Guerre civile syrienne

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Guerre civile syrienne
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Carte de la guerre civile syrienne
Situation actuelle[1]


La guerre civile syrienne ou révolution syrienne est un conflit armé en cours ayant lieu en Syrie. Elle débute en 2011, dans le contexte du Printemps arabe, par des manifestations contre le régime syrien baasiste dirigé par le président Bachar el-Assad. Ces manifestations en faveur de la démocratie, majoritairement pacifiques et touchant tout le pays, sont réprimées brutalement par le régime. Peu à peu, le mouvement de contestation se transforme en une rébellion armée.

De nombreux belligérants participent au conflit. Parmi les multiples groupes insurgés, l'Armée syrienne libre est le premier mouvement à mener la rébellion, mais il est supplanté en 2013 par des brigades islamistes sunnites, telles que Ahrar al-Sham ou Jaysh al-Islam. Les mouvements rebelles sont soutenus par les pays du Golfe et l'Occident, et en particulier par l'Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar et les États-Unis. Le régime syrien bénéficie quant à lui des renforts du Hezbollah et de brigades islamistes chiites irakiennes et étrangères, ainsi que du soutien militaire de l'Iran et de la Russie et diplomatique de la Chine. À ces forces s'ajoutent les Kurdes des YPG qui combattent pour l'autodétermination du Rojava et les salafistes djihadistes, représentés principalement par le Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda alliée de la rébellion, et par l'État islamique, qui à partir de 2014 entre en guerre contre tous les autres belligérants et devient la cible d'une campagne de frappes aériennes effectuées par une coalition menée par les États-Unis.

En se prolongeant dans le temps, le conflit syrien est devenu à la fois guerre civile, guerre énergétique, guerre par procuration et aussi guerre sainte. De mars 2011 à février 2016, le conflit a fait de 260 000 à 470 000 morts d'après les estimations de diverses ONG et de l'ONU. De nombreux massacres, crimes de guerre et crimes contre l'humanité ont été commis, principalement par le régime syrien et l'État islamique. Le camp loyaliste est responsable de la majorité des victimes civiles de la guerre, souvent par le fait de bombardements aériens. Entre 100 000 et 200 000 personnes ont disparu dans les prisons du régime, au moins 12 000 y ont été torturées à mort. Des armes chimiques ont également été employées. La moitié de la population syrienne a été déplacée pendant le conflit et entre cinq et six millions de Syriens ont fui le pays, soit le quart de la population.

Sommaire

Contexte[modifier | modifier le code]

Gouvernement el-Assad[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Parti Baas syrien, Hafez el-Assad et Bachar el-Assad.
Le président syrien Bachar el-Assad.

En 1946, la Syrie devient une république indépendante, mais la phase démocratique prend fin en mars 1949 avec un coup d'état soutenu par la CIA et suivi de deux autres la même année[45],[46]. Ces événements portent au pouvoir le général Chichakli, qui établit un régime parlementaire avant d'imposer son pouvoir personnel par un nouveau coup d'état en novembre 1951[47].

En février 1954, à l'issue d'un soulèvement populaire, le pouvoir est rendu aux civils. De 1958 à 1961, lors du rapprochement avec l'Égypte et de l'avénement de la République arabe unie, le régime parlementaire syrien est brièvement remplacé par un régime présidentiel extrêmement centralisé[48].

Après la rupture avec l'Égypte en 1961, la branche syrienne du Parti Baas (laïque nationaliste et socialiste) accède au pouvoir, en mars 1963, à la suite d'un coup d'état. En février 1966, un putsch renverse Michel Aflak et Salah Eddine Bitar, les dirigeants historiques du Parti[49] et le général Hafez el-Assad, alors ministre de la Défense, s'empare du pouvoir en novembre 1970 au terme d'une « révolution correctrice » qui le porte au poste de Premier ministre. En mars 1971, Assad se proclame Président (il le restera jusqu'à sa mort en 2000). Le Parti Baas s'installe comme l'autorité politique de référence dans un système de parti unique. Les Syriens ne peuvent qu'approuver leur Président par référendum. Jusqu'à la mise en place, en 2012, d'un système contrôlé par le régime, ils ne sont pas invités à choisir entre plusieurs partis pour élire le corps législatif[50].

Succédant à son père au décès de ce dernier, Bachar el-Assad — et son épouse Asma el-Assad (une sunnite née et élevée en Grande-Bretagne) — inspirent des espoirs de réforme démocratique[51]. De juillet 2000 à août 2001, des débats sociaux et politiques animent une nouvelle phase qualifiée de « printemps de Damas »[52].

Pendant cette période, se développent en Syrie de nombreux forums politiques et des lieux de réunion privés où les citoyens débattent de questions politiques et sociales et d'où émergent des activistes comme Riad Seïf, Haitham al-Maleh, Kamal al-Labwani, Riad al-Turk et Aref Dalila[53]. Tandis que les hypothèses réformistes issues du Parlement et les promesses de changement de Bachar el-Assad restent largement lettre morte[54], le printemps de Damas prend fin en août 2001 avec l'arrestation et l'emprisonnement de dix des principaux leaders après leur appel à la désobéissance civile et à des élections démocratiques[55].

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte générale de la Syrie.
Carte des Gouvernorats de la Syrie (liste des provinces), avec le plateau du Golan (en vert, au sud-ouest), et les pays frontaliers.

L’essentiel du territoire syrien est constitué par un vaste plateau calcaire surmonté de quelques reliefs anciens et traversé au nord-est par l'Euphrate. Le pays est bordé au nord par la Turquie, à l'est par l'Irak et au sud par la Jordanie, Israël et le Liban. Le pays possède une façade maritime ouvrant sur la Méditerranée. La majorité de la population syrienne réside dans les villes et les principales agglomérations sont situées sur la bande côtière (Tartus, Banias, Lattaquié, Jableh), dans l'ouest (Alep, Homs, Hama) et le sud du pays (Damas, Deraa). À cette géographie physique se superpose une géographie humaine (ruraux/urbains) et une géographie ethno-religieuse (sunnites, chiites, alaouites, druzes, chrétiens, kurdes), qui rendaient déjà difficile toute représentation exacte de la situation avant la guerre civile. Le développement du conflit a compliqué la tâche des cartographes, au point que la représentation des opérations et des zones d'influence fait désormais partie d'une véritable « guerre des cartes » participant à la propagande et à la désinformation[56].

Cette configuration a conditionné la dynamique du conflit : la contestation a débuté dans les zones urbaines où étaient concentrés des griefs d'ordre économique et ethno-religieux contre le pouvoir en place. La répression s'est abattue sur les localités considérées comme rebelles, où le conflit a fait apparaître les fractures économiques, ethniques et religieuses entre centre, banlieue, périphérie et quartiers « informels ». Le conflit s'est ainsi installé au cœur des villes, où les combattants ont fait assaut de férocité pour assiéger et réduire leurs adversaires, quartier par quartier, et où les populations civiles ont payé un très lourd tribut aux violences.

Alors que certaines représentations laissent entendre que les rebelles contrôlent la majorité du pays et que les forces gouvernementales seraient acculées dans un « réduit alaouite », d’après Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), « [en octobre 2013] la contre-insurrection contrôle 50 à 60 % de la population, l’insurrection arabe sunnite 15 à 20 %, les milices kurdes 5 à 10 % ». Environ 20 % de la population serait en zone contestée. Dans les zones insurgées et contestées, le nombre d’habitants a diminué depuis le début du conflit, en raison de l'exode des populations, alors qu'il augmentait dans la zone gouvernementale où viennent s'abriter les réfugiés[56].

Selon Balanche, la représentation des fronts, des armées, des territoires occupés, est plus complexe dans une guerre civile que dans une guerre conventionnelle. La superposition des territoires tenus par l’insurrection et la contre-insurrection avec celle de la répartition ethnico-confessionnelle de la population fait apparaître la dimension communautaire du conflit. « À l’échelle de l’agglomération d’Alep, superposer la carte des combats à celle des quartiers informels d’une part, peuplés essentiellement de migrants ruraux, et, de l’autre, de ceux qu’habitent les citadins d’origine met en évidence une autre dimension du conflit : l’opposition ville-campagne »[56].

Mettant en garde contre une lecture acritique des cartes présentées par les médias et par les partie prenantes, Fabrice Balanche dénonce les « idéologues dans les rangs de l’insurrection [qui] ne s’arrêtent pas à de tels « détails » et croient pouvoir manipuler les représentations cartographiques du conflit au prétexte que les données statistiques seraient inexistantes ou peu fiables. Leur démarche rappelle celle du régime syrien qui a négligé les fondamentaux de l’espace et n’a pas prêté attention aux déséquilibres territoriaux croissants, jusqu’à se trouver confronté à cette insurrection. Néanmoins, à force de tordre les données spatiales à leur guise et de promettre depuis deux ans et demi la chute imminente de Bachar Al-Assad, l’opposition syrienne et ses soutiens médiatiques en arrivent à saper leur propre crédibilité[56].

Démographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnies et religions en Syrie.

Composition ethno-religieuse de la Syrie. Estimations de 2012[57].

Il n'existe pas de recensement officiel des confessions en Syrie et les estimations varient en fonction des sources. Un article français de 1955 dresse le portrait confessionnel et ethnique de la Syrie au seuil de son indépendance[58]. Un rapport d'un groupe interparlementaire du Sénat français datant de 2007[59] fait état de la répartition suivante :

Selon d'autres chiffres publiés en 2012[60], c'est-à-dire avant le grand exode des chrétiens, la répartition serait la suivante :

  • Arabes sunnites 72,8 %
  • Kurdes sunnites 8,3 %
  • Arabes alaouites 10,2 %
  • Arabes druzes 1,8 %
  • Arabes chiites ismaéliens 0,9 %
  • Arabes chiites duodécimains 0,4 %,
  • Tcherkesses sunnites 0,3 %
  • Turkmènes - Turcomans sunnites 0,6 %.
  • Kurdophones yézidis 0,1 %
  • Chrétiens 4,6 %.

Les chrétiens se répartiraient ainsi :

  • Arabes de religion grecque orthodoxe : 526 000
  • Arabes de religion grecque catholique: 121 000
  • Arméniens apostoliques : 121 000
  • Jacobites 89 000
  • Maronites 29 000
  • Arméniens catholiques 26 000
  • Protestants 21 000
  • Nestoriens 20 000
  • Syriaques catholiques 18 000
  • Chaldéens catholiques 14 000
  • Catholiques latins 9 000

Du point de vue religieux, la famille Assad est issue de la minorité alaouite, une branche du chiisme qui engloberait 10% de la population syrienne[61]. Ses adeptes occupent de nombreux postes dans les services de sécurité syriens[62], ce qui génère du ressentiment chez les Sunnites[63] qui représentent plus de 60% de la population syrienne. Maher el-Assad le frère cadet d'Assad commande la 4e Division blindée, un corps d'élite de l'armée syrienne. Jusqu'à sa disparition dans l'attentat du 18 juillet 2012, Assef Chaoukat, son beau-frère, était vice-ministre de la Défense.

Les Kurdes de Syrie ont également protesté contre les discriminations ethniques et la négation de leur identité culturelle et de leur langue[64], [65].

Aspects socio-économiques[modifier | modifier le code]

Le mécontentement contre le régime est plus grand dans les zones les plus pauvres du pays, parmi les Sunnites conservateurs et dans les localités ayant un taux de pauvreté élevé, comme Deraa et Homs, ainsi que dans les zones rurales touchées par la sécheresse de 2001, et les quartiers les plus déshérités des grandes villes[66]. Les inégalités ont eu tendance à s'accroître après la mise en place, dans les dernières années du règne de Hafez el-Assad, de politiques favorisant le libre marché et avec leur développement après l'arrivée au pouvoir de son fils. Ces politiques, orientées vers le tertiaire, ont profité à une minorité de la population ayant des liens avec le gouvernement et aux membres des communautés sunnites marchandes de Damas et d'Alep. Dès 2011, la Syrie traverse une phase de dégradation du niveau de vie et de forte augmentation du prix des produits de base[67]. Le pays fait également face à un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes[68].

D'après certains chercheurs et le département de la Défense des États-Unis, la sécheresse qui a frappé la Syrie entre 2006 et 2010, associée à une mauvaise gestion par les pouvoirs publics, a contribué à faire éclater la révolte[69],[70].

Droits humains[modifier | modifier le code]

La situation des droits humains en Syrie a été, de longue date, durement critiquée par les organisations internationales[71]. Le pays a été en état d'urgence de 1963 à 2011, interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes et conférant aux forces de sécurité des pouvoirs étendus en matière d'arrestation et de détention[72].

Sur ce plan, les tentatives de démocratisation de Bachar el-Assad se sont soldées par un échec. Un rapport de l'organisation Human Rights Watch datant de 2010 conclut qu'en dépit d'améliorations mineures, il a échoué à faire évoluer significativement la situation des droits humains en Syrie depuis son arrivée au pouvoir[73]

À l'exception du Parti Baas, toutes les autres formations politiques ont été interdites, faisant de la Syrie un pays à parti unique sans élections démocratiques[74].

La liberté d'expression, d'association et de réunion étaient étroitement surveillées avant le soulèvement et les autorités harcelaient les défenseurs des droits de l'homme ainsi que les personnalités critiques vis-à-vis du régime et les détenaient, souvent sans procès, dans des conditions inhumaines et en ayant recours à la torture[75].

Les femmes et les minorités ont subi des discriminations dans le secteur public. Des milliers de Kurdes syriens se sont vu refuser la nationalité en 1962, et leurs descendants continuent à être considérés comme « étrangers »[76]. Depuis 2004, des émeutes récurrentes ont exacerbé les tensions dans les zones kurdes du pays. La situation a entrainé des heurts réguliers entre les manifestants kurdes et les forces de l'ordre[77],[78].

Printemps arabe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Printemps arabe.

En décembre 2010, des manifestations de masse contre le gouvernement en place se déroulent en Tunisie, puis s'étendent au monde arabe jusqu'à la Syrie. En février 2011, des révolutions ont lieu en Tunisie et en Égypte, tandis que la Libye sombre dans la guerre civile. La plupart des pays arabes traversent une phase d'agitation et certains tentent de calmer la colère populaire en acceptant des concessions et en procédant à des aménagements politiques.

Alors que le printemps arabe s'étend en 2011 à tout le monde arabe, le gouvernement syrien prend des mesures de prévention et de répression, assorties de tentatives d'apaisement. Plusieurs appels à manifester sont lancés à partir du 4 février[79], mais les services de renseignements et les moukhabarat répriment ces manifestations. La Syrie garde en mémoire la révolte de Hama lancée par les Frères musulmans en 1982 et réprimée sans réaction internationale par Hafez el-Assad (2 000 à 40 000 morts, en majorité des civils)[80],[81],[82].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Illustration des principales factions prenant part à la guerre civile syrienne, ainsi que leurs affiliations

Positions ethno-religieuses[modifier | modifier le code]

Carte montrant la répartition ethno-religieuse de la Syrie avant la guerre civile. En cas de repli militaire, chacun de ces groupes pourrait choisir de se replier sur son foyer géographique d'origine.

Le conflit syrien est fréquemment présenté, notamment par les soutiens du gouvernement, comme de nature confessionnelle, les sunnites étant alors considérés comme les responsables d'un conflit par lequel ils chercheraient à s'approprier le pouvoir contre la grande minorité dirigeante alaouite notamment. En dépit de réelles persécutions religieuses ponctuelles, notamment contre les Alaouites perçus comme les persécuteurs, le caractère religieux de ce conflit est vraisemblablement minoritaire face à une véritable rébellion contre un pouvoir oppressant et corrompu, dans la foulée du printemps arabe[réf. nécessaire].

Les principaux courants chiites en Syrie sont par ordre croissant les Ismaélites (1,3 %), les Druzes (1,9 %) et surtout les Alaouites (12 à 14 %) majoritaires le long de la côte ouest du pays. Les Alaouites sont régulièrement victimes d'actes de vengeance dans ce conflit, du fait de leur présence et domination à la tête de l’État depuis 1970. La création d'un mini-État alaouite est régulièrement évoquée, dans l'hypothèse d'une victoire des rebelles. Mais près d'un million d'Alaouites ne vivent plus dans leur région d'origine.

Le 22 avril 2011, à la suite de la mort de 25 nouvelles personnes à Deraa et Damas, le mufti de Deraa démissionne.

Les Kurdes de Syrie (8,5 à 11 %) ne constituent pas une confession en soi, mais sont majoritairement sunnites. Regroupée au nord-est du pays sur la frontière turque, ainsi que dans la province d'Alep, le Jazirah et la banlieue de Damas, cette population au fort sentiment communautaire met à profit l’affaiblissement de l'armée syrienne en juillet 2012 pour investir plusieurs villes du Nord du pays[83], soutenue par l'espoir, entretenu par le PKK, de la création d'un Kurdistan indépendant.

La part des chrétiens dans la population totale a fortement baissé au cours des dernières décennies, cette population émigrant beaucoup et ayant un taux de natalité faible. Le 15 décembre 2011, les patriarches d'Antioche, chefs spirituels des chrétiens, lancent un appel à la paix et à un arrêt des sanctions internationales contre la Syrie[84]. Les chrétiens sont très inquiets des manifestations du vendredi et ont en mémoire leurs coreligionnaires irakiens qu'ils ont accueillis après les massacres, les quartiers mixtes seraient désertés de 80 % de leurs habitants chrétiens, notamment en décembre pour célébrer Noël[85].

Camp pro-gouvernemental[modifier | modifier le code]

Régime el-Assad[modifier | modifier le code]

La position du gouvernement vis-à-vis de la révolte armée est d'incriminer des « groupes armés antigouvernementaux » ou des « islamistes armés ». Après le massacre de Houla, le gouvernement accuse ainsi principalement des islamistes armés. Des « ingérences extérieures » occidentales et des infiltrations d'armes commanditées par des pays adverses, dont le Qatar et l'Arabie saoudite sunnites, sont également régulièrement évoquées. Ainsi, dans une allocution télévisée du [86], le président syrien Bachar el-Assad affirme que l'État syrien fait « face à une véritable guerre menée de l'étranger », il précise que leur but est d’« étouffer la résistance » à Israël[87].

Manifestation de soutien à Bachar al-Assad le 20 juin 2011

Le 3 juin 2014, après plus de trois années de guerre civile, le gouvernement de Bachar el-Assad, fort des reconquêtes militaires enregistrées au premier trimestre avec l'aide du Hezbollah, organise des élections présidentielles qualifiées de « farce » par les Syriens en exil et par les opposants de l'intérieur. Outre le président en exercice, qui se présente pour un troisième mandat (les deux premiers entérinés par des plébiscites référendaires), deux autres candidats, Maher Al-Hajar et Hassan Al-Nourri se présentent au suffrage de 5 ou 6 millions citoyens en situation de voter (sur une population de 15 millions d'électeurs, avec 3 millions de réfugiés et 6 millions de déplacés). Le scrutin serait ainsi, selon un diplomate français cité par Le Monde, « le prolongement politique de l'offensive militaire en cours, une manière de fermer la porte à tout plan de paix, une fuite en avant dans la bunkerisation du régime et la sanctuarisation de la Syrie utile. »[88]. À l'issue des élections, où aucun parti islamiste ni membre de l'opposition n'a le droit de se présenter, Bachar el-Assad est reconduit pour un troisième mandat avec 88,7 % des suffrages exprimés. La participation aurait atteint 73,4 %, selon la Cour constitutionnelle et 11,6 millions de personnes auraient participé au scrutin. Selon le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid el-Mouallem, « face au complot, le peuple a choisi de reconduire ses dirigeants pour rétablir la sécurité, lutter contre le terrorisme et reconstruire le pays ». Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, qualifie l'élection d'« illégitime », tandis que le Secrétaire d'État américain, John Kerry, parle de « non-élection »[89].

Défections dans le camp loyaliste[modifier | modifier le code]

Début juillet 2012, le général Manaf Tlass, intime de Bachar el-Assad tombé en disgrâce et fils de l'ancien ministre de la défense de Hafez el-Assad, fait défection[90] et se présente à la troisième réunion des Amis du peuple syrien qui se tient à Paris. Le 11 juillet 2012, l'ambassadeur de Syrie en Irak Naouaf Fares fait également défection[91]. 18 généraux et de nombreux officiers et soldats de l'armée syrienne ont abandonné le gouvernement et se sont réfugiés en Turquie avec leurs familles[92].

Lundi 6 août 2012, le premier ministre d'origine sunnite Riad Hijab fait défection deux mois après sa nomination pour rejoindre l'opposition[93] au Qatar, tandis que la télévision d’État annonce son limogeage. Mi-août 2012, une dizaine de diplomates syriens à l'étranger ont officiellement rejoint la contestation[94]: Bassam Al Imadi (ancien ambassadeur en Suède), Nawwaf Al Cheykh Fares (ambassadeur en Irak), Lamia Hariri (chargée d’affaires à Chypre), Abdel-Latif Al Dabbagh (ambassadeur aux Émirats arabes unis), Mohammed Tahsin Al Faqir (attaché de sécurité près l’ambassade à Oman), Farouq Taha (ambassadeur en Biélorussie), Mohammed Housam Hafez (conseiller et consul en Arménie), Khaled Al Ayyoubi (chargé d’affaires au Royaume-Uni), Khaled Al Saleh (chargé d’affaires au Nigeria), Dani Ba’aj (deuxième secrétaire à la représentation permanente auprès de l’ONU à Genève).

L'Armée arabe syrienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées syriennes.
Des soldats de l'armée syrienne à Alep en 2012.
Insigne de la Garde républicaine.

Avant le soulèvement, les troupes régulières de l'armée syrienne comptaient environ 325 000 hommes, dont 220 000 dans l'armée de terre et le reste réparti entre la marine, l'armée de l'air et la défense aérienne. À ces effectifs venaient s'ajouter 280 000 à 300 000 réservistes.

Dès le mois de juin 2011, des défections sont signalées. En juillet 2012, l'Observatoire syrien des droits de l'homme estimait que des dizaines de milliers de soldats avaient déserté. Selon des experts occidentaux, ces défections, bien que dommageables pour le moral, n'avaient pas altéré la force de frappe de l'armée syrienne, la plupart des déserteurs étant issus de la communauté sunnite, dont les membres n'ont jamais occupé de poste de responsabilité dans le dispositif.

En mars 2013, selon l'International Institute for Strategic Studies de Londres, l'effectif régulier de l'armée de terre syrienne était tombé à 110 000, en raison des défections, des désertions et des victimes. Le gouvernement ne peut alors réellement compter que sur les contingents alaouites : les Forces spéciales, la Garde républicaine et deux divisions d'élite (3e et 4e divisions), soit 50 000 hommes au total[95]. De son côté, The Institute for the Study of War estime dans un rapport publié le , que les forces de l'armée syrienne sont passées de 325 000 hommes au début du conflit à 150 000 hommes au début de l'année 2015[96].

Les Forces de défense nationale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces de défense nationale.

Formées initialement sous le nom de « Jaysh al-Shabi », à la fin de l'année 2012 par la fusion de plusieurs miliciens, les Forces de défense nationale (FDN) sont des milices pro-gouvernementales qui reçoivent équipements et salaires du gouvernement[97],[98] et rassemblent environ 100 000 hommes[99],[100]. Elles sont formées et organisées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique[101]. La plupart de ces miliciens sont Alaouites, mais certains sont également chrétiens ou druzes[102],[97],[101].

Les shabiha[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Shabiha.

Les shabiha sont des milices pro-gouvernementales non officielles généralement issues de la communauté alaouite. Le gouvernement les a utilisées régulièrement, au début des troubles, pour disperser les manifestations et faire régner l'ordre dans les quartiers en effervescence[103],[104],[105]. Quand les manifestations ont laissé place au conflit armé, l'opposition a commencé à nommer « shabiha » tout civil pro-Assad participant à la répression du soulèvement[106]. L'opposition a accusé les shabiha d'être à l'origine de nombreux abus commis à l'encontre des manifestants et des opposants[106] ainsi que de pillages et de déprédations[107],[108].

Les shabiha auraient été créés par Bassel el-Assad dans les années 1980 pour être utilisés par le gouvernement en période de crise[109]. On les a décrits comme « des paramilitaires alaouites de mauvaise réputation, accusés d'être les hommes de main du régime d'Assad[110] », des « mercenaires loyaux envers Assad[111] » et selon l'Arab Center for Research and Policy Studies, basé au Qatar, « des gangs à demi hors-la-loi, composés d'hommes de main proches du régime[111] ». Fin 2012, les shabiha fusionnent avec plusieurs autres milices pour former la Jaysh al-Shabi, qui devient ensuite les Forces de défense nationale[112].

En décembre 2012, les shabiha ont été listés comme des organisations terroristes par les États-Unis[113]

Les milices chiites[modifier | modifier le code]

Miliciens chiites, après le siège de Nobl et Zahraa, le 3 février 2016.

Dès l'été 2011, de nombreuses milices chiites, armées et entraînées par l'Iran, sont déployées en Syrie aux côtés des forces loyalistes. Ces combattants invoquent la protection de la mosquée de Sayyida Zeinab, près de Damas, un haut lieu de pèlerinage chiite, pour justifier leur intervention. Les milices sont présentes dès le début du conflit, mais leur nombre augmente sensiblement par la suite. En 2016 jusqu'à 50 milices chiites sont présentes en Syrie. Les groupes les plus importants sont le Hezbollah, la Brigade Abou al-Fadl al-Abbas, l'Organisation Badr, Asaïb Ahl al-Haq, le Harakat Hezbollah al-Nujaba, la Brigade des Fatimides, les Brigades de l'imam Ali et la Saraya al-Khorasani. Début 2014, le nombres des combattants est estimé entre 5 000 à 10 000, puis début 2016 entre 20 000 et 40 000. Ils sont pour la plupart Irakiens, Syriens, Iraniens, Libanais, Afghans, mais on compte aussi des Pakistanais, des Yéménites. Leur salaire est versé par le régime syrien[11],[114]. D'après des responsables politiques chiites et le ministre des Affaires étrangères irakien Hoshyar Zebari, les combattants en question n'ont cependant pas reçu de feu vert officiel de la part des chefs de leurs mouvements ou du gouvernement irakien, dominé par les chiites, pour aller combattre en Syrie[115],[116],[117].

Le Hezbollah[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hezbollah.
Dessin de Hassan Nasrallah, homme politique libanais, et secrétaire général de l'organisation chiite Hezbollah, depuis 1992.

En 2012, le Hezbollah, milice libanaise chiite pro-iranienne, envoie des forces en Syrie pour appuyer le régime de Damas qui lui assure un important soutien logistique dans sa lutte contre Israël[118],[119],[120]. Fin avril 2013, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, reconnaît officiellement la participation de son organisation aux combats en Syrie[121],[122]. D'après l'universitaire Thomas Pierret, « le Hezbollah cherche à protéger les points stratégiques syriens qui lui permettent d’acheminer des armes venues d’Iran »[123]. Le 25 mai 2014, Hassan Nasrallah déclare que le Hezbollah se bat en Syrie parce que Damas « a nourri et protégé la résistance libanaise ». Accusé par ses détracteurs de baisser la garde contre Israël en envoyant des combattants en Syrie, il s'est dit convaincu de la victoire finale du régime d'el-Assad et a assuré que le Hezbollah avait « toujours la capacité de dissuader Israël » et que « c’est l’une des inquiétudes de l’ennemi israélien : il regarde la Syrie et l’Iran et il voit qu’ils donnent toute l’aide qu’ils peuvent à la résistance »[124]. Avec entre 5 000 à 8 000 hommes déployés en Syrie, le Hezbollah fournit le plus gros contingent de miliciens chiites étrangers[125],[126].

L'opposition politique : CNS et CNFOR[modifier | modifier le code]

Conseil national syrien (CNS)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conseil national syrien.

Le Conseil national syrien est une autorité politique de transition créée le 15 septembre 2011 et officialisée les 1er et 2 octobre 2011 à Istanbul, en Turquie, pour coordonner l'opposition au régime de Bachar el-Assad, en Syrie et dans les pays tiers[127].

Composé de 400 membres et dominé par les sunnites, le CNS rassemble plus de 30 organisations d'opposants[128] dont les Frères musulmans (qui y sont majoritaires[129],[130],[131]), des libéraux mais aussi des partis kurdes et assyriens[132],[133].

Le 11 novembre 2012, le CNS adhère à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution dont il reste la principale composante[134].

Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR)[modifier | modifier le code]

Logo de la CNFOR.

La Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (ou Coalition nationale syrienne), est une autorité politique de transition créée le 11 novembre 2012 à Doha, au Qatar. Siégeant au Caire[135], plus large que le CNS, bien financée et largement reconnue au niveau international[136],[137],[138],[139],[140],[141],[142] la Coalition engage « les parties signataires [à] œuvrer pour la chute du régime, et de tous ses symboles et piliers, et pour le démantèlement de ses organes de sécurité, en poursuivant tous ceux qui ont été impliqués dans des crimes contre les Syriens ».

Denise Natali, professeur à la National Defense University, estime que la Coalition représente mieux les intérêts de ses soutiens étrangers que ceux des Syriens de l'intérieur, et ne se distingue du CNS que par une allégeance au Qatar et aux autres États du Golfe Persique plutôt qu'à la Turquie[143].

L'opposition armée[modifier | modifier le code]

L'Armée syrienne libre (ASL)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armée syrienne libre.
Drapeau de l'Armée syrienne libre.
Des combattants de l'ASL à Alep en 2012.

À l'automne 2011, face à la répression, des défections se produisent dans les rangs gouvernementaux et une frange de l'armée semble se constituer en opposition armée au gouvernement. Deux groupes de soldats séditieux, l'Armée syrienne libre (créée en juillet 2011 par le colonel Riyad Al Asaad) et le Mouvement des officiers libres, se forment[144]. Ils fusionnent en septembre 2011 sous l'égide du premier, alors que les attaques de déserteurs contre les forces gouvernementales se multiplient[145],[146],[147].

Le , l'Armée syrienne libre reconnaît l’autorité du Conseil national syrien (CNS)[148].

Fin août 2012, à l'instigation de la France et de la Turquie, plusieurs centaines d'officiers, déserteurs de l'armée syrienne, se réunissent à Istanbul, autour du général Mohamed Al Haj Ali, le plus gradé d'entre eux, et décident de placer l'ensemble des brigades rebelles sous son commandement. Le projet échoue en raison des dissensions entre bailleurs de fonds et de la montée en puissance des djihadistes étrangers dans le nord du pays. Alors que le clan el-Assad resserre les rangs, l'option d'un retournement des forces armées, déterminant dans la chute des régimes tunisien et égyptien, s'éloigne définitivement[149].

L'Armée syrienne libre dispose d'un camp installé en Turquie[150], elle est armée par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar. Elle dispose également de l'aide d'agents de la CIA opérant à partir de la Turquie[151].

L'ASL combat le régime aux côtés de groupes djihadistes, mais malgré cette alliance opportuniste, elle a condamné à de nombreuses reprises les attentats-suicides, perpétrés notamment par le Front al-Nosra. Certains analystes estiment alors que l'éventualité d'un après-Assad débuterait par une guerre entre l'ASL et les djihadistes, qui prônent une société basée sur la charia[152].

En 2015, l'Armée syrienne libre regroupe environ 70 factions, surtout dans le sud de la Syrie, au sein du Front du Sud[153]. Parmi les principales brigades affiliées à l'ASL figurent ; la Brigade Ahfad al-Rassoul, la Brigade Omar al-Farouq, le Mouvement Hazm, l'Armée de Yarmouk, Faylaq al-Rahman, la 1re division côtière, la 101e division d'infanterie, Liwa Suqour al-Jabal, la 13e division, Liwa Shuhada al-Islam, Fursan al-Haq, la Brigade de la Tempête du Nord et la Brigade Sultan Mourad.

Le Front islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front islamique (Syrie).
Emblème du Front islamique.

Le Front islamique est formé le à la suite de l'alliance de groupes rebelles islamistes venus du Front islamique de libération syrien et du Front islamique syrien à la suite de la dissolution de ces deux mouvements. Sa création aurait été financée par la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite[154],[155]. Ses chefs sont Ahmed Abou Issa, Abou Rateb, secrétaire-général, Hassan Aboud, chef politique et Zahran Allouche, chef militaire[19]. Le mouvement rassemble des brigades salafistes ou proches des Frères musulmans[156]. Fort de 50 000 à 80 000 hommes, le Front islamique est alors le plus important groupe rebelle de Syrie[157],[19]. Il rassemble sept groupes armés[19] :

Le Front islamique prône l'instauration d'un état islamique dirigé par une choura et fondé sur la charia. Il affirme que les minorités religieuses et ethniques y seraient protégées[157].

Le Front al-Nosra[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front al-Nosra.
Drapeau du Front al-Nosra.

Le Front Al-Nosra (Jabhat an-Nuṣrah li-Ahl ash-Shām : « Front pour la victoire du peuple du Levant »), est un groupe salafiste djihadiste affilié à Al-Qaïda (en 2013, il prend également le nom de al-Qaïda Bilad ash-Sham : « al-Qaïda au Levant ») et est dirigé par Abu Mohammad al-Joulani.

Le Front al-Nosra est initialement une extension en Syrie de l'État islamique d'Irak, mais il s'en sépare en 2013. Lorsque Abou Bakr al-Baghdadi annonce le 9 avril la fusion du Front al-Nosra et de l'État islamique d'Irak pour former l'État islamique en Irak et au Levant, Abou Mohammad al-Joulani ne répond pas favorablement à l'appel et renouvelle son allégeance à Ayman al-Zaouahiri, émir d'Al-Qaïda[160]. Depuis janvier 2014, les deux groupes sont en conflit direct[161].

Les relations d'al-Nosra avec les autres parties prenantes de la rébellion sont fluctuantes. Le groupe combat généralement aux côtés du Front islamique, de l'ASL et des autres groupes rebelles. Mais sa volonté d'imposer la charia lui a attiré l'hostilité d'une partie des Syriens et d'autres organisations rebelles, qui dénoncent son origine étrangère et estiment qu'elle « a volé la révolution syrienne », pillé des entreprises et imposé son intolérance religieuse[162],[163]. En novembre 2014, le Front al-Nosra entre en conflit avec le Mouvement Hazm et le Front révolutionnaire syrien, liés à l'Armée syrienne libre et soutenus par les États-Unis[164].

Le Front est responsable de nombreux attentats-suicides, dont plusieurs explosions meurtrières à Damas en 2011 et 2012. Elle est considérée comme une organisation terroriste par le gouvernement syrien et, depuis décembre 2012, par les États-Unis[165].

Les estimations des effectifs du Front al-Nosra varient de 6 000 à 15 000 hommes, incluant des combattants étrangers[166],[167].

Autres groupes[modifier | modifier le code]

Entre 2012 et 2013, les islamistes ont vu leurs effectifs fortement augmenter : selon l'ONU, les rebelles issus des deux organisations liées à al-Qaïda (Front al-Nosra et État islamique d'Irak) représentaient, en 2012, 5 % environ des insurgés, alors qu'en septembre 2013, « les membres de ces deux groupes et les salafistes en général sont en nombre au moins 40 % des 150 000 insurgés environ qui se battent sur l'ensemble du territoire ». « 58 % exactement des 600 factions armées les plus fortes — avec plus de 50 combattants — épousent [une] vision ultrarigoriste ou obscurantiste de l'islam »[168].

Parmi les autres groupes indépendants figurent des islamistes modérés, proches pour certains des Frères musulmans. Les principaux sont ; le Front de l'authenticité et du développement, la Légion du Sham, l'Union islamique Ajnad al-Sham, le Harakat Nour al-Din al-Zenki, les Kataeb Thuwar al-Sham, Fastaqim Kama Umirt et Liwa al-Fatah[153],[169]. On compte aussi des groupes plus extrémistes, d'idéologie salafiste djihadiste, tels que Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, Jund al-Aqsa, Jund al-Sham, le Parti islamique du Turkistan ou Liwa Ansar al-Khalifah[170].

L'État islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État islamique (organisation).
Drapeau de l'État islamique.
En gris, territoires actuels conquis en Syrie et en Irak par le califat de l'État islamique

Né en 2006 en Irak, l'État islamique est une organisation salafiste djihadiste, dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, proclamé calife le . Le groupe apparaît en Syrie le sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant et prend le nom d'État islamique lorsqu'il proclame l'instauration du califat, mais ses adversaires lui donnent le surnom de « Daech »[171].

Considéré comme moins corrompu que les autres groupes djihadistes, l'EIIL est aussi le plus extrémiste, il est craint pour sa violence, son intransigeance et son indifférence aux notions de droits humains[172]. Très impliqué sur les réseaux sociaux, il attire un grand nombre de djihadistes étrangers venus de tout le Monde musulman et même d'Occident[173].

Cependant sa radicalité et ses ambitions lui attirent rapidement l'hostilité des autres groupes rebelles. En janvier 2014, le Front islamique, l'Armée syrienne libre et le Front al-Nosra et plusieurs autres groupes rebelles lui déclarent la guerre[174].

En 2013 et 2014, les effectifs en Syrie de État islamique sont estimés de 5 000 à 13 000 hommes[175],[176]. Ils augmentent sensiblement à la suite de la proclamation du califat. En 2015, les estimations vont de 20 000 à 80 000 combattants, tant en Syrie qu'en Irak et sans compter le ralliement de nombreux groupes djihadistes à travers tout le monde musulman[177].

Les Kurdes[modifier | modifier le code]

Drapeau des YPG, branche armée du PYD.
Une combattante des YPG en 2014.

Les populations kurdes de Syrie occupent, le long de la frontière turque, trois enclaves séparées qui constituent le prolongement naturel des territoires kurdes de Turquie et d’Irak[178]. Historiquement discriminés par le régime et ancrés à une solide identité culturelle[64], les Kurdes de Syrie ont profité des désordres de la guerre civile pour prendre le contrôle de ces zones qui composent le « Kurdistan syrien »[179]. Depuis le 12 novembre 2013, ce dernier dispose d'une administration autonome, qui gère les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »[180].

Le Kurdistan syrien, appelé le Rojava, passe aux mains du Parti de l'union démocratique (PYD), la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Il dispose d'une branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG). Les relations des Kurdes avec les autres parties prenantes au conflit sont fluctuantes : plutôt proches de l'ASL, les YPG entrent en conflit avec des brigades islamistes en juillet 2013[181]. Jouant leur propre carte, les rebelles kurdes concluent parfois des alliances ponctuelles et opportunistes, tantôt avec les forces loyalistes, tantôt avec les rebelles[182]. Hostiles au régime de Bachar el-Assad, dont ils souhaitent la chute, les Kurdes du PYD affrontent cependant rarement les forces loyalistes avec lesquelles ils cohabitent dans certaines villes. Les YPG livrent l'essentiel de leurs combats contre les forces djihadistes, et principalement l'État islamique[183],[184]. En 2015, les effectifs des YPG sont estimés entre 35 000 et 65 000 combattants, dont environ 40% de femmes[23].

Acteurs internationaux[modifier | modifier le code]

Rôle de l'Iran[modifier | modifier le code]

La Syrie et l'Iran sont alliés depuis 1979, la Syrie est d'ailleurs le premier pays arabe à reconnaître la République islamique d'Iran après la Révolution iranienne. Lors de la guerre Iran-Irak, la Syrie est aussi le seul pays arabe à soutenir l'Iran contre son rival contre son rival baasiste. Au cours de cette période, la Mosquée de Sayyida Zeinab, près de Damas, devient un haut lieu de pèlerinage pour les chiites. Après la mort de Hafez el-Assad et la montée au pourvoir de Bachar el-Assad, l'influence de l'Iran s'accroît en Syrie, au point de devenir plus un parrain qu'un allié[185],[186],[187],[188].

L'appartenance de la famille el-Assad au groupe ethnique et religieux chiite des Alaouites a permis depuis plusieurs années un important rapprochement avec l'Iran. La Syrie est ainsi devenue le principal allié de Téhéran dans le monde arabe. Mais la nature du soutien de l'Iran à la Syrie dans le cadre de la guerre civile reste longtemps confuse. Dans un premier temps, Téhéran semble avant tout préoccupé de préserver ses intérêts dans la région en adoptant une attitude assez ambiguë. D'un côté, Téhéran prend quelques distances avec le gouvernement syrien en ouvrant le dialogue avec l'opposition syrienne[189]. De l'autre, il désapprouve les sanctions prises par la Ligue arabe, craignant que celles-ci n'attisent la violence, et ne débouchent ainsi sur une guerre civile[190],[185]. En 2011, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad applaudit la révolution tunisienne et la révolution égyptienne qui renversent des régimes alliés aux Américains et aux Israéliens. En Syrie, il soutient Bachar el-Assad qui voit dans les manifestations pacifiques un « complot international », mais il appelle ensuite au dialogue et désapprouve la répression militaire. Cependant le dossier syrien reste aux mains du guide suprême Ali Khamenei et des Gardiens de la révolution islamique qui soutiennent aussitôt le régime et mettent un coup d'arrêt à la tentative d'ouverture d'Ahmadinejad. L'Iran ne tient pas à perdre un allié stratégique et la possibilité de l'arrivée en Syrie d'un pouvoir favorable à l'Arabie saoudite est pour lui une véritable hantise[185].

Des éléments du Corps des Gardiens de la révolution islamique sont déployés en Syrie dès 2011 et participent à la répression des manifestations. Leur nombre est inconnu, initialement des conseillers militaires sont envoyés mais des tireurs d'élite sont également signalés en juin 2011. L'engagement de l'Iran augmente significativement en 2014 et 2015. En octobre 2015, 7 000 à 10 000 soldats iraniens seraient présents en Syrie. L'ingérence iranienne est cependant très mal vue par une partie des généraux de l'armée syrienne. En 2015, le lieutenant-général Rustum Ghazaleh, chef de la sécurité politique du régime, est tabassé à mort après avoir dénoncé l'emprise croissante de la hiérarchie militaire iranienne[185],[191],[192],[193],[194],[195],[196],[197].

L'Iran parraine également de nombreuses milices chiites au Moyen-Orient, telles que le Hezbollah au Liban, l'Organisation Badr depuis la guerre Iran-Irak. À partir de 2013, le nombre des milices chiites irakiennes déployées en Syrie augmente. Les principales milices syriennes, les Forces de défense nationale, sont également entraînées par les Gardiens de la Révolution[185].

Par ailleurs, l'Iran fournit au gouvernement syrien une aide financière annuelle pour contourner les sanctions internationales, entre un et quinze milliards de dollars selon les estimations[185],[198].

En juillet 2015, le général iranien Qasem Soleimani effectue une visite à Moscou alors que les rebelles progressent vers la côte. D'après l'agence Reuters, ce déplacement, précédé par des contacts à haut niveau entre Russes et Iraniens, est la première étape préparant l'intervention militaire de la Russie en Syrie[199].

Rôle de la Russie[modifier | modifier le code]

La Russie s'opposent à toute résolution ou sanction contre la Syrie, ce qui pourrait entre autres s'expliquer par des raisons intérieures (craintes de voir le Printemps arabe faire tache d'huile chez eux[200],[201]), pour des raisons de principes (ces deux pays sont traditionnellement opposés à tout droit d'ingérence[200],[201]), ou encore pour des raisons d'intérêts, la Russie est notamment le premier fournisseur d'armes de la Syrie, qui reste le seul allié de Moscou dans la région, y compris du point de vue militaire grâce à la base navale de Tartous : c'est la dernière qui, en Méditerranée, accueille encore en permanence des navires de la flotte militaire russe[202],[203],[200],[201] ; la Russie prétend néanmoins ne livrer que des armes de défense anti-aérienne à la Syrie, affirmant même en juillet 2012 qu'elle ne conclurait plus de nouveaux contrats d'armement avec la Syrie avant la stabilisation de la situation[204] ; les Russes redoutent plus globalement une perte de débouchés commerciaux en Syrie, mais aussi une montée islamiste liée à la formation d’un front panislamique qui s’étendrait du Caucase aux frontières orientales de la Communauté des États indépendants et de l'Asie centrale, ainsi qu'un affaiblissement de l'Iran dans l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient ; enfin, ils s'affichent en protecteurs de la communauté chrétienne en Syrie, en grande majorité orthodoxe et liée à l'Église moscovite[205] ;

La Russie et la Chine ont notamment boycotté en juin 2011 les discussions à l'ONU destinées à établir un projet de résolution condamnant la répression en Syrie[206]. Moscou se déclare par la suite opposé aux sanctions prises par l'Union européenne au cours du mois d'août[207]. Début octobre 2011 à l'ONU, Russes et Chinois opposent leurs vétos à un projet de résolution concernant la Syrie, puis l'opposent une seconde fois en février 2012[208].

Alors qu'une demande d'intervention de la Turquie par des réfugiés syriens se fait de plus en plus pressante, la Russie prévoit en retour de déployer une importante flotte militaire dans les eaux territoriales syriennes pour empêcher une éventuelle attaque de l'OTAN[209],[210]. Le 20 mars 2012, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères annonce que la Russie est prête à soutenir une déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU appuyant la mission en Syrie de Kofi Annan sous condition que celle-ci « ne constitue pas un ultimatum »[211]. Le 5 juin 2012, son vice-ministre Guennadi Gatilov affirme n'avoir « jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », ce qui constitue un premier signe de changement de position de la Russie, devant la répétition de massacres. Le 25 juin 2012, la crise prend une tournure plus internationale lorsque la défense anti-aérienne syrienne abat un F-4 Phantom de la Force aérienne turque effectuant un vol d'entraînement au-dessus des eaux syriennes. Les autorités syriennes arguent que le chasseur avait violé l'espace aérien syrien et menacent de détruire les équipages partis à la recherche des débris de l'aéronef[212]. Le lendemain la Turquie demande à Bruxelles une réunion de crise des 28 ambassadeurs de l'OTAN. À l'issue de cette réunion la solution de représailles militaires contre le régime syrien n'était pas retenue d'actualité comme l'a confirmé le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu[213]. Sur le plan financier, la Russie a envoyé des tonnes de billets de banque à la Syrie. L'impression de la monnaie syrienne était initialement dévolue à une banque autrichienne mais elle fut stoppée à cause des sanctions occidentales[214]. Par ailleurs, des conseillers militaires russes sont présents en Syrie dès 2012[215].

À l'été 2015, la Russie intensifie son aide au régime syrien, notamment par la livraison de blindés et d'avions (des Su-24, Su-25, ainsi que des avions de reconnaissance[216],[217]), et renforce les garnisons russes à Lattaquié et Tartous[218],[219]. À partir du 30 septembre 2015, l'intervention militaire de la Russie prend la forme d'une intense campagne de bombardements en aide au régime syrien.

Après environ 6 mois de soutien militaire actif permettant à l’armée syrienne la reconquête de nombreuses zones et alors qu'un fragile cessez-le-feu est respecté, le Kremlin annonce, le 14 mars 2016, le retrait de « la majeure partie » des forces russes présentes sur le sol syrien. Affirmant que « les objectifs fixés au ministère de la Défense ont été atteints », Vladimir Poutine envoie ainsi un message aux différentes parties qui se réunissaient le même jour à Genève, pour dix jours de pourparlers afin de trouver une issue au conflit[220],[221].

Rôle de la Turquie[modifier | modifier le code]

En 2011, la Turquie aspire à jouer un rôle de médiateur entre les différents pays du Moyen-Orient et depuis quelques années ses relations sont bonnes avec la Syrie. Lorsque la révolution syrienne débute, elle tente de convaincre Bachar el-Assad d'éviter de recourir à la force contre les manifestants et de négocier une issue pacifique, mais elle n'est pas entendue et les relations se tendent. À l'été 2011 la Turquie rompt définitivement avec le régime syrien, en croyant à tort sa chute imminente, et apporte son soutien à la rébellion. Le Conseil national syrien est lancé en octobre à Istanbul et le premier camp de l'Armée syrienne libre est installé en décembre. Bien que l'AKP, au pouvoir, soit proche des Frères musulmans, la Turquie soutient l'ensemble de l'opposition mais elle se montre aussi assez complaisante avec les groupes djihadistes. Les rebelles modérés comme les djihadistes franchissent librement les frontières et leurs blessés sont soignés dans les hôpitaux turcs. Même le Front al-Nosra bénéficie de livraisons d'armes et par le biais de trafiquants et de contrebandiers, la Turquie est le principal acheteur de pétrole et de coton à l'État islamique. Le gouvernement turc considère comme menace principale la formation d'un Kurdistan syrien autonome tenu par le PYD et sa branche armée les YPG, liés au PKK. Elle voit d'un très mauvais œil l'alliance formée en 2014 entre les YPG et la coalition internationale menée par les États-Unis, coalition qu'elle intègre pourtant. En Turquie, un cessez-le-feu est conclu avec le PKK en 2013, mais le conflit kurde reprend à l'été 2015. À la même période, la Turquie mène ses premiers bombardements contre l'État islamique mais elle est aussi frappée par plusieurs attentats, aussi bien de la part des djihadistes de l'EI que des rebelles kurdes. La Turquie, qui de 2011 à 2016 accueille plus de deux millions de réfugiés syriens, réclame également à de nombreuses reprises la mise en place d'une zone tampon et d'une zone d'exclusion aérienne au nord de la Syrie, mais elle se heurte à l'opposition des Américains. En quatre années de conflit syrien, le bilan de la diplomatie turque est désastreux ; la Turquie s'est brouillée avec le monde arabe, avec les Occidentaux, par son hostilité aux Kurdes des YPG et sa complaisance envers les djihadistes, avec la Russie après l'attaque aérienne du 24 novembre 2015, avec l'Égypte après la chute de Mohamed Morsi en 2013, avec Israël depuis 2009, les relations avec l'Arabie saoudite sont également plutôt fraîches. Le Qatar, avec lequel la Turquie signe un accord de défense le 19 décembre 2014, fait exception. Mais sur le plan énergétique, la Turquie dépend beaucoup de la Russie et de l'Iran et n'est pas en mesure de s'opposer à leur politique en Syrie[222],[223],[224],[225],[226],[227],[228].

Rôle de l'Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

Bien qu'hostile aux révolutions du Printemps arabe, en Syrie l'Arabie saoudite commence à soutenir les rebelles quelques mois après le début du conflit. Le royaume tient notamment à contenir l'influence de l'Iran, son principal rival dans la région. Il appuie les groupes salafistes, comme Ahrar al-Sham et Jaysh al-Islam, et soutient aussi l'Armée syrienne libre et des groupes modérés, en revanche il est hostile aux Frères musulmans. Cependant des milliers de Saoudiens partent combattre en Syrie et des groupes djihadistes syriens bénéficient de soutiens financiers venus d'acteurs privés, d'associations, de personnalités politiques ou d'hommes d'affaires, parfois liés à la famille royale, qui profitent d'un certain laisser-aller de l'État. L'Arabie saoudite finit par s'inquiéter de la montée en puissance des salafistes djihadistes, qui contestent la légitimité de la dynastie saoudienne, et redoute qu'ils ne puissent bénéficier d'une certaine attractivité aux yeux d'une partie de la population saoudienne, ce qui pourrait déstabiliser le royaume. En mars 2013 les départs de combattants pour la Syrie sont rendus illégal par le Ministère de l'Intérieur dirigé par le prince Mohammed ben Nayef Al Saoud. En février 2014, le royaume saoudien classe le Front al-Nosra et l'État islamique comme organisations terroristes et interdit tout soutien ou financement à ces groupes. En septembre 2014, il rejoint la coalition internationale contre l'EI. En 2015, l'Arabie saoudite intervient aussi militairement au Yémen contre les Houthis, alliés de l'Iran[229],[230],[231],[232].

Rôle du Qatar[modifier | modifier le code]

Contrairement à l'Arabie saoudite, le Qatar soutient les révolutions du Printemps arabe. En Syrie, comme dans d'autres pays, il appuie ouvertement les Frères musulmans. Il finance de nombreux groupes rebelles, ainsi que la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR). Cependant les Qataris sont écartés de la CNFOR en 2013, après l'élection d'Ahmad Jarba, soutenu par les Saoudiens. Le Qatar fait également parfois l'objet d'accusation de soutien aux groupes salafistes djihadistes, comme l'État islamique ou le Front al-Nosra, ce qu'il nie vigoureusement. Les Émirats arabes unis financent notamment une campagne de communication pour accuser les Qataris de soutenir des groupes terroristes. En septembre 2014, le Qatar rejoint la coalition internationale contre l'EI. Le 19 décembre 2014, il signe un accord de défense avec la Turquie[229],[233].

Rôle des États-Unis[modifier | modifier le code]

Si en 1991, la Syrie de Hafez el-Assad participe la guerre du Golfe au sein de la coalition, en 2003 Bachar el-Assad s'oppose à la guerre d'Irak et est alors le seul allié de Saddam Hussein. Lors de l'invasion et de l'occupation américaine de l'Irak, de nombreux baasistes irakiens trouvent refuge en Syrie et le régime syrien favorise également le passage de combattants étrangers à sa frontière qui rejoignent des groupes djihadistes et notamment Al-Qaïda en Irak, puis l'État islamique d'Irak. Les États-Unis se montrent passifs au début de la révolution syrienne en 2011, cinq semaines après le début des manifestations en Syrie Barack Obama appelle à la fin de la répression, puis il réclame le départ de Bachar el-Assad en août 2011. Mais il tient à désengager les États-Unis d'Afghanistan et d'Irak et n'a pas l'intention de mener d'autres interventions militaires. En décembre 2011, l'armée américaine se retire d'Irak. En 2012, les Américains commencent à fournir des renseignements à l'Armée syrienne libre, mais refusent de lui livrer des armes. En 2013, des combattants de groupes rebelles non islamistes commencent à être entraînés en Jordanie par les Américains, les Français et les Britanniques, en avril les États-Unis s'engagent à porter à 250 millions de dollars leur assistance « non létale » à la rébellion. C'est en juin 2013, après avoir acquis la certitude que le régime syrien a employé des armes chimiques, que les États-Unis décident de fournir des armes aux rebelles. En septembre, les brigades de l'ASL dans le sud de la Syrie reçoivent leurs premiers armements, les Américains livrent des armes légères et antichar mais refusent de fournir des missiles sol-air. Début 2014, des missiles antichar BGM-71 TOW commencent à être livrés aux groupes modérés ou liés à l'ASL. Mais les États-Unis sont aussi grandement préoccupés par la question des armes chimiques syriennes et craignent qu'elles ne tombent entre les mains d'al-Qaïda ou du Hezbollah, aussi acceptent-ils la proposition russe de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, alors qu'ils semblaient prêts à lancer une campagne de frappes aériennes après le massacre de la Ghouta. C'est finalement contre l'État islamique, à partir du 23 septembre 2014, que les États-Unis engagent une campagne de frappes aériennes, après avoir formé une coalition internationale. Celle-ci intervient surtout en soutien aux Kurdes des YPG et renverse la balance en leur faveur au nord de la Syrie. Mais la position américaine vis-à-vis de Bacher el-Assad, et les déclarations de ses responsables sont parfois confuses et contradictoires, notamment sur la question de négocier ou non avec le régime syrien. Selon le journaliste américain Doyle McManus : « l'administration Obama a une politique mais pas de stratégie ». Les États-Unis débloquent 500 millions de dollars et concluent un accord avec la Turquie pour former un corps de 15 000 rebelles modérés afin de combattre l'État islamique, nombre ensuite réduit à 5 000. Le programme est un véritable fiasco, en juillet et septembre 2015 seulement 120 hommes entrent Syrie, le premier groupe est aussitôt attaqué par le Front al-Nosra qui fait plusieurs prisonniers, le second remet une partie de ses armes aux djihadistes pour obtenir un droit de passage. Les combattants de cette « Nouvelle force syrienne » désertent ou font défection et à la mi-septembre, le général Lloyd Austin, chef de l'United States Central Command, reconnait que seulement « 4 ou 5 » rebelles formés et équipés par les forces américaines combattent l'État islamique sur le terrain [234],[235],[236],[237],[238],[239],[240],[241].

Rôle d'Israël[modifier | modifier le code]

Après s'être affrontés lors de guerre des Six Jours, la guerre du Kippour et la guerre du Liban, et malgré plusieurs tentatives des Israéliens pour obtenir un accord de paix, Israël et la Syrie sont théoriquement toujours en guerre en 2011. Depuis 1967, Tsahal occupe le Plateau du Golan, cette annexion est contestée par la Syrie et n'est pas reconnue par la communauté internationale, cependant le cessez-le-feu est globalement respecté pendant 40 ans. Lorsque la guerre civile éclate en Syrie, l'État hébreux ne soutient pas les rebelles, la chute du régime de Bachar el-Assad n'entraînerait pas forcément la venue au pouvoir d'un régime plus favorable et l'afflux de combattants islamistes et salafistes djihadistes dans la région l'inquiète également. Cependant les Israéliens voient également dans ce conflit l'occasion d'affaiblir leur ennemi principal ; l'Iran, allié du régime syrien et soutien du Hezbollah et du Hamas. Ponctuellement, l'aviation israélienne mène des raids et effectue des frappes aériennes en Syrie contre le Hezbollah et contre l'armée syrienne. Cette hostilité commune avec l'Iran marque également un rapprochement diplomatique avec l'Arabie saoudite. Les relations entre Israël et la Russie sont complexes et les premiers s'inquiètent de l'Intervention militaire russe en Syrie qui favorise également l'Iran. Mais selon la deuxième chaîne de télévision israélienne, Channel 2TV, à partir d'octobre 2015 les Israéliens auraient fourni aux Russes des renseignements sur les positions des rebelles syriens, en échange ces derniers se seraient engagés à faire cesser les livraisons d'armes au Hezbollah et à laisser les avions israéliens intervenir librement en Syrie[242],[243],[244].

Rôle de la France[modifier | modifier le code]

Dès le début du conflit, la diplomatie française s'illustre par son caractère très offensif contre le régime de Damas[245]. Le , le ministère des Affaires étrangères français appelle le gouvernement syrien à « renoncer à tout usage excessif de la force » et condamne « les violences qui font des morts et des blessés ». Il invite également le président Bachar el-Assad à engager des réformes politiques. La France se joint à la demande du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme de « procéder à une enquête transparente sur les événements » des jours précédents[246]. Le 17 novembre 2011, la France rappelle son ambassadeur français en Syrie, Éric Chevallier, à Paris et ferme les consulats généraux d'Alep et de Lattaquié[247]. Le , Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères dénonce « l'obstination criminelle de gouvernements archaïques » et la fuite en avant du gouvernement syrien qui s'« enfonce dans une répression toujours plus sanglante, dans une violence toujours plus barbare »[248].

En août 2012, s'exprimant au sujet du régime syrien, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, déclare que « Bachar el-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre »[249] le qualifiant également de « bourreau »[250]. En mars 2013, il déclare que la France et la Grande-Bretagne pourraient livrer des armes aux rebelles syriens sans accord de l'UE[251],[252]. L'objectif français serait notamment de fournir des missiles sol-air pour contrer les attaques de l'armée syrienne[253]. Cette position est critiquée par un certain nombre de spécialistes de la région et du conflit, comme susceptible d'alimenter le conflit[254]. Fin août 2013, l'engagement français est tel que François Hollande prépare des frappes aériennes directes contre le régime syrien. Ces bombardements sont annulés au dernier moment faute du soutien de Barack Obama[255].

Décrite comme « un mélange d'indignation morale, d'agressivité verbale et d'impuissance militaire », l'attitude du ministère des Affaires étrangères français a pour conséquence que la France est l'un des pays ayant le plus perdu sur le plan diplomatique dans ce conflit[256], résultat que Bernard Squarcini désigne sous le terme de « fiasco politico-médiatique »[257].

Autres pays[modifier | modifier le code]

En février 2012, le chef de la diplomatie égyptienne Mohamed Kamel Amr se prononce pour un règlement pacifique du conflit syrien, une prise en compte des exigences du peuple et une cessation immédiate des violences dans le pays, rejetant toute ingérence extérieure[258],[259]. En septembre 2012, le président égyptien Mohamed Morsi affirme qu'« il ne faut pas perdre de temps à parler de réforme » et que le président Bachar el-Assad « ne sera pas là pour longtemps »[260], ce à quoi réagit le ministère des affaires étrangères syrien en accusant l'Égypte d'ingérence[261] ; mais le même mois, Morsi s'oppose, devant l'Assemblée générale de l'ONU, à une intervention militaire étrangère[262]. Il annonce finalement en juin 2013 avoir rompu « définitivement » les relations avec le régime en place en Syrie[263]. Cependant Mohamed Morsi est renversé le par un coup d'État mené par l'armée qui porte le maréchal Abdel Fattah al-Sissi au pouvoir. Le coup d'État est condamné par la Turquie et le Qatar, mais est approuvé par l'Arabie saoudite[264]. Le 3 octobre 2015, le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry salue la campagne de bombardements russes en Syrie qui va, d'après lui, « avoir pour effet de contenir et éradiquer le terrorisme » dans le pays. Ces propos témoignent, pour Le Monde, « du réchauffement des relations entre Le Caire et Moscou », alors que l'Égypte s'était « jusque-là efforcée de ne pas soutenir publiquement Bachar Al-Assad pour ne pas froisser l’un de ses principaux alliés, l’Arabie saoudite »[265].

Le roi sunnite de Bahreïn Hamed ben Issa al-Khalifa, qui vient de réprimer la contestation massive dans son propre pays, apporte son soutien au gouvernement syrien[266].

La Chine s'aligne sur les positions russes en espérant tout simplement obtenir en retour un soutien de Moscou lorsque les intérêts chinois sont également menacés, notamment en cas de volonté d'ingérence occidentale dans ses affaires intérieures (par exemple au Tibet, ou dans le Xinjiang)[201] et par peur de la contagion de telles révoltes populaires[267].

Le président vénézuélien, Hugo Chávez, a apporté son soutien à son « ami » Bachar el-Assad, et l'a décrit comme « un humaniste »[268]. Après la mort de Chavez, le gouvernement vénézuélien fait le choix de se déclarer neutre en ce qui concerne la suite de la guerre civile syrienne, ne soutenant plus ni Bachar el-Assad, ni la rébellion et, se rangeant derrière l'ONU et la Ligue Arabe, recommande des élections démocratiques[réf. nécessaire].

D'autres pays, comme le Brésil, soutiennent une position en faveur du dialogue avec le gouvernement du président Bachar el-Assad[269]. La Bolivie soutient une solution pacifique sans intervention étrangère[270].

L'Inde et la Corée du Nord sont favorables à une résolution du conflit par un dialogue entre Syriens. Le Bangladesh s'aligne sur la position de la fédération de Russie[271].

Le Vatican a plusieurs fois appelé à l'arrêt des violences en interpellant aussi bien les parties impliquées que la communauté internationale ainsi que les leaders religieux et les croyants des différentes religions[272],[273],[274],[275],[276].

En novembre 2013, le Jerusalem Post indique que des pilotes d'hélicoptères nord-coréens opèrent en Syrie « pour le compte du régime de Bachar el-Assad », information corroborée selon le journal par l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Mais la Corée du Nord dément apporter une quelconque aide militaire au gouvernement syrien de Bachar el-Assad, avec lequel elle entretient des relations de longue date[277]. Le 24 mars 2016 à Genève, Asaad Al-Zoubi, un responsable du Haut Conseil des négociations (HCN), la principale alliance de l’opposition, accuse la Corée du Nord d'avoir déployée deux unités militaires en Syrie, appelées « Cholma-1 » et « Cholma-7 »[278].

Rôle de la Ligue arabe[modifier | modifier le code]

Après une période d'indécision, plusieurs capitales arabes condamnent finalement le pouvoir syrien, se joignant aux pays occidentaux pour provoquer, le 22 août 2011, une session spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU[279],[280].

Le , la Ligue arabe (sauf l'Irak et le Liban) vote la « suspension de l'adhésion de la Syrie à toutes ses réunions » à compter du 16 novembre et prône des « sanctions politiques et économiques » contre le pouvoir syrien[281]. Le 7 mai 2012, les chefs de tribus se rencontrent à une conférence au Caire pour annoncer leur soutien à l'Armée syrienne libre et aux révolutionnaires en Syrie ; à la fin de la conférence les chefs de tribus arabes en Syrie annoncent la fondation d'un conseil politique, où toutes les tribus de Syrie sont représentées. Le 15 août 2012, le sommet islamique de La Mecque (Arabie saoudite) prononce la suspension de la Syrie de l'Organisation de la coopération islamique.

Rôle de l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Dès le mois de mars 2011, l'Union européenne (de concert avec le Canada, et les États-Unis) a condamné les violences[282],[283],[284].

L'Union européenne a pris des sanctions à plusieurs reprises contre la Syrie. Tout au long du mois d'août 2011, Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a annoncé une série de sanctions contre la Syrie. Une vingtaine de personnes faisant partie du gouvernement syrien ont été interdites de visa et ont vu leurs avoirs gelés. Cinq entreprises militaires impliquées dans les violences sont interdites de relations commerciales. Un embargo de l'UE sur les exportations de pétrole syriennes est également instauré[285],[286],[287]. Plusieurs États de l'UE rappellent leurs ambassadeurs à Damas.

Rôle des Nations unies[modifier | modifier le code]

Les 7, 20 et , le secrétaire général Ban Ki-moon appelle à mettre un terme à la répression[288],[289],[290].

Le , le Conseil de sécurité condamne la répression menée par les autorités syriennes[291], ainsi que les « violations généralisées des droits de l'homme et l'emploi de la force contre des civils » par les autorités syriennes[292].

Le 5 août 2011, des experts de l'ONU exhortent la Syrie à cesser la répression contre les civils[293].

Le 5 octobre 2011, puis le 4 février 2012, la Chine et la Russie opposent par deux fois leur veto à une résolution de l'ONU condamnant la répression en Syrie[294],[295].

En février 2012, alors que plusieurs villes sont bombardées par l'armée syrienne, Ban Ki-moon, déclare que la répression contre les opposants est « presque certainement un crime contre l'humanité »[296].

Le , Kofi Annan est nommé émissaire conjoint de l'Organisation des Nations unies et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie[297]. Il démissionnera en juillet 2012, face à la mésentente entre les 5 membres permanents du conseil.

Le 20 mars 2012, Ban Ki-moon déclare, lors d'une conférence de presse à Bogor, que « La situation en Syrie est devenue intolérable et inacceptable ». Il ajoute que « La communauté internationale doit s'unir. Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas capables d'avoir une résolution à l'ONU qu'il faut que la souffrance de la population syrienne continue. Il s'agit de la responsabilité morale et politique de la communauté internationale »[298].

Fin mai 2012, le massacre de Houla suscite une condamnation unanime du régime de Damas par le conseil de sécurité, cependant Russie et Chine maintiennent leur veto face aux projets de résolution du Conseil de sécurité contre le régime syrien.

Le , le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies Ban Ki-moon dénonce une « guerre par procuration entre grandes puissances[299]. »

Le 15 août 2012, une commission d'enquête des Nations unies conclut que les forces gouvernementales syriennes et les milices chabihas ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, notamment des meurtres et des actes de torture[300]; elle incrimine également les insurgés, quoiqu'à un degré moindre.

Déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

Genèse (2011)[modifier | modifier le code]

Appels à manifester non suivis[modifier | modifier le code]

Suivant l'exemple des « révolutions colorées », des appels à manifester sont lancés sur Facebook, invitant les Syriens à se mobiliser les 4 et 5 février, notamment devant le siège du parlement à Damas. L'appel n'est pas suivi, en raison notamment de l'important dispositif de sécurité, des intimidations des forces de sécurité et de l'arrestation des principaux organisateurs[301],[302]. Le 8 février 2011, le pouvoir rétablit l'accès à Facebook et YouTube pensant apaiser d'éventuelles tensions[303]. Cependant, ce geste n'est pas interprété de la même manière par tous les médias. D'après Télérama et le Huffington Post, il s'agirait d'un moyen pour mieux repérer les activistes[304],[305]. En outre, ce point de vue est partagé par Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, qui estime que « les médias sociaux peuvent également être un outil de surveillance et de répression de l'opposition »[306]. Dans le même temps, le pouvoir multiplie également les mesures sécuritaires : renforcement des écoutes, plan de rupture des moyens de communications pour isoler des régions ou des villes du reste du pays, ordre donné aux moukhabarats de réprimer fermement toute agitation, interdiction de messagerie instantanée et de Skype, nombreuses arrestations préventives ou non, comme celles d’enfants tagueurs[307],[308].

Le 17 février 2011, le gouvernement annonce des mesures sociales prévoyant la baisse de taxes sur les produits alimentaires de première nécessité, l'augmentation des subventions pour le fioul et la création d'un fonds social qui aidera 420 000 personnes en difficultés[309],[307]. D’autres augmentations de prix et l’instauration de la TVA sont reportées ; le gouvernement annonce également le recrutement de 67 000 fonctionnaires, multiplie les rencontres avec des représentants de la société civile et des dignitaires religieux[307]. Des dizaines de fonctionnaires corrompus sont mutés ou renvoyés[307]. Le gouvernement apporte son soutien diplomatique, mais aussi matériel, et envoie des renforts en Libye soutenir le colonel Kadhafi, en manière d’avertissement sur ses intentions en cas de révolte[310]. Le 17 février 2011, les violences policières contre un commerçant entraînent le soulèvement d'un quartier de Damas[311],[312]. Le 7 mars 2011, 13 prisonniers politiques entament une grève de la faim[313].

Révolte de Deraa, en mars 2011[modifier | modifier le code]

Carte montrant le statut des manifestations de la mi-avril 2011 qui ont mené à la guerre civile.
En rouge : manifestations pacifistes.
En bleu : manifestations ayant fait des victimes.

Le 13 mars 2011, quinze écoliers sont arrêtés à Deraa pour avoir tagué des slogans issus de la révolution égyptienne de 2011 et transférés à Damas. Un nouvel appel est lancé sur Facebook, appelant les Syriens au soulèvement à partir du 15 mars. Des manifestations quotidiennes se succèdent à Deraa (ville du sud, d'environ 80 000 habitants)[314] à partir du 15 mars[315]. Plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir (siège du Parti Baas, tribunaux) sont incendiés[315]. Une manifestation a lieu le même jour à Damas[316],[314] : quelques dizaines de personnes rassemblées au souk Al Hamidia (ou Hamidiyé) crient des slogans tels que : « Dieu, la Syrie, la liberté et c'est tout ! ». La foule est dispersée par les forces de l'ordre. Selon les organisateurs, des manifestations ont également lieu à Deir ez-Zor, Alep et Hassakeh[317].

Le 16 mars 2011, environ 150 personnes, pour la plupart des militants des droits de l'homme et des proches de prisonniers politiques, manifestent près du ministère de l'Intérieur à Damas, pour demander la libération des détenus politiques. Les participants sont violemment dispersés par la police[318]. Amnesty International condamne la répression et affirme que 30 personnes ont été arrêtées, dont les activistes des droits de l'homme Mazen Darwish et Suhair Al-Attassi et le philosophe Tayyeb Tizini[319]. Les auteurs de l’appel organisent le 18 mars un « vendredi de la dignité ». Le vendredi 18 mars 2011, des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont lieu à Alep, Damas, Homs, Banias[316] et surtout Deraa[316]. Les manifestations partent des mosquées (le vendredi étant jour de prière) ou des stades où des matches ont lieu ce jour-là (ce qui entraîne la suspension de toutes les compétitions de football)[320]. Ces manifestations ont un caractère tribal et confessionnel limité : ainsi, la croix et le croissant ont été brandis au sein de la mosquée des Omeyyades à Damas[321]. Pour l’ancien diplomate Ignace Leverrier, la mention de « l'ennemi israélien » est même absente[322]. Des dizaines d'opposants, armés ou non, sont arrêtés[79]. Ainsi à Deraa, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants, tuant quatre d'entre eux[323] et blessant plus de cent personnes[324]. Parmi les blessés transportés à l'hôpital, certains sont arrêtés par la police[325],[326]. Le même jour, la composition d’un « conseil national de transition temporaire », virtuel, est publiée sur Facebook pour manifester l’existence d’une alternative[327].

Le lendemain, 19 mars 2011, à Deraa, les funérailles des manifestants tués la veille se transforment en manifestations. Les forces de sécurité dispersent la foule, faisant plusieurs blessés[328]. La contestation s’amplifie le dimanche 20 mars, avec environ 10 000 manifestants (selon les organisateurs) descendant à nouveau dans les rues de Deraa et rejetant la tentative de médiation d’une délégation gouvernementale. Les forces de l’ordre répriment violemment les contestataires, tuant un manifestant et en blessant une centaine. La manifestation tourne alors à l’émeute. Les protestataires incendient le siège du parti Baas, le Palais de Justice et les succursales de deux compagnies de téléphonie mobile, dont l’une appartient à Rami Makhlouf, cousin du président Bachar el-Assad[329]. Les manifestations continuent le 22 mars à Deraa et s’étendent à la ville voisine de Djassem[330]. Le 23, un millier de personnes manifestent de nouveau à Deraa, où on compte plus de cent morts[316],[314]. La révolte s'étend à la ville de Nawa, où 2 500 manifestants scandent des slogans contre le pouvoir, et à Jassem[331]. Le 24 mars 2011, vers 1h30 du matin, à Deraa, une unité de l'armée prend d'assaut la mosquée Omari où s'étaient retranchés certains manifestants, en tuant au moins six. Plus tard dans la journée, la police ouvre le feu lors des funérailles de manifestants qui rassemblaient 20 000 personnes, selon les protestataires. D'autres incidents ont lieu entre opposants et forces de l'ordre dans les villages avoisinants. Au total, 15 personnes sont tuées tout au long de la journée[332].

Malgré la violence de la répression, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés (Human Rights Watch parle de véritable massacre[333]). le 24 mars au soir, le gouvernement annonce des mesures comprenant des hausses de salaires dans l'administration (de 20 à 30 %), la libération des protestataires arrêtés et une possible abrogation de la loi sur l'état d'urgence (en vigueur depuis 1963). Une conseillère du président juge même les revendications des manifestants « légitimes »[334]. À partir du 25 mars, malgré la répression et les concessions du gouvernement, le mouvement s'étend aux principales villes du pays.

Extension à tout le pays[modifier | modifier le code]

Manifestation de l'opposition à Duma, le 8 avril 2011. Les manifestants ont d'abord utilisé les drapeaux nationaux avant de revenir à l’ancien drapeau de la Syrie.

Du 25 au 27 mars 2011, le mouvement s'étend dans plusieurs grandes villes du pays. Après les concessions annoncées par le gouvernement, et la libération de plus de 200 prisonniers politiques, les manifestations se renforcent à Deraa où une statue de Hafez el-Assad est déboulonnée. La contestation s'étend à deux villes proches de Deraa, Tafas et Sanamein et dans la capitale Damas (1,4 million d'habitants). Les troubles éclatent aussi à Hama (500 000 habitants), qui avait été victime d'une violente répression en 1982 (massacre de Hama). Des locaux du Parti Baas sont incendiés dans plusieurs villes. Les manifestants scandent des slogans tels « Le peuple veut la chute du régime » ou « Nous nous sacrifierions pour Deraa ». Le 26 mars 2011, Lattaquié (700 000 habitants) rejoint la contestation[314] et la répression y fait au moins dix morts. Le lendemain, l'armée est envoyée dans la ville. Le même jour, le gouvernement annonce qu'il abrogera la loi sur l'état d'urgence, après avoir évoqué cette possibilité trois jours auparavant, et que le président Bachar el-Assad s'adressera prochainement à la nation. Deux cent quatre-vingt prisonniers politiques sont libérés[316]. Dans le courant du mois, des sunnites manifestent par ailleurs à Banias contre la mixité confessionnelle dans les écoles et réclament des emplois dans les deux grandes entreprises publiques de la ville qu'ils dénoncent comme des fiefs alaouites[335].

Manifestation de l'opposition à Homs le .

Au 5 avril 2011, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme recense 123 personnes tuées entre le 18 mars et le 1er avril en Syrie[336]. Le 8 avril, on compte 26 nouveaux morts à Deraa[316]. Une manifestation de 500 personnes a lieu le 13 avril à Alep[316],[314]. Un nouveau gouvernement est nommé le 14[314], mais sans calmer la contestation, qui rassemble 10 000 personnes à Lattaquié le 17. Le 18 avril, 20 000 personnes participent à un sit-in à Homs[316], huit sont tuées[314]. Le 20 avril, d'autres manifestations ont lieu à Alep et Homs, et le 21, l'état d'urgence est levé et la Cour de sûreté de l'État, un tribunal d'exception, est abolie[316],[314]. Toutefois, une nouvelle loi est adoptée quelque temps plus tard, qui selon les opposants, est tout aussi restrictive que la précédente. Le 22 avril, après la mort de 25 nouvelles personnes à Deraa et Damas, deux députés et le mufti de Deraa démissionnent[314]. C’est à cette période que la dissidence, totalement inorganisée, constitue un « comité de coordination pour le changement démocratique en Syrie[337],[338]. ».

À ces manifestants pacifistes se sont joints très rapidement des groupes armés. Ainsi, le 11 avril 2011, 10 militaires, dont des officiers, sont tués sur la route de Banias[339]. L'histoire est confirmée par Joshua Landis[340] dont le cousin de sa femme, le colonel Yassir Qash'ur est tué dans cette attaque attribuée par ses proches aux partisans de l'ancien vice-président Abdullah Halim Khaddam. Parallèlement, les islamistes proches des Frères musulmans et des mouvements djihadistes s'activent dès les début des manifestations. Cela s'explique par la place importante que tient le pays de Sham (la grande Syrie) dans l'eschatologie[341] islamique, qui prévoit une bataille épique entre le Mahdi et les vrais musulmans contre le faux Mahdi et les faux musulmans venus de Khrassan, une région de l'actuel Iran[342]. Ainsi, dès le mois de mai 2011, un certain nombre de Saoudiens ont rejoint la Syrie et se sont engagés dans ce qui deviendra la brigade Ahrar al-Sham[343].

Répression des manifestations[modifier | modifier le code]

Poste de contrôle de la circulation de l'armée syrienne, banlieue de Damas, 14 janvier 2012.
Police anti-émeute à Damas, 16 janvier 2012.

Le 25 avril 2011, les 4e et 5e divisions mécanisées, commandées respectivement par Maher el-Assad et Muhammad Saleh Al-Rifai, et le 132e bataillon, attaquent la ville rebelle de Deraa. Des sources font état de mutineries individuelles, voire d’unités entières, qui auraient occasionné un arrêt de la progression de l’armée dans la ville[344],[345],[346]. Pour rendre la défense de la ville plus difficile, l’eau, l’électricité et les communications téléphoniques sont coupées[347].

L’ampleur des répressions provoque la démission de plus de 230 membres du parti au pouvoir[314]. Les communications par téléphone satellite sont coupées[348]. Le vendredi 29 avril 2011, les forces de sécurité ouvrent le feu sur des milliers de personnes marchant sur la ville de Deraa, foyer de la contestation contre le gouvernement en Syrie et situé près de la frontière jordanienne[349]. Des manifestations ont lieu dans tout le pays[316]. Au moins 48 civils sont tués[350]. Six personnes périssent le samedi 30 avril 2011 à Deraa, pilonnée par l'armée et par les francs-tireurs. L'eau, la nourriture et les médicaments manquent depuis l'intervention des troupes[351]. Les forces syriennes arrêtent deux personnalités de l'opposition, Hassan Abdel Azim et Omar Kachach[352].

Le 1er mai 2011, de nouvelles manifestations ont lieu à Deraa, Kameshli, Douma, Lattaquié[316]. Le soir du 4 mai 2011, 161 véhicules blindés commencent le siège de deux villes du centre du pays, Al-Rastan et Talbisseh[353]. À Alep et Damas, des sit-in ont lieu dans les universités[314]. Le 5 mai 2011, l’armée se retire de Deraa[314]. Le 6 mai, comme chaque vendredi, des manifestations ont lieu un peu partout en Syrie pour demander la fin du « régime de Bachar el-Assad ». Comme chaque vendredi, les forces de l'ordre ouvrent le feu sur les contestataires. Selon les militants des droits de l'Homme, il y aurait ainsi eu au moins 26 morts, la plupart à Homs, dans le centre du pays. Riad Seif, l'un des leaders de l'opposition, est arrêté[354], avant d'être libéré dix jours plus tard sous caution[355]. Le 7 mai 2011, six manifestantes sont tués près de Baniyas[356]. Le 9 mai 2011, les manifestations continuent, les tirs se multiplient, et les communications téléphoniques sont coupées[357]. Selon Human Rights Watch, les bilans en morts, en blessés comme en arrestations sont invérifiables[345]. L’ONG Insan fait état de 632 morts et 8 000 arrestations entre le 15 mars et le 6 mai, mais en indiquant que les identités de 5 000 personnes arrêtées n’ont pas encore pu être vérifiées[320]. Le 11 mai, 21 personnes sont tuées dont deux soldats, un enfant et une infirmière[358].

Égyptiens arborant le drapeau de l'ASL lors d'une manifestation de soutien aux combattants de l'ASL, au Caire, le 18 novembre 2011
Égyptiens arborant le drapeau syrien lors d'une manifestation de soutien aux révolutionnaires, au Caire, le 18 novembre 2011.

Le 13 mai 2011, comme tous les vendredis, des manifestations pacifiques se déroulent dans tout le pays, notamment à Deraa, Homs, Hama, Bou Kamal, Lattaquié, Kameshli, Amouda et Alep. Au moins deux manifestants sont tués à Homs[359]. Le 14 mai, au moins quatre personnes sont tuées et plusieurs autres blessées à Tall Kalakh, près de Homs, par des tirs des forces de l'ordre[360]. Le 20 mai, des milliers de personnes manifestent. Ils répondent à l'appel de l'opposition pour la liberté et l'unité nationale. Damas, la capitale, et Alep, la deuxième ville pays, jusque-là globalement épargnées par les défilés, sont cette fois concernées. Les forces de sécurité font usage de leurs armes, notamment à Homs, Sanamein ou Maaret al Noumane. Il y aurait au total au moins 44 morts[361].

Manifestation de l'opposition à Baniyas, le .

Le 6 juin 2011, la télévision publique annonce la mort de 120 soldats et policiers tués par des groupes armés à Jisr al-Choughour[362]. Si ce chiffre est sûrement exagéré[363], des témoins font bien état de combats opposant les forces de l'ordre et des groupes armés dans la ville[364]. Le 12 juin 2011, dans un contexte d'escalade de la violence, l'armée syrienne pénètre dans Jisr al-Choughour pour « déloger les groupes armés » après avoir pilonné et tiré à la mitraillette au hasard sur les habitants depuis des hélicoptères[365],[366]. Le 21 juin 2011, la coordination nationale des comités locaux de jeunes révolutionnaires publie son programme politique, Vision des comités locaux de coordination pour l'avenir politique de la Syrie, qui évoque l'avenir de la Syrie sous forme de démocratie parlementaire[367]. Cette proclamation est suivie, le 27 juin, d'une réunion entre intellectuels de l'opposition dans un hôtel à Damas, alors que 400 étudiants d'Alep sont jugés pour sabotage et insulte au président[368].

Le vendredi 15 juillet 2011, des centaines de milliers de Syriens manifestent, notamment à Deir Ezzor (350 000 personnes), Hama (150 000) et Damas (7 000), pour demander la libération des détenus et la chute du régime. Plusieurs civils sont tués à Damas et à Idleb, dans le nord-ouest du pays, par les forces de sécurité[369]. Le 17 juillet, des affrontements entre partisans du gouvernement et opposants à Homs (centre) font au moins 30 morts[370].

Le 19 juillet, treize civils sont tués par des tirs de l'armée syrienne à Homs[371]. Le 31 juillet, 140 personnes sont tuées par l'armée[372].

Une escalade de la répression est constatée après la déclaration début août du Conseil de sécurité des Nations unies[373].

Fondé fin août et lancé les 1er et 2 octobre 2011 à Istanbul, en Turquie, le CNS (Conseil national syrien) a pour but de coordonner les opposants et mener des opérations contre le gouvernement syrien. Son analogue libyen, le CNT, est le premier à le reconnaitre comme unique représentant du peuple syrien[374]. La France lui apporte son soutien le 10 octobre[375].

Après une relative accalmie, des protestations reprennent le vendredi 14 octobre 2011, avec notamment des manifestations de soutien aux soldats ralliés à la contestation, et douze personnes sont tuées[145] par les forces de l'ordre loyalistes.


Vers la guerre civile (janvier - juin 2012)[modifier | modifier le code]

Manifestation de l'opposition à Homs, le .

Le , le haut commissaire des Nations unies aux Droits de l'Homme déclare que la Syrie est en état de « guerre civile »[376].

Le 18 janvier, après plusieurs jours de combats, l'armée se retire de Zabadani qui devient la première ville de Syrie à tomber entièrement aux mains des rebelles[377]. Mais le 4 février, l'armée syrienne lance une contre-offensive en engageant au moins 15 000 soldats et 40 chars. Le 11 février, Zabadani est reprise par les forces du régime[378].

Le vendredi 3 février 2012 est la journée la plus meurtrière depuis le début de la révolte ; des tirs d'artillerie à Homs font au moins 260 morts parmi la population civile[379].

Le 10 février, après le veto russe et chinois à une résolution du conseil de sécurité de l'ONU contre le gouvernement syrien, l'opposition syrienne baptise sa journée de mobilisation au Liban « vendredi de la Russie qui tue nos enfants »[380].

Le 1er mars 2012, après plusieurs semaines de siège et de bombardements qui ont fait des centaines de morts, l'armée syrienne s'empare du quartier Baba Amr, bastion de la rébellion à Homs[381],[382],[383].

Article détaillé : Bataille d'Idleb (2012).

Le 10 mars 2012, tandis que Kofi Annan rencontre Bachar el-Assad pour tenter d'obtenir un cessez-le-feu, les forces gouvernementales syriennes assiègent et bombardent la ville d'Idleb, un des bastions de la rébellion[384]. De son côté, le Qatar juge qu'un cessez-le-feu est insuffisant et dénonce un « génocide » organisé par le gouvernement syrien. « Il y a un génocide systématique de la part du gouvernement syrien pendant que nous parlons en ce moment de cessez-le-feu », a déclaré le ministre qatari des Affaires étrangères cheikh Hamad ben Jassem Al Thani lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Le gouvernement syrien a parallèlement entrepris le rappel de ses ambassadeurs des 27 pays de l'Union européenne, anticipant leur expulsion en représailles à la répression menée par son armée[385],[386]. Le 12 mars, Kofi Annan quitte la Syrie sans avoir trouvé de solution à la crise et sans avoir obtenu de concessions d'Assad[387].

Le 13 mars 2012, une cinquantaine de corps de femmes et d'enfants sont découverts à Homs, un massacre dont les belligérants se rejettent la responsabilité. Adnane Mahmoud, le ministre syrien de l'Information accuse « les gangs terroristes » d'avoir perpétré le massacre « en vue de susciter des réactions internationales contre la Syrie », accusant l'Arabie saoudite et le Qatar d'être « complices » de ces « gangs »[388].

Le 14 mars, la ville d'Idleb est reconquise par le régime. Mal armées, les forces de l'Armée syrienne libre préfèrent battre en retraite[389].

Le 23 mars, l'armée syrienne continue de pilonner les insurgés dans la ville de Homs qui reste coupée du monde. Durant un entretien par téléphone satellitaire, un habitant déclare à Jérôme Bastion, de RFI : « La situation est bien pire qu'auparavant. Les bombardements aujourd'hui sont d'une intensité incroyable, cela tombe partout. Ils utilisent toute sorte d'artillerie, la plupart du temps des chars modèle T72, mais aussi souvent des roquettes »[390].

Article détaillé : Bataille de Taftanaz.

Le 3 avril, la ville de Taftanaz est prise d'assaut par une cinquantaine de chars et la rébellion est écrasée après deux jours des combats qui font au moins 120 morts[391].

Au printemps et à l'été 2012, les Shabiha et l'armée syrienne commettent une vague de massacres. Le 25 mai, 108 civils, dont 49 enfants et 34 femmes, sont massacrés à Houla[392],[393]. 78 autres sont tués à Mazraat al-Koubeir le 6 juin[394]. Le 12 juillet, 150 civils sont tués selon l'OSDH par des tirs d'artillerie à Tremseh, près de Hama[395]. Et les 25 et 26 juillet environ 600 personnes sont encore massacrées par les loyalistes à Darayya[396].

Tentative de cessez-le-feu et mission d'observation de l'ONU (avril - juin 2012)[modifier | modifier le code]

Carte de la situation en Syrie en juin 2012.
En jaune : zone sous contrôle des forces loyalistes.
En brun : zones sous contrôle de l'Armée syrienne libre et des rebelles.

Le 12 avril 2012, un cessez-le-feu est conclu entre le gouvernement et l'opposition armée par l'intermédiaire des négociations menées par Kofi Annan, délégué de l'ONU. L'accord prévoit aussi la libération de tous les prisonniers politiques, la liberté de la presse et de manifestations, ainsi que la mise en place d'une mission d'observation de l'ONU de 300 membres. Violé le jour même par les belligérants, le cessez-le-feu ne sera jamais respecté.

Le 5 juin 2012, le vice-ministre des affaires étrangères russe Guennadi Gatilov affirme n'avoir « jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », ce qui constitue un premier signe de changement de position de la Russie. Le 6 juin, Bachar el-Assad désigne un nouveau premier ministre, Riad Hijab, ancien ministre de l'Agriculture, tandis que l'opposition syrienne dénonce un nouveau massacre de 78 personnes, dans le village de Mazraat Al-Qoubir situé près de Hama. Le lendemain, des observateurs de l'ONU venus y constater la situation sont empêchés d'entrer dans le village par l'armée syrienne, avant d'être pris pour cibles par des armes lourdes, des balles perforantes et des drones. Le 8 juin, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon évoque le danger d'une guerre civile « imminent et réel » en Syrie. Au niveau diplomatique, la Russie persiste à bloquer toute condamnation ou intervention internationale de l'ONU en Syrie[397].

Avancées des rebelles, offensives à Damas et Alep (juillet 2012 - mars 2013)[modifier | modifier le code]

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Articles détaillés : Bataille de Damas et Bataille d'Alep.
Rebelles de l'Armée syrienne libre à Alep en .

Début , les combats se propagent et s'intensifient au cœur de la capitale Damas. Le 15 juillet, les rebelles lancent une offensive sur la capitale syrienne et suivie d'une autre cinq jours plus tard à Alep. Les combats atteignent alors les deux principales villes du pays, le gouvernement organise une contre-offensive en juillet et chasse les rebelles de la capitale le 4 août, avant de tourner ses forces contre Alep, tenue pour moitié par les insurgés[398],[399],[400].

L'armée syrienne se retire du Kurdistan syrien (Rojava) pour se redéployer à Alep et sur d'autres fronts. Les loyalistes demeurent dans les villes d'Al-Qamishli et Hassaké, mais les miliciens kurdes du PYD, la branche syrienne du PKK, prennent sans tirer un coup de feu le contrôle d'Afrin le 11 juillet, de Kobané le 19 juillet et de plusieurs autres localités[401],[402]. La région passe alors sous le contrôle du PYD et de sa branche armée, les YPG. Ces derniers écartent les partis du Conseil national kurde (CNK) liés à Barzani et proches du Conseil national syrien et dont les dirigeants sont contraints de s'exiler au Kurdistan irakien[403].

Article détaillé : Bataille d'Azâz (2012).

Au nord, le régime syrien perd le contrôle de sa frontière avec la Turquie. Les rebelles prennent Jerablus le 17 juillet[404]. Puis le 19 juillet, après plusieurs mois de combats, l'Armée syrienne libre s'empare de la ville d'Azaz près de la frontière turque, au nord-ouest d'Alep[405]. Elle s'empare aussi le même jour du poste-frontière de Bab Al-Hawa, à l'ouest d'Alep, puis de celui d'Al-Salama, près d'Azaz, le 22 juillet[404]. Les rebelles prennent également la ville de Manbij le 20 juillet[402]. Enfin le 30, après trois jours de combats, les rebelles parviennent à prendre le poste d'Anadane, ce qui leur permet de disposer d'une voie de ravitaillement reliant Alep à la frontière turque[406]. Au début du mois d'août, les villes de Marea et Al-Bab sont prises à leur tour, toute la région située au nord d'Alep est alors conquise par les rebelles[402].

En août, l'ONU qualifie juridiquement le conflit syrien de guerre civile, ce qui amplifie les qualifications de crimes contre la population susceptibles d'être reprochés aux cadres principaux du gouvernement qui les ordonnent. Elle impute aussi à la rébellion des cas de torture et d’extorsion de fonds à l’égard de civils, l'exécution sommaire de soldats gouvernementaux et miliciens, l’enrôlement de jeunes garçons de 13 ans et le harcèlement des communautés chiite, alaouite et chrétienne[407].

La contre-offensive se poursuit à la mi-août. À partir du 15 août, l'armée lance une vaste contre-offensive dans la banlieue de Damas, progressant ville par ville, puis sur Alep et sur différentes villes du pays[408].

Victimes civiles de la guerre syrienne convoyées à l'hôpital de Alep, le 5 octobre 2012
Article détaillé : Bataille de Ras Al-Aïn.

Cependant les rebelles poursuivent leur progression le long de la frontière turque. Le 15 septembre, ils s'emparent de la ville de Tell Abyad[409], puis de Ra’s al-‘Ayn le 8 novembre[410],[411]. Mais dans cette dernière ville, les rebelles du Front al-Nosra et de la brigade Ghouraba Al-Cham de l'Armée syrienne libre entrent en conflit le 19 novembre avec les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Une trêve est conclue le 25 novembre mais en décembre les combats reprennent et se poursuivent pendant trois mois, jusqu'à ce qu'une nouvelle trêve soit conclue en février 2013[412],[413],[414].

Dans le gouvernorat d'Idleb, les rebelles prennent la ville de Ma'arrat al-Numan le 10 octobre après de violents combats, mais les loyalistes conservent les bases militaires de Wadi al-Deïf et Hamidiyé, situées à proximité[415].

Les rebelles progressent également dans l'est du pays. Ils commencent par prendre le contrôle des postes-frontières avec l'Irak. Le 19 juillet, la ville de Boukamal tombe entre leurs mains[416]. Le 22 novembre, ils s'emparent de la ville de Mayadeen[417]. Fin novembre, le gouvernorat de Deir ez-Zor est presque entièrement aux mains des rebelles, la ville Deir ez-Zor est toujours tenue par les loyalistes mais elle se retrouve isolée et encerclée[413].

En novembre, les rebelles font des gains importants dans le gouvernorat d'Alep. Le 18 novembre, après des semaines de combats intenses, ils prennent le contrôle de la base 46, située dans le gouvernorat d'Alep, l'une des plus grandes bases de l'armée syrienne dans le nord de la Syrie[418]. Le 26 novembre, ils s'emparent du barrage de Tichrin[402]. Enfin le 9 décembre, le Front al-Nosra prend d'assaut la base du bataillon 111, dite « Cheikh Souleimane »[419].

Article détaillé : Première offensive de Hama.

À la mi-décembre 2012, rassemblant ses forces dans le nord-ouest de la Syrie, l'armée syrienne libre (ASL) lance une offensive afin de reprendre le contrôle du gouvernorat de Hama, mais l'avancée des rebelles est modeste[420],[421].

Au début de l'année 2013, les rebelles poursuivent leur avancée sur plusieurs fronts. Le 11 janvier 2013, dans le gouvernorat d'Idleb, après deux mois d'assaut la base aérienne de Taftanaz, la plus grande dans le nord du pays, est prise par les rebelles. Le Front al-Nosra y joue un rôle déterminant[422],[423]. Le 6 février, aux abords de Damas, les rebelles lancent une offensive, surnommée « bataille de l'Armageddon » contre les troupes loyalistes, ils pénètrent dans le district de Jobar dans la capitale Damas et lancent également des attaques sur Adra, au nord-est de la capitale[424],[425],[426]. Près du Lac el-Assad, dans les régions d'Alep et de Racca, les rebelles prennent la ville de Tabqa le 11 février, puis l'aéroport d'Al-Jirah le 12[427]. Le 14 février, le Front al-Nosra s'empare de la ville d'Al-Chaddadeh, au sud d'Hassaké, après deux jours de combats. L'armée syrienne laisse au moins 100 morts et les djihadistes 40[428],[429]. Enfin le 6 mars, après trois jours de combats et plus d'une centaine de morts, la ville de Racca tombe aux mains des rebelles du Front al-Nosra, d'Ahrar al-Sham et de l'ASL. C'est la première capitale de gouvernorat capturée pars les rebelles depuis le début du conflit[430],[431].

En 9 avril 2013, l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) apparaît en Syrie. Son chef Abou Bakr al-Baghdadi, annonce alors la fusion de son groupe, l'État islamique d'Irak, avec le Front al-Nosra, afin de former l'EIIL. Mais al-Joulani et une partie de ses hommes refusent. Les forces d'al-Baghdadi s'implantent cependant en Syrie et combattent aux côtés des la rébellion, même si ponctuellement des affrontements l'opposent à d'autres groupes rebelles. L'EIIL se distingue aussi rapidement par sa brutalité et ses exactions[25],[432].

Contre-offensives des loyalistes (février - décembre 2013)[modifier | modifier le code]

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Carte de situation militaire des principales villes syriennes (en), début janvier 2013.
En vert : localités contrôle par les loyalistes.
En violet : localités contrôlées par les rebelles.
En bleu : localités disputées.
Article détaillé : Seconde bataille de Qousseir.

En février, les forces du Hezbollah se déploient dans la région de Qousseir, au sud-ouest de Homs, avec pour objectif de prendre cette ville stratégique, située près de la frontière libanaise [433],[434]. Soutenue par l'armée syrienne, la milice chiite libanaise mène l'offensive contre les rebelles dans la région[435],[436],[437]. Les loyalistes parviennent à prendre le contrôle du village de Abel, ce qui leur permet d'assiéger les positions rebelles à Qusair. Mais le 18 avril, après des semaines de combat contre les forces gouvernementales, les rebelles capturent la base aérienne de Dabaa dans le gouvernorat de Homs et élargissent ainsi leur territoire autour de la frontière libanaise[438]. Le 19 mai, l'armée syrienne et le Hezbollah atteignent Qousseir. Les combats durent environ deux semaines et les rebelles subissent des pertes très lourdes ; environ 500 morts et un millier de blessés. Le 29 mai, la base de Debaa est reprise par les loyalistes. Le 5 juin, les rebelles se retirent et la ville est entièrement conquise par le régime syrien[439],[440],[441].

Le 29 mars, dans le gouvernorat de Deraa, les rebelles capturent le village stratégique de Da'el après des combats acharnés avec les forces gouvernementales[442],[443]. Puis, le 3 avril 2013, les rebelles capturent une base de l'armée syrienne près de la ville de Deraa[444].

Le 7 avril 2013, l'Armée syrienne, soutenue par des chars, lance une contre-offensive à l'est de Damas, imposant un siège au district de Ghouta sous contrôle rebelle[445]. Les rebelles se regroupent dans le quartier de Qaboun et Barzeh, afin de limiter les pertes et d'attirer les forces gouvernementales dans des combats rapprochés[446]. Le 21 avril, après cinq jours de combats les loyalistes prennent la ville de Jdeidet al-Fadl, dans le sud-ouest de Damas[437],[447].

Le 24 avril, après plusieurs mois de siège, la base aérienne de Mennagh, dans la banlieue d'Alep, est prise par les Tchétchènes de Jaish al-Muhajireen wal-Ansar commandés par Abou Omar al-Chichani[448],[449]. Le 28 avril, les rebelles capturent trois bases aériennes de l'Armée syrienne dans le nord du pays[450].

Article détaillé : Massacre d'al-Bayda et de Baniyas.

Le 2 mai, l'armée syrienne et les Forces de défense nationale attaquent les rebelles à al-Bayda, une localité sunnite et pro-rebelles au milieu du gouvernorat de Tartous, majoritairement alaouite et pro-gouvernemental. Les forces de l'opposition sont chassées de la zone mais après leur victoire, les loyalistes commettent des massacres à al-Bayda et dans le quartier de Ras al-Nabaa, à Baniyas. Au moins 248 à 450 civils sont tués, dont des femmes et des enfants[451],[452].

Le 6 juin, les rebelles prennent pendant quelques heures le contrôle de la ville de Kuneitra, unique point de passage reliant le plateau du Golan occupé par Israël au reste du territoire syrien. Cependant l'armée syrienne contre-attaque rapidement et reprend le contrôle du passage le jour même[453],[454].

Le 9 juin, l'armée syrienne annonce le lancement d'une vaste offensive pour la reprise de la province d'Alep appelée « Tempête du nord »[455] puis Canopus Star[456]. Le 14 juin, après le bombardement loyaliste de la centrale électrique, les rebelles lancent une offensive sur la ville d'Idlib au Nord-Ouest du pays. Le 15 juin, l'Armée syrienne reprend le contrôle du district de Ahmadiyeh près de l'aéroport de Damas. Le 21 juin, l'ASL affirme que 13 de ses brigades auraient lancé une nouvelle offensive à Alep[457].

À Homs, de violents combats permettent à l'armée loyaliste de reconquérir la quasi-totalité de la ville entre juin et juillet[458]. Seule la vieille ville reste encerclée. Le gouvernement autorisera la fuite des femmes et des enfants en janvier 2014[459]. Le 23 juin, Tell Kalakh, capitale de district du gouvernorat de Homs, à 4 km de la frontière nord du Liban, ville sous contrôle rebelle depuis deux ans, change d'allégeance et passe sous le contrôle du gouvernement syrien, sans combat[460]. Le 28 juin, les forces gouvernementales lancent leur septième offensive sur les quartiers rebelles de Homs. Les 5 000 soldats syriens et miliciens du Hezbollah, appuyés par de lourds bombardements aériens, progressent rapidement dans la ville. Dans le même temps, de violents combats agitent la ville de Deir ez-Zor (Deir ez Zur), qui tombe peu à peu aux mains du Front al-Nosra, et dans le gouvernorat de Deraa la rébellion parvient à chasser les loyalistes, qui ont déjà fui le sud de Deraa, de presque toute la zone frontalière avec la Jordanie.

Article détaillé : Bataille de Ras Al-Aïn.

Le 16 juillet, les combats reprennent à Ras Al-Aïn, les forces kurdes du PYD prennent l'avantage et parviennent à chasser le Front al-Nosra de la ville[461].

Article détaillé : Siège de l'aéroport de Menagh.

Dans le gouvernorat d'Alep, les rebelles s'emparent le 22 juillet de Khan Al-Assal, à l'ouest d'Alep, après plusieurs mois de combats et des centaines de morts dans les deux camps, dont au moins 51 soldats du régime fusillés par des djihadistes du Front al-Nosra et de Liwa Ansar al-Khalifah[462],[463],[464],[465]. Le 6 août, la base aérienne de Menagh, au nord-ouest d'Alep est prise d'assaut par les rebelles et les djihadistes après un an de siège[466]. Le 26 août, les rebelles prennent Khanasser, au sud-est d'Alep, et coupent la ligne de ravitaillement des loyalistes[467].

Le 25 juillet, l'Armée syrienne repousse les islamistes d'Al Nosra hors d'As-Sukhnah.

Article détaillé : Massacres de Barouda.

Le 4 août, les rebelles lancent une offensive dans le gouvernorat de Lattaquié. Celle-ci est finalement repoussée par les loyalistes le 18 août, mais pendant les combats 67 à 190 civils alaouites sont massacrés par des djihadistes et des rebelles de l'État islamique en Irak et au Levant, du Front al-Nosra, de Jaish al-Muhajireen wal-Ansar et d'Ahrar al-Sham[468],[469],[470].

Article détaillé : Massacre de la Ghouta.

Le 21 août, une attaque chimique particulièrement meurtrière a lieu dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas. Selon diverses estimations, entre 355 et 1 845 personnes sont tuées, dont un grand nombre de femmes et d'enfants. Les deux camps s'accusent mutuellement d'être responsable de l'attaque. Pour les pays occidentaux, la « ligne rouge » est franchie et les États-Unis, la France et le Royaume-Uni semblent prêts à intervenir militairement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad. Mais à Londres, la Chambre des communes vote contre une intervention tandis qu'à Washington, le président Barack Obama demande l'autorisation du Congrès. La Russie propose alors un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, sous la supervision de l'OIAC. Le régime syrien accepte et le , les États-Unis et la Russie annoncent qu'un accord a été trouvé. Dans les années qui suivent, la question de la responsabilité du massacre demeure controversée, certains journalistes accusent les groupes rebelles mais la grande majorité des experts pointent l'armée syrienne[471],[472].

Après la volte-face américaine, les opposants qui avaient misé sur une intervention militaire occidentale pour faire chuter le régime sont désormais discrédités. Le , des brigades du Front islamique de libération syrien et du Front islamique syrien déclarent qu'elles rejettent la Coalition nationale syrienne et affirment que cette organisation ne les représente pas[473]. Ces deux mouvements sont dissous deux mois plus tard et le 22 novembre, plusieurs groupes rebelles islamistes — dont les principaux sont Ahrar al-Sham, Jaysh al-Islam et Liwa al-Tawhid — annoncent la formation d'un nouveau rassemblement ; le Front islamique, qui devient le plus important mouvement rebelle syrien[158],[157],[19].

À partir de l’automne 2013, les rapports de force s'inversent et commencent à être plus favorables au régime assadiste.

Le 4 septembre 2013, dans le gouvernorat de Rif Dimachq, la petite ville chrétienne de Maaloula, position stratégique dans la région montagneuse de Qalamoun, est attaquée par un grand nombre de combattants du Front Al-Nosra et de rebelles. La ville tombe entre leurs mains le 9 septembre. Les édifices religieux sont saccagés et quelques habitants sont tués ou enlevés[474]. La ville est reprise par les loyalistes le 15 septembre[475], mais le 29 novembre les rebelles repassent à l'attaque et reprennent Maaloula le 3 décembre[476],[477]. Pendant ce temps, un peu plus au nord, dans le gouvernorat de Homs, les rebelles et les djihadistes attaquent le 21 octobre le dépôt d'armes de Mahin et la petite ville chrétienne de Sadad. Cette dernière est rapidement prise, de même qu'une partie du dépôt le 5 novembre. Mais les loyalistes contre-attaquent et reprennent Sadad le 28 octobre, avant de chasser les rebelles de Mahin le 15 novembre au prix de plusieurs centaines de morts[478],[479],[480],[481],[482]. L'armée syrienne et le Hezbollah poursuivent ensuite leur progression dans le Qalamoun, ils prennent Qara le 19 novembre, puis Deir Attiya le 28 et enfin Nabak le 10 décembre[483],[484],[485].

Article détaillé : Bataille d'Azaz (2013).

Pendant ce temps, dans le nord-ouest de la Syrie, les incidents puis les affrontements se multiplient entre l'État islamique en Irak et au Levant et l'Armée syrienne libre. Plusieurs chefs de l'ASL sont assassinés par les djihadistes et en juillet des dizaines de rebelles sont tués dans une bataille dans le gouvernorat d'Idleb[486],[487],[488]. Le 18 septembre, des combats éclatent dans le gouvernorat d'Alep entre l'EIIL et la brigade « Tempête du nord » de l'Armée syrienne libre. Les djihadistes prennent l'avantage et s'emparent de la ville d'Azaz au début du mois d'octobre, la brigade de l'ASL est contrainte de se replier sur les territoires contrôlés par les YPG[489],[490],[491],[492],[493],[494]. Le 10 octobre, une autre brigade de l'ASL est attaquée à l'intérieur d'Alep et chassée de trois secteurs au terme de combats qui font une cinquantaine de morts[432].

Début octobre également, l'armée syrienne lance une offensive au sud d'Alep, elle reprend Khanasser le 3 octobre, puis As-Safirah le 1er novembre, et parvient à percer les lignes rebelles et à rétablir une voie d'accès reliant Alep au gouvernorat de Hama[495],[496].

Article détaillé : Première bataille de Tall Hamis.

En décembre, les Kurdes des YPG et les assyriens du MFS lancent une offensive sur Tall Hamis, à l'est d'Hassaké, tenue par les rebelles islamistes. La tentative est un échec, et le 7 janvier après les combats qui ont fait environ 250 morts, les Kurdes sont repoussés.

Avancées des loyalistes et offensive des rebelles contre l'État islamique (janvier - juin 2014)[modifier | modifier le code]

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Décembre 2014
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Le , l'assassinat d'un commandant d'Ahrar al-Sham par des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant déclenche un nouveau conflit[497],[498]. Exaspérés par la radicalité, les assassinats et les ambitions expansionnistes de l'EIIL, les rebelles du Front islamique, du Front al-Nosra, du Front révolutionnaire syrien et de l'Armée des Moudjahidines passent à l'offensive le 3 janvier[499],[500],[501],[489]. L'EIIL est chassé d'Alep le 8 janvier, puis de Tall Rifaat le 14, au début du mois de février il perd la plus grande partie du gouvernorat de Deir ez-Zor et le 28 février il abandonne la ville d'Azaz, l'aéroport de Menagh, Marea et deux autres villages dans l'ouest du gouvernorat d'Alep[502],[503],[489],[504]. En revanche, il se maintient dans le gouvernorat de Racca et l'est du gouvernorat d'Alep,[504]. L'attaque rebelle menée le 6 janvier par le Front al-Nosra à Racca est repoussée par les forces de l'EIIL qui prennent également l'avantage à Tall Abyad le 12 et Jerablus le 17[505],[489],[506],[507],[494]. Selon l'OSDH, le bilan des combats livrés du 3 au 16 janvier est d'au moins 608 rebelles tués (dont 99 prisonniers exécutés), 312 combattants de l'EIIL tués (dont 56 prisonniers exécutés) et 130 civils (dont 21 exécutés par l'EIIL)[508]. Au 28 février, le bilan passe à plus de 3 300 tués dans les deux camps[504]. Parmi les morts figure notamment Haji Bakr, un des chefs majeurs de l'EIIL, tué par les rebelles à Tall Rifaat[509],[510].

À la mi-février, le commandant d'une brigade islamiste, Abou Khaled al-Souri (compagnon de route d'Oussama ben Laden et de Ayman al-Zawahari, les chefs d'Al-Qaïda) est tué dans un attentat-suicide à Alep, par l'EIIL. En tant que chef de Ahrar al-Sham, il jouait le rôle de médiateur entre l'EIIL et Front al-Nosra[511].

De leurs côtés, les loyalistes remportent des succès dans le sud du pays. Le , au nord-ouest de Damas, une troupe de 160 à 250 combattants du Front al-Nosra et de Jaysh al-Islam tombe dans une embuscade particulièrement meurtrière, tendue par les hommes du Hezbollah. Entre 150 et 200 rebelles sont tués[512],[513],[514],[515]. Puis, en mars 2014, les loyalistes passent à l'offensive dans les montagnes du Qalamoun, près de la frontière libanaise. Le 8 mars, ils prennent Zara, ville stratégique dans le Gouvernorat de Homs située sur les voies d'approvisionnement rebelles menant au Liban. Le 14 mars 2014, le Hezbollah et l'armée syrienne entrent dans la ville de Yabroud, un des principaux bastions rebelles au nord-ouest de la province de Damas, situé sur les pentes de la chaîne de l'Anti-Liban[516]. L'Armée syrienne libre et Ahrar al-Sham prennent la fuite, seul le Front al-Nosra tente de résister mais au bout de deux jours la ville est prise et plus de 1 500 rebelles se replient sur le Liban[517],[518]. Les loyalistes reprennent ensuite le Krak des Chevaliers le 20 mars[519], puis Rankous le 9 avril[520], et la ville chrétienne de Maaloula le 14 avril[521].

Article détaillé : Bataille de Kessab.

Au nord-ouest de la Syrie, les rebelles lancent une offensive depuis la Turquie dans le but de prendre le port et la ville de Lattaquié. Le 21 mars, ils prennent Kessab, située sur la frontière. Mais les loyalistes contre-attaquent et reprennent Kessab le 15 juin. Après trois mois de combats et plusieurs centaines de morts de part et d'autres, l'offensive rebelle se solde par un échec[522],[523].

Fort de ses succès militaires, le régime annonce, le 21 avril 2014, la tenue d'une élection présidentielle (prévue pour le 3 juin suivant) condamnée comme une « parodie de démocratie » par les alliés occidentaux de l'opposition syrienne, et qui devrait aboutir à la réélection de Bachar el-Assad. Jusqu'à présent, les el-Assad avaient été élus par référendum. La nouvelle constitution syrienne, approuvée en 2012, donne cependant la possibilité à plusieurs candidats de se présenter[524],[525].

En mars 2014, à l'extrême sud du pays, dans le gouvernorat de Deraa. 55 brigades et 30 000 combattants, principalement liés à l'Armée syrienne libre, se réunissent dans une coalition appelée le Front du Sud. L'extrême sud syrien est désormais la seule zone du pays où l'Armée syrienne libre demeure la force rebelle dominante[526],[527],[528]. Le 19 mars 2014, ils remportent une première victoire en s'emparant de la prison de Daraa et en libérant des centaines de prisonniers.

Article détaillé : Siège de Homs.
Djihadiste de l'État islamique en Irak et au Levant dans une vidéo de propagande en 2014.

Le , le siège de la Vieille ville de Homs s'achève, mettant fin à deux années de combats dans le centre historique de cette ville. Les dernières forces rebelles capitulent contre la promesse de pouvoir évacuer la ville avec armes et bagages. Le 7 mai, 2 000 à 2 500 rebelles et civils sont évacués vers le nord, dans des zones tenues par l'opposition et le 9 mai, le régime syrien peut reprendre le contrôle du Vieux Homs. Cependant, les rebelles continuent de tenir le quartier de Waer[529],[530],[531],[532],[533],[534],[535].

Pendant ce temps, les combats se poursuivent entre les rebelles et l'État islamique en Irak et au Levant dans l'est de la Syrie. Le 31 mars, l'EIIL chasse le Front al-Nosra de la ville de Markada, dans le gouvernorat d'Hassaké, après dix jours de combats et au moins 120 morts[536],[537]. Le 10 avril, il attaque Boukamal, sur la frontière irakienne, mais est repoussé après des affrontements qui font près d'une centaine de morts[538]. Le 30 avril, l'EIIL lance une offensive depuis Racca sur le gouvernorat de Deir ez-Zor avec plus de 3 000 hommes. Les affrontements pour le contrôle du gouvernorat durent plus de deux mois et font plusieurs centaines de morts de chaque côté. Finalement le 14 juillet les forces rebelles du Front al-Nosra, du Front islamique et de l'ASL sont totalement chassées de l'est de la Syrie. Le gouvernorat de Deir ez-Zor est contrôlé de 95 à 98% par l'État islamique. Seule la partie ouest de la ville de Deir ez-Zor reste tenue par les loyalistes[539],[540],[541],[542].

Les offensives de l'État islamique (juillet - décembre 2014)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Deuxième guerre civile irakienne.

Au début du mois de juin 2014, l'État islamique en Irak et au Levant lance une importante offensive en Irak qui lui permet de s'emparer d'une large partie du nord et de l'est du pays. Le , il annonce le rétablissement du califat et l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi est proclamé calife sous le nom d'Ibrahim. L'EIIL prend officiellement le nom d'État islamique (EI)[543]. Le groupe prend alors une nouvelle importance et ses effectifs augmentent sensiblement en Irak comme en Syrie[29].

L'État islamique mène alors des offensives sur plusieurs points à la fois contre les rebelles, les Kurdes, et les loyalistes. Le 2 juillet, près de la frontière turque, les djihadistes commencent par attaquer la ville de Kobané (ou Ayn al-Arab), défendue par les Kurdes des YPG et du PKK. Cette première tentative est un échec, après un mois d'affrontements et au moins 170 morts, l'EI est repoussé[544]. Puis le 19 août, les djihadistes attaquent à nouveau les YPG, cette fois-ci à Djezaa, à l'est d'Hassaké, mais après 14 jours de combats, 85 morts chez les Kurdes et 200 du côté des djihadistes, Djezaa reste aux mains des YPG[545],[546].

Si les djihadistes sont tenus en échec par les Kurdes ils avancent en revanche contre les rebelles. En juillet, le Front al-Nosra et le Front islamique sont chassés du gouvernorat de Deir ez-Zor[539]. L'EI progresse également sur son front ouest, bouscule les forces du Front islamique et s'empare des villes de Turkmen Bareh et d'Akhtarine, se rapprochant ainsi d'Alep[547],[548]. Au début du mois d'août 2014, au sud de Deir ez-Zor, la tribu des Al Cheitaat se révolte contre l'État islamique mais les djihadistes répliquent brutalement en massacrant près d'un millier de membres de la tribu en deux semaines, dont une grande majorité de civils[549],[550],[551],[552].

Les loyalistes subissent également d'importants revers. Le 17 juillet, près de Palmyre dans le centre de la Syrie, l'EI prend le champ gazier de Al-Chaer et tue près de 300 personnes, dont la plupart sont exécutées par balles[553]. Les loyalistes contre-attaquent et reprennent Al-Chaer le 26[554]. Mais en juillet et août, les forces du régime perdent leurs derniers bastions dans le gouvernorat de Racca. Le 24 juillet, les djihadistes prennent l'assaut la base de la division-17 au nord de Racca. Les forces loyalistes perdent 200 hommes, tués ou portés disparus, et dont les corps et les têtes tranchées sont exposés dans les rues de la ville[555]. Le 8 août, l'EI prend la base de la brigade 93 à Aïn Issa[556]. Puis le 24, la base aérienne de Tabqa est à son tour prise d'assaut par les djihadistes au terme d'une bataille particulièrement violente. En six jours de combats, au moins 346 hommes de l'EI et 195 soldats syriens sont tués. Victorieux, les djihadistes exécutent 160 à 200 prisonniers après l'affrontement[557],[558].

Le , Ahrar al-Sham est décapité par un attentat qui tue 47 de ses dirigeants, dont Hassan Aboud le chef du groupe et également l'un des principaux responsable du Front islamique[559].

Cependant les victoires de l'État islamique en Irak et en Syrie poussent la communauté internationale à intervenir et une quarantaine de pays planifient la création d'une nouvelle coalition[560]. La nuit du 22 au 23 septembre, les États-Unis, l'Arabie saoudite, la Jordanie et les Émirats arabes unis interviennent pour la première fois en Syrie et lancent une campagne de frappes aériennes contre les forces de l'EI et du Front al-Nosra[561]. Rapidement, le Qatar, le Maroc et Bahreïn engagent également leurs aviations au sein de la coalition. Cependant à partir de mi-août 2015, les pays du Golfe cessent leurs opérations aériennes en Syrie pour concentrer tous leurs moyens au Yémen, théâtre également d'une guerre civile[562]. Le Canada engage à son tour son aviation en Syrie le 8 avril 2015[563], ainsi que la France le 27 septembre[564] et le Royaume-Uni le 3 décembre[565]. Selon l'OSDH, plus de 3 000 djihadistes de l'EI sont tués entre le 22 septembre 2014 et le 22 septembre 2015 par les frappes de la coalition[566], mais ces dernières causent également la mort de centaines de civils[567],[568].

Combattants kurdes des YPG en janvier 2015, pendant la bataille de Kobané.
Article détaillé : Deuxième bataille de Kobané.

Le , l'État islamique lance une nouvelle offensive contre les YPG à Kobané. Cette fois-ci les djihadistes progressent rapidement, ils prennent près de 400 villages en deux semaines, pénètrent dans la ville le 6 octobre et s'emparent de son centre quatre jours plus tard. Cependant la coalition intervient et concentre 75% de ses frappes en Syrie sur Kobané. Le 26 janvier 2015, après des mois d'intenses combats, les Kurdes parviennent à reprendre la totalité de la ville. Ils lancent ensuite une contre-offensive pour reprendre les villages, dont la plupart sont rapidement reconquis. De septembre à février, plus de 500 combattants kurdes et 1 200 djihadistes sont morts pendant la bataille de Kobané[569],[570],[571],[572].

Article détaillé : Bataille de Deir ez-Zor (2014).

Le 3 décembre, l'EI assaille l'aéroport de Deir ez-Zor. Mais après quatre jours de combats, l'offensive est finalement repoussée par les loyalistes et les djihadistes laissent plus d'une centaine de morts[573].

Avancées de l'Armée de la conquête à l'ouest et des Kurdes au nord (novembre 2014 - août 2015)[modifier | modifier le code]

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Évolution de la situation en Syrie en 2015
1er janvier 2015
1er février 2015
1er mars 2015
1er avril 2015
1er mai 2015
1er juin 2015
1er juillet 2015
1er août 2015
1er septembre 2015
1er octobre 2015
1er novembre 2015
1er décembre 2015
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À l'est de la Syrie, l'État islamique s'est emparé de vastes territoires mais à l'ouest, les rebelles progressent également contre le régime. Vers la fin du mois d'août 2014, dans le sud de la Syrie, les rebelles du Front du Sud et du Front al-Nosra lancent une offensive dans le gouvernorat de Deraa et le gouvernorat de Kuneitra et conquièrent du terrain sur les forces loyalistes[574],[575]. Le 27 août, ils reprennent le passage de Kuneitra[576]. Le 9 novembre, ils s'emparent de la ville de Nawa[577].

Article détaillé : Bataille de Wadi al-Deïf.

De son côté, le Front al-Nosra, chassé de l'Est du pays par l'EI, monte en puissance dans le Nord-Ouest. En novembre, la guerre éclate entre les djihadistes d'al-Qaïda et les rebelles du Front révolutionnaire syrien et du Mouvement Hazm, soutenus par les Américains. Les combats à Deir Sinbel et à Khan al-Sobol tournent à l'avantage du Front al-Nosra qui s'empare de ces deux villes, ainsi que de la région de Jabal al-Zawiya, et chasse les rebelles modérés de la zone[164],[578],[579],[580],[581]. Le mouvement djihadiste tourne ensuite ses forces contre le régime syrien et le 15 décembre il prend d'assaut les bases militaires de Wadi al-Deïf et d'Hamidiyé, près de la ville de Ma'arrat al-Numan, au terme d'une bataille sanglante qui fait 200 à 300 morts en 24 heures. Après cette série de victoires, le Front al-Nosra devient la force dominante dans le gouvernorat d'Idleb[582],[583],[584],[585].

Article détaillé : Bataille du Régiment 46.

Après les combats de novembre, le Mouvement Hazm subit de nouvelles offensives du Front al-Nosra dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. Soutenu par l'Occident et disposant d'armes américaines, le groupe modéré Hazm est cependant battu et perd le contrôle de la caserne du bataillon 111 fin janvier, puis la base du régiment 46 le 28 février et tout son arsenal tombe aux mains des djihadistes. Le 1er mars, le mouvement Hazm annonce sa dissolution[586],[587],[588],[589].

Au milieu du mois de février 2015, à Alep, l'armée syrienne soutenue par le Hezbollah lance une nouvelle offensive afin d'encercler la ville au nord et de couper sa voie d'approvisionnement vers la Turquie. La tentative se solde par un échec, les loyalistes sont repoussés après des combats qui font environ 300 morts en cinq jours, dont 48 prisonniers rebelles et civils exécutés à Rityane par des soldats syriens et des miliciens du Hezbollah[590],[591],[592],[593].

Combattants du Conseil militaire syriaque (MFS) affrontant l'État islamique près de Tall Tamer le .

Le 21 février 2015, dans le gouvernorat d'Hassaké, les YPG et le Conseil militaire syriaque lancent une offensive sur la ville de Tall Hamis, située à l'est d'Hassaké et tenue par l'État islamique. Cependant, les djihadistes réagissent et deux jours plus tard ils attaquent à leur tour les positions kurdes et syriaques au sud de la ville de Tall Tamer, située de son côté à l'ouest d'Hassaké et tenue par les Kurdes. À Tall Hamis, l'offensive kurde est un succès, la ville est prise le 27 février, suivie de Tell Brak le lendemain. Les YPG s'emparent également de Jazah et de 400 villages près de la frontière irakienne. Une fois encore, les Kurdes bénéficient du soutien aérien des forces de la coalition, au moins 200 djihadistes et quelques dizaines de Kurdes sont tués dans ces affrontements[594],[595]. À Tall Tamer, les combats sont plus indécis, les djihadistes s'emparent de plusieurs villages chrétiens et tentent de progresser vers Tall Tamer et Ras al-Ain. Fin mai, l'offensive de l'EI est finalement repoussée et les forces kurdes et assyriennes reprennent le terrain perdu[596].

Le 24 mars 2015, dans le gouvernorat d'Idleb, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham et d'autres groupes rebelles se rassemblent dans une alliance appelée l'Armée de la conquête. Forte d'environ 30 000 hommes et soutenue par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, cette coalition se lance à l'assaut de la ville d'Idleb le jour même de l'annonce de sa formation[597]. Après quatre jours de combats et au moins 200 morts, Idleb est conquise par les rebelles[598] et devient après Racca la deuxième capitale d'un gouvernorat à échapper au contrôle du régime syrien[599]. Les rebelles poursuivent sur leur lancée, le 23 avril ils attaquent Jisr al-Choghour et s'en emparent après deux jours de combats[600]. L'armée syrienne tente une contre-offensive mais les rebelles poursuivent leur progression dans le gouvernorat d'Idleb. Le 27 avril, ils s'emparent du camp militaire de Maamal al-Karmid[601], suivi du camp militaire d'Al-Mastouma le 19 mai[602]. Le 22 mai, les rebelles prennent l'hôpital de Jisr al-Choghour ou subsistait une dernière poche de résistance. L'armée syrienne se retire et laisse après un mois de combats dans cette ville et ses environs au moins 261 tués et 300 prisonniers[603],[604]. Le 28 mai, les rebelles prennent la ville d'Ariha, ils tiennent alors la quasi-totalité du gouvernorat d'Idleb[605]

Les rebelles du Front du Sud progressent également dans le gouvernorat de Deraa. Le 25 mars, ils s'emparent de la ville de Bosra[606]. Le 1er avril, ils se rendent maîtres du poste-frontière de Nassib[607]. Ils perdent quelques villages au nord de Bousra al-Harir le 21 avril[608]. Mais le 9 juin, ils prennent d'assaut la base de la Brigade 52, une des plus grandes bases militaires du régime syrien[609].

Article détaillé : Bataille de Palmyre (2015).

En mai, le régime syrien subit un nouveau revers cette fois-ci dans l'est du gouvernorat de Homs. Le 13, l'État islamique lance une offensive qui lui permet de s'emparer de trois champs gaziers, de deux mines de phosphate, des villes de Al-Soukhna, Tadmor et du site de Palmyre après huit jours de combats[610],[611]. L'armée syrienne laisse au moins 300 morts, contre 180 du côté de l'EI, et plus de 700 prisonniers, dont 150 sont exécutés par les djihadistes après la prise de la ville, ainsi qu'au moins 67 civils[612],[613]. Le 30 mai, les djihadistes détruisent la prison de Tadmor, la plus terrible du pays et symbole de la répression du régime des Assad[614]. Puis en août, ils rasent le temple de Baalshamin et le temple de Baal, vieux de 2 000 ans[615].

Le régime syrien semble alors en difficulté à la suite de cette succession de défaites et Téhéran envoie plus de 7 000 volontaires iraniens et irakiens en renforts à Damas. L'Iran affirme alors qu'il soutiendra le régime de Bachar Al-Assad « jusqu’à la fin »[125],[616],[617]. Le régime syrien se résout alors à abandonner la reconquête de certaines provinces du pays et à se concentrer sur la défense de la « Syrie utile », soit les villes de Damas, Hama, Homs et la région côtière de Lattaquié, zones vitales pour sa survie[618],[619].

Fin mai, l'État islamique lance deux nouvelles offensives. La première à l'est, sur la ville d'Hassaké, la seconde au nord-ouest sur Azaz, sur la frontière turque. À Hassaké, tenue par le régime syrien et les Kurdes, les djihadistes ont d'abord l'avantage et atteignent le sud de la ville. Mais les YPG, d'abord réticents à appuyer les loyalistes, finissent par intervenir et le 7 juin l'EI est repoussé après des combats qui ont fait plus de 150 morts[620],[621],[622]. À Azaz, l'EI s'oppose aux rebelles et les combats se concentrent autour du village de Suran à une dizaine de kilomètres de la ville. Mais le 7 juin, la coalition menée par les États-Unis effectue pour la première fois des frappes aériennes pour appuyer au sol les rebelles, malgré la présence des djihadistes du Front al-Nosra parmi ces derniers[621].

Article détaillé : Bataille de Tall Abyad.
Des combattants des YPG et de l'Armée syrienne libre à Tall Abyad c. .

De leur côté, après avoir repoussé l'État islamique près de Tall Tamer et Ra’s al-‘Ayn, les Kurdes des YPG, soutenus par des éléments de l'Armée syrienne libre et la coalition, lancent une contre-offensive sur la ville de Tall Abyad, située sur la frontière turque entre Kobané et Ra’s al-‘Ayn[623]. Ils atteignent la ville le 14 juin et s'en emparent le 16[624],[625]. L'État islamique subit alors sa plus grande défaite stratégique en Syrie depuis la proclamation du califat un an plus tôt, il perd un important point de passage des djihadistes étrangers vers la Syrie et un axe de la contrebande de pétrole vers la Turquie[626],[627]. Quant aux Kurdes, ils peuvent relier le canton de Kobané à l'ouest au canton de Cizir à l'est et unifier ces deux territoires[628]. Les YPG et les rebelles poursuivent ensuite leur avancée au sud, vers Racca. Le 22 juin, ils s'emparent de la base de la Brigade 93, puis prennent le lendemain la petite ville de Aïn Issa[629].

Malgré ses défaites, l'État islamique continue d'attaquer. Le 24 juin, il assaille à nouveau Hassaké[630]. Puis le 25, une centaine d'hommes de l'EI déguisés en combattants des YPG et de l'ASL parviennent à s'infiltrer en plein cœur de la ville de Kobané. Les djihadistes font un carnage et massacrent environ 250 civils, avant que les YPG ne contre-attaquent et que les membres du commando ne soient tués ou mis en fuite[631],[632],[633]. Le 5 juillet, les djihadistes repartent à l'assaut à Aïn Issa. Le 6, ils parviennent à reprendre pied dans la ville avant d'être finalement repoussés par les YPG le 10 juillet. L'État islamique laisse au moins 150 morts dans l'offensive et au moins quelques dizaines de combattants Kurdes sont tués[634],[635],[636],[637]. Enfin, le 27 juillet, après trois semaines de combats, les YPG prennent à l'EI la petite ville de Sarrine, au sud de Kobané[638]. À Hassaké, les combats durent un mois, l'EI s'empare de plusieurs quartiers au sud, mais les Kurdes effectuent une manœuvre de contournement et prennent les djihadistes à revers. Le 28 juillet, après avoir encerclé les derniers combattants, les YPG et les loyalistes reprennent le contrôle de la ville. La bataille a fait environ 500 morts[639],[640].

Articles détaillés : Bataille de Deraa et Bataille d'Alep.
Char T-72 de l'armée syrienne durant la bataille de Deraa.

De leur côté, les rebelles tentent en juillet de livrer des offensives décisives pour prendre Alep et Deraa. Le 25 juin, le Front du Sud lance l'assaut sur Deraa mais il ne progresse que légèrement et le régime tient toujours la moitié de la ville[641],[642]. Puis, le 3 juillet, les coalitions Fatah Halab et Ansar al-Charia mènent une offensive sur Alep, considérée comme la plus importante depuis le début de la bataille en juillet 2012[643],[644]. Mais là aussi, malgré quelques gains des rebelles, les loyalistes tiennent le choc et repoussent la plupart des assauts[645].

Article détaillé : Troisième bataille de Zabadani.

Le 4 juillet, le Hezbollah et l'armée syrienne répondent en attaquant Zabadani, une ville isolée et encerclée, dernier bastion rebelle dans le Qalamoun, tenue principalement par Ahrar al-Sham[646],[647]. Les rebelles résistent et un cessez-le-feu est conclu le 24 septembre, en même temps que dans les villages de Foua et Kafraya, les dernières positions loyalistes dans le gouvernorat d'Idleb, encerclées par les rebelles[648],[649]. Le blocus se poursuit également à Madaya, ville située juste au sud de Zabadani, également assiégée depuis juillet par les forces loyalistes et également concernée par le cessez-le-feu de septembre, mais à partir de décembre ses 40 000 habitants commencent à être en proie à la famine[650],[651],[652].

Dans le nord, l'Armée de la conquête lance une offensive le 27 juillet dans la plaine de Sahl al-Ghab, au sud de Jisr al-Choghour, les combats y sont indécis et font des centaines de morts de part et d'autres[653]. Le 8 août, l'État islamique reprend son offensive contre les rebelles au nord d'Alep, en attaquant la petite ville stratégique de Marea, où des combats acharnés ont lieu, faisant au moins 195 morts chez les rebelles et 134 tués du côté de l'EI en un mois[654],[655],[656]. Le 9 septembre, après deux années de siège, la base aérienne d'Abou Douhour, qui était la dernière position tenue par l'armée syrienne dans le gouvernorat d'Idleb, est prise par le Front al-Nosra. Plus d'une centaine de soldats loyalistes sont tués au combat ou exécutés après avoir été capturés[657],[658],[659].

Le 16 août, le régime syrien mène son raid aérien le plus meurtrier depuis le début de la guerre, des bombardements à Douma, près de Damas, font au moins 117 morts et 250 blessés, en grande majorité des civils[660],[661],[662],[663].

Début de l'intervention militaire de la Russie en Syrie (septembre 2015 - février 2016)[modifier | modifier le code]

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Décollage d'un Soukhoï Su-24 russe à Lattaquié, le .

Affaibli militairement par une succession de défaites, Bachar el-Assad demande officiellement l'« aide militaire » de la Russie le [664]. Le même jour, le Conseil de la Fédération de la Russie approuve l'appel du président Vladimir Poutine, pour permettre l'utilisation des forces armées russes à l'étranger. En particulier, il prévoit l'utilisation de la puissance aérienne en Syrie. La décision est prise à l'unanimité des 162 voix des sénateurs présents[665]. L'aviation russe commence aussitôt une campagne de frappes aériennes en Syrie. L'État islamique est ciblé, de même que l'Armée syrienne libre, mais l'aviation russe se focalise surtout sur les positions rebelles de l'Armée de la conquête dans le gouvernorat d'Idleb[666],[667],[668],[669],[670],[671],[672],[673],[674].

Le 7 octobre, soutenues par l'aviation russe, les forces loyalistes lancent une offensive contre les rebelles dans les gouvernorats d'Idleb et de Hama[675],[676],[677],[678]. Les loyalistes étendent leur offensive au nord de Homs le 15 et au sud d'Alep le 16[679],[680]. Le régime regagne un peu de terrain, mais sa progression est modeste, les brigades de l'Armée syrienne libre équipées de missiles antichar BGM-71 TOW américains détruisent une centaine de blindés du régime et les forces loyalistes souffrent d'une mauvaise organisation et d'un manque de coordination[681],[682],[683],[684],[685],[686],[687],[688]. Sur le front entre Hama et Idleb, l'offensive se solde par échec ; le 5 novembre, après plusieurs mois de combats, la petite ville de Morek tombe entièrement aux mains des djihadistes de Jund al-Aqsa[689],[690],[691] et le lendemain Ahrar al-Sham reprend le village d'Atchane. Les rebelles reprennent alors le contrôle de toutes les zones prises en octobre par les loyalistes dans le gouvernorat de Hama[692]. En revanche, les loyalistes progressent du côté d'Alep ; le 10 novembre ils brisent l'encerclement de l'aéroport de Kweires, assiégé depuis deux ans par l'EI, puis le 12 novembre ils prennent aux rebelles la cité d'Al-Hader, au sud-ouest d'Alep, ainsi que de nombreux villages des environs[693],[694].

Article détaillé : Crise russo-turque de 2015.

Le 24 novembre cependant, un Soukhoï Su-24 russe est abattu par l'aviation turque près de Lattaquié, un pilote est tué, ce qui provoque une crise diplomatique entre la Russie et la Turquie[695],[696].

Article détaillé : Bataille d'Al-Qaryatayn.

De son côté, l'État islamique progresse contre le régime syrien dans le gouvernorat de Homs et se rapproche de la frontière avec le Liban. Le 6 août, il commence par prendre la ville d'Al-Qaryatayn, au sud-est de Homs, en une seule journée d'affrontements[697]. Puis il prend au régime la petite ville de Mahin, près de Sadad dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre[698],[699]. Mahin est reprise par les loyalistes le 23 novembre[700], puis à nouveau reconquise par l'EI le 10 décembre[701] et encore reprise par le régime le 29 décembre[702].

Articles détaillés : Bataille de al-Hol et Offensive de Tichrin.
Combattants des YPG au nord de Racca, c. .

Pendant ce temps, dans le nord de la Syrie, les Kurdes des YPG et des YPJ, les miliciens arabes chammar de l'Armée Al-Sanadid, les chrétiens du Conseil militaire syriaque et des brigades de l'Armée syrienne libre se rassemblent le pour former les Forces démocratiques syriennes (FDS)[703]. Cette alliance, largement dominée par les Kurdes, lance une offensive contre l'État islamique le 31 octobre dans la zone de al-Hol, au sud-est d'Hassaké[703],[704]. Appuyées par l'aviation américaine, les FDS remportent une première victoire en prenant la petite ville de al-Hol le 12 novembre et plus de 1 000 kilomètres carrés le long de la frontière irakienne, les pertes des djihadistes sont estimées entre 100 et 500 morts[705],[706]. Un mois plus tard, le 26 décembre, les FDS s'emparent du barrage de Tichrin, sur l'Euphrate[707]. Les Kurdes et leurs alliés peuvent alors franchir le fleuve à l'ouest, mais ils poursuivent également leur progression au sud, entre Aïn Issa et Racca, dans les premiers jours de janvier 2016[708],[709].

Un combattant des YPG pendant la bataille de al-Hol
Article détaillé : Siège de Homs.

Au début du mois de décembre 2015, la ville de Homs repasse entièrement sous le contrôle du régime syrien. Un accord est conclu le 1er décembre entre les loyalistes et les rebelles et neuf jours plus tard 2 000 personnes, combattants et civils, commencent l'évacuation du quartier de Waer, le dernier de la ville qui se trouvait encore aux mains de l'opposition[710].

Le , Zahran Allouche, chef de Jaysh al-Islam et chef militaire du Front islamique, est tué à Al-Marj, près de Damas dans la Ghouta orientale, par des frappes aériennes russes ou syriennes contre une réunion de chefs rebelles. Abou Himam al-Buwaydani lui succède à la tête du groupe[711],[712].

Le , l'État islamique lance une importante offensive contre les forces loyalistes encerclées à Deir ez-Zor[713]. Selon l'OSDH, les cinq premiers jours de combats font au moins 200 morts du côté des loyalistes, dont 48 prisonniers exécutés, 110 tués au moins du côté de l'EI, dont 30 kamikazes, et 42 civils tués par les frappes aériennes[714],[715]. Les djihadistes s'emparent d'un quartier au nord-ouest de la ville[716]

Char T-90 du régime syrien au nord d'Alep, le .

En janvier 2016, après plusieurs mois de résistance, les forces rebelles finissent par reculer dans le gouvernorat de Lattaquié[681]. Soutenus par les Russes, les loyalistes s'emparent des deux principaux bastions stratégiques rebelles de la région ; le village de Salma le 12 janvier, puis celui de Rabia le 24 janvier, qui étaient tenus par l'opposition depuis 2012[717],[718]. Selon l'OSDH, plus de 124 rebelles et 72 loyalistes sont tués dans ces combats[719]. Au sud, dans le gouvernorat de Deraa, les loyalistes avancent également en prenant au Front du Sud la ville de Cheikh Maskine le 25 janvier, après une bataille de 28 jours au cours de laquelle les rebelles laissent 210 morts dans les combats[720],[721],[722]. Depuis décembre, la livraison aux rebelles de missiles antichar TOW, qui avaient été décisifs en octobre et novembre, est interrompue[681],[723]. Dans le gouvernorat d'Alep, une offensive est lancée le , cette fois-ci au nord de la ville d'Alep, par 10 000 hommes de l'armée syrienne, des Forces de défense nationale, du Hezbollah libanais, de l'Organisation Badr, des Kataeb Hezbollah, du Harakat Hezbollah al-Nujaba, de la Brigade des Fatimides, de la Force Al-Qods et d'unités de l'armée iranienne, appuyés par les spetsnaz et l'aviation russe[724],[725],[726]. Le 3 février, les forces du régime brisent le siège de Nobl et Zahraa, coupent la route d'approvisionnement des rebelles au nord d'Alep, qui reliait la ville à la frontière turque, et remportent ainsi une victoire stratégique majeure[727],[728]. Selon l'OSDH, les dix premiers jours de l'offensive font plus de 500 morts, dont une centaine de civils[729]. La progression du régime provoque des tensions diplomatiques ; la Russie accuse la Turquie de préparer une intervention militaire en Syrie[730],[731], la Turquie se déclare favorable à une intervention au sol contre l'EI et contre les YPG, mais réclame le soutien de ses alliés et la fin de leur aides aux forces kurdes[732],[733], l'Arabie saoudite se déclare prête à participer à une intervention au sol contre l'EI si la coalition en prend la décision[734], les États-Unis restent en retrait et s'accrochent à l'espoir d'une trêve en négociant avec la Russie[735],[736].

Article détaillé : Bataille de Tall Rifaat (2016).

À Azaz, les rebelles se retrouvent pris en étau entre les YPG à l'ouest, les loyalistes au sud et l'État islamique à l'est. Soutenus par l'aviation russe, les YPG s'emparent de l'aéroport de Menagh le 10 février[737],[738],[739],[740],[741]. Ils avancent ensuite vers Azaz et Tall Rifaat[742]. Le 13, l'artillerie turque postée à la frontière intervient et bombarde les positions kurdes dans le district d'Azaz[743],[744],[745]. Malgré cela, les YPG prennent Tall Rifaat le 15 février[746].

En février, les Forces démocratiques syriennes reprennent également leurs offensives contre l'État islamique dans le gouvernorat d'Hassaké. Le 19 février, la ville d'Al-Chaddadeh est prise[747]. Les djihadistes répondent le 27 février en menant un raid à l'intérieur des territoires tenus par les Kurdes à Tall Abyad et plusieurs villages de ses environs, les affrontements font plus de 200 morts[748].

Article détaillé : Bataille de Khanasser.

Le 21 février, les forces du régime progressent à l'est d'Alep et reprennent plusieurs villages à l'État islamique[749]. Cependant les djihadistes contre-attaquent au sud-est d'Alep dans la nuit du 21 au 22 et coupent la route de ravitaillement reliant Alep au gouvernorat de Hama au niveau de la ville de Khanasser, qui est prise le 23 février par l'EI, puis reprise par le régime le 25[750],[751]

Un fragile cessez-le-feu (depuis février 2016)[modifier | modifier le code]

Évolution de la situation en Syrie en 2016
1er janvier 2016
1er février 2016
1er mars 2016
1er avril 2016
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Partisans du Front al-Nosra et de l'Armée syrienne libre manifestant à Ma'arrat al-Numan le . Des affrontements éclatent le lendemain entre les deux groupes.

Le , les États-Unis et la Russie présentent les modalités d'un cessez-le-feu entre les forces loyalistes et rebelles, mais ne concernant pas l'État islamique, le Front al-Nosra et les groupes « considérés comme terroristes par le Conseil de sécurité de l’ONU »[752],[753],[754],[755],[756]. Le 23, le gouvernement de Bachar el-Assad fait savoir qu'il accepte le cessez-le-feu tout en continuant à combattre « Daech, le Front Al-Nosra et les autres groupes terroristes qui leur sont liés »[757]. Le président syrien annonce également la tenue d'élections législatives le [758]. Le même jour, le Haut Comité des négociations (HCN), qui regroupe une partie de l'opposition armée et politique, s'engage à une « trêve provisoire de deux semaines » pour vérifier le « sérieux de l’engagement de l’autre partie » et « sous conditions » comme la levée des sièges des villes syriennes, la libération des prisonniers, l’arrêt des bombardements des civils et la livraison d’aide humanitaire[758],[759]. Les YPG se déclarent également prêts à accepter la trêve mais la Turquie demande à ce qu'ils en soient exclus[760],[761]. Le cessez-le-feu entre en vigueur le 27 février à minuit[752]. Les premiers jours, il est en partie respecté, les affrontements diminuent fortement en intensité[762],[763],[764],[765]. Le 13 mars, le secrétaire d'État américain John Kerry estime que « Le niveau de la violence a été réduit de 80 % à 90 %, ce qui est très significatif »[766]. Le 14 mars, Vladimir Poutine annonce le début du retrait d'une partie des forces russes engagées en Syrie[767],[768],[769],[770]. Selon l'OSDH, au moins 630 personnes, dont 170 civils, sont tuées entre le 27 février et le 27 mars dans les zones concernées par le cessez-le-feu[771].

À partir du 4 mars, dans les gouvernorats de Alep, Idleb, Rif Dimachq, Deraa et Homs, des manifestations anti-régime reprennent, semblables à celles de 2011[772],[764],[773],[774],[775]. Cependant le 12 mars, des manifestations à Ma'arrat al-Numan dégénèrent en affrontements entre la 13e division de l'Armée syrienne libre et les djihadistes du Front al-Nosra et de Jund Al-Aqsa. Les djihadistes prennent l'avantage le 13 mars et chassent l'ASL de la ville, mais des manifestations se poursuivent, cette fois contre le Front al-Nosra[776].

Le , à Rmeilane, le PYD et des factions arabes et assyriennes annoncent la création d'une région fédérale dans le nord de la Syrie. Cette annonce est aussitôt rejetée par le régime syrien, l'opposition syrienne, les États-Unis et la Turquie[777],[778],[779],[780]. La Russie, cependant, avait proposé une solution fédérale le 29 février[781],[782].

Article détaillé : Bataille de Palmyre (2016).

Le 7 mars, l'armée syrienne et les milices chiites, soutenues par les forces iraniennes et russes, lancent une offensive contre l'État islamique à Palmyre[783],[784]. Les loyalistes atteignent la ville le 24 mars et la reprennent le 27 mars après des combats qui auraient fait environ 200 morts dans leurs rangs contre 400 tués du côté des djihadistes[785]. Puis le 3 avril, dans l'ouest du gouvernorat de Homs, après plusieurs mois d'affrontements indécis dans la région, les loyalistes reprennent à l'EI la ville d'Al-Qaryatayn[786].

Dans le gouvernorat de Deraa, à partir de mars des affrontements opposent d'un côté la Brigade des martyrs de Yarmouk et le Harakat al-Muthanna, et de l'autre le Front du Sud, le Front al-Nosra et Ahrar al-Sham, les premiers gagnent du terrain et prennent notamment la petite ville de Tasil et plusieurs villages fin mars, mais les rebelles contre-attaquent début avril et reprennent le terrain perdu[787],[788],[789],[790]. À la mi-mars, la Légion du Sham, la Brigade Sultan Mourad, Fastaqim Kama Umirt et plusieurs autres groupes rebelles lancent une offensive contre l'État islamique à l'est d'Azaz et reprennent plusieurs villages le long de la frontière turque[791],[787],[792]. Soutenus par l'artillerie turque et l'aviation américaine, ils s'emparent du poste-frontière d'al-Raï le 7 avril[793],[794],[790]. Mais les djihadistes contre-attaquent et reprennent al-Raï le 11 avril, suivi de plusieurs villages[795],[796]. Au sud-ouest d'Alep, les djihadistes du Front al-Nosra et de Jund al-Aqsa attaquent les positions loyalistes et prennent la localité d'Al-Eis le 1er avril[797],[798],[799],[800]. Les combats se poursuivent dans cette zone les jours suivant, puis ils éclatent à Hendarat au nord d'Alep et atteignent à nouveau les environs de Khanasser au sud-est[801],[802]. Selon l'OSDH, les affrontements dans le gouvernorat d'Alep font plus de 200 morts du 10 au 15 avril[803]. La ville d'Alep même est frappée par des bombardements massifs commis par les deux camps, qui tuent au moins 253 civils du 22 au 30 avril[804].

Conférences de paix[modifier | modifier le code]

« Conférence internationale des amis de la Syrie »[modifier | modifier le code]

Le se tient en Tunisie la première Conférence internationale des amis de la Syrie, regroupant une soixantaine de délégations occidentales et arabes qui souhaitent voir condamner fermement le régime syrien. Elle se réunit pour la troisième fois à Paris le , avec 106 pays participants qui se heurtent toujours au refus de la Chine et la Russie d'infliger des sanctions à la Syrie. Elle se réunit pour la cinquième fois à Amman, en Jordanie, le [805], et pour la sixième fois à Doha, au Qatar, le [806], avec, chaque fois, 11 pays participants.

Conférences de Genève sur la Syrie[modifier | modifier le code]

Fin 2013, les Nations unies soutiennent la mise en place d'une conférence diplomatique internationale sur le futur de la Syrie. Baptisé « conférence Genève II sur la Syrie»[807], « Conférence de paix au Moyen-Orient Genève II » ou simplement « Genève 2 », le processus a pour objectif de mettre fin au conflit en amenant les belligérants à la table des négociations[808],[809] avec pour objectif avoué de négocier la création d'un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs[810].

La conférence débute le 22 janvier 2014 à Montreux et se poursuit, du 23 au 31 janvier 2014, à Genève (Suisse)[Note 1], à un moment ou le régime syrien a repris l'avantage militaire sur les rebelles. En l'absence de résultats tangibles, un second round a lieu à partir du 10 février et les travaux sont suspendus le 15 février 2014[811]. Un troisième round de négociations est prévu[812].

Le 14 mars 2016, les rebelles syriens et les émissaires de Damas se retrouvent pour la première fois depuis la mise en place du cessez-le-feu à Genève pour 10 jours de pourparlers. Ils doivent se mettre d'accord sur la mise en place d'un gouvernement inclusif, une constitution et la mise en place d'élections présidentielle et législatives dans les 18 mois sous l’égide de l'ONU.

Selon Alain Frachon, journaliste au Monde, en mars 2016 Russie et États-Unis ont des intérêts communs dans la guerre syrienne et donc agissent de concert. Ces deux grandes puissances poussent l'Iran et l'Arabie saoudite, qui s'y font la guerre par procuration, à discuter à Genève, tout en leur faisant la leçon : leur objectif serait d'éviter de renouveler le chaos irakien (donc pas de démantèlement complet de l’État syrien) et d'avoir à se retrouver face à face dans l'avenir, à force de les soutenir dans leurs affrontements de puissances locales[813].

Conférence de Munich du 11 février 2016[modifier | modifier le code]

Cette réunion se tient à Munich les 11 et 12 février 2016 à l'invitation du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, et réunit le secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, avec l'envoyé spécial de l'ONU pour le règlement du conflit en Syrie, Staffan de Mistura, des représentants du groupe international de soutien à la Syrie, et des représentants des pays impliqués[814]. Elle aboutit à un accord sur l'approvisionnement humanitaire de plusieurs zones touchées par les combats et à l'étude d'un cessez-le-feu le 1er mars 2016. Cela signifie que d'ici-là l'aviation russe ne doit viser que les organisations listées terroristes par les Nations unies, soit le Front al-Nosra et l'État islamique[815]. Les deux grandes puissances, les États-Unis et la Russie, se sont en outre entendues sur le fait que la Syrie et les représentants de son opposition doivent s'accorder sur « consentement mutuel », ce qui anéantit la position de Laurent Fabius[816] posant le départ de Bachar Al-Assad comme « préalable » à un règlement du conflit.

Utilisation de tactiques et d'armes non conventionnelles[modifier | modifier le code]

Armes chimiques[modifier | modifier le code]

L'utilisation de gaz sarin[472] du chlore[817] et de gaz moutarde[818] est observée pendant le conflit. La majorité des attaques chimiques sont le fait du régime syrien[472], mais l'État islamique en fait également usage[818], de même peut-être que les rebelles[819].

La première attaque chimique du conflit a lieu à Homs, le . Plusieurs autres suivent ; le à Khan Al-Assal, près d'Alep et Atayba près de Damas ; le 24 mars à Adra ; le 13 avril dans le quartier kurde de Cheikh Maksoud à Alep et dans le quartier de Jobar à Damas et le 29 avril à Saraqeb[820],[821]. L'attaque la plus meurtrière à lieu le 21 août 2013 en banlieue de Damas, dans les localités de Jobar, Zamalka, Ain Tirma, et Hazza. Le nombre des victimes varie, selon les sources entre 281 et 1 429 morts[822],[472]. Des armes chimiques sont à nouveau utilisées à Kafr Zita, près de Hama, le [823] et à Marea le [818].

Attentats à la bombe et attentats-suicides[modifier | modifier le code]

Le Front al-Nosra a revendiqué la responsabilité de 57 des 70 attentats-suicides recensés jusqu'en avril 2013[824]. Ces attentats ont fait de très nombreuses victimes civiles[825].

Missiles Scud[modifier | modifier le code]

En décembre 2012, le camp gouvernemental commence à tirer des missiles Scud sur les villes tenues par les rebelles, en particulier Alep[826].

Le 19 février 2013, quatre Scud sont tirés : trois d'entre eux tombent sur Alep et un sur la localité de Tell Rifaat (gouvernorat d'Alep). Entre décembre 2012 et février 2013, une quarantaine d'impacts de Scud ont été documentés[827] et, sur le seul mois de février 2013, les attaques de Scud ont fait au moins 141 morts[828]. Le 1er mars 2013, un missile Scud, probablement destiné au gouvernorat de Deir Ezzor atterrit en Irak[829]. Le 29 mars 2013, un Scud frappe la zone de Huraytan (Alep), tuant 20 personnes et en blessant 50[830]. Le 28 avril 2013, l'OSDH rapporte une attaque de Scud contre Tell Rifaat ayant fait quatre victimes (deux femmes et deux enfants)[831]. Le 3 juin 2013, un missile sol-sol, dont le type exact n'a pas été déterminé, frappe le village de Kafr Hamrah aux environs de minuit, tuant 26 personnes, dont six femmes et huit enfants, selon l'OSDH[832].

Les États-Unis ont condamné l'usage des Scud dans le conflit syrien[833].

Armes à sous-munitions[modifier | modifier le code]

L'armée syrienne a commencé à utiliser des armes à sous-munitions dès septembre 2012. Steve Goose, directeur du bureau des Armes à Human Rights Watch explique que « la Syrie étend son utilisation répétée des armes à sous-munitions, qui sont interdites, et les civils en paient le prix en termes de morts et de blessés » […] « le bilan initial ne constitue qu'un début, car ces armes laissent des sous-munitions non explosées qui continuent à tuer et à mutiler pendant très longtemps »[834].

Bombes à barils[modifier | modifier le code]

Une bombe à baril (barrel bomb) est un type d'engin explosif improvisé couramment utilisé par l'armée de l'air syrienne contre les zones rebelles, y compris en milieu urbain et sur des populations civiles. Chaque baril est rempli d'une quantité importante de TNT auquel on ajoute des éléments métalliques (shrapnel) et de l'essence. Le tout est largué depuis un hélicoptère. La détonation qui en résulte peut être dévastatrice[835],[836],[837] ,[838].

Selon un rapport d'Amnesty International publié le , les bombardements au baril d'explosifs largués par hélicoptère ont fait 11 000 morts parmi les civils depuis 2012[839],[840]. Le Réseau syrien des droits de l'homme affirme de son côté avoir recensé l'explosion de 19 947 barils d'explosifs du au , ayant causé la mort de 8 136 civils, dont 2 036 femmes et 2 274 enfants[841].

Armes thermobariques[modifier | modifier le code]

Des armes thermobariques (bombes fuel-air) sont utilisées dans le conflit syrien par le camp loyaliste. Depuis 2012, les rebelles dénoncent l'usage de ces armes par l'armée de l'air syrienne, qui les a utilisées pour frapper les zones résidentielles occupées par les combattants rebelles, pendant la Bataille d'Alep et à Kafr Batna[842],[843]. Un groupe d'enquêteurs de l'ONU a conclu que le gouvernement syrien a utilisé les bombes fuel-air contre la ville stratégique de Qousseir en mars 2013[844].

En août 2013, la BBC a évoqué l'usage de bombes incendiaires comparables à des bombes au napalm sur une école du nord du pays[845],[846].

Crimes et exactions[modifier | modifier le code]

Violations des droits humains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droits de l'homme en Syrie.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains et selon les Nations unies, des violations des droits humains ont été commises par le gouvernement et par les rebelles, la très grande majorité des abus étant attribués au gouvernement syrien[847] ,[848] ,[849] ,[850]. La commission de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits humains en Syrie confirme au moins 9 massacres délibérés dans la période allant de 2012 jusqu'à la mi-juillet 2013. Le gouvernement syrien est désigné comme l'auteur de 8 de ces massacres et l'opposition du neuvième[851],[852].

Women Under Siege, une organisation de défense des droits humains, avait documenté, en juillet 2012, plus de 100 cas de viols et d'agressions sexuelles pendant le conflit. La plupart de ces crimes étaient attribués aux Shabiha et aux autres milices loyalistes. Les victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants, les femmes et les filles représentant 80% des victimes[853].

Fin novembre 2013, selon un rapport de l'EMHRN intitulé Violence against Women, Bleeding Wound in the Syrian Conflict, près de 6 000 femmes avaient été victimes de viols (y compris de viols collectifs) depuis le début du conflit. Les chiffres sont probablement plus élevés, un grand nombre de cas ne faisant pas l'objet de déclaration[854],[855],[856]. En mars 2014, Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne des droits de l'homme, estime à plus de 50 000 le nombre des femmes violées dans les prisons du régime syrien[857].

Le , l'organisation Human Rights Watch publie un rapport détaillé portant sur la période de juin 2012 – juillet 2013 et montrant que le gouvernement syrien a fait raser 7 districts rebelles dans les villes de Damas et d'Hama, sur une surface correspondant à 200 terrains de football. Des témoignages confirmés par des photos-satellites montrent l'usage de bulldozers et d'explosifs pour raser des immeubles[858]. Ces déprédations sont qualifiées de punition dirigée contre les habitants des zones acquises aux rebelles[859].

Pour la géographe Leïla Vignal, les assauts menés par les forces du régime « corroborent le diagnostic de bombardement « indiscriminé » des populations, une tactique militaire illégale au regard du droit humanitaire international. De ce point de vue, les destructions urbaines ne sont pas seulement l’une des conséquences du conflit armé : elles sont aussi, et peut-être surtout, une arme aux mains des forces gouvernementales »[215].

Torture dans les prisons du régime syrien[modifier | modifier le code]

En janvier 2014, trois anciens procureurs internationaux — Sir Desmond de Silva QC, ancien procureur général de la Cour spéciale pour la Sierra Leone, Sir Geoffrey Nice QC, ancien procureur au procès de Slobodan Milosevic, et le Professeur David Crane, qui a mis en accusation le président Charles Taylor — publient un rapport dans lequel ils affirment que 11 000 prisonniers ont été exécutés ou torturés à mort dans les prisons du régime syrien. Le rapport, commandé par le Qatar, allié de la rébellion, se base sur le témoignage d'un déserteur surnommé « César ». Ce dernier, un photographe ayant déserté la police militaire syrienne, avait fourni 55 000 photos numériques, dont 27 000 sont authentifiées par l'ONU et des ONG et quelques-unes rendues publiques[860],[861],[862]. La plupart des victimes étaient des hommes jeunes et leurs corps portaient souvent des traces de tortures et de privations. Certains avaient eu les yeux arrachés ; d'autres cadavres portaient des traces de strangulation ou d'électrocution[863],[864].

Pour Human Rights Watch : « Selon des détenus libérés et des transfuges, les méthodes de torture utilisées par les forces de sécurité syriennes sont notamment de longs passages à tabac, souvent avec des matraques et des câbles métalliques, l’obligation pour les détenus de demeurer dans des positions pénibles et douloureuses pendant des périodes prolongées, l’électrocution, l’agression sexuelle, l’arrachage des ongles des mains et le simulacre d’exécution »[865].

À la date du , l'OSDH affirme que le nombre de détenus morts sous la torture est d'au moins 14 387, dont 13 475 civils, 108 enfants, 53 femmes, 912 rebelles et qu'environ 20 000 autres prisonniers sont portés disparus[30],[866]. Le Réseau syrien des droits de l'homme (RSDH) affirme de son côté avoir recensé 11 427 morts à la date du [31]. En 2015, selon les sources, entre 100 000 et 200 000 Syriens ont disparu dans les prisons du régime[867],[868].

Le , les enquêteurs du Conseil des droits de l'homme des Nations unies affirment que ces exactions sont le résultat d'une « politique d'État » et accusent le régime syrien de mener une « extermination » des détenus. Le chef de la commission, Paulo Pinheiro, déclare : « Le caractère massif des morts de détenus suggère que le gouvernement syrien est responsable d’actes qui relèvent de l’extermination et sont assimilables à un crime contre l’humanité »[869].

Exactions envers des enfants[modifier | modifier le code]

Le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Ali Al-Khateeb, un garçon âgé de 13 ans disparu depuis le 29 avril, est rendu à sa famille par les autorités syriennes. Il porte des marques de tortures : cou et mâchoire brisés, rotules broyées, brûlures de cigarettes, blessures par balles dans les bras et parties génitales mutilées. Il avait été arrêté lors d'une manifestation contre le régime. Les images de son corps, diffusées par la famille, alimentent l'indignation contre le régime, qui nie les tortures et les circonstances du décès[870],[871],[872],[873].

Au début du mois de février 2012, le Fonds des Nations unies pour l'enfance estimait en outre que plus de 500 enfants avaient été tués[874] ; 400 enfants supplémentaires auraient aussi été arrêtés et torturés dans les prisons syriennes[875]. Ces deux informations ont été contestées par le gouvernement syrien.

Le 12 juin 2012, l'ONU dénonce le gouvernement syrien comme étant « l'un des pires sur sa liste annuelle « de la honte » où figurent les protagonistes des pays en conflit où les enfants sont tués, torturés et forcés à combattre. » Dans son rapport « Les enfants dans les conflits armés », rendu public le même jour, les Nations unies affirment que « les soldats syriens ont torturé et exécuté sommairement des enfants, et se sont servis de certains d'entre eux âgés d'à peine huit ans comme de « boucliers humains » au cours de leurs opérations contre les rebelles ». Le rapport cite à l'appui les circonstances d'une opération menée le 9 mars par les forces de sécurité syriennes, armée, services de renseignement et milice Shabiha, contre le village d'Ayn l'Arouz dans la région d'Idlib où ont été « raflés des dizaines de garçons âgés de huit à treize ans avant d'attaquer le village. « Ces enfants ont été ensuite utilisés par des soldats et des miliciens comme boucliers humains, placés devant les vitres des autocars transportant les militaires pour pénétrer dans le village lors de l'assaut. Parmi les 11 morts du premier jour de combats ont figuré trois garçons de 15 à 17 ans. Trente-quatre autres personnes, dont deux garçons de 14 et 16 ans et une fillette de neuf ans, ont été capturés. Le village fut finalement incendié et quatre des 34 prisonniers ont été abattus par balles et brûlés, notamment les deux garçons ». Radhika Coomaraswamy, représentante spéciale de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés, avait déjà fustigé les forces gouvernementales syriennes avant la publication de ce rapport déclarant « J'ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu'en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains[876]. »

Le , Leila Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés, déclare que le nombre d'enfants affectés par le conflit a doublé en un an et que la Syrie est ainsi devenue « l'un des endroits au monde les plus dangereux pour les enfants ». Elle estime que 3 millions d'enfants syriens sont privés d'éducation « depuis trois ans pour nombre entre eux »[877].

Des enfants soldats sont aussi présents sur le front, d'après Human Rights Watch[878].

Début 2016, il est évalué que plus de 90 % des morts d’enfants et des blessures subies par les enfants durant le conflit syrien ont été infligées par les bombardements aériens[215].

Exactions de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Selon l'OSDH, les massacres et les exécutions commis par l'État islamique font au moins 4 064 morts en Syrie entre le et le . Parmi eux figurent 2 197 civils mis à mort certains pour sorcellerie, homosexualité ou collaboration avec la coalition antijihadiste, 85 enfants et 125 femmes, 1 128 soldats et miliciens du régime syrien, 301 rebelles syriens, y compris des djihadistes du Front al-Nosra et des Kurdes des YPG, et 426 de ses propres hommes pour tentative de désertion ou suspectés d'espionnage. L'OSDH estime cependant que le bilan réel est probablement plus élevé et évoque notamment plusieurs centaines de disparus dans les prisons de l'EI[879].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les exactions de l'État islamique ont fait 3 967 morts, dont 2 913 rebelles et 1 045 civils, dont 184 femmes et 145 enfants. Le groupe détient 3 914 personnes, dont 159 femmes et 487 enfants et 1 471 personnes ont été « forcées à disparaître »[31].

Exactions des rebelles syriens[modifier | modifier le code]

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les exactions des rebelles syriens ont fait 1 787 morts, dont 138 autres rebelles et 1 649 civils, dont 427 femmes et 360 enfants. Les groupes rebelles ont arrêté 2 029 personnes, dont 875 femmes et 136 enfants et de plus 1 610 personnes ont été « forcées à disparaître »[31]. Ce bilan n'inclut pas les exactions du Front al-Nosra qui ont fait 313 morts, dont 73 de l'opposition armée et 258 civils, dont 66 femmes et 44 enfants. Le groupe détient 1 236 personnes, dont 30 femmes et 53 enfants et 269 personnes ont été « forcées à disparaître »[31].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Bilan total[modifier | modifier le code]

Graphique des morts cumulés depuis le début de la guerre en Syrie

Le 13 juin 2013, l'ONU rend public une nouvelle estimation du nombre de personnes tuées depuis le début du conflit, avec un chiffre de 92 901 à la fin du mois d'avril 2013. Navanethem Pillay déclare alors : « Il s'agit très vraisemblablement d'une estimation basse du nombre de victimes. », le nombre réel étant estimé à plus de 100 000[880]. Certaines régions du pays ont été frappées de manière disproportionnée par la guerre ; selon certaines estimations, près d'un tiers des morts sont intervenues dans la ville de Homs[881].

Le , le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) affirme avoir comptabilisé 191 369 cas documentés de personnes tuées en Syrie entre mars 2011 et fin avril 2014. Il estime cependant que ce nombre est sans doute une sous-estimation du nombre réel des tués. La liste est établie sur la base des données issues de cinq sources différentes : le gouvernement syrien (jusque fin mars 2012), l'Observatoire syrien des droits de l'homme (jusque fin avril 2013), le Centre syrien pour les statistiques et la Recherche, le Réseau syrien des droits de l'homme et le Centre de documentation des violations[882]. En août 2015, l'ONU estime que le bilan du conflit est d'environ 250 000 morts[34].

À la date du , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme avoir recensé 273 520 morts, mais estime que le bilan réel du conflit se porte plutôt à 370 000 morts[30].

La Ligue arabe juge que les bilans de l'OSDH sont surestimés. Le , elle affirme que la guerre civile syrienne a fait 100 293 morts de mars 2011 à juin 2015.

Le , le Centre syrien pour la recherche politique affirme que le conflit a fait 470 000 morts depuis mars 2011, dont 70 000 en raison d'un manque d'eau potable, de nourriture ou de médicaments, et 1,9 millions de blessés[35],[883].

Pertes des forces belligérantes[modifier | modifier le code]

Rapport de pertes belligérantes totales en Syrie (à octobre 2015)

Pertes du camp loyaliste[modifier | modifier le code]

À la date du , selon l'OSDH les pertes du camp loyaliste sont d'au moins 55 435 morts pour l'armée syrienne, de 38 208 morts pour les Forces de défense nationale et les milices, 1 041 morts pour le Hezbollah et 3 897 tués pour les milices chiites étrangères[30].

Selon un rapport de The Institute for the Study of War publié le , le nombre des tués dans l'armée syrienne depuis le début du conflit est estimé à 44 000[884],[96].

Pertes des forces de l'opposition[modifier | modifier le code]

À la date du , selon l'OSDH les pertes des forces de l'opposition sont d'au moins 91 584 morts. Un bilan qui inclut les Kurdes des YPG — mais pas les volontaires kurdes non-syriens — et les djihadistes de l'État islamique[30].

Selon l'OSDH, au moins 1 759 rebelles ont été tués par les frappes aériennes russes entre le 30 septembre 2015 et le 30 avril 2016[885].

Pertes de l'État islamique[modifier | modifier le code]

En mai 2015, le chercheur Romain Caillet estime que les pertes de l'EI en Irak et en Syrie pourraient être d'environ 20 000 tués, dont la moitié dans les frappes de la coalition[177].

En juin 2015, l'OSDH estime que l'État islamique a perdu 8 000 hommes en Syrie, dont plus de 2 600 tués par les frappes de la coalition[44],[886].

Selon l'OSDH, au moins 4 195 djihadistes de l'EI ont été tués par les frappes de la coalition entre le 22 septembre 2014 et le 23 avril 2016[887], tandis que les frappes russes ont tué au moins 2 035 djihadistes de l'EI entre le 30 septembre 2015 et le 30 avril 2016[885].

Pertes des Kurdes des YPG[modifier | modifier le code]

Les Kurdes des YPG et YPJ ont déclaré que leurs pertes ont été de 379 morts pendant l'année 2013[888], 537 morts pour l'année 2014[41] et 680 pour l'année 2015[42].

Pertes iraniennes[modifier | modifier le code]

Selon The Washington Post, au moins 67 Iraniens sont tués en octobre et novembre 2015, ce qui représente une augmentation, les pertes étant habituellement d'environ 10 tués par mois depuis 2013 d'après Ali Alfoneh, expert iranien de la Foundation for Defense of Democracies, basée à Washington[36]. Selon l'historien Stéphane Mantoux, 172 soldats iraniens sont tués en Syrie de septembre 2015 à février 2016[889].

Pertes civiles[modifier | modifier le code]

Bilan général[modifier | modifier le code]

À la date du , au moins 79 585 civils sont morts pendant le conflit selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, dont 8 823 femmes et 13 694 enfants[30].

De mars 2011 au , le Réseau syrien des droits de l'homme recense la mort de 192 434 civils, dont 21 070 femmes et 21 152 enfants, causées dans 90 à 95% des cas par les forces du régime syrien[32].

À la date du , Centre syrien de documentation des violations recense la mort de 93 442 civils, dont 10 015 femmes et 16 052 enfants[33].

Bilan des victimes civiles des sniper du régime syrien[modifier | modifier le code]

À la date du , selon le RSDH, les sniper loyalistes ont tué 5 671 civils, dont 687 femmes et 494 enfants[31].

Bilan des victimes civiles des bombardements du régime syrien[modifier | modifier le code]

Plusieurs milliers de civils meurent dans les bombardements effectué par l'aviation syrienne et des hélicoptères qui larguent des barils d'explosifs.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, de janvier 2014 à juillet 2015, ces bombardements tuent au moins 9 469 civils, dont 2 779 enfants[890],[891]. Du au , 22 201 raids aériens et 28 259 barils explosifs sont recensés, causant la mort d'au moins 4 268 rebelles et djihadistes et d'au moins 7 902 civils, dont 1 679 enfants ou adolescents, 1 121 femmes et 5 102 hommes, ainsi que plus de 39 000 blessés[892].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les raids aériens et les tirs d'artillerie du régime ont tué 12 194 personnes, dont 96% de civils[31].

Selon Amnesty International, de 2012 au , les bombardements au baril d'explosifs largués par hélicoptère ont fait 11 000 morts parmi les civils[839],[840].

Bilan des victimes civiles des bombardements de la coalition[modifier | modifier le code]

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, du au , les bombardements aériens de la coalition ont tué au moins 391 civils, dont 67 femmes et 99 enfants[887].

Selon le Réseau syrien des droits de l'homme, du au , les bombardements aériens de la coalition ont tué au moins 304 civils, dont 82 femmes et 97 enfants[32].

Selon Airwars, un collectif de journalistes d’investigation, du au entre 519 et 719 civils ont été tués en Syrie par les frappes de la coalition[893],[894].

Bilan des victimes civiles des bombardements russes[modifier | modifier le code]

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, du au les bombardements russes ont tué au moins 2 005 civils, dont 305 femmes et 481 enfants[885].

Selon le Réseau syrien des droits de l'homme, du au , les bombardements russes ont tué au moins 1 984 civils, dont 286 femmes et 443 enfants[895],[32].

Le Centre syrien de documentation des violations recense 1 992 civils tués par les bombardements russes du au [893].

Selon Airwars, du au , entre 3 590 et 4 501 civils ont été tués en Syrie par les frappes russes[893].

Impact de la guerre civile[modifier | modifier le code]

Déplacés et réfugiés[modifier | modifier le code]

Une vue aérienne rapprochée (au 18 juillet 2013) du camp Za'atri (Zaatari en Jordanie) pour les réfugiés syriens. L'hélicoptère transportait le secrétaire d’état américain John Kerry et le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh.

Du fait de la guerre, plusieurs millions de Syriens (sur une population totale de 22 millions avant guerre) ont dû abandonner leurs foyers.

Plus d'un million d'entre eux ont trouvé refuge au Liban voisin (soit l’équivalent d’un quart de la population libanaise). La Jordanie a également vu affluer plus de 600 000 réfugiés syriens qui y survivent dans des conditions extrêmement précaires. Le camp de réfugiés de Zaatari, établi en territoire jordanien, à 12 km de la frontière syrienne et construit pour 50 000 personnes, est devenu une ville de tentes où s'entassent plus de 100 000 Syriens et le second camp de réfugiés au monde par la taille. Il est gangréné par les gangs et les recruteurs de la rébellion, surpeuplé, inondé en hiver et mal accepté par la population locale. En mai 2014, l'ONU a ouvert un second camp en Jordanie (Al Azraq), à 90 km d'Amman, en tirant les enseignements des dysfonctionnements enregistrés à Zaatari. Financé intégralement par les organisations non gouvernementales, relativement isolé, dimensionné pour accueillir 130 000 réfugiés, Al Azraq est en effet conçu comme une série de villages où les Syriens sont regroupés par origine géographique et la sécurité y a été renforcée[896].

En août 2012, l'ONU estimait qu'un million de personnes avaient été déplacées à l'intérieur du territoire[897]. Un peu plus d'un an plus tard, en septembre 2013, les estimations montaient à 6,5 millions de déplacés, dont 2 millions ayant cherché refuge dans les pays voisins. 667 000 d'entre eux avaient gagné le Liban[898]. D'autres ont gagné la Turquie, la Jordanie et l'Irak, l'Égypte, la Palestine, la Libye et l'Algérie. Certains ont quitté la région pour se réfugier en Suède (14 700), en Allemagne (5 000 à 8 000), en Italie (4 600), dans d'autres pays européens voire en Russie, en Argentine ou aux États-Unis.

Réfugiés de la guerre civile syrienne

En 2013, la République d'Abkhazie aurait même accueilli 400 réfugiés syriens d'origine abkhaze ou abkhazo-tcherkesse, leur garantissant automatiquement la citoyenneté abkhaze. Un total de 1 000 citoyens syriens d'origine abkhaze vivent en Syrie[899].

En septembre 2015, selon Amnesty International, plus de 4 millions de réfugiés ont quitté la Syrie dont[900] :

  • 1,2 million au Liban (dont la population compte, en temps normal, 4,8 millions d'habitants) ;
  • 1,9 million en Turquie ;
  • 650 000 en Jordanie ;
  • 249 463 en Irak ;
  • 132 375 en Égypte.

Selon l'UNHCR, en 2015 la tragédie syrienne est à l'origine de plus de 10 millions de déplacés :

  • 4 millions de Syriens ont quitté leur pays[901],
  • 7,6 millions se sont déplacés à l'intérieur du pays[901].

Les pays voisins de la Syrie ferment de plus en plus leurs frontières aux civils syriens. Ainsi, la Jordanie n'accepte plus que les réfugiés syriens d’origine palestinienne ou irakienne. L’Irak a définitivement fermé sa frontière depuis août 2012. La Turquie n’accepte plus que les urgences médicales et les réfugiés possesseurs de passeport. L’Égypte refuse tout accueil des syriens depuis la chute du président Mohamed Morsi[902].

Réfugiés syriens en Jordanie

En mars 2014, les Nations unies estiment que 9 millions de Syriens ont quitté leurs foyers en raison violences. Parmi tous ces déplacés, deux millions et demi sont maintenant des réfugiés dans les pays voisins (dont la moitié d'enfants)[877].

Em mai 2014, la Commission européenne a annoncé qu'elle va débloquer une aide humanitaire supplémentaire de 50 millions d'euros, portant ainsi sa contribution tirée du budget de l'Union européenne à 119 millions d'euros[903].

À l'été 2015, la réduction de l'aide humanitaire internationale pour les réfugiés provoque une augmentation des départs vers l'Europe et des retours vers la Syrie. L'appel de fonds lancé par l'ONU pour l'année 2015 n'est financé qu'à hauteur de 41 % et le Programme alimentaire mondial est contraint de réduire ses rations[904],[905]. Plusieurs milliers de réfugiés majoritairement Syriens, Irakiens et Afghans tentent de gagner l'Union européenne par la Grèce et les Balkans et la Hongrie va jusqu'à construire une barrière de séparation le long de sa frontière avec la Serbie[906]. Certains réfugiés passent même par l'Arctique, à la frontière entre la Norvège et la Russie[907]. Des centaines de personnes trouvent cependant la mort dans leur tentative de gagner l'Europe. Le 27 août, les corps en décomposition de 71 réfugiés probablement syriens — 59 hommes, huit femmes et quatre enfants — sont retrouvés dans un camion, probablement morts d'asphyxie, au bord d'une autoroute de l'État de Burgenland en Autriche[908],[909]. De nombreuses personnes meurent également en tentant de traverser la Méditerranée et de gagner la Grèce depuis la Turquie, en passant notamment par l'île de Kos[910],[911]. Le 2 septembre, la photo du corps d'un enfant syrien — Alan Kurdi originaire de Kobané et âgé de 3 ans — retrouvé noyé sur la plage de Bodrum en Turquie fait le tour du monde[912],[913],[914].

Maladies[modifier | modifier le code]

Des infections devenues rares[915] sont réapparues dans les zones tenues par les rebelles, touchant principalement les enfants et favorisées par l'effondrement des systèmes d'assainissement et la dégradation des conditions de vie.

Les opposants incriminent le régime, qu'ils accusent d'avoir supprimé, avant même le soulèvement, les vaccinations, l'assainissement et la purification de l'eau dans les « zones considérées comme politiquement hostiles »[916].

Le 28 octobre 2013, le Ministre de la Santé syrien annonçait que la poliomyélite était réapparue dans le pays pour la première fois depuis près de 15 ans. Fin 2013, 90 cas de poliomyélite[917] avaient été identifiés par les médecins et les agences internationales sanitaires, déclenchant, au mois de mars suivant, une campagne régionale au cours de laquelle plus de 22 millions d’enfants résidant dans 7 pays devaient être vaccinés sur une période de six mois[918].

Criminalité[modifier | modifier le code]

Avec l'extension du conflit sur le territoire syrien, et avec l'effondrement des services de l'État et de la police, de nombreuses localités ont été submergées par la criminalité. Les vols, les pillages d'habitations et de magasins se sont multipliés, ainsi que les enlèvements. Des combattants rebelles ont été vus volant des voitures et ils ont détruit un restaurant d'Alep qui avait servi des soldats syriens[919].

Le gouvernement et l'opposition ont tous deux utilisé des réseaux criminels. Le gouvernement, face aux sanctions internationales, a fait appel à ce type d'organisation pour faire entrer et sortir clandestinement de l'argent et des marchandises. La crise économique et les sanctions ayant réduit les rémunérations des miliciens Shabiha, certains d'entre eux ont commencé à voler les biens des civils et à organiser des enlèvements[920].

Les rebelles s'adressent parfois aux réseaux criminels pour obtenir des munitions et du ravitaillement. Dans les pays voisins de la Syrie, les prix des armes au marché noir ont augmenté de manière significative depuis le début du conflit. Pour lever les fonds nécessaires à leurs achats, certains groupes rebelles ont recours à l'extorsion, au vol, et aux enlèvements[920].

Extension du conflit au Liban[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conflit au Liban (depuis 2011).

Le Liban est profondément divisé au sujet de la situation en Syrie : le Hezbollah chiite et ses alliés soutiennent le régime Assad, tandis que la majorité des sunnites soutiennent la rébellion.

Recrutement et formation de djihadistes étrangers[modifier | modifier le code]

Des dizaines de milliers de combattants étrangers originaires de plus de 100 pays rallient des groupes djihadistes lors du conflit syrien. Leur nombre est estimé à environ 15 000 en 2014[921],[922], puis 30 000 en 2015[923],[924],[925],[926].

La plupart de ces volontaires rallient l'État islamique. En Europe, des attaques comme la fusillade au Musée juif de Belgique et surtout les attentats de Paris du 13 novembre 2015, sont commis par des djihadistes ayant combattu en Syrie. Les autorités européennes redoutent le retour sur le continent de ces djihadistes formés par la guerre civile et prêts à accomplir des attaques terroristes[927],[928].

Impact économique[modifier | modifier le code]

Entre juillet 2011 et juillet 2013, l'économie syrienne s'est rétractée de 45%, à la suite des divers évènements du conflit.

Le chômage a quintuplé et la devise syrienne a perdu les 5/6 de sa valeur[929],[930].

Avant le début de la guerre syrienne, l'Union Européenne achetait 95% du pétrole exporté par la Syrie, ce qui représentait entre un quart et un tiers des recettes de ce pays.

En septembre 2011, pour faire pression sur le régime dans un conflit qu'elle pensait limité dans le temps, l'Union européenne décrète un embargo total sur le pétrole syrien. L'Europe envisage alors, pour casser le monopole gazier russe, d'encourager, après la fin des hostilités, la construction de gazoducs au proche et Moyen-Orient (Qataris notamment) à destination de la Turquie (puis de la Grèce) et passant par les zones d'Alep et de Homs[931]. En avril 2013, la guerre s'éternisant, l’Europe lève « partiellement » son embargo sur le pétrole syrien : « les ministres européens des Affaires étrangères souhaitant ainsi aider les rebelles syriens, qui contrôlent une partie des champs pétroliers »[932]. En mai 2013, le ministre syrien du Pétrole Suleiman Abbas révèle que la production de pétrole syrienne a chuté de 95% (à 20 000 barils par jour contre les 380 000 barils par jour) et celle du gaz syrien de 50%, à la suite des combats et des activités terroristes[933].

De 2011 à 2014, la guerre a coûté 502 milliards de livres syriennes (3 milliards de dollars américains) aux secteurs du pétrole et des mines du pays. En mai 2014, alors que la Russie fournit surtout des armes, l'Iran livre plutôt du pétrole à Bachar el-Assad. Quant à la manne pétrolière, elle attire nombre de groupes rebelles qui se combattent mutuellement pour la posséder. Les puits de gaz d'Alep (au centre du pays) et les puits de pétrole des provinces de Deir ez-Zor (Est de la Syrie) et d'Hassaka (nord-est) font ainsi l'objet de convoitises des milices rebelles et terroristes (Front al-Nosra, Front islamique, Armée Libre, divers groupes salafistes et EIIL) qui se livrent une guerre totale pour s'en emparer. Par exemple, EIIL détient deux puits de pétrole (pris à al-Nosra) à al-Djafara et Kouniya[934].

Biens culturels[modifier | modifier le code]

Les biens culturels et historiques syriens ont énormément souffert de la guerre en cours. Des monuments, des musées et des sites remarquables ont été dévastés par les bombardements, les pillages et les travaux de retranchement. Des sites du patrimoine syrien ont été endommagés, parfois irrémédiablement. Selon les Nations unies, quatre de ces sites « sont utilisés à des fins militaires ou ont été transformés en champs de bataille » : Palmyre, le Krak des chevaliers, l’église Saint-Siméon-le-Stylite et la ville d’Alep (dont la citadelle)[935],[936].

En avril 2014, les grandes statues des lions Assyriens de Racca (Raqqua), vieilles de 2 700 ans, sont détruites par la rébellion. La ministre de la culture syrienne, Loubana Mchaweh, et le représentante du comité national de l'UNESCO en Syrie, Dr Nidhal Hassan, annoncent le lancement d'un site web pour l'authentification du patrimoine immatériel touché par la guerre en Syrie et la sauvegarde du patrimoine restant[937]

Une organisation (Syrian archaeological heritage under threat) tente de recenser les dommages et de réunir de moyens pour protéger et préserver les biens archéologiques et architecturaux menacés[938].

Enjeux géopolitiques[modifier | modifier le code]

Pour l'islamologue Gilles Kepel, « la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s'articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l'inscription du monde arabe dans l'univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole ». Ainsi, le pays est l'otage d'enjeux qui le dépassent. Contrairement à ce qui s'est passé lors des autres printemps arabes, « au fur et à mesure du conflit, la Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d'éjecter l'Iran de la scène politique régionale ». En appuyant Bachar el-Assad et en contrôlant le Hezbollah libanais, l'Iran dessine en effet « un axe d'influence majeur au sein de toute la sphère arabo-musulmane ». Les pays du Golfe, qui y voient une menace directe, aggravent la situation en finançant les groupes salafistes qui injectent dans la révolte syrienne un djihad sunnite, à la fois antichiite et anti-alaouite[939].

Selon Kepel, les dirigeants de l'ASL, « qui ne sont pas du tout des djihadistes mais des démocrates et des laïques », se trouvent confrontés à la fois « aux forces d'Assad, appuyées par les livraisons de matériel russe et [par] les Gardiens de la révolution iraniens, et aux salafistes, qui disposent, eux, de l'argent abondant du Golfe ». Pour affaiblir l'ASL et effrayer les minorités, Assad a délibérément encouragé la « djihadisation » du conflit. En l'absence d'évolution militaire décisive, la solution politique passerait par « des garanties offertes par l'ASL aux différentes communautés, afin de les assurer qu'elles ne feront pas l'objet d'une vengeance aveugle. En Syrie, il n'y a d'issue que politique, à travers un État démocratique et pluraliste »[939].

Selon Milad Jokar, analyste spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient, la guerre civile en Syrie est plus qu'un mouvement démocratique contre une dictature ou qu'une guerre civile entre l'opposition et le régime. « Il s'agit d'un conflit régional qui déborde chez les pays voisins, le tout entremêlé de conflits sectaires. La Syrie est devenue un théâtre de guerre dans lequel les puissances régionales tentent d'imposer leur influence et défendre leurs propres intérêts géostratégiques et économiques ». Selon lui, le départ de Bachar el-Assad « ne stoppera pas le bain de sang causé par cette guerre civile qui est alimentée principalement par le Qatar, l'Arabie saoudite et la Turquie d'un côté, et par l'Iran, la Russie et certains groupes irakiens chiites de l'autre »[940].

Pour Frédéric Pichon, l'ouverture économique du pays s'accompagne du passage d'un État qui défend durement sa laïcité vers un État qui laisse affluer les investissements du Qatar et de l'Arabie saoudite qui portent essentiellement vers les mosquées et l'influence religieuse. La chaîne de télévision qatarienne Al jazeera joue également un rôle essentiel dans la mondialisation de l'information arabe. Dès le début, le soulevement sera présenté comme un conflit confessionel entre chiites (ou alaouites) et sunnites[941].

Selon Jokar, si les différents gouvernements européens appellent à la paix et la démocratie « d'un point de vue réaliste, il existe trois enjeux stratégiques principaux : l'isolement de l'Iran, le maintien de l'alliance stratégique et économique avec des alliés arabes comme le Qatar, et enfin […] les besoins énergétiques en gaz vers l'Europe »[940].

La rupture de « l'axe de résistance » chiite Irak-Syrie-Liban (avec le Hezbollah) contribuerait à l'affaiblissement de l'Iran et lui enlèverait des marges de manœuvre sur le nucléaire et dans ses relations avec Israël. Cette option est privilégiée par l'Europe et l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis. La position de certains pays européens, comme la France, la Grande-Bretagne, ou l'Allemagne, est en outre influencée par le poids qu'a acquis le Qatar dans leurs économies respectives. Le Qatar, un des principaux ennemis de l'Iran, partage avec ce dernier un des principaux champs gaziers du monde, le South Pars (iranien) / North Dome (qatari)[940].

D'après le géopoliticien français d'extrême droite[942] Aymeric Chauprade, la déstabilisation de la Syrie pourrait être le conflit le plus grave de tous les « printemps arabes » en termes de conséquences géopolitiques à l'échelle internationale[943]. D'après lui, la Syrie, État multiconfessionnel et multiethnique (le pays est composé notamment d'Arabes sunnites, d'Alaouites, de Kurdes, d'Arabes chrétiens, d'Arméniens et de Circassiens), et facilement proie aux divisions et aux affrontements internes, n'a pu maintenir son unité et sa stabilité que grâce au régime panarabiste baasiste, qui a tenu d'une main de fer le pays durant plus de quarante années et garanti la paix intérieure au prix de l'autoritarisme de l'exécutif[944]. L'effondrement du régime de Bachar El-Asad pourrait mener à une escalade militaire, et certaines franges des services armés américains redoutent une évolution incontrôlable de la situation, avec des retombées sur l'ensemble du Moyen-Orient, et plus largement du monde[945].

Par ses nombreuses interventions extérieures et par son caractère religieux, la guerre civile syrienne est parfois comparée à la guerre de Trente Ans[946],[947].

L'Arabie saoudite se distingue par des intérêts géopolitiques particuliers, plus précisément pétroliers : le royaume « prépare un projet de pipeline pour acheminer son pétrole vers la Turquie » et passant par la Syrie, ce qui lui permettrait d'éviter le détroit d'Ormuz contrôlé par l'Iran[196].

Les oléoducs et gazoducs du Moyen-Orient et du Proche-Orient (dont ceux de la Syrie) sont l'objet de nombre de convoitises. Le « front sunnite » défend ainsi ses intérêts économiques pétroliers et gaziers face à de nombreux autres intervenants non-sunnite.

Les importantes ressources énergétiques de la région ont placé la Syrie devant des choix géopolitiques complexes, notamment en termes de la construction de gazoduc pour export vers l'Europe[948],[949],[950],[951]. Selon Jokar, « L'Europe a des besoins énergétiques en gaz importants. Par conséquent, l'acheminement du gaz qatari vers l'Europe représente l'un des multiples enjeux géostratégiques de la crise syrienne »[940]. Le Qatar, qui s'oppose à Bachar el-Assad et soutient la rébellion, cherche lui aussi à s'affranchir du détroit d'Ormuz pour ses exportations de gaz et a élaboré en 2009 un projet de gazoduc terrestre allant du golfe Persique jusqu’à la Turquie et passant par l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie. Celui-ci serait relié à Nabucco, projet de pipeline européen dont l’objectif est d’alléger la dépendance des pays européens au gaz russe. Alors que le Qatar se rapproche dans un premier temps du régime de Bachar al-Assad dans cette perspective, ce dernier oppose finalement un refus au projet qatari qui aurait menacé son allié russe, au profit d'un projet de pipeline avec l’Iran et l’Irak, l’Islamic Gas Pipeline, qui serait relié au South Stream, le gazoduc russe[952],[953],[954]. Le chercheur David Rigoulet-Roze souligne ainsi « l’intérêt du Qatar à un changement de régime à Damas. Il est évident que si le régime de Bachar el-Assad tombe et qu’il est remplacé par un gouvernement de Frères musulmans, ce dernier sera sensible aux demandes de ceux qui les ont aidés à accéder au pouvoir »[952].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, au moins 1 870 personnes seraient mortes, victimes des affrontements, pendant les 9 jours qu'a duré la conférence. At least 1,870 die during Geneva talks, dailystar.com, 1er février 2014.

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