Provoke (magazine)

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En novembre 1968, le premier numéro du magazine japonais Provoke (katakana : プロヴォーク) est publié par les photographes Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi, le poète Takahiko Okada[1] ((jp) 岡田隆彦) et le critique et photographe Kōji Taki[2] ((jp) 多木浩二) [3],[4].

Créer un nouveau langage photographique pouvant dépasser les limites de l'écriture est l'ambitieuse mission annoncée dès le lancement de ce magazine de photographie[4]. Son sous-titre « Matériaux provocants pour la pensée (Shiso no tame no chohatsuteki shiryo) » redouble l'affirmation programmatique de rupture d'avec les poncifs de la photographie d'alors.

Malgré sa courte période de publication, le troisième et dernier numéro est publié en août 1969, cette publication d'avant-garde est considérée comme ayant exercé une influence majeure sur la photographie japonaise [5],[6],[7],[8].

Contexte[modifier | modifier le code]

Provoke est publié au moment même où la vague de protestations portée par le mouvement étudiant (Zengakuren) se transforme en une des émeutes les plus violentes qu'a connues le Japon d'après-guerre [9].

Durant cette période mouvementée, il existe de nombreuses initiatives artistiques : Gutai Art Association, Groupe Ongaku (en), Tokyo Fluxus, Neo Dada, Hi Red Center, Vivo (Shōmei Tōmatsu), (Experiments in Art and Technology).

La même année, une orientation de la photographie japonaise opposée à celle du groupe Provoke est défendue par le groupe nommé « konpora shashin [10] » ou « konpora » (abréviation pour le japonais de contemporary photography). Il milite pour une photographie de la banalité quotidienne et défend la neutralité de point de vue [11],[12],[13],[14],[15]. Les photographes emblématiques sont Suzuki Kiyoshi, Fukase Masahisa et Shigeo Gochō.

Avant cette période, la photographie au Japon est déjà très marquée par de nombreuses personnalités aux styles très différents comme Ken Domon et Shoji Ueda. Le photographe Ōtsuji Kiyoji [16] (membre du Jikken Kobo collectif d'artistes des années 1950, critique, théoricien de la photographie et enseignant [17],[18] à la Kuwasawa Design School) ou les fondateurs de l'agence Vivo : Shōmei Tōmatsu et Eikoh Hosoe, auront une influence directe sur le groupe à l'origine de Provoke.

Les personnalités[modifier | modifier le code]

Takuma Nakahira d'abord rédacteur dans une revue d'art Gendai no me la quitte en 1965 pour se consacrer à la photographie sous l'impulsion de Shōmei Tōmatsu. Très proche de ce dernier depuis 1963[19] il est engagé avec Koji Taki pour l'exposition de juin 1968[20]« One Hundred Years of Photography: A Historical Exhibition of Japanese Photographic Expression »[21]. Durant cette période, il se rapproche de Daidō Moriyama et l'invite à rejoindre Provoke pour le second numéro.

Daidō Moriyama sans être un fondateur intègre le groupe Provoke après avoir publié son premier livre « Japan : a photo theatre ». Il a travaillé auparavant avec Eikoh Hosoe[22]. En 1967, 3 ans après Yutaka Takanashi, la « Japan Photo Critics Association » lui avait décerné le « New Artist Award » [22].

Yutaka Takanashii, quant à lui, rencontre en 1959 le photographe Ōtsuji Kiyoji [16] et suit ses enseignements à la Kuwasawa Design School [17],[18] de 1959 à 1961. Il est membre du Nippon Design Center (agence de publicité de Tokyo) quand il fonde Provoke. En 1964, il obtient le 8e Japan Photo Critics Association Newcomer's Award. En 1967, le grand prix des jeunes artistes photographes de la 5e Biennale de Paris lui est attribué.

Kōji Taki, avant de créer Provoke est connu pour ses textes critiques en architecture et son travail photographique autour de l'œuvre naissante de l'architecte Kazuo Shinohara[23].

Takahiko Okada a publié 2 recueils de poèmes [24],[25] et participé à un 3e[26] avant 1968.

Expositions[modifier | modifier le code]

Des expositions font écho à l'influence de ce magazine devenu légendaire et de l'importance de ce groupe d'artistes photographes pour la photographie japonaise. La création de Provoke est pris comme un repère temporel.

De mars à juin 2007, l'exposition au Getty Center "Art, Anti-Art, Non-Art: Experimentations in the Public Sphere in Postwar Japan, 1950-1970" inclut le groupe d'artiste à l'origine du magazine Provoke[27] au sein des groupes d'artistes du moment. En 2010 le musée d'art de l'université du Michigan (en) reprend cette exposition.

De janvier à février 2012 la Ryerson & Burnham Library intitule son exposition « Rough, Blurred, and Out of Focus: Provoke Magazine and Postwar Japanese Photography » [28].

D'octobre 2014 à février 2015, le Croker Art Museum nomme son exposition « The Provoke Era, japanese photography from the collection of SFMOMA »[29].

L'exposition sur la photographie au Japon des années 1960 à 1970 « Zwischen Protest und Performance - Fotografie in Japan 1960 -1975 » à l'Albertina de Vienne en Autriche du 29 janvier au 8 mai 2016 a pris le magazine Provoke comme point de départ [30],[31].

Une exposition, intitulée Provoke — Entre contestation et performance : la photographie au Japon, 1960-1975, a lieu au Bal, à Paris, de septembre à décembre 2016[32],[33].   

Les numéros[modifier | modifier le code]

Provoke 1[34] Provoke 2[35] Provoke 3[36]
Thème EROS
Manifeste écrit par Taki et Nakahira, signé également par Okada and Takanashi[37] Poème de William Blake : Abstinence sows sand all over
Photographies Yutaka Takanashi, Koji Taki et Takuma Nakahira Yutaka Takanashi, Daido Moriyama, Takuma Nakahira et Koji Taki.

Daidō Moriyama y publie une série de photographies de nus[38]

Yutaka Takanashi, Daido Moriyama[38], Takuma Nakahira et Koji Taki.
Textes Takahiko Okada et Koji Taki Takahiko Okada Takahiko Okada et Yoshimasu Gozo
Format 21 x 20,9 cm 18,0 x 24,3 cm 18,4 x 23,9 cm
Édition Publié par Provoke-sha à Tokyo, (auto-édition) Publié par Provoke-sha à Tokyo, (auto-édition) Publié par Provoke-sha à Tokyo, (auto-édition)
Date 10 mars 1969 10 août 1969
Exemplaire 300 500 1 000
Pages 68 108 112
Couverture souple souple souple

La publication en mars 1970 "First, Throw Out Verisimilitude – Thoughts on photography and language (Mazu tashikarashisa no sekai o suterō – Shashin to gengo no shisō) " est parfois référencée comme les numéros 4 et 5 qui n'existent pas en tant que tels[39]. Les photographies sont de Daido Moriyama, Yutaka Takanashi, Takuma Nakahira and Taki Koji et les textes par Michie Amano, Takehiko Okada, Yutaka Takanashi et Taki Koji. L'éditeur est Tabata Shoten - 348 pages au format : 20,5 x 14,4 cm.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « ISNI 0000000114627187 Okada, Takahiko (1939-1997) », sur isni.org (consulté le 20 avril 2016)
  2. « ISNI 0000000081686059 Kōji Taki (1928-2011) », sur isni.org (consulté le 20 avril 2016)
  3. (en-US) « Yutaka Takanashi – Towards the City (including a short history of the “Provoke” era), Part 2 », sur Japan-Photo.info (consulté le 17 avril 2016)
  4. a et b (en) Parr & Badger, The Photobook: A History Volume 1, Phaidon, , p. 269-271
  5. (en) Anne Tucker, Kōtarō Iizawa et Naoyuki Kinoshita, The History of Japanese Photography, Yale University Press, (ISBN 0300099258, lire en ligne)
  6. (en-US) « An Interview with Ferdinand Brüggemann - 'Issei Suda Master of Japanese Photography" (2011) | #ASX », sur AMERICAN SUBURB X (consulté le 16 avril 2016)
  7. « Dossier de presse - Takanashi » [PDF], sur http://www.henricartierbresson.org,
  8. (en) Gerry Badger, Yutaka Takanashi : Toshi-e (Towards the City), vol. 6, Books on Books, (ISBN 978-1-935004-10-3)
  9. Toyomasa Fuse, « Le radicalisme étudiant au Japon : une « révolution culturelle »? », L Homme et la société, vol. 16,‎ , p. 241–266 (DOI 10.3406/homso.1970.1290, lire en ligne)
  10. https://nihongoichiban.com/2011/05/10/jlpt-vocabulary-%E5%86%99%E7%9C%9F/
  11. (en-US) « What provoked Japan's contemporary photography? | The Japan Times », sur The Japan Times (consulté le 18 avril 2016)
  12. (en-US) « http://aperture.org/blog/new-world-come/ », sur Aperture Foundation NY (consulté le 18 avril 2016)
  13. Yoshiaki Kai, « Distinctiveness versus Universality: Reconsidering New Japanese Photography », The Trans-Asia Photography Review, vol. 3,‎ (ISSN 2158-2025, lire en ligne)
  14. (en) « :: Photography in Japan : Mariko Takeuchi :: », sur v1.zonezero.com (consulté le 18 avril 2016)
  15. (it) Sala, Federica <1988>, « Sentimental Photography Viaggio intorno alla fotografia di Nobuyoshi Araki », sur hdl.handle.net (consulté le 18 avril 2016)
  16. a et b (en) Atsushi Kumagai, « 大辻清司実験室 デジタル補完計画(仮)| Ōtsuji Kiyoji Laboratory Digital Complement Project Beta » [archive du ], sur 大辻清司実験室 デジタル補完計画(仮)| Ōtsuji Kiyoji Laboratory Digital Complement Project Beta (consulté le 16 avril 2016)
  17. a et b (en) « Kiyoji Otsuji Exhibition », sur hpgrp GALLERY NEW YORK (consulté le 16 avril 2016)
  18. a et b (en-US) « Group Exhibition “Postwar Japanese art from the 1950s” | Taka Ishii Gallery / タカ・イシイギャラリー », sur Taka Ishi Gallery (consulté le 16 avril 2016)
  19. (en-US) « TAKUMA NAKAHIRA: "A Portrait of Takuma Nakahira" (2005) | #ASX », sur AMERICAN SUBURB X (consulté le 16 avril 2016)
  20. (en) Leo Rubinfien, Shōmei Tōmatsu, Sandra S. Phillips et John W. Dower, Shomei Tomatsu: Skin of the Nation, Yale University Press, (ISBN 0300106041, lire en ligne)
  21. (en) « Yutaka Takanashi – Towards the City (including a short history of the “Provoke” era), Part 2 », sur japan-photo.info (consulté le 13 avril 2016)
  22. a et b « Daido Moriyama, Daido Tokyo dossier de presse exposition du 6 février au 5 juin 2016 » [PDF], sur http://presse.fondation.cartier.com/,
  23. (en) Katrin Zbinden, « Magazine - Reports - Original texts - werk, bauen + wohnen », sur www.wbw.ch (consulté le 17 avril 2016)
  24. (ja) 隆彦 岡田, われらのちから19: 岡田隆彦詩集, 思潮社,‎ (lire en ligne)
  25. (ja) 隆彦 岡田, 史乃命: 岡田隆彦詩集, 新芸術社,‎ (lire en ligne)
  26. (ja) Masami Horikawa, Yasuo Irizawa, Taeko Tomioka et Takahiko Okada, Horikawa masami irizawa yasuo tomioka taeko okada takahiko yoshimasu gôzô., Shichôsha, (lire en ligne)
  27. (en) Charles Merewether, Rika Iezumi Hiro, Reiko Tomii et Getty Research Institute, Art, Anti-art, Non-art: Experimentations in the Public Sphere in Postwar Japan, 1950-1970, Getty Publications, (ISBN 9780892368662, lire en ligne)
  28. (en) « Rough, Blurred, and Out of Focus: Provoke Magazine and Postwar Japanese Photography | The Art Institute of Chicago », sur www.artic.edu (consulté le 12 avril 2016)
  29. (en) « Crocker Art Museum - the-provoke-era », sur crockerartmuseum.org (consulté le 12 avril 2016)
  30. (de) « Zwischen Protest und Performance - Fotografie in Japan 1960 -1975 » (consulté le 12 avril 2016)
  31. (de) (Kurator) Walter Moser spricht über seine Ausstellung PROVOKE - 29 Jänner - 8. Mai 2016. Provoke. Zwischen Protest und Performance. Autriche : Albertina Museum. Consulté le .
  32. « Provoke — Entre contestation et performance : la photographie au Japon, 1960-1975 », sur le-bal.fr (consulté le 29 septembre 2016)
  33. Frédérique Chapuis, « Et la photo devint Provoke », Télérama, no 3481,‎ , p. 6 - 7 (ISSN 0040-2699, lire en ligne)
  34. (en) « Yutaka Takanashi, Koji Taki, Takuma Nakahira, PROVOKE 1 – Provocative Materials for Thought, 1968 », sur www.achtung.photography (consulté le 13 avril 2016)
  35. (en) « Takuma Nakahira, Daido Moriyama, Koji Taki, Yutaka Takanashi, PROVOKE 2 – Provocative Materials for Thought, 1969 », sur www.achtung.photography (consulté le 13 avril 2016)
  36. (en) « Yutaka Takanashi, Koji Taki, Daido Moriyama, Takuma Nakahira, PROVOKE 3 – Provocative Materials for Thought, 1969 », sur www.achtung.photography (consulté le 13 avril 2016)
  37. (en-GB) « Provoke Journal: Provocative Claims & Seductive Aims | ARTUNER », sur ARTUNER | Curated Contemporary Art for Sale (consulté le 17 avril 2016)
  38. a et b « Biographie Daidō Moriyama » (consulté le 12 avril 2016)
  39. (en) « First, Throw Out Verisimilitude – Thoughts on photography and language (Mazu tashikarashisa no sekai o suterō – Shashin to gengo no shisō) まずたしからしさの世界をすてろ―写真と言語の思想 (Provoke 1-5), 1970 », sur http://www.achtung.photography/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(en) Charles Merewether et Rika Iezumi Hiro, Art, Anti-Art, Non-Art: Experimentations in the Public Sphere in Postwar Japan, J. Paul Getty Museum, , 160 p. (ISBN 978-0-89236-866-2)

(en) Doryun Chong, Michio Hayashi, Mika Yoshitake et Miryam Sas, Tokyo, 1955-1970: A New Avant-garde, the Museum of Modern Art, , 216 p. (ISBN 9780870708343, lire en ligne)

(en) Diane Dufour et Matthew Witkovsky, Provoke : Between Protest and Performance, Göttingen, Steidl Verlag, , 680 p. (ISBN 978-3-95829-100-3, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Histoire de la photographie au Japon