Provinces-Unies

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République des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas
(nl) Republiek der Zeven Verenigde Nederlanden
(la) Belgica Foederata / Belgium Foederatum

15811795

Drapeau
Drapeau des États (Staatsche vlag), drapeau officiel des Provinces-Unies : rouge, blanc, bleu
Blason
Armoiries (après 1665)
Description de cette image, également commentée ci-après
Provinces et dépendances.
Informations générales
Statut République
Capitale La Haye
Langue Néerlandais, frison
Religion Principe de la liberté de culte : calvinisme, arminianisme, mennonisme, catholicisme, judaïsme et autres.
Monnaie Rixdale et florin néerlandais
Histoire et événements
Acte de La Haye
Proclamation de la République batave

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Provinces-Unies est le nom usuel donné à la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, formée par la sécession en 1581 des sept provinces septentrionales des Pays-Bas espagnols (en néerlandais : Republiek der Zeven Verenigde Nederlanden[1]).

De 1581 (proclamation d'indépendance du ) à 1795 (création de la République batave), ces sept provinces sont réunies en un État fédéral dirigé par « Leurs Hautes Puissances Messeigneurs les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas »[2] (en néerlandais, Haar Hoog Mogende de Heeren Staaten Generaal der Vereenigde Nederlanden).

D'autres dénominations ont été utilisées : république des Provinces-Unies des Pays-Bas[3] (Republiek der Verenigde Nederlanden[4], en latin : Belgica Foederata ou Belgium Foederatum), ou Pays-Bas septentrionaux, Pays-Bas du Nord, par opposition aux Pays-Bas méridionaux, les provinces restées sous la domination espagnole à la fin de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

En France, dans l'usage populaire, les Provinces-Unies étaient désignées par le nom de la province la plus connue, la Hollande : ainsi dans la chanson Le Prisonnier de Hollande, qui date du XVIIe siècle.

La sécession des sept provinces[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas espagnols[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1581, les Pays-Bas espagnols sont constitués de principautés féodales, duchés, comtés et autres seigneuries, qui par mariage, conquête ou achat, se sont trouvés aux mains de la maison de Habsbourg, notamment de l'empereur Charles Quint puis de son fils, Philippe II. Leur territoire était à peu près constitué par les Dix-Sept Provinces couvertes par la Pragmatique Sanction de Charles Quint (1549).

Causes de la sécession[modifier | modifier le code]

En 1568, plusieurs provinces se révoltent sous la direction de Guillaume le Taciturne contre le gouverneur lieutenant du roi résidant à Bruxelles, Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, en raison de ses efforts de modernisation et de centralisation des structures, de sa politique absolutiste, des exécutions capitales d'opposants et des impôts jugés excessifs, ainsi que de la persécution des protestants. Les habitants des sept provinces sécessionnistes ont en effet majoritairement opté, dès le début de la révolte, pour le principe de la liberté de culte à l'encontre de la politique ultra-catholique et de l'intolérance de Philippe II d'Espagne. De plus, le calvinisme et l'arminianisme avaient un rôle prépondérant dans les villes en tant que religions de la classe dominante des régents.

C'est le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Le conflit avec le roi d'Espagne de 1568 à 1581[modifier | modifier le code]

Principales étapes de la révolte :

En 1579, les sept provinces septentrionales signent l'union d'Utrecht, par laquelle elles s'engagent à se soutenir mutuellement contre l'armée espagnole. L'union d'Utrecht est suivie, en 1581, par l'acte de La Haye, proclamant l'indépendance des Provinces-Unies.

La guerre d'indépendance (1581-1609)[modifier | modifier le code]

Le roi d'Espagne accordant la paix aux sept Provinces-Unies des Pays-Bas [trêve de 1609] par Theodoor van Thulden (1650, musée des Beaux-Arts de Quimper).

C'est la période la plus tourmentée de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Une médiation du roi de France Henri IV permet la conclusion de la trêve de douze ans () entre le roi Philippe III d'Espagne et les Provinces-Unies.

L'indépendance des Provinces-Unies est reconnue formellement par la monarchie espagnole en 1648, lors du traité de Westphalie, dont le but principal est de mettre fin à la Guerre de Trente Ans.

Territoire et dépendances des Provinces-Unies[modifier | modifier le code]

Les sept provinces[modifier | modifier le code]

Dépendances[modifier | modifier le code]

Le Pays de Drenthe[modifier | modifier le code]

Le pays de Drenthe (Landschap Drenthe) était administré par une assemblée d'État mais n'était pas représenté aux États généraux.

Les Pays de la Généralité[modifier | modifier le code]

Les pays de la Généralité n'avaient pas d'assemblée d'État et étaient administrés par les États généraux.

Ils étaient divisés en quatre districts :

Les colonies et établissements d'outre-mer[modifier | modifier le code]

La création et l'exploitation des comptoirs et colonies fut confiée par les régents à deux sociétés par actions, la GWC et la VOC, véritables États dans l'État.

Les corps expéditionnaires dépêchés par la VOC ne parviendront toutefois jamais à s'emparer du comptoir de Macao.

Les Provinces-Unies aux XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Famille hollandaise, par Pieter de Hooch, 1662.

Le XVIIe siècle est considéré comme le siècle d'or des Provinces-Unies : le pays est alors à la tête d'un puissant empire colonial et commercial. Les villes attirent les entrepreneurs et les ouvriers de toute l'Europe. La réputation de tolérance et de liberté fait des Provinces-Unies un foyer intellectuel et culturel de premier ordre.

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

La puissance de la république des Provinces-Unies durera pendant deux siècles. Au XVIIe siècle, les Provinces-Unies font plusieurs guerres à l'Angleterre, qui leur dispute la supériorité navale et commerciale dans la mer du Nord.

Les Provinces-Unies participent à toutes les guerres contre Louis XIV ; celui-ci les menace en effet par ses ambitions sur les Pays-Bas espagnols. C'est notamment le cas à Noordpeene, lors de la bataille de la Peene, le  : le roi de France envoie son frère, Philippe d'Orléans, assiéger Saint-Omer, seule ville d'Artois encore dans les Pays-Bas espagnols ; la coalition anti-française dirigée par les Provinces-Unies (avec Guillaume III d'Orange lui-même à la tête des troupes) est défaite ; Saint-Omer est prise par les Français. Le traité de Nimègue conclut cette défaite hollandaise.

Institutions[modifier | modifier le code]

Les institutions des Provinces-Unies sont héritées de la période des troubles ; la fiction politique en est la réunion de sept provinces qui se sont séparées de leur souverain et ont décidé de laisser vacante sa place. On trouve donc un système de république fédérale. Contrairement aux républiques italiennes comme Venise ou Gênes, les Provinces-Unies ne connaissent en effet pas de pouvoir central fort avec un chef formel de l'État ou un territoire unifié.

Pouvoir central[modifier | modifier le code]

C'est au niveau central que cette fiction est le plus nettement sensible : toute tentative de centralisation est perçue comme une ingérence dans les prérogatives des Provinces, un outrage contre leurs privilèges et un rappel de la monarchie.

De fait, la seule institution centrale conçue comme telle est l'assemblée des États généraux des Provinces-Unies (Staten generaal). Il ne s'agit même pas à proprement parler d'une institution autonome dans la mesure où elle se compose uniquement de délégués des assemblées des États provinciaux. Ils ont néanmoins un rôle de délibération important dans les affaires qui concernent l'ensemble des Provinces (commerce, religion, etc.) et administrent les pays de la Généralité et les territoires non constitués en Provinces. Pour l’essentiel, la fiscalité repose sur les impôts indirects.

De façon informelle, néanmoins, les magistrats de la province de Hollande ont des fonctions que l'on pourrait qualifier de centrales. Le poids économique et politique de cette province est tel que rien ne peut se décider sans son accord. C'est en outre sur son territoire que se réunissent les institutions centrales.

Pouvoirs provinciaux[modifier | modifier le code]

Le pouvoir effectif, dans la république des Provinces-Unies, réside en fait au niveau des provinces. Chaque province dispose d'un appareil d'État relativement simple à trois pôles :

  • les États provinciaux , l'assemblée délibérative, qui administre le pays à la manière d'un conseil de régence en l'absence du souverain déchu ;
  • le pensionnaire, secrétaire et président du comité permanent des États. Il est le chef civil de la province. Celui de Hollande a une prééminence de fait et les puissances étrangères le considèrent comme le seul interlocuteur valable parmi ses collègues. La diplomatie lui a donc donné le titre parfaitement informel de grand-pensionnaire ;
  • le stathouder, héritier du gouverneur et capitaine général de la période monarchique. Il est le chef militaire de la province, et dirige la diplomatie. Comme pour le pensionnaire, celui de Hollande est le plus important ; il est généralement aussi stathouder de Zélande et d'Utrecht. Les stathouders se recrutent exclusivement dans la maison d'Orange-Nassau et ses branches cadettes.

Évolutions institutionnelles[modifier | modifier le code]

Le grand débat institutionnel au sein des Provinces-Unies a été l'équilibre entre les fonctions civiles, représentées par les États et les pensionnaires, et le pouvoir militaire des Stathouders. Leurs fonctions rappelaient en effet à bien des égards celles d'un monarque, avant tout chef de guerre.

Plusieurs partis se forment, les partis orangistes, calvinistes et libéraux cohabitent tant bien que mal. On hésite entre une monarchie de type britannique (alternative soutenue par les orangistes et calvinistes) et une république (alternative soutenue par les libéraux). Un statu quo perdure jusqu'en 1650, année de l'élection de Johan de Witt. Soutenu par Cromwell, il prononce le bannissement des Orange-Nassau, suspectés par l'Angleterre républicaine de soutenir les Stuarts en exil et par la Hollande de vouloir rétablir la monarchie dans les Pays-Bas. Le stathoudérat est donc suspendu en Hollande et en Zélande; certaines provinces, en revanche, maintiennent le leur. On profite pendant 20 ans d'une liberté quasiment complète, appréciée notamment par le philosophe Spinoza.

Les catastrophes militaires de la guerre de Hollande, en 1672 précipitent de Witt dans la disgrâce : il est rendu responsable des victoires françaises. Le sentiment d'une punition divine des années de licence est puissant. De Witt est finalement désavoué puis lynché, tandis que les Orange-Nassau sont rappelés au pouvoir. Après une seconde oligarchie, le stathoudérat est finalement réformé en 1747. Il devient une fonction unique et héréditaire, commune à l'ensemble des provinces. Ce second stathoudérat perdura jusqu'à l'invasion française de 1795 et l'instauration d'une république batave.

Les municipalités elles-mêmes se sont invitées dans le débat, concurrençant les institutions provinciales en se fondant sur la puissance de leurs élites marchandes et nobiliaires, ainsi que leurs nombreux privilèges hérités du Moyen Âge.

Population et économie[modifier | modifier le code]

Vermeer, Vue de Delft.

Le succès économique des Provinces-Unies ne s'explique pas par ses atouts naturels : elles constituent un petit territoire, assez peu peuplé par rapport à la France. Le territoire s'est constitué progressivement par conquête de terres nouvelles sur la mer du Nord. Une grande partie du pays est constitué de polders de très faible altitude. Les Provinces-Unies doivent être protégées des tempêtes par des digues qui n'empêchent pas toujours les inondations. Cependant, le pays est bien situé entre la mer du Nord et la Manche. Il profite de la voie fluviale et commerciale du Rhin.

La population des Provinces-Unies s'élève à environ deux millions et demi d'habitants au milieu du XVIIe siècle. Elles reçoivent une forte immigration venue d'Allemagne et de Scandinavie. Les Juifs ibériques et les huguenots y trouvent refuge au XVIIe siècle.

L'agriculture est très productive pour l’époque : les cultures maraîchères se déploient autour des villes et utilisent une grande quantité d’engrais. Les cultures industrielles et spéculatives sont développées (chanvre, colza, houblon, teinture, tabac, lin, etc). Les villes font venir du blé des rives de la Baltique. La pêche au hareng, à la morue et à la baleine est également un secteur dynamique. Mais surtout, les Provinces-Unies s'enrichissent à l'époque moderne grâce au commerce maritime. Elles dominent le commerce en mer Baltique et s'insèrent dans les réseaux méditerranéens. La prospérité économique et financière du pays repose aussi sur le grand commerce maritime.

Carte diachronique de l'empire colonial des Provinces-Unies.

Pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans, les Provinces-Unies ont construit une marine de guerre qui pouvait menacer l'Espagne dans ses propres ports et jusqu'en Amérique. La flotte marchande de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) et de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (GWC) reprend le commerce international des Espagnols. Les Provinces-Unies se constituent un empire colonial en Asie (Insulinde, Ceylan, Malaisie) et en Amérique (Nouvelle-Néerlande, Suriname). La flotte hollandaise fréquente les ports japonais et menace les possessions ibériques d'Amérique du Sud.

Le commerce des Provinces-Unies décline au cours du XVIIIe siècle. On constate une chute des importations de bois balte (deux tiers en 1720, un cinquième en 1740), de vin du Rhin (96 % en 1710, 40 % en 1750), de hareng de la Baltique (60 % en 1700, 15 % en 1740). La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales perd ses positions en Inde et en Chine. La production de papier diminue , elle passe de 150 000 rames en 1730 à 80 000 en 1750. Le nombre de manufactures de tabac d’Amsterdam passe de trente en 1720 à huit en 1751. Les constructions navales s’effondrent durant le siècle. Leyde produit 139 000 pièces de tissu en 1671, 54 000 en 1750, 29 000 en 1795. La population stagne à deux millions d’habitants et se paupérise. Les coûts salariaux trop élevés, l’essor commercial et industriel des puissances européennes comme la Grande-Bretagne et la France sont à l’origine de ce déclin[5].

Ce déclin a toutefois était remis en cause par l'historiographie récente. L'historien Thierry Allain, dans son étude sur la ville néerlandaise de Enkhuizen, relativise ce présupposé déclin et parle plutôt d'un déclassement[6]. Autrement dit, l'économie néerlandaise aurait stagné contrairement à la France ou l'Angleterre qui ont vu croître leur économie de façon rapide. Dépassés par leurs rivaux, les néerlandais n'en restent pas moins actifs, notamment dans le commerce avec l'Atlantique. Ce commerce avec l'Atlantique fut sous-estimé et oublié par les historiens à cause de son caractère souterrain. Wim Klooster a démontré l'importance du commerce dit « illicite » des Néerlandais, celui-ci pouvant représenter jusqu'à la moitié des importations de la très riche Compagnie des Indes néerlandaises[7]. Dans sa thèse[a], Wim Klooster montre que les îles des Caraïbes comme Saint-Eustache servent de plateforme pour les Néerlandais afin d'embarquer des produits espagnols, français et anglais qui, normalement, ne devraient être pris que par les navires de leurs propres nations. Les récentes études sur la neutralité démontrent également la vitalité persistante du commerce néerlandais lors des guerres franco-britanniques. La France, écrasée par le poids de la marine britannique en période de guerre, ne réussit plus à commercer. Les navires néerlandais prennent alors le relais, profitant de leur statut neutre pour effectuer à leur place le commerce des Français. Le déclin néerlandais est donc à relativiser.

Dans les Provinces-Unies, des thalers ont été frappés de 1659 à 1802 à l'imitation du patagon des Pays-Bas espagnols. Le nom officiel était ducat d'argent. Le ducat d'argent avait à l'avers les armoiries au lion néerlandaises, et au revers un homme debout en armure.

Culture[modifier | modifier le code]

Rembrandt, La Ronde de nuit.

Les Provinces-Unies ont été un foyer culturel de premier ordre aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cette république tolérante accueillait alors toutes les religions et favorisait les libertés individuelles. Elle donne à la philosophie l'un de ses plus grands philosophes : Baruch Spinoza (1632-1677). Les philosophes français René Descartes et Pierre Bayle y ont travaillé et publié longtemps. Montesquieu admirait ce modèle politique et fit publier ses Lettres persanes à Amsterdam en 1721.

Le pays dispose de centres d'édition et d'imprimerie (à Amsterdam et à Rotterdam), d'universités brillantes (surtout l'université de Leyde, fondée en 1575). Le XVIIe siècle voit s'épanouir une peinture hollandaise renommée et représentée par Jan Vermeer (1632-1675), Rembrandt (1606-1669) et Frans Hals (1580-1666). La bourgeoisie d'affaires, les armateurs et les échevins passent des commandes auprès de ces artistes et se font construire des hôtels particuliers dans les villes.

Arts[modifier | modifier le code]

Les arts picturaux dans le royaume des Provinces-Unies ne se développent qu’à partir du XVe siècle. Les fragments de peintures, de sculptures et autres documents dénombrant d’autres arts semblent montrer une infériorité des artistes sur les Écoles allemandes, notamment de Cologne et Françaises. Cependant, les miniaturistes hollandais de cette époque semble jouir d’un certain prestige puisque nombreuses de leurs œuvres se retrouvent dans des manuscrits commandés par des princes et nobles français. Jean Van Eych, fondateur de l’école de Bruges et inventeur de la peinture à l’huile réside plusieurs années à la Haye et formera sans doute de nombreux élèves[8],[9].


Au XVe siècle, on peut citer les artistes hollandais Thierry Bouts né à Haarlem, Jacques Kornelissen Van Oostzanen et Jean Mestaert, coloristes reconnus et précurseurs du naturalisme pictural dans les œuvres hollandaises datant d’avant la Renaissance. Peu d’œuvre d’eux survécurent jusqu’à nous. Le plus célèbre élève de cette école fut Lucas de Leyde, élève de Cornelis Engelbrechtsen, où nombreuses gravures et dessins subsistèrent, démontrant l’attrait pour les scènes de vie domestique.

Dès le renouveau de la peinture dans les Provinces-Unies, on peut noter cette spécificité à peindre les scènes de vie courante.

Cependant, Jean Schoreel ramène de son périple d’Italie l’influence de la Renaissance Italienne. On conserve de lui au musée communal d'Utrecht un beau portrait d'Adrien IV, et, au musée archiépiscopal de la même ville, la Vierge et l'Enfant Jésus, imitation de celle de Raphaël. Schoreel fût le chef de file pour les provinces-unies de cette inspiration italienne, formant après lui beaucoup d’élèves dont les plus distingués sont Maerten Van Haemsherk et Antoine Moor, qui préfigura la tradition forte des portraitistes en Hollande. Otto Venius devient l’un des maîtres de Rubens, élève lui-même de Frederico Zucchero. On peut citer encore Abraham Bloemaert, Cornelis de Haarlem et Pierre Lastmann, ce dernier futur maître de Rembrandt.


L’oppression espagnole durant le XVIe siècle mis à mal l’activité artistique en Hollande, amenant une fuite des peintres hollandais vers l’Italie. La sécession des provinces du Nord sous la direction de Guillaume le Taciturne, puis la guerre d’indépendance débutée en 1581 et terminé en 1648 après la dernière Guerre de Trente-Ans, apporte aux nouvelles Provinces-Unies une légitimité et une reconnaissance au niveau européen, amenant un âge d’or. L’art hollandais prit alors après la guerre un essor formidable, appelée l’âge d’or de la peinture hollandaise. Malgré la fuite des artistes, la peinture de guerre, représentant les scènes de batailles historiques ou au contraire les actions quotidiennes sous cette sécession, prolifère.


Au XVIIe siècle, les provinces du Nord cohabitent avec celles du Sud, toujours Espagnoles. L’opposition Nord/Sud sera caractéristique de ce siècle dit de l’âge d’or hollandais, qui sera  également celui de Rubens. Le sud continue l’art d’inspiration italienne, notamment grâce à Rubens qui glorifie l’ancienne puissance déchue et l’ancienne foi du royaume. L’art présent au Nord est plutôt celui des écoles de Harleem, de La Haye, de Leyde, de Delft, d’Amsterdam. Les tableaux historiques sont remplacés par de nombreux portraits, et les sujets religieux sont dépouillés de l’idéalisme et du mystique, conformément à la religion protestante.

La peinture hollandaise produit les tableaux dits de régents et de société de tir. L’innovation majeure est de réalisé des portraits de groupe, par exemple en réunissant les régents de sociétés d’utilités publiques, des compagnies de gardes civiques. Le Banquet de gardes civiques (1533, Corneille Teunissen) . Les grands portraitistes de cette époques sont Michel Van Mierevelt de Delft, Pierre Van Miervelt, Paul Moeelse, Jan Van Ravesteyn, Vroom, Adrien Van Der Venne de Delft. Gérard Van Houthorst atteint une certaine célébrité en réalisant des reproductions d’objets simples, vulgaires ou repoussant. Il peint également des scènes nocturnes et inaugure des contrastes de lumières.

Frans Hals le Vieux fonde une école à Haarlem renommée.

Autoportrait de Rembrandt


Rembrandt Harmensz Van Ryn marquera ce siècle, en devenant un artiste reconnu très rapidement. Il est l’un des principaux peintres ayant glorifié le clair-obscur. À sa succescion, une multitude d’élèves formés au réalisme et au maniement du clair-obscur. On retrouve Gerbrand Van Den Eeckout, Govaert Flinck, Ferdinand Bol.

Portrait d'un enfant, par Ferdinand Bol (1656).

En dehors de l’influence de Rembrandt, Barthélémy van der Helst est le favori portraitiste de la classe bourgeoise de l’époque, habitant Amsterdam. Le Banquet de la garde civique (1648).

Jean Steen peindra les intérieurs et sera reconnu pour cela et pour sa retranscription des cabarets, des manèges, des noces. Il fût nommé « Molière de la peintre ».

Paysage avec paysans au repos, par Abraham Blomaert.


Entre tous, les peintres flamands virent portés la peinture de paysage dans ce qu’on peut considérer pour l’époque, à son apogée. Jean Wynats et son élève Adrien van de Velde peignent des sites vallonées, sablonneux, marécageux entrecoupés et entremêlés d’arbres, de vies sauvages et de cours d’eau. Le miroitement du soleil sur les miroirs d’eau, les villages entourés d’arbres, les ciels d’orages, les champs, les moulins ou encore les vastes pleins deviennent les portraits favoris de ces peintres du XVIIe siècle. La peinture d’animaux, avec Paul Potter, connaît là aussi, une reconnaissance des contemporains.

La seconde moitié du XVIIe siècle voit une augmentions dans les productions picturales de natures mortes, mais avec une particularité hollandaise : une couleure claire et puissante. Le peintre Guillaume Kalff réussit cette association entre l’inerte et les couleurs vives, vivantes.

Nature morte avec Fleurs, par Cornelis de Heem (ca. 1660)
Paysage avec une famille, par Adriaan Van de Velde (ca. 1665)


Beaucoup de paysagistes se tournèrent dans le dernier quart du siècle, vers la Marine. On peut citer par exemple, Guillaume Van de Velde le Vieux apprenant son art en naviguant tel un matelot, apprenant au passage les gréements, les navires, les manœuvres, lui permettant plus tard d’apparaître pour ses dessins maritimes à la cour de Londres, félicité et remercié largement par Charles II et Jacques II. Son fils, Guillaume le Jeune consacrera aussi une bonne partie de sa vie à reproduire les grandes marines de son pays, avant de parti lui aussi pour l’Angleterre en 1677.


Le XVIIIe siècle marque un certain déclin pour l’art hollandais dans la peinture. Le classicisme réapparaît en force dans toute l’Europe. Gérard de Lairesse né Liégeois s’établit rapidement en Hollande, pour conquérir les faveurs des petits bourgeois, remettant au goût du jour la mythologie dans les arts. Les derniers peintres à s’inspirer des anciennes écoles typiquement hollandaises, sont Jean-Maurice Quinckhard et Cornelis Troost, sans atteindre la renommé de leur prédécesseur.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Publiée en 1998.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mot à mot : république des Sept Pays-Bas Unis ; toutefois, l'expression usuelle en français était république des Provinces-Unies ou Provinces-Unies, cf. p. ex. François Michel Janiçon, État présent de la république des Provinces-Unies, et des païs qui en dépendent, La Haye, J. van Duren, 1755.
  2. J. Louys Runckel, Mémoire de Monsieur Runckel, secrétaire d'État de Leurs Hautes Puissances Messeigneurs les États généraux des provinces unies des Pais-Bas, 1707.
  3. Dérival de Gomicourt, Lettres hollandoises, ou Correspondance politique, sur l'état présent de l'Europe, notamment de la république des sept Provinces-Unies, 1779.
  4. (nl) J.D.J., Historie van den jegenwoordig geëindigden oorlog in Vlaanderen en Braband, Amsterdam, 1749, p. 549 : "van de vier Ministers Plenipotentiarissen van de Republiek der Verenigde Nederlanden".
  5. Carlo M. Cipolla, The Economic Decline of Empires, Taylor & Francis, (présentation en ligne).
  6. Allain 2015
  7. (en) Wim Klooster, Illicit Riches, Dutch trade in the caribean, .
  8. « L'histoire de la peinture : la peinture aux Pays-Bas. », sur www.cosmovisions.com (consulté le 4 décembre 2020)
  9. « La peinture hollandaise au XVIIe siècle », sur www.histoire-pour-tous.fr (consulté le 4 décembre 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Allain, Andreas Nijenhuis-Bescher, Romain Thomas, Les Provinces-Unies à l’époque moderne. De la Révolte à la République batave, Paris, Armand Colin, « U », 2019.
  • Denis Diderot, Voyage en Hollande, La Découverte, , 169 p. (ISBN 978-2-7071-1279-8).
  • (nl-BE) Denis Diderot, introd. et notes d'Yves Benot, Over Holland : een journalistieke reis 1773-1774, Amsterdam, Antwerpen, Contact, .
  • Jean Jennet, Histoire de la république des Provinces-Unies des Païs-Bas, depuis son établissement jusques à la mort de Guillaume III, roi de la Grande-Bretagne, La Haye, Chez G. de Voys, 1704.
  • Aubry du Mouriez, Mémoires pour servir à l'histoire de la république des Provinces-Unies et des Pays-Bas; contenant les vies des Princes d'Orange, de Barneveld, d'Aersens et de Grotius, avec des notes par Amelot de la Houssaye, Londres, Aux dépens de la Compagnie, 1754.
  • François Michel Janiçon, État présent de la république des Provinces-Unies, et des païs qui en dependent, La Haye, chez J. van Duren, 1755.
  • Dérival de Gomicourt, Lettres hollandoises, ou Correspondance politique, sur l'état présent de l'Europe, notamment de la république des sept Provinces-Unies, Amsterdam, 1779-1781.
  • Abraham de Wicquefort, Histoire des Provinces-Unies des Païs-Bas, depuis le parfait établissement de cet état par la paix de Munster. Publiée au nom de la Société d'histoire à Utrecht, Amsterdam, F. Muller, 1861-74.
  • Thierry Allain, Enkhuizen au XVIIIe siècle : Le déclin d'une ville maritime hollandaise, Villeneuve-d'Ascq, presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et Civilisations », , 346 p. (ISBN 978-2-7574-0852-0, présentation en ligne)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]