Pugiliste des Thermes

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Le pugiliste des Thermes (Inv. 1055)

Le pugiliste ou boxeur des Thermes est une sculpture grecque antique en bronze mesurant 1,20 mètre de hauteur. Elle a été retrouvée dans les thermes de Constantin, à Rome, et est actuellement conservée au palais Massimo alle Terme, branche du Musée national romain.

Découverte[modifier | modifier le code]

La statue est l’un des deux bronzes, l’autre étant le Prince hellénistique non identifié, découverts sur les pentes du Quirinal à un mois l'un de l'autre en 1885, probablement appartenant au contexte des thermes de Constantin. Il semble que les deux statues avaient été soigneusement enterrées dans l'Antiquité. L'archéologue Rodolfo Lanciani, présent lors de la découverte de la sculpture, a écrit :

« Au cours de ma longue carrière dans le domaine actif de l'archéologie, j'ai été témoin de nombreuses découvertes. J'ai connu surprise après surprise j'ai rencontré parfois et de façon inattendue de vrais chefs-d'œuvre, mais je n'ai jamais ressenti une impression aussi extraordinaire que celle créée par la vue de ce magnifique spécimen d'athlète semi-barbare, sortant lentement du sol, comme s'il sortait d'un long repos après ses combats galants. »[1]

Description[modifier | modifier le code]

La sculpture représente un pugiliste assis sur un rocher (imitation moderne de l'original disparu), juste après un combat, qui tourne violemment la tête. Il porte un pagne et des cestes — gants constitués de lanières de cuir épais (ἱμάντες / himántes) enroulées autour des doigts et laissant libre le pouce, avec un crispin bordé de fourrure. Le corps ne porte pas de trace de blessure au bras, mais le visage est marqué par les coups : l'oreille est écrasée (oreille "en feuilles de chou"), le nez cassé et le visage porte des cicatrices.

Visage, avec les incrustations figurant les blessures

Le pugiliste est une œuvre en bronze, mais d'un très grand raffinement technique dans la recherche de polychromie. Si les yeux, qui devaient être incrustés, ont disparu, de nombreuses petites incrustations de cuivre rouge figurent le sang des blessures, sur les doigts et la tête. Le mouvement de la tête fait également voleter des gouttelettes, d'où la présence aussi d'incrustations sur l'avant-bras et la cuisse droits.

Un nettoyage récent a mis en évidence des zones polies sur l'extrémité du pied droit et les gants et les doigts de la main gauche, caressées en signe de vénération et témoignant de la considération dont la statue a joui au cours des siècles[2].

Attribution[modifier | modifier le code]

La statue porte des marques au niveau du gant de la main gauche, un temps interprétées comme la signature « Apollonios, fils de Nestor » — sculpteur grec actif au Ier siècle av. J.-C.[3]. Contestée[4], cette lecture a été infirmée par un examen plus approfondi, qui a montré qu'il s'agissait en réalité de traces de corrosion du bronze. L'un des doigts du pied gauche porte la lettre α, sans doute le poinçon de l'atelier ayant assuré la fonte.

Mains du pugiliste

D'un point de vue stylistique, le Boxeur, avec sa musculature bien marquée et son rendu réaliste des blessures dues à la boxe, semble l'archétype du style hellénistique par sa recherche de naturalisme, voire l'exacerbation des sentiments lisibles tant sur le visage que dans le mouvement de l'homme. Cependant, des considérations techniques et l'influence lysippéenne nette ont poussé des auteurs[5] à voir dans la statue une œuvre du maître lui-même ou de son frère Lysistratos, célèbre pour son ingéniosité technique. À tout le moins, l'épaisseur du bronze interdirait de voir en l'œuvre une réalisation hellénistique ; le travail des parties rapportées et les yeux ajoutés de l'intérieur rattacheraient l'œuvre au IVe siècle av. J.-C.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Lanciani, Ancient Rome in Light of Recent Discoveries (1888:305–306), cité in Sean Hemingway, "The Boxer: an ancient masterpiece comes to the Met", 2013.
  2. Interprétation de Nikolaus Himmelmann, citée par Ridgway, p. 86.
  3. Rhys Carpenter, « Apollonios Nestorios », Memoirs of the American Academy in Rome, no 6, p. 133-136.
  4. Margherita Guarducci, « Apollonio figlio di Nestore Ateniense e la statua del pugilatore seduto », Annuario della Scuola archeologica di Atene e delle Missioni italiane in Oriente nos 37-38, notes 21-22, p. 361-365.
  5. Paolo Moreno dans Herrscher und Athlet, p. 178-180.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway, Hellenistic Sculpture, vol. III : The Styles of ca. 100-31 B.C., Madison, University of Wisconsin Press, (ISBN 0-299-17710-6), p. 84-86.
  • (de) Nikolaus Himmelmann (éd.), Herrscher und Athlet. Die Bronzen vom Quirinal, Olivetti, Milan, 1989.
  • R. R. R. Smith (trad. Anne et Marie Duprat), La Sculpture hellénistique [« Hellenistic Sculpture »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'Univers de l'art », 1996 (édition originale 1991) (ISBN 2-87811-107-9), p. 54-55.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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