Pétrel de Bourbon

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Pseudobulweria aterrima

Pseudobulweria aterrima
Photographie d'un Pétrel de Bourbon posé au sol
Ce jeune Pétrel de Bourbon
trouvé échoué au pied de lampadaires
est relâché en bordure de mer.
Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Procellariiformes
Famille Procellariidae
Genre Pseudobulweria

Nom binominal

Pseudobulweria aterrima
(Bonaparte, 1857)

Statut de conservation UICN

( CR )
CR C2a(ii) :
En danger critique d'extinction

Synonymes

  • Pterodroma aterrima

Le Pétrel de Bourbon (Pseudobulweria aterrima), aussi appelé Pétrel noir de Bourbon, Pétrel de La Réunion ou Fouquet noir, est une espèce d'oiseaux marins de la famille des Procellariidae, dont les populations actuelles sont endémiques de l'île de La Réunion, dans le sud-ouest de l'océan Indien. Autrefois classé dans le genre Pterodroma, il est maintenant intégré au genre Pseudobulweria.

Le Pétrel de Bourbon, parfois appelé "timize"[1] (ou "timise") en créole réunionnais, est associé aux légendes de la Timise, créature fantastique de la région de Grand Bassin.

C'est l'une des quatre espèces de Procellariidae nicheuses de l'île de La Réunion et la plus rare. Elle figure depuis 1994 sur la liste rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme espèce en danger critique d'extinction[2].

Description[modifier | modifier le code]

Le Pétrel de Bourbon est, parmi les Procellariidae, une espèce de taille assez modeste. Le corps atteint une longueur de 33 cm pour une envergure de 88 cm. Comparé aux trois autres espèces de pétrels et puffins nicheurs de La Réunion, il est plus petit que le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui) et que le Puffin du Pacifique (Puffinus pacificus) mais plus grand que le Puffin de Baillon (Puffinus lherminieri bailloni). D'une manière générale sa silhouette est plutôt trapue.

Le plumage est entièrement noir, avec le dessous des ailes légèrement argenté. Le bec, au bout crochu, est également noir. La seule partie claire du corps se situe au niveau des tarses et du tiers arrière des doigts et de la palmure. Dans le nom scientifique de l'espèce, Pseudobulweria aterrima, l'épithète "aterrima" signifie justement en latin « très noir ».

La queue est courte et arrondie.

Le poids moyen varie de 175 à 200 g[3] .

Les mâles et les femelles sont semblables.

Comportement[modifier | modifier le code]

En raison de la rareté et de la discrétion du Pétrel de Bourbon, ses habitudes de vie demeurent en grande partie mystérieuses. Il est d'abord connu par son cri dont trois formes différentes sont connues et décrites :

  • la première ressemblant à des hennissements de cheval qui durent de 4 à 5 secondes, espacés de 13 à 15 secondes,
  • la seconde constituée d'une série de sifflements qui durent également de 4 à 5 secondes, espacés de 13 à 15 secondes,
  • enfin celle évoquant des pleurs d’enfant.

Ces cris, qui sont poussés dans la nuit noire, peuvent surprendre et effrayer. Ils ont entretenu, au village de Grand-Bassin, la légende de la Timise qui frôle les passants en ricanant dans l'obscurité, éteint leurs lumières et emporte les enfants qu'on entend ensuite gémir[4].

Comme la plupart des pétrels et puffins, le Pétrel de Bourbon est un oiseau qui, sur les sites de nidification et pour aller et venir jusqu'à la mer, est effectivement actif uniquement la nuit. Il fait ainsi partie des espèces qui peuvent être leurrées par les éclairages artificiels nocturnes, prenant ceux-ci, selon les hypothèses, pour des proies (des bancs de calmars bioluminescents) ou simplement pour les reflets du ciel à la surface de l'océan. Il s'échoue alors à terre et est ensuite incapable de reprendre son envol.

On suppose que le Pétrel de Bourbon, à l'instar de son proche parent, le Pétrel de Tahiti, niche dans des terriers creusés dans l'humus ou dans des cavités naturelles, dans des zones forestières escarpées. Les indices recueillis par écoute des cris et par collecte de récits anciens semblent confirmer cette présomption. Il nicherait alors à des altitudes sensiblement plus basses que le Pétrel de Barau[5].

En mer, son vol est assez particulier. Par vent léger, c'est un vol zigzaguant régulier sur une trajectoire grossièrement rectiligne qui se maintient près du niveau de la mer, avec de brusques variations d’altitude. Par vent soutenu, c'est un vol rapide et plus direct, avec des variations d’altitude plus progressives et n’excédant pas 5 m au-dessus des flots[6].

Les Pétrels de Bourbon sont présents à La Réunion ainsi qu'en mer, au sud de l'île, d'octobre à fin mars. En dehors de cette période, on ignore totalement les lieux qu'ils fréquentent[6].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Le Pétrel de Bourbon n'est connu comme résident qu'à La Réunion : c'est aujourd'hui une espèce endémique stricte de l'île. Cependant un ossement a été identifié à l'île Rodrigues et un individu a été trouvé en 2003 à l'île Maurice, ce qui permet de supposer que l'oiseau a niché par le passé hors de La Réunion ou qu'il lui arrive de prospecter de nouveaux territoires de nidification[7]. En anglais, il est appelé "Mascarene Petrel" (le Pétrel des Mascareignes).

Les localisations précises des sites de reproduction sont encore à ce jour largements inconnues. Des campagnes d'écoute nocturne du chant des pétrels ont permis d'attester de la présence de Pétrels de Bourbon dans les remparts boisés autour du village de Grand Bassin[7]. Cette découverte a ainsi amené le préfet de La Réunion à prendre en 2006 un arrêté de protection de biotope couvrant ce secteur situé en partie hors du périmètre du Parc national de La Réunion[8],[9]. Fin , la découverte d'un premier nid quelques semaines plus tôt est rendue publique et présentée dans la presse locale comme une découverte scientifique majeure[10].

L'étendue du domaine océanique parcouru par les Pétrels de Bourbon n'est connue que de manière très incomplète.

Phylogénie[modifier | modifier le code]

Des études de distance génétique publiées en 1998[11] ont montré que le Pétrel de Bourbon et le Pétrel de Tahiti (Pseudobulweria rostrata) étaient des parents proches tout en formant deux espèces bien distinctes. Par contre, le Pétrel noir de Bourbon et le Pétrel noir (Pterodroma macroptera), bien qu'ils puissent éventuellement être confondus en observation en mer[12], sont génétiquement nettement plus éloignés[11].

Le nom scientifique de genre Pseudobulweria signifie « faux Bulweria », Bulweria étant un autre genre de pétrels, nommé ainsi en l'honneur du révérend et naturaliste James Bulwer (1794–1879).

Menaces[modifier | modifier le code]

Le braconnage est probablement une cause ancienne de raréfaction du Pétrel de Bourbon. Les animaux tués pour les Muséums par Auguste de Villèle à la fin du XIXe siècle[13] et les témoignages de consommation alimentaire de ces oiseaux au XXe siècle[5] laissent à penser que l'espèce était autrefois plus abondante et plus largement présente dans l'île, notamment dans les Hauts de Saint-Joseph, de Saint-Benoît et dans la ravine Saint-Gilles[6]. Aujourd'hui, pour cet oiseau quasiment introuvable, le braconnage est devenu de fait sans objet.

La menace actuelle la plus évidente est celle causée par la pollution lumineuse. À La Réunion ce sont les Pétrels de Barau et de Bourbon qui y sont les plus sensibles[14]. Malgré l'impact positif des campagnes de sauvetage des oiseaux échoués qui associent l'ensemble de la population réunionnaise[15] et malgré les préconisations en matière d'éclairage public, la situation est encore loin d'être réglée.

Enfin, il faut très probablement craindre une prédation au nid par les rats noirs et par les chats errants, comme cela est avéré pour le Pétrel de Barau. On ne dispose cependant d'aucune donnée réelle concernant le Pétrel de Bourbon.

Statut de conservation[modifier | modifier le code]

La gravure oubliée du Pétrel noir de Bourbon par Jossigny, dessinateur de Commerson.

Le Pétrel noir de Bourbon apparaît pour la première fois sur un dessin réalisé vers 1771 par Jossigny et retrouvé dans les dossiers de Philibert Commerson[16].

L'espèce n'est cependant présentée officiellement pour la première fois qu'en 1856[17] dans une communication de Charles-Lucien Bonaparte (1803-1857) à l'Académie des Sciences. C'est à partir de deux spécimens de musées collectés au début du XIXe siècle que Bonaparte répertorie cette espèce dont la première description formelle spécifique a alors été publiée en 1857[18].

Entre 1890 et 1970, aucune observation de l'espèce n'ayant été rapportée, celle-ci était alors considérée comme éteinte. Puis trois spécimens furent capturés entre 1970 et 1995. Les campagnes menées ensuite par la société d'études ornithologiques de La Réunion pour sauver les diverses espèces d'oiseaux marins nichant sur l'île perdus et tombés à terre à cause des éclairages nocturnes permirent d'en observer plus régulièrement. Une dizaine de Pétrels de Bourbon furent ainsi recueillis et relâchés entre 1996 et 2003[7].

Les effectifs réels du Pétrel noir de Bourbon ne sont pas précisément connus et sont probablement très faibles. La population totale, calculée par extrapolation des observations faites en mer est estimée à 250 couples, mais la marge d'incertitude est très grande (de 45 à 400) et les ornithologues, compte tenu de la rareté des signes de présence à terre, se montrent en général pessimistes ne comptant au mieux que sur quelques dizaines de couples[6]. L'espèce est classée en danger critique d'extinction par l'UICN.

Outre la protection par arrêté de biotope de son habitat terrestre, le Pétrel de Bourbon bénéficie d'une protection légale intégrale par arrêté ministériel du 17 février 1989[19].

Pour la période du 1er juillet 2014 au 31 juillet 2020[20], le Pétrel noir de Bourbon (conjointement avec le Pétrel de Barau) bénéficie du programme européen LIFE 13 BIO/FR/000075, dit “Life+ pétrels[21]”, porté par le Parc national de La Réunion. Ce programme a pour ambition de stopper le déclin de l'espèce et d'assurer durablement la conservation de ses populations.

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. Société d'études ornithologiques de La Réunion : Conservation des espèces - Pétrel noir de Bourbon.
  2. (en) Liste rouge de l'UICN : Pseudobulweria aterrima (critères version 3.1, validation 2009)
  3. Office national de la chasse et de la faune sauvage : Pétrel noir de Bourbon ou Fouquet noir
  4. Murièle Douyere (ill. Annie Decupper), Vivre à Grand-Bassin, Association La Timise de Grand-Bassin, , 95 p. (ISBN 2-9519257-0-0), p. 48-49
  5. a et b Jean-Michel Probst, « Le Fouquet noir ou Pétrel noir de Bourbon Pseudobulweria aterrima », Bulletin Phaethon, La Possession, Nature et Patrimoine, vol. 2,‎ , p. 90-91 (lire en ligne)
  6. a, b, c et d Alain Kon-Sun-Tack, L’avifaune endémique de La Réunion : état des lieux et enjeux, Créteil, École nationale vétérinaire d'Alfort, , 200 p. (lire en ligne), p. 31-42
    thèse pour le doctorat vétérinaire
  7. a, b et c Martin Riethmuller, Thomas Ghestemme, François-Xavier Couzi & Marc Salamolard, SEOR (Société d'études ornithologiques de La Réunion), mission Parc national des Hauts de La Réunion : Compléments de connaissance sur le Pétrel noir (document provisoire), octobre 2003
  8. Préfecture de La Réunion : Arrêté n° 06-4368/SG/DRCTCV enregistré le 8 décembre 2006 portant création d’une zone de protection des biotopes de nidification et de passage du Pétrel Noir de Bourbon
  9. SEOR (Société d'études ornithologiques de La Réunion) : Carte de la zone d'arrêté préfectoral de protection de biotope
  10. « On a trouvé un nid du pétrel noir de Bourbon », Journal de l'île de La Réunion, .
  11. a et b (en) Vincent Bretagnolle, Carole Attié et Éric Pasquet, « Cytochrome-b evidence for validity and phylogenetic relationships of Pseudobulweria and Bulweria (Procellaridae) », The Auk, Albuquerque, The University of New Mexico, vol. 115, no 1,‎ , p. 188-195 (lire en ligne)(en)
  12. Armand Barau, Nicolas Barré et Christian Jouanin (ill. Nicolas Barré), Le grand livre des oiseaux de La Réunion, Paris, Les Éditions du Pacifique pour les Éditions Orphie, , 2e éd. (1re éd. 1996), 208 p. (ISBN 2877632636), p. 88
  13. Société d'études ornithologiques de La Réunion : Fiche oiseau - Pétrel noir de Bourbon
  14. Nelly Minatchy et Marc Salamolard, Mortalité des Pétrels induite par les éclairages publics : Quelles solutions pour le problème de mortalité des pétrels due aux éclairages publics? Document à l’usage des aménageurs éclairagistes et des décideurs, Société d'études ornithologiques de La Réunion, , 25 p. (lire en ligne)
    étude réalisée avec le concours financier de la région Réunion et de l'Union Européenne (FEDER)
  15. Le Quotidien de La Réunion et de l'océan Indien : très rare Pétrel noir, article du 5 janvier 2009
  16. Anthony Cheke Data sources for 18th century French encyclopaedists – what they used and omitted: evidence of data lost and ignored from the Mascarene Islands, Indian Ocean, p.99
  17. Charles-Lucien Bonaparte, « Espèces nouvelles d'oiseaux d'Asie et d'Amérique et tableaux parallèliques des Pélagiens ou Gaviae », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, Paris, Académie des sciences (France), vol. T42,‎ , p. 768 (lire en ligne)
  18. (la) Charles-Lucien Bonaparte, Conspectus generum avium, vol. 2, Leyde, E.J. Brill, 1850-1857 (lire en ligne), p. 191
  19. Journal officiel de la République française du 24 mars 1989 : Arrêté ministériel du 17 février 1989 fixant des mesures de protection des espèces animales représentées dans le département de la Réunion (version consolidée au 14 février 2008)
  20. (en)LIFE13 BIO/FR/000075LIFE+ PETRELS - Halting the decline of endemic Petrels from Reunion Island: demonstration of large-scale innovative conservation actions
  21. Présentation du projet Life+ pétrels

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

  • (en) C. Attié, J.-C. Stahl et V. Bretagnolle, « New data on the endangered Mascarene Petrel Pseudobulweria aterrima: a third twentieth century specimen and distribution », Colonial Waterbirds, 1997.
  • (en)M. Le Corre, T. Ghestemme, M. Salamolard et F.-X. Couzi, « Rescue of the Mascarene Petrel, a critically endangered seabird of Réunion Island, Indian Ocean », The Condor, 2003.