écrit-il à Benedetto Castelli, certains de ses interprètes et commentateurs le peuvent, et de plusieurs façons". On connaît aussi sa lettre à Christine de Lorraine (1615) qui est comme un petit traité d'herméneutique biblique. »
(extrait du discours de Jean-Paul II à l'Académie pontificale des sciences le 31 octobre 1992)

On notera que le document cité ne fait aucune allusion au fait qu'une abjuration entièrement rédigée par l'inquisition, comme l'indique l'article Galilée cité ci-dessus, a été extorquée à Galilée sous menace de torture du pape, cette abjuration restant d'ailleurs sans pardon, et n'évitant pas à Galilée d'être mis en prison, peine commuée ensuite en assignation à résidence.

Un premier livre du cardinal Poupard sur l'affaire Galilée est paru en 1983.

Un second livre est paru en octobre 2005.

Shoah[modifier | modifier le code]

La purification de la mémoire a été évoquée au sujet de la Shoah. Le pape Jean-Paul II a appelé les chrétiens à prendre conscience de la spécificité de la Shoah[5]

Cet aspect est développé dans les articles :

Repentance et pardon en l'an 2000[modifier | modifier le code]

En mars 2000, l'Église catholique romaine a fait une cérémonie pour reconnaître publiquement les erreurs commises dans l'Histoire[6].

Relations entre catholiques et luthériens[modifier | modifier le code]

En mars 2017, lors d'un colloque historique organisé par le Comité pontifical des sciences historiques à l'occasion du cinquième centenaire de la Réforme luthérienne, le pape François a estimé que le temps était venu d’une « purification de la mémoire » en rappelant qu’en tant que chrétiens, luthériens et catholiques sont « tous appelés à se libérer des préjugés contre la foi que d'autres professent avec un accent et un langage différents, à échanger mutuellement le pardon pour les péchés commis par nos pères, et à invoquer ensemble Dieu pour le don de la réconciliation et de l’unité »[7].

Toujours à l'occasion du cinquième centenaire de la Réforme, la Commission luthéro-catholique romaine sur l'unité a émis un rapport contenant une esquisse historique de la Réforme luthérienne (chapitre III) et de la réaction catholique, et insistant sur cinq impératifs œcuméniques (chapitre VI)[8]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mgr Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile, indifférence religieuse visibilité de l'Église et évangélisation, Bayard / Cerf / Fleurus-Mame, p. 80
  2. Voir Discours de Jean-Paul II à sa S.B. Christopoulos, archevêque d'Athènes et de toute la Grèce.
  3. Gilles Grivaud (éditeur), Le(s) mishellénisme(s), Actes du séminaire tenu à l'École française d'Athènes, 16-18 mars 1998, Athènes, éd. École française d'Athènes (coll. Champs helléniques modernes et contemporains 3), 2001.
  4. Voir Jubilé du monde de la recherche et de la science sur le site du Vatican
  5. On consultera également Commission théologique internationale " Mémoire et repentance " sur le site clerus.org
  6. Commission théologique internationale - Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé (2000)
  7. Colloque historique sur Luther : le Pape espère une « purification de la mémoire »
  8. Du conflit à la communion - Commémoration luthéro-catholique commune de la Réforme en 2017 - Rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La purification de la mémoire. Isabelle Aumont. Parole et silence.
  • Purification de la mémoire. Georges Cottier. Nova et vetera.