Psychologie de la relation d'autorité

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Psychologie de la relation d'autorité est un ouvrage du psycho-sociologue et psychopédagogue français Roger Mucchielli traitant des problèmes liés à la notion d'autorité et les difficultés qu'elle rencontre, et paru aux éditions ESF dans la collection éducation permanente.

Définition du concept[modifier | modifier le code]

Comme l'a écrit Jean Maisonneuve la remise en cause des modèles d'autorité n'est pas spécialement récente mais a pris depuis peu des formes plus radicales de refus de la discipline. Les personnes investies de responsabilités se posent aussi des questions sur leur légitimité à donner des ordres car elle limite de facto la liberté d'autrui. Mais ceux qui contestent l'autorité et réclament le pouvoir, par ce fait même, sont eux-mêmes investis d'une autorité, même si elle peut paraître uniquement morale. Comme si l'on ne pouvait d'une façon ou d'une autre échapper à l'autorité, quelle qu'en soit la forme[1].

Pour dépasser cette contradiction, il faut examiner les différents types d'autorité ainsi que leurs conséquences sur la relation hiérarchique et définir les conditions nécessaires pour passer du 'groupe centré sur le chef' au 'chef centré sur le groupe et sur les objectifs.

La question de l'autorité[modifier | modifier le code]

« L'autorité est un fait de relation » écrit Roger Mucchielli, dans laquelle un leader et des 'suiveurs' qui participent à une œuvre commune, acceptant ce type de rapport social[2]. Il existe plusieurs formes d'autorité selon les individus, le type de leadership utilisé et le niveau de dépendance. L'autorité peut être dévoyée par des autocrates qui recherchent une volonté de puissance, un désir de dominer, qui ont la passion du pouvoir et le poussent parfois à son paroxysme[3].

Lors de la structuration d'un groupe, l'autorité apparaît forcément comme une fonction collective « qui est un pouvoir de régulation et de contrôle des conduites. »

Les variables de la relation d'autorité[modifier | modifier le code]

L'autorité, c'est la reconnaissance que l'homme est un animal social. Même s'il existe quelques groupes auto organisés, la plupart reposent encore sur une hiérarchisation de leur structure. La hiérarchie s'élabore à partir de rituels -l'étiquette pour les royautés, les grades pour l'armée- qui officialisent, cristallisent les relations et sont le pendant des statuts dans les organisations. L'émergence d'un leadership dépend souvent d'une situation qui produit 'un homme providentiel' comme de Gaulle en 1958, conjonction d'un homme en phase avec un événement[4]. Mais le chef est aussi prisonnier de la situation à laquelle il doit son statut, « c'est une personne qui contrôle certains types de situations sociales. Sortez-le de ces situations-types, et il est impuissant. »[5] L'autorité hiérarchique d'un chef qui possède un statut est souvent comparée -sinon opposée- au responsable fonctionnel qui tire son autorité de son rayonnement, de ses aptitudes personnelles[6].

À partir de la théorie des rôles élaborée par Sarbin et Newcomb, il existe deux principes types de leaders, celui centré sur le groupe et celui centré sur la tâche, qui peuvent aussi être déclinés en catégories plus fines[7].

Chef et management[modifier | modifier le code]

Aux fonctions classiques du chef, telles qu'elles se sont dégagées de l'organisation du travail[8] s'est ajoutée la dimension sociale, gestion des rapports de coordination et des objectifs retenus. L'évolution des entreprises et celle du management qu'elle implique s'est faite en phases réactionnelles.

À l'organisation scientifique du travail (OST) visant uniquement la tâche et sa décomposition en unités simples à réaliser, a succédé l'école des 'Relations humaines' centrée sur la gratification des personnes et l'amélioration du climat interpersonnel, censée avoir un impact favorable sur la productivité[9]. Sous l'impulsion de psychosociologues américains, la notion de besoin a été de plus en plus un élément déterminant du management. Mac Gregor a montré que quand les besoins primaires étaient satisfaits[10], d'autres besoins apparaissaient[11] que le management doit à leur tour prendre en charge. Frederick Herzberg retient quant à lui, deux types de besoins : les satisfactions d'ambiance (qualité des relations...) et les valorisants (reconnaissance personnelle, responsabilité...) [12].

Pour éviter une relation d'autorité bilatérale entre chef et subordonnés, Mac Gregor[13] et d'autres enseignants en relations d'entreprise[14],[15] préconisent la Délégation de pouvoirs pour donner plus de responsabilités aux différents échelons de l'entreprise et des relations fonctionnelles librement définies. Selon Michel Crozier, « on ne va pas vers un dépérissement de l'autorité mais vers l'acceptation raisonnée de tous les pouvoirs de fait », vers la reconnaissance des besoins d'autonomie et de responsabilité de tous ceux qui participent à la vie de l'entreprise.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

sur le management
  • Les deux dimensions du management, Blake et Mouton, Les éditions d'organisation, 1972
  • L'acteur et le système, Michel Crozier et Friedberg, éditions d Seuil, 1977
  • Pratique de la direction des entreprises, Peter Drucker, Les éditions d'organisation, 1967
  • Autorité et commandement dans l'entreprise, L. Salleron, éditions Entreprise moderne d'édition, 1960
sur la psychologie
  • Esquisse d'une théorie de l'autorité, F. Bourrieaud, éditions Plon, 1969
  • Traité de psychologie sociale, R. Daval, éditions PUF, 1964
  • Psychologie des fonctions de direction, Harold J. Leavitt, éditions Hommes et techniques, 1964
  • Court traité de psychosociologie des entreprises, A. Le Gall, éditions ESF, 1965

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Chefs et meneurs, Browne et Cohn, éditions PUF, 1963
  2. Pour Hegel, la volonté du groupe se personnalise dans le chef qui perd ainsi le droit de n'agir que par se volonté subjective individuelle
  3. Voir par exemple L. Millet, L'agressivité, éditions Universitaires, 1970
  4. Voir A. Isaieff, Les grands hommes et le milieu social, éditions Marcel Rivière
  5. Voir Es. Bogardus, Commandement et situations sociales, éditions PUF, 1963
  6. Voir Roger Mucchielli, Organigrammes et sociogrammes, éditions ESF
  7. Voir les 4 rôles de leader dans Théorie du management, Paterson, éditions Gauthier-Villars, 1969
  8. Selon Henri Fayol : organiser, informer, animer, former, Administration industrielle et générale, Dunos, 1970
  9. « Après avoir considéré l'exécutant comme une 'main', puis comme un 'cœur', au temps de l'école des 'Relations humaines', on en arrive lentement à le considérer comme une 'tête'. » Michel Crozier, préface au livre de March et Simon Les organisations
  10. À la suite des travaux d'Abraham Maslow sur la pyramide des besoins
  11. Besoins basés sur les conditions de travail puis la considération...
  12. Voir Frédérik Herzberg, Le travail et la nature de l'homme, éditions EME, 1974
  13. Mac Gregor, The human side of enterprise, 1960
  14. Gardner et Davis, La délégation de pouvoir
  15. J. Gerbet, La délégation de pouvoir, éditions Dunod, 1971

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]