Guerre civile syrienne

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Guerre civile syrienne
Carte de la guerre civile syrienne  Situation actuelle[1]        Contrôlé par le gouvernement syrien      Contrôlé par l'État islamique      Contrôlé par le Front al-Nosra      Contrôlé par l'Armée syrienne libre et ses alliés et le Front islamique      Contrôlé par les Kurdes syriens
Carte de la guerre civile syrienne
Situation actuelle
[1]

Informations générales
Date en cours
(4 ans 4 mois et 16 jours)
Lieu Syrie
Issue En cours
Belligérants

Drapeau de la Syrie République arabe syrienne

Drapeau de l'Iran Iran

Liwa Abu al-Fadhal al-Abbas SSI.svg Brigade Abou al-Fadel Abbas[4]

Hezbollah

Syrian Resistance Flag.svg Résistance syrienne

PFLP-GC Flag.svg FPLP-CG

Flag of Druze.svg Jaysh al-Muwahhideen

Houthis Logo.png Houthis


Soutiens avancés et diplomatiques :
Drapeau de la Russie Russie
Drapeau de la République populaire de Chine Chine[5]

Soutiens internationaux :
Drapeau du Venezuela Venezuela
Drapeau de l'Algérie Algérie[Note 2]
Drapeau de l'Irak Irak[6]


SyrianNationalCoalitionOfficialLogo.svg CNFOR

Logo of the Syrian Islamic Front.svg Front islamique syrien (2012 - 2013)

Logo of the Islamic Front (Syria).svg Front islamique (depuis 2013)

Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Front Al-Nosra

Flag of Jihad.svg Front Ansar Dine

Al-Liwaa.svg Armée des Moudjahidines

Al-Liwaa.svg Union islamique Ajnad al-Sham

Asala wa-al-Tanmiya

(et autres)



Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg État islamique en Irak et au Levant
(2013-2014)
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg État islamique
(depuis 2014)



Flag of Syrian Kurdistan.svg PYD

Flag of Kurdistan Workers Party (PKK).svg PKK

MFS



Coalition de 2014 contre l'État islamique :

Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis
Drapeau du Canada Canada
Drapeau du Maroc Maroc
Drapeau de la Jordanie Jordanie
Drapeau du Qatar Qatar
Drapeau de Bahreïn Bahreïn
Drapeau de la Turquie Turquie



Drapeau d’Israël Israël

Commandants
Président de la Syrie :

Drapeau de la Syrie Bachar el-Assad
Membres principaux du gouvernement syrien :
Drapeau de la Syrie Wael al-Halki
Drapeau de la Syrie Walid Mouallem
Drapeau de la Syrie Fahd al-Freij
Commandants de l'armée syrienne :
Drapeau de la Syrie Maher el-Assad
Drapeau de la Syrie Mohammed Nasif Kheirbek
Drapeau de la Syrie Mohammed Ibrahim al-Chaar
Drapeau de la SyrieMohammed Dib Zaitoun
Drapeau de la Syrie Ali Abdullah Ayyoub
Drapeau de la Syrie Issam Hallak
Drapeau de la Syrie Rafiq Shahadah
Drapeau de la Syrie Mohammed Manasra
Drapeau de la Syrie Abdel-Fatah Qudsiyeh
Drapeau de la Syrie Rustum Ghazaleh
Drapeau de la Syrie Ghassan Jaoudat Ismail
Drapeau de la Syrie Daoud Rajha
Drapeau de la Syrie Assef Chaoukat
Drapeau de la Syrie Hassan Turkmani
Drapeau de la Syrie Ali Mamlouk
Drapeau de la Syrie Jamil Hassan
Drapeau de la Syrie Hicham Ikhtiar
Drapeau de la Syrie Issam Zahreddine
Drapeau de la Syrie Hafez Makhlouf
Commandants miliciens pro-Assad :
Drapeau de la Syrie Fawaz el-Assad[7]
Drapeau de la Syrie Munzer el-Assad[7]
Drapeau de la Syrie Hassan Zeino Berri[8]
Drapeau de la Syrie Ayman Jaber
Drapeau de la Syrie Abu Ajeeb[9]
Drapeau de la Syrie Abu Hajar
Drapeau de l'Iran Mohammad Ali Jafari
Drapeau de l'Iran Hossein Hamadani
Drapeau de l'Iran Hassan Chateri
[10]
Hassan Nasrallah
Ali Hussein Nassif[11]
Drapeau de la Palestine Ahmed Jibril

Dirigeants de la CNFOR :

Flag of Syria 2011, observed.svg Mouaz al-Khatib
Flag of Syria 2011, observed.svg Georges Sabra
Flag of Syria 2011, observed.svg Ahmad Assi Jarba
Flag of Syria 2011, observed.svg Hadi al-Bahra
Flag of Syria 2011, observed.svg Khaled Khoja
Flag of Syria 2011, observed.svg Riad Seif
Flag of Syria 2011, observed.svg Suheir Atassi
Flag of Syria 2011, observed.svg Burhan Ghalioun
Flag of Syria 2011, observed.svg Abdel Basset Sayda
Commandants militaires de la CNFOR :
Flag of Syria 2011, observed.svg Riyad Al Asaad
Flag of Syria 2011, observed.svg Selim Idriss
Flag of Syria 2011, observed.svg Abdelilah al-Bachir
Flag of Syria 2011, observed.svg Abdul Jabbar al-Oqaidi
Flag of Syria 2011, observed.svg Mustafa Al-Sheikh

Logo of the Islamic Front (Syria).svg Ahmed Issa
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Abou Rateb
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Hassan Aboud
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Zahran Allouche
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Abdul Qader Saleh
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Hachem al-Cheikh
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Abu Muhammed al-Joulani


Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Bakr al-Baghdadi
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Haji Bakr
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Omar al-Chichani


Flag of Syrian Kurdistan.svg Salih Muslim
Flag of Syrian Kurdistan.svg Ismail Hama
Flag of Syrian Kurdistan.svg Feysel Yusuf
Flag of Syrian Kurdistan.svg Abdul Hakim Bashar
People's Protection Units Flag.svg Sipan Hemo

Forces en présence
Drapeau de la Syrie
Armée syrienne :
400 000[12] (2011)
170 000[13] (2013)
125 000[14] (2015)

Forces de défense nationale :
100 000[15]

Liwa Abu al-Fadhal al-Abbas SSI.svg
10 000[16]

Hezbollah :
5 000 à 10 000[17],

Drapeau de l'Iran
150 instructeurs militaires[18]

Syrian Resistance Flag.svg
2 000

Autres...

Flag of Syria 2011, observed.svg
Armée syrienne libre
40 000 à 50 000[19]

Logo of the Islamic Front (Syria).svg Front islamique

50 000 à 80 000[20],[21]

Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Front al-Nosra
3 000 à 15 000[22],[23]


Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg EIIL
7 000 à 12 000[24],[22] (2013)
50 000[25] (2014)


People's Protection Units Flag.svg
35 000 à 65 000[26],[27]

Pertes
Drapeau de la Syrie
81 639 morts[28]
(dont 49 106 militaires[28]
et 32 533 miliciens[28]
7 000 à 9 000 prisonniers[28]
(selon l'OSDH)

Hezbollah :
838 morts[28]
(selon l'OSDH)

Milices chiites étrangères
2 844 morts[28]
(selon l'OSDH)
Flag of Syria 2011, observed.svg Logo of the Islamic Front (Syria).svg People's Protection Units Flag.svg Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg (et autres)
72 363 morts[28]
(dont 31 247 djihadistes[28])
(selon l'OSDH)

300 000 prisonniers (dont civils)[28]
(selon l'OSDH)

11 000 prisonniers exécutés ou torturés à mort[31]
(selon un rapport de trois anciens procureurs internationaux)

Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg
8 000 morts[32]
(2013 - juin 2015, selon l'OSDH)


People's Protection Units Flag.svg
916 morts[33],[34]
(en 2013 et 2014, selon les YPG)

Civils :
108 086 morts[28]
(dont 11 493 enfants et 7 371 femmes)[28]
et 3 191 morts non-identifiés[28]
(selon l'OSDH)

180 034 morts
(dont 18 823 enfants et 19 176 femmes)[29]
(selon le Réseau syrien des droits de l'homme, au 19 mars 2015)[29]



Total :
230 618 à 320 000 morts[28]
20 000 disparus[28]
(au 10 juin 2015, selon l'OSDH)

au moins 191 369 morts[30]
(selon le HCDH, de mars 2011 à avril 2014)
Guerre civile syrienne
Batailles
1re Deraa · Homs · Banias · Telkalakh · 1re Rastane · Talbiseh · 1er Jisr al-Choghour · Djébel el-Zawiya · 1er Hama · Lattaquié · 2e Rastane · Rif Dimachq · 1er Zabadani · Douma · 3e Rastane · 2e Zabadani · 1er Qousseir · 2e Deraa (en cours) · Azaz · 1re Idleb · Taftanaz · 4e Rastane · Nubl et Zahra · Tremseh · Damas · Ghouta orientale (en cours) · Alep (en cours) · Al-Tel · Hendrat · Khirbet al-Joz · 1er Régiment 46 · Cheikh Souleimane · 2e Taftanaz · 2e Hama · Chadadé · 1re Racca · 2e Qousseir · Ras Al-Aïn · 1re Maaloula · Mahin et Sadad · 1re Tall Hamis · 2e Racca · Jarablus · Al-Manajir · Otaybah · Yabroud · Markada · Kessab · Rankous · Boukamal · Tall al-Jabiyah · 1re Deir ez-Zor · 1re Kobané · Ras al-Maara · 2e Deir ez-Zor (en cours) · Al-Chaer · Division-17 · Tabqa · 2e Kobané · Opérations aériennes de la coalition · Mabrukah · Wadi al-Deïf · 2e Tall Hamis · Tall Tamer · 2e Régiment 46 · Bosra · Cheikh Hilal · 2e Idleb · Bousra al-Harir · Qalamoun (en cours) · 2e Jisr al-Choghour · Palmyre · Tall Abyad · Suran · 1re Hassaké · Brigade 52 · Aïn Issa · 2e Hassaké · 3e Zabadani (en cours) · Sarrine · Sahl al-Ghab (en cours)


Massacres
au cours de la guerre civile syrienne

Djébel el-Zawiya · Houla · Al-Koubeir · Darayya · al-Bayda et Baniyas · Barouda · Ghouta · Ghraneidj et d'al-Keshkeyyi · Kobané



Débordements du conflit

Incidents frontaliers Syrie-Turquie · Incidents frontaliers Syrie-Israël · Conflit au Liban



Patrimoine syrien
en péril ou détruit (liste détaillée)
Coordonnées 33° 30′ 35″ N 36° 18′ 33″ E / 33.50972222, 36.3091666733° 30′ 35″ Nord 36° 18′ 33″ Est / 33.50972222, 36.30916667

La guerre civile syrienne ou révolution syrienne est un conflit armé issu d'un mouvement de contestation du gouvernement syrien qui débute par des manifestations anti-régime et pro-régime[35],[36] le 15 mars 2011[37], pour l'essentiel pacifiques[38],[Note 3]. Le mouvement se transforme rapidement en conflit opposant deux camps armés au milieu des populations civiles à la suite des répressions sanglantes des services de sécurités syriens[39].

Face à l'armée régulière et à ses supplétifs (moukhabarat et miliciens du Hezbollah notamment), se constitue et structure progressivement en 2011 une « armée syrienne libre » (ASL), sur la base d'un noyau de déserteurs et de citoyens en majorité issus de la communauté sunnite[40] et, en partie, de combattants étrangers islamistes financés par l'Arabie saoudite[41] et le Qatar[42]. Tandis que le gouvernement syrien est soutenu par l'Iran, le Venezuela, l'Algérie[43], la Chine et la Russie, la rébellion est soutenue par la Ligue arabe et certains pays occidentaux, et l'ASL peu à peu soutenue et armée par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar[44], et dispose de l'aide d'agents de la CIA opérant à partir de la Turquie[44].

Le soutien populaire à la rébellion, surtout issu de la communauté sunnite (70 à 75 % de la population) oblige le régime à recourir au Hezbollah et à des milices irakiennes chiites[45] pour compenser la mise à l'écart des dernières divisions de l'armée régulière composée de sunnites dont la loyauté est estimée fragile[46].

Au départ principale force de l'opposition, l'ASL, démocratique, est progressivement supplantée par des combattants islamistes. Début 2014 la principale force rebelle en termes d'effectif est le Front Islamique regroupant des brigades de combattants syriens se réclamant du salafisme ou des Frères musulmans[47]. Les djihadistes salafistes sont principalement regroupés au sein du Front al-Nosra, branche officielle Al-Qaïda en Syrie[48] et de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), issus d'anciens combattants d'Al Qaïda en Irak mais en rupture avec l'actuel émir d'Al Qaïda Ayman al-Zawahiri. L'EIIL est en guerre plus ou moins ouverte avec toutes les autres factions rebelles depuis novembre 2013. Cependant les frontières entre ces groupes sont poreuses et de nombreux combattants ont changé d’allégeance.

Les combattants et combattantes kurdes du Parti de l'union démocratique du Kurdistan (PYD) ont profité de la confusion et du retrait de l'armée syrienne des régions kurdes[49] pour prendre le contrôle de vastes territoires au nord de la Syrie, se déclarant autonomes fin 2013[50]. Les relations des kurdes avec l'ASL, les combattants islamistes étrangers et le régime sont fluctuantes : d'abord plutôt proches de l'ASL, le PYD et sa branche armée, les YPG, entrent en conflit contre les brigades djihadistes en juillet 2013[51]. Les rebelles kurdes concluent des alliances ponctuelles et opportunistes, tantôt avec les forces loyalistes, tantôt avec les rebelles[52].

Devant cette opposition hétéroclite, sans leader et surtout de plus en plus dominée[53] par des combattants islamistes locaux et étrangers avant tout motivés par la volonté d'imposer un régime totalitaire takfiri[54], détruisant au passage les vestiges archéologiques et les lieux saints religieux[55],[56], les pays occidentaux réduisent progressivement leur soutien. Le régime syrien déclare via son ministre des affaires étrangères que « la Syrie est confrontée à une guerre barbare contre les groupes terroristes Takfiri »[57]. D'autres observateurs accusent le régime d'avoir délibérément favorisé l'émergence de ces groupes, notamment en libérant, au début de la révolte, des djihadistes qui avaient combattu en Irak (et qui deviendront les fondateurs de l'EIIL) et en s'abstenant de bombarder les zones sous leur contrôle, dans le but de conforter l'image de la lutte contre l'islamisme utilisé par le régime et de provoquer un conflit avec les autres rebelles plus modérés[58]. Les exactions des terroristes takfiris vont provoquer dans un second temps l'afflux de combattants étrangers pro-régime, avec des motivations ethniques ou religieuses : pershmerga[59], djihadistes chiites irakiens[60], iraniens[61].

En se prolongeant dans le temps, le conflit syrien est devenu à la fois guerre civile, guerre énergétique, guerre par procuration et aussi guerre sainte. Au 14 mai 2015, selon l’Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), entre 222 271 et 310 000 personnes avaient été tuées depuis le début du conflit (dont plus de 67 293 civils, parmi lesquels 11 021 enfants). 81 715 membres des forces du régime et 68 101 combattants rebelles ont également perdu la vie. À la même date, l’ONU estime à plus de 2,8 millions le nombre de réfugiés, et 6,5 millions de personnes auraient été déplacées à l’intérieur du pays[62].

Sommaire

Contexte[modifier | modifier le code]

Gouvernement el-Assad[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Parti Baas syrien, Hafez el-Assad et Bachar el-Assad.
Le président syrien Bachar el-Assad.

En 1946, la Syrie devient une république indépendante, mais la phase démocratique prend fin en mars 1949 avec un coup d'état soutenu par la CIA et suivi de deux autres la même année[63],[64]. Ces événements portent au pouvoir le général Chichakli, qui établit un régime parlementaire avant d'imposer son pouvoir personnel par un nouveau coup d'état en novembre 1951[65].

En février 1954, à l'issue d'un soulèvement populaire, le pouvoir est rendu aux civils. De 1958 à 1961, lors du rapprochement avec l'Égypte et de l'avénement de la République arabe unie, le régime parlementaire syrien est brièvement remplacé par un régime présidentiel extrêmement centralisé[66].

Après la rupture avec l'Égypte en 1961, la branche syrienne du Parti Baas (nationaliste et socialiste) accède au pouvoir, en mars 1963, à la suite d'un coup d'état. En février 1966, un putsch renverse Michel Aflak et Salah Eddine Bitar, les dirigeants historiques du Parti[67] et le général Hafez el-Assad, alors ministre de la Défense, s'empare du pouvoir en novembre 1970 au terme d'une « révolution correctrice » qui le porte au poste de Premier ministre. En mars 1971, Assad se proclame Président (il le restera jusqu'à sa mort en 2000). Le Parti Baas s'installe comme l'autorité politique de référence dans un système de parti unique. Les Syriens ne peuvent qu'approuver leur Président par référendum. Jusqu'à la mise en place, en 2012, d'un système contrôlé par le régime, ils ne sont pas invités à choisir entre plusieurs partis pour élire le corps législatif[68].

Succédant à son père au décès de ce dernier, Bachar el-Assad — et son épouse Asma el-Assad (une sunnite née et élevée en Grande-Bretagne) — inspirent des espoirs de réforme démocratique[69]. De juillet 2000 à août 2001, des débats sociaux et politiques animent une nouvelle phase qualifiée de « printemps de Damas »[70].

Pendant cette période, se développent en Syrie de nombreux forums politiques et des lieux de réunion privés où les citoyens débattent de questions politiques et sociales et d'où émergent des activistes comme Riad Seïf, Haitham al-Maleh, Kamal al-Labwani, Riad al-Turk et Aref Dalila[71]. Tandis que les hypothèses réformistes issues du Parlement et les promesses de changement de Bachar el-Assad restent largement lettre morte[72], le printemps de Damas prend fin en août 2001 avec l'arrestation et l'emprisonnement de dix des principaux leaders après leur appel à la désobéissance civile et à des élections démocratiques[73].

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte générale de la Syrie.
Carte des Gouvernorats de la Syrie (liste des provinces), avec le plateau du Golan (en vert, au sud-ouest), et les pays frontaliers.

L’essentiel du territoire syrien est constitué par un vaste plateau calcaire surmonté de quelques reliefs anciens et traversé au nord-est par l'Euphrate. Le pays est bordé au nord par la Turquie, à l'est par l'Irak et au sud par la Jordanie, Israël et le Liban. Le pays possède une façade maritime ouvrant sur la Méditerranée. La majorité de la population syrienne réside dans les villes et les principales agglomérations sont situées sur la bande côtière (Tartus, Banias, Lattaquié, Jableh), dans l'ouest (Alep, Homs, Hama) et le sud du pays (Damas, Deraa). À cette géographie physique se superpose une géographie humaine (ruraux/urbains) et une géographie ethno-religieuse (sunnites, chiites, alaouites, druzes, chrétiens, kurdes), qui rendaient déjà difficile toute représentation exacte de la situation avant la guerre civile. Le développement du conflit a compliqué la tâche des cartographes, au point que la représentation des opérations et des zones d'influence fait désormais partie d'une véritable « guerre des cartes » participant à la propagande et à la désinformation[74].

Cette configuration a conditionné la dynamique du conflit : la contestation a débuté dans les zones urbaines où étaient concentrés des griefs d'ordre économique et ethno-religieux contre le pouvoir en place. La répression s'est abattue sur les localités considérées comme rebelles, où le conflit a fait apparaître les fractures économiques, ethniques et religieuses entre centre, banlieue, périphérie et quartiers « informels ». Le conflit s'est ainsi installé au cœur des villes, où les combattants ont fait assaut de férocité pour assiéger et réduire leurs adversaires, quartier par quartier, et où les populations civiles ont payé un très lourd tribut aux violences.

Alors que certaines représentations laissent entendre que les rebelles contrôlent la majorité du pays et que les forces gouvernementales seraient acculées dans un « réduit alaouite », d’après Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), « [en octobre 2013] la contre-insurrection contrôle 50 à 60 % de la population, l’insurrection arabe sunnite 15 à 20 %, les milices kurdes 5 à 10 % ». Environ 20 % de la population serait en zone contestée. Dans les zones insurgées et contestées, le nombre d’habitants a diminué depuis le début du conflit, en raison de l'exode des populations, alors qu'il augmentait dans la zone gouvernementale[74].

Selon Balanche, la représentation des fronts, des armées, des territoires occupés, est plus complexe dans une guerre civile que dans une guerre conventionnelle. La superposition des territoires tenus par l’insurrection et la contre-insurrection avec celle de la répartition ethnico-confessionnelle de la population fait apparaître la dimension communautaire du conflit. « À l’échelle de l’agglomération d’Alep, superposer la carte des combats à celle des quartiers informels d’une part, peuplés essentiellement de migrants ruraux, et, de l’autre, de ceux qu’habitent les citadins d’origine met en évidence une autre dimension du conflit : l’opposition ville-campagne »[74].

Mettant en garde contre une lecture acritique des cartes présentées par les médias et par les partie prenantes, Fabrice Balanche dénonce les « idéologues dans les rangs de l’insurrection [qui] ne s’arrêtent pas à de tels « détails » et croient pouvoir manipuler les représentations cartographiques du conflit au prétexte que les données statistiques seraient inexistantes ou peu fiables. Leur démarche rappelle celle du régime syrien qui a négligé les fondamentaux de l’espace et n’a pas prêté attention aux déséquilibres territoriaux croissants, jusqu’à se trouver confronté à cette insurrection. Néanmoins, à force de tordre les données spatiales à leur guise et de promettre depuis deux ans et demi la chute imminente de Bachar Al-Assad, l’opposition syrienne et ses soutiens médiatiques en arrivent à saper leur propre crédibilité[74].

Démographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnies et religions en Syrie.

Composition ethno-religieuse de la Syrie. Estimations de 2012[75].

Carte montrant la répartition ethno-religieuse de la Syrie avant la guerre civile. En cas de repli militaire, chacun de ces groupes pourrait choisir de se replier sur son foyer géographique d'origine.

Il n'existe pas de recensement officiel des confessions en Syrie et les estimations varient en fonction des sources. Un article français de 1955 dresse le portrait confessionnel et ethnique de la Syrie au seuil de son indépendance[76]. Un rapport d'un groupe interparlementaire du Sénat français datant de 2007[77] fait état de la répartition suivante :

Selon d'autres chiffres publiés en 2012[78], la répartition serait la suivante :

  • Arabes sunnites 72,8 %
  • Kurdes sunnites 8,3 %
  • Arabes alaouites 10,2 %
  • Arabes druzes 1,8 %
  • Arabes chiites ismaéliens 0,9 %
  • Arabes chiites duodécimains 0,4 %,
  • Tcherkesses sunnites 0,3 %
  • Turkmènes - Turcomans sunnites 0,6 %.
  • Kurdophones yézidis 0,1 %
  • Chrétiens 4,6 % (994 000 fidèles).

Les chrétiens se répartiraient ainsi :

  • Arabes de religion grecque orthodoxe : 526 000 * Arabes de religion grecque catholique: 121 000
  • Arméniens apostoliques : 121 000
  • Jacobites 89 000
  • Maronites 29 000
  • Arméniens catholiques 26 000
  • Protestants 21 000
  • Nestoriens 20 000
  • Syriaques catholiques 18 000
  • Chaldéens catholiques 14 000
  • Catholiques latins 9 000

Du point de vue religieux, la famille Assad est issue de la minorité alaouite, une branche du Chiisme qui engloberait 10% de la population syrienne[79]. Ses adeptes contrôlent étroitement les services de sécurité syriens[80], générant des ressentiments parmi les Sunnites[81], qui représentent plus de 60% de la population syrienne. Maher el-Assad le frère cadet d'Assad commande la 4e Division blindée, un corps d'élite de l'armée syrienne. Jusqu'à sa disparition dans l'attentat du 18 juillet 2012, Assef Chaoukat, son beau-frère, était vice-ministre de la Défense.

Les Kurdes de Syrie ont également protesté contre les discriminations ethniques et la négation de leur identité culturelle et de leur langue[82], [83].

Aspects socio-économiques[modifier | modifier le code]

Le mécontentement contre le régime est plus grand dans les zones les plus pauvres du pays, parmi les Sunnites conservateurs et dans les localités ayant un taux de pauvreté élevé, comme Deraa et Homs, ainsi que dans les zones rurales touchées par la sécheresse de 2001, et les quartiers les plus déshérités des grandes villes[84]. Les inégalités ont eu tendance à s'accroître après la mise en place, dans les dernières années du règne de Hafez el-Assad, de politiques favorisant le libre marché et avec leur développement après l'arrivée au pouvoir de son fils. Ces politiques, orientées vers le tertiaire, ont profité à une minorité de la population ayant des liens avec le gouvernement et aux membres des communautés sunnites marchandes de Damas et d'Alep. Dès 2011, la Syrie traverse une phase de dégradation du niveau de vie et de forte augmentation du prix des produits de base[85]. Le pays fait également face à un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes[86]

L'islamisme, moteur de la révolution[modifier | modifier le code]

L'ouverture économique du pays s'accompagne du passage d'un État qui défend durement sa laïcité vers un État qui laisse affluer les investissements du Qatar et de l'Arabie saoudite qui portent essentiellement vers les mosquées et l'influence religieuse. La chaîne de télévision qatarienne Al jazeera joue également un rôle essentiel dans la mondialisation de l'information arabe. Dès le début, le soulevement sera présenté comme un conflit confessionel entre chiites (ou alaouites) et sunnites[87].

Droits humains[modifier | modifier le code]

La situation des droits humains en Syrie a été, de longue date, durement critiquée par les organisations internationales[88]. Le pays a été en état d'urgence de 1963 à 2011, interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes et conférant aux forces de sécurité des pouvoirs étendus en matière d'arrestation et de détention[89].

Sur ce plan, les tentatives de démocratisation de Bachar el-Assad se sont soldées par un échec. Un rapport de l'organisation Human Rights Watch datant de 2010 conclut qu'en dépit d'améliorations mineures, il a échoué à faire évoluer significativement la situation des droits humains en Syrie depuis son arrivée au pouvoir[90]

À l'exception du Parti Baas, toutes les autres formations politiques on été interdites, faisant de la Syrie un pays à parti unique sans élections démocratiques[91].

La liberté d'expression, d'association et de réunion étaient étroitement surveillées avant le soulèvement et les autorités harcelaient les défenseurs des droits de l'homme ainsi que les personnalités critiques vis-à-vis du régime et les détenaient, souvent sans procès, dans des conditions inhumaines et en ayant recours à la torture[92].

Les femmes et les minorités ont subi des discriminations dans le secteur public. Des milliers de Kurdes syriens se sont vu refuser la nationalité en 1962, et leurs descendants continuent à être considérés comme « étrangers »[93]. Depuis 2004, des émeutes récurrentes ont exacerbé les tensions dans les zones kurdes du pays. La situation a entrainé des heurts réguliers entre les manifestants kurdes et les forces de l'ordre[94],[95].

Printemps arabe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Printemps arabe.
L'ancien président Hafez el-Assad (père de Bachar, l'actuel président) et son frère Rifaat el-Assad (à gauche) qui a supervisé le massacre de Hama en utilisant une rébellion fomentée par les Frères musulmans dans la ville de Hama, en février 1982.

En décembre 2010, des manifestations de masse contre le gouvernement en place se déroulent en Tunisie, puis s'étendent au monde arabe jusqu'à la Syrie. En février 2011, des révolutions ont lieu en Tunisie et en Égypte, tandis que la Libye sombre dans la guerre civile. La plupart des pays arabes traversent une phase d'agitation et certains tentent de calmer la colère populaire en acceptant des concessions et en procédant à des aménagements politiques.

Alors que le printemps arabe s'étend en 2011 à tout le monde arabe, le gouvernement syrien prend des mesures de prévention et de répression, assorties de tentatives d'apaisement. Plusieurs appels à manifester sont lancés à partir du 4 février[96], mais les services de renseignements et les moukhabarat répriment ces manifestations. La Syrie garde en mémoire la révolte de Hama initiée par les Frères musulmans en 1982 et réprimée sans réaction internationale (2000 victimes[97]) par Hafez el-Assad.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Positions ethno-religieuses[modifier | modifier le code]

Le conflit syrien est fréquemment présenté, notamment par les soutiens du gouvernement, comme de nature confessionnelle, les sunnites étant alors considérés comme les responsables d'un conflit par lequel ils chercheraient à s'approprier le pouvoir contre la grande minorité dirigeante alaouite notamment. En dépit de réelles persécutions religieuses ponctuelles, notamment contre les Alaouites perçus comme les persécuteurs, le caractère religieux de ce conflit est vraisemblablement minoritaire face à une véritable rébellion contre un pouvoir oppressant et corrompu, dans la foulée du printemps arabe[réf. nécessaire].

Les principaux courants chiites en Syrie sont par ordre croissant les Ismaélites (1,3 %), les Druzes (1,9 %) et surtout les Alaouites (12 à 14 %) majoritaires le long de la côte ouest du pays. Les Alaouites sont régulièrement victimes d'actes de vengeance dans ce conflit, du fait de leur présence et domination à la tête de l’État depuis 1970. La création d'un mini-État alaouite est régulièrement évoquée, dans l'hypothèse d'une victoire des rebelles. Mais près d'un million d'Alaouites ne vivent plus dans leur région d'origine.

Le 22 avril 2011, à la suite de la mort de 25 nouvelles personnes à Deraa et Damas, le mufti de Deraa démissionne.

Les Kurdes de Syrie (8,5 à 11 %) ne constituent pas une confession en soi, mais sont majoritairement sunnites. Regroupée au nord-est du pays sur la frontière turque, ainsi que dans la province d'Alep, le Jazirah et la banlieue de Damas, cette population au fort sentiment communautaire met à profit l’affaiblissement de l'armée syrienne en juillet 2012 pour investir plusieurs villes du Nord du pays[98], soutenue par l'espoir, entretenu par le PKK, de la création d'un Kurdistan indépendant.

La part des chrétiens dans la population totale a fortement baissé au cours des dernières décennies, cette population émigrant beaucoup et ayant un taux de natalité faible. Le 15 décembre 2011, les patriarches d'Antioche, chefs spirituels des chrétiens, lancent un appel à la paix et à un arrêt des sanctions internationales contre la Syrie[99]. Les chrétiens sont très inquiets des manifestations du vendredi et ont en mémoire leurs coreligionnaires irakiens qu'ils ont accueillis après les massacres. Une persécution religieuse comparable semble en effet se mettre en place à Homs ou 230 chrétiens ont été abattus par des hommes identifiés comme étant des insurgés sunnites (aucune preuve ou témoignage, pas même de l'agence de presse officielle du gouvernement syrien n'a toutefois confirmé l'information ce qui fait douter fortement de la véracité de ce fait) tandis que les quartiers mixtes seraient désertés de 80 % de leurs habitants chrétiens, notamment en décembre pour célébrer Noël[100].

Camp pro-gouvernemental[modifier | modifier le code]

Régime el-Assad[modifier | modifier le code]

La position du gouvernement vis-à-vis de la révolte armée est d'incriminer des « groupes armés antigouvernementaux » ou des « islamistes armés ». Après le massacre de Houla, le gouvernement accuse ainsi principalement des islamistes armés. Des « ingérences extérieures » occidentales et des infiltrations d'armes commanditées par des pays adverses, dont le Qatar et l'Arabie saoudite sunnites, sont également régulièrement évoquées. Ainsi, dans une allocution télévisée du [101], le président syrien Bachar el-Assad affirme que l'État syrien fait « face à une véritable guerre menée de l'étranger », il précise que leur but est d’« étouffer la résistance » à Israël[102].

Le 3 juin 2014, après plus de trois années de guerre civile, le gouvernement de Bachar el-Assad, fort des reconquêtes militaires enregistrées au premier trimestre avec l'aide du Hezbollah, organise des élections présidentielles qualifiées de « farce » par les Syriens en exil et par les opposants de l'intérieur. Outre le président en exercice, qui se présente pour un troisième mandat (les deux premiers entérinés par des plébiscites référendaires), deux autres candidats, Maher Al-Hajar et Hassan Al-Nouri se présentent au suffrage de 5 ou 6 millions citoyens en situation de voter (sur une population de 15 millions d'électeurs, avec 3 millions de réfugiés et 6 millions de déplacés). Le scrutin serait ainsi, selon un diplomate français cité par Le Monde, « le prolongement politique de l'offensive militaire en cours, une manière de fermer la porte à tout plan de paix, une fuite en avant dans la bunkerisation du régime et la sanctuarisation de la Syrie utile. »[103]. À l'issue des élections,où aucun parti islamiste ni membre de l'oppositions n'a le droit de se présenter, Bachar el-Assad est reconduit pour un troisième mandat avec 88,7 % des suffrages exprimés. La participation aurait atteint 73,4 %, selon la Cour constitutionnelle et 11,6 millions de personnes auraient participé au scrutin. Selon le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid el-Mouallem, « face au complot, le peuple a choisi de reconduire ses dirigeants pour rétablir la sécurité, lutter contre le terrorisme et reconstruire le pays ». Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a qualifié l'élection d'« illégitime » tandis que le Secrétaire d'État américain, John Kerry, parle de « non-élection »[104].

Armée syrienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées syriennes.
Des soldats de l'armée syrienne à Alep en 2012.
Insigne de la Garde républicaine.

Avant le soulèvement, les troupes régulières de l'armée syrienne comptaient environ 325 000, dont 220 000 dans l'armée de terre et le reste réparti entre la marine, l'armée de l'air et la défense aérienne. À ces effectifs venaient s'ajouter 280 000 à 300 000 réservistes.

Dès le mois de juin 2011, des défections sont signalées. En juillet 2012, l'Observatoire syrien des droits de l'homme estimait que des dizaines de milliers de soldats avaient déserté. Selon des experts occidentaux, ces défections, bien que dommageables pour le moral, n'avaient pas altéré la force de frappe de l'armée syrienne, la plupart des déserteurs étant issus de la communauté sunnite, dont les membres n'ont jamais occupé de poste de responsabilité dans le dispositif.

En mars 2013, selon l'International Institute for Strategic Studies de Londres, l'effectif régulier de l'armée de terre syrienne était tombé à 110 000, en raison des défections, des désertions et des victimes. Le gouvernement ne peut alors réellement compter que sur les contingents alaouites : les Forces spéciales, la Garde républicaine et deux divisions d'élite (3e et 4e divisions), soit 50 000 hommes au total[105]. De son côté, The Institute for the Study of War estime dans un rapport publié le , que les forces de l'armée syrienne sont passées de 325 000 hommes au début du conflit à 150 000 hommes au début de l'année 2015[106].

Forces de défense nationale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces de défense nationale.

Les Forces de défense nationale sont des milices pro-gouvernementales qui reçoivent équipements et salaires du gouvernement[107],[108] et rassemblent environ 100 000 hommes[109],[110].

Ces forces jouent le rôle de l'infanterie, affrontant les rebelles sur le terrain et participant à des opérations en coordination avec l'armée régulière, qui leur apporte un soutien logistique et l'appui de son artillerie. L'effectif comprend une unité féminine de 500 « lionnes de la défense nationale » dévolues au contrôle des check-points[111]. Les membres de la FND sont autorisés à piller sur les théâtres d'opérations et à revendre leur butin pour améliorer l'ordinaire[107].

Milices : Shabihas et Jaysh al-Sha'bi[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Shabiha et Milice Jaysh al-Shabi.

Les shabiha sont des milices pro-gouvernementales non officielles généralement issues de la communauté alaouite. Le gouvernement les a utilisés régulièrement, au début des troubles, pour disperser les manifestations et faire régner l'ordre dans les quartiers en effervescence[112]. Quand les manifestations ont laissé place au conflit armé, l'opposition a commencé à nommer « shabiha » tout civil pro-Assad participant à la répression du soulèvement[113]. L'opposition a accusé les shabiha d'être à l'origine des nombreux abus commis à l'encontre des manifestants et des opposants[113] ainsi que de pillages et de déprédations[114],[115].

Les shabiha auraient été créés par Bassel el-Assad dans les années 1980 pour être utilisés par le gouvernement en période de crise[116]. On les a décrit comme « des paramilitaires alaouites de mauvaise réputation, accusés d'être les hommes de main du régime d'Assad[117] », des « mercenaires loyaux envers Assad[118] » et selon l'Arab Center for Research and Policy Studies, basé au Qatar, « des gangs à demi hors-la-loi, composés d'hommes de main proches du régime[118] ». En dépit de leur réputation de milice alaouite, des shabiha sunnites ont été signalés à Alep[119]. En 2012, le gouvernement Assad a créé une milice officielle, plus organisée et appelée Jaysh al-Sha'bi. Comme les shabiha, ses membres sont majoritaitement des Alaouites et des Shiites[120],[121].

En décembre 2012, les shabiha et le Jaysh al-Sha'bi ont été listés comme des organisations terroristes par les États-Unis[122]

Défections dans le camp loyaliste[modifier | modifier le code]

Début juillet 2012, le général Manaf Tlass, intime de Bachar el-Assad tombé en disgrâce et fils de l'ancien ministre de la défense de Hafez el-Assad, fait défection[123] et se présente à la troisième réunion des Amis du peuple syrien qui se tient à Paris. Le 11 juillet 2012, l'ambassadeur de Syrie en Irak Naouaf Fares fait également défection[124]. 18 généraux et de nombreux officiers et soldats de l'armée syrienne ont abandonné le gouvernement et se sont réfugiés en Turquie avec leurs familles[125].

Lundi 6 août 2012, le premier ministre d'origine sunnite Riad Hijab fait défection deux mois après sa nomination pour rejoindre l'opposition[126] au Qatar, tandis que la télévision d’État annonce son limogeage. Mi-août 2012, une dizaine de diplomates syriens à l'étranger ont officiellement rejoint la contestation[127]: Bassam Al Imadi (ancien ambassadeur en Suède), Nawwaf Al Cheykh Fares (ambassadeur en Irak), Lamia Hariri (chargée d’affaires à Chypre), Abdel-Latif Al Dabbagh (ambassadeur aux Émirats arabes unis), Mohammed Tahsin Al Faqir (attaché de sécurité près l’ambassade à Oman), Farouq Taha (ambassadeur en Biélorussie), Mohammed Housam Hafez (conseiller et consul en Arménie), Khaled Al Ayyoubi (chargé d’affaires au Royaume-Uni), Khaled Al Saleh (chargé d’affaires au Nigeria), Dani Ba’aj (deuxième secrétaire à la représentation permanente auprès de l’ONU à Genève).

Le Hezbollah, allié du régime[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hezbollah.
Dessin de Hassan Nasrallah, homme politique libanais, et secrétaire général de l'organisation chiite Hezbollah, depuis 1992.

En 2012, le Hezbollah, la milice libanaise chiite pro-iranienne, envoie des forces en Syrie pour appuyer le régime de Damas qui lui assure un important soutien logistique dans sa lutte contre Israël[128],[129],[130].

Fin avril 2013, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, reconnaît officiellement la participation de son organisation aux combats en Syrie[131] en invoquant une réaction à des agressions contre des Libanais dans la province de Qousseir (frontalière avec le Liban)[132]. D'après l'universitaire Thomas Pierret, « le Hezbollah cherche à protéger les points stratégiques syriens qui lui permettent d’acheminer des armes venues d’Iran »[133].

En février 2013, le Washington Post rapporte que l'Iran et le Hezbollah ont formé en Syrie la milice Jaysh al-Shabi chargée de combattre l'opposition anti-Assad, et que 50 000 combattants pro-Assad soutenus par l'Iran opèrent alors en Syrie[134].

Le contingent du Hezbollah engagé en Syrie au cours du conflit est estimé entre 5 000 à 8 000 hommes[135],[136].

Le 25 mai 2014, Hassan Nasrallah déclare que le Hezbollah se bat en Syrie parce que Damas « a nourri et protégé la résistance libanaise ». Accusé par ses détracteurs de baisser la garde contre Israël en envoyant des combattants en Syrie, il s'est dit convaincu de la victoire finale du régime d'el-Assad et a assuré que le Hezbollah avait « toujours la capacité de dissuader Israël » et que « c’est l’une des inquiétudes de l’ennemi israélien : il regarde la Syrie et l’Iran et il voit qu’ils donnent toute l’aide qu’ils peuvent à la résistance »[137].

Combattants irakiens chiites[modifier | modifier le code]

À mesure que la guerre civile syrienne s'installe dans la durée, elle intègre des acteurs et des enjeux hérités de la crise irakienne, dont elle partage la plupart des divisions ethno-religieuses. Selon l'agence Reuters, parmi les combattants chiites venus d'Irak figureraient d'ex-combattants de l'Armée du Mahdi, le mouvement armé de l'imam radical Moqtada al-Sadr, de l'organisation chiite Badr, proche du pouvoir iranien. Ces combattants justifient leur participation au conflit par leur volonté de défendre le mausolée de Saida Zeinab, situé près de Damas. Ils cherchent également à répondre à la présence de combattants irakiens sunnites, souvent affiliés au front al-Nosra[138],[139]. Mais d'après des responsables politiques chiites et le ministre des Affaires étrangères irakien Hoshyar Zebari, les combattants en question n'ont pas reçu de feu vert officiel de la part des chefs de leurs mouvements ou du gouvernement irakien, dominé par les chiites, pour aller combattre en Syrie[140],[141],[139].

D'après le journal Le Monde, en janvier 2014, une quinzaine de milices chiites irakiennes, représentant 5 000 à 10 000 hommes au total, combattent en Syrie. Initialement assignées à la seule défense du sanctuaire chiite de Sayed Zeinab, elles ont participé à deux des plus importantes batailles de l'année 2013, à savoir la seconde bataille de Qousseir (au mois de juin), et l'offensive dans le massif du Qalamoun (début décembre)[142].

L'opposition politique : CNS et CNFOR[modifier | modifier le code]

Conseil national syrien (CNS)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conseil national syrien.

Le Conseil national syrien est une autorité politique de transition créée le 15 septembre 2011 et officialisée les 1er et 2 octobre 2011 à Istanbul, en Turquie, pour coordonner l'opposition au le régime de Bachar el-Assad, en Syrie et dans les pays tiers[143].

Composé de 400 membres et dominé par les sunnites, le CNS rassemble plus de 30 organisations d'opposants[144] dont les Frères musulmans (qui y sont majoritaires[145],[146],[147]), des libéraux mais aussi des partis kurdes et assyriens[148],[149].

Le 11 novembre 2012, le CNS adhère à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution dont il reste la principale composante[150].

Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR)[modifier | modifier le code]

Logo de la CNFOR.

La Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (ou Coalition nationale syrienne), est une autorité politique de transition créée le 11 novembre 2012 à Doha, au Qatar. Siégeant au Caire[151], plus large que le CNS, bien financée et largement reconnue au niveau international[152],[153],[154],[155],[156],[157],[158] la Coalition engage « les parties signataires [à] œuvrer pour la chute du régime, et de tous ses symboles et piliers, et pour le démantèlement de ses organes de sécurité, en poursuivant tous ceux qui ont été impliqués dans des crimes contre les Syriens ».

Denise Natali, professeur à la National Defense University, estime que la Coalition représente mieux les intérêts de ses soutiens étrangers que ceux des Syriens de l'intérieur, et ne se distingue du CNS que par une allégeance au Qatar et aux autres États du Golfe Persique plutôt qu'à la Turquie[159].

Rôle des Frères musulmans[modifier | modifier le code]

Selon Raphaël Lefèvre, doctorant en relations internationales à l’université de Cambridge, leur sens politique, leurs alliances et leur discipline, ont « donné aux Frères musulmans un rôle majeur, notamment au sein de l’opposition en exil, dans le Conseil national syrien (CNS) et, aujourd’hui, au sein de la coalition nationale. Alliés objectifs des djihadistes, les Frères musulmans, sans avoir nommément de brigades engagées en Syrie, y auraient également acquis un poids militaire en finançant, armant et entraînant plusieurs groupes dans les régions d’Idleb et d’Alep. Chassés du pays dans les années 1980, ils seraient revenus les zones « libérées » et y auraient « opéré un recrutement massif », faisant élire leurs affiliés à la tête de conseils municipaux. Pour contrer la méfiance persistante de la société syrienne à leur égard, « ils parient sur une puissante stratégie de communication […]. Ils viennent de lancer un journal début février [2013], al Ahd (la Promesse), et ils s’apprêtent à lancer une chaîne de télévision privée dans le nord de la Syrie. ». Toujours selon Raphaël Lefèvre, ils sont soutenus par le Qatar, mais surtout par la Turquie : « ils veulent faire ce qu’a fait Ennahdha en Tunisie : retourner au pays, recruter massivement les jeunes, asseoir une base sociale après des années de répression, participer à des élections, faire des alliances, même si elles peuvent paraître contre nature. Ils sont conscients de la méfiance qu’ils suscitent en Syrie, un complexe qui les fait avancer à visage à moitié couvert. Ils sont guidés avant tout par un esprit de revanche après le massacre de Hama et celui d’Alep, à la fin des années 1970 et au début des années 1980. »[160].

L'opposition armée[modifier | modifier le code]

L'Armée syrienne libre (ASL)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armée syrienne libre.
Drapeau de l'Armée syrienne libre.
Des combattants de l'ASL à Alep en 2012.

À l'automne 2011, face à la répression, des défections se produisent dans les rangs gouvernementaux et une frange de l'armée semble se constituer en opposition armée au gouvernement. Deux groupes de soldats séditieux, l'Armée syrienne libre (créée en juillet 2011 par le colonel Riyad Al Asaad) et le Mouvement des officiers libres, se forment[161]. Ils fusionnent en septembre 2011 sous l'égide du premier, alors que les attaques de déserteurs contre les forces gouvernementales se multiplient[162],[163],[164].

Le , l'Armée syrienne libre reconnaît l’autorité du Conseil national syrien (CNS)[165].

Fin août 2012, à l'instigation de la France et de la Turquie, plusieurs centaines d'officiers, déserteurs de l'armée syrienne, se réunissent à Istanbul, autour du général Mohamed Al Haj Ali, le plus gradé d'entre eux, et décident de placer l'ensemble des brigades rebelles sous son commandement. Le projet échoue en raison des dissensions entre bailleurs de fonds et de la montée en puissance des djihadistes étrangers dans le nord du pays. Alors que le clan el-Assad resserre les rangs, l'option d'un retournement des forces armées, déterminant dans la chute des régimes tunisien et égyptien, s'éloigne définitivement[166].

L'Armée syrienne libre dispose d'un camp installé en Turquie[167], elle est armée par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar. Elle dispose également de l'aide d'agents de la CIA opérant à partir de la Turquie[44].

L'ASL combat de le régime aux côtés de groupes djihadistes, mais malgré cette alliance opportuniste, elle a condamné à de nombreuses reprises les attentats-suicides, perpétrés notamment par le Front al-Nosra. Certains analystes estiment alors que l'éventualité d'un après-Assad débuterait par une guerre entre l'ASL et les djihadistes, qui prônent une société basée sur la charia[168].

Le Front islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front islamique (Syrie).
Emblème du Front islamique.

Le Front islamique est formé le à la suite de l'alliance de groupes rebelles islamistes venus du Front islamique de libération syrien et du Front islamique syrien à la suite de la dissolution de ces deux mouvements. Sa création aurait été financée par la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite[169],[170]. Ses chefs sont Ahmed Abou Issa, Abou Rateb, secrétaire-général, Hassan Aboud, chef politique et Zahran Allouche, chef militaire[21]. Le mouvement rassemble des brigades salafistes ou proches des Frères musulmans[171]. Rassemblant 50 000 à 80 000 hommes, le Front islamique est alors le plus important groupe rebelle de Syrie[172],[21]. Il rassemble sept groupes armés[21] :

Le Front islamique prône l'instauration d'un état islamique dirigé par une choura et fondé sur la charia. Il affirme que les minorités religieuses et ethniques y seraient protégées[172].

Le Front al-Nosra[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front al-Nosra.
Drapeau du Front al-Nosra.

Le Front Al-Nosra (Jabhat an-Nuṣrah li-Ahl ash-Shām : « Front pour la victoire du peuple du Levant »), est un groupe salafiste djihadiste affilié à Al-Qaïda (en 2013, il prend également le nom de al-Qaïda Bilad ash-Sham : « al-Qaïda au Levant ») et dirigé par Abou Mohammad Al-Joulani.

Entre 2012 et 2013, les djihadistes ont vu leurs effectifs fortement augmenter : selon l'ONU, les rebelles issus des deux organisations liées à al-Qaïda (Front al-Nosra et État islamique) représentaient, en 2012, 5 % environ des insurgés, alors qu'en septembre 2013, « les membres de ces deux groupes et les salafistes en général sont en nombre au moins 40 % des 150 000 insurgés environ qui se battent sur l'ensemble du territoire ». « 58 % exactement des 600 factions armées les plus fortes — avec plus de 50 combattants — épousent [une] vision ultrarigoriste ou obscurantiste de l'islam »[175].

Le Front al-Nosra est initialement une extension en Syrie de l'État islamique d'Irak, mais il s'en sépare en 2013. Lorsque Abou Bakr al-Baghdadi annonce le 9 avril la fusion du Front al-Nosra et de l'État islamique d'Irak pour former l'État islamique en Irak et au Levant, Abou Mohammad al-Joulani ne répond pas favorablement à l'appel et renouvelle son allégeance à Ayman al-Zaouahiri, émir d'Al-Qaïda[176]. Depuis janvier 2014, les deux groupes sont en conflit direct[177].

Les relations d'al-Nosra avec les autres parties prenantes de la rébellion sont fluctuantes. Le groupe combat généralement aux côtés du Front islamique, de l'ASL et des autres groupes rebelles. Mais sa volonté d'imposer la charia lui a attiré l'hostilité d'une partie des Syriens et d'autres organisations rebelles, qui dénoncent son origine étrangère et estiment qu'elle « a volé la révolution syrienne », pillé des entreprises et imposé son intolérance religieuse[178],[179]. En novembre 2014, le Front al-Nosra entre en conflit avec le Mouvement Hazm et le Front révolutionnaire syrien, liés à l'Armée syrienne libre et soutenus par les État-Unis[180].

Le Front est responsable nombreux attentats-suicides, dont plusieurs explosions meurtrières à Damas en 2011 et 2012. Elle est considérée comme une organisation terroriste par le gouvernement syrien et, depuis décembre 2012, par les États-Unis[181].

Les estimations des effectifs du Front al-Nosra varient de 6 000 à 15 000 hommes, incluant des combattants étrangers[182],[183].

L'État islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État islamique (organisation).
Drapeau de l'État islamique.
En gris, territoires actuels conquis en Syrie et en Irak par le califat de l'État islamique

Né en 2006 en Irak, l'État islamique est une organisation salafiste djihadiste, dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, proclamé calife le . Le groupe apparaît en Syrie le sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant et prend le nom d'État islamique lorsqu'il proclame l'instauration du califat, mais ses adversaires lui donnent le surnom de « Daech »[184].

Considéré comme moins corrompu que les autres groupes djihadistes, l'EIIL est aussi le plus extrémiste, il est craint pour sa violence, son intransigeance et son indifférence aux notions occidentales de droits humains[185]. Très impliqué sur les réseaux sociaux, il attire un grand nombre de djihadistes étrangers venus de tout le Monde musulman et même d'Occident[186].

Cependant sa radicalité et ses ambitions lui attirent rapidement l'hostilité des autres groupes rebelles. En janvier 2014, le Front islamique, l'Armée syrienne libre et le Front al-Nosra et plusieurs autres groupes rebelles lui déclarent la guerre[187].

En 2013 et 2014, les effectifs en Syrie de État islamique sont estimés de 5 000 à 13 000 hommes[188],[189]. Ils augmentent sensiblement à la suite de la proclamation du califat. En 2015, les estimations vont de 20 000 à 80 000 combattants, tant en Syrie qu'en Irak et sans compter le ralliement de nombreux groupes djihadistes à travers tout le monde musulman[190].

Les Kurdes[modifier | modifier le code]

Drapeau des YPG, branche armée du PYD.
Une combattante des YPG en 2014.

Les populations kurdes de Syrie occupent, le long de la frontière turque, trois enclaves séparées qui constituent le prolongement naturel des territoires kurdes de Turquie et d’Irak[191]. Historiquement discriminés par le régime et ancrés à une solide identité culturelle[82], les Kurdes de Syrie ont profité des désordres de la guerre civile pour prendre le contrôle de ces zones qui composent le « Kurdistan syrien »[49]. Depuis le 12 novembre 2013, ce dernier dispose d'une administration autonome, qui gère les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »[50].

Le Kurdistan syrien, appelé le Rojava, passe aux mains du Parti de l'union démocratique (PYD), la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Il dispose d'une branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG). Les relations des Kurdes avec les autres parties prenantes au conflit sont fluctuantes : plutôt proches de l'ASL, les YPG entrent en conflit avec des brigades islamistes en juillet 2013[51]. Jouant leur propre carte, les rebelles kurdes concluent parfois des alliances ponctuelles et opportunistes, tantôt avec les forces loyalistes, tantôt avec les rebelles[192]. Hostile au régime de Bachar el-Assad, dont ils souhaitent la chute, les Kurdes du PYD affrontent cependant rarement les forces loyalistes avec lesquelles elles cohabitent dans certaines villes. Les YPG livrent l'essentiel de leurs combats contre les forces djihadistes, et principalement l'État islamique[193],[194]. En 2015, les effectifs des YPG sont estimés entre 35 000 et 65 000 combattants, dont environ 40% de femmes[27].

Déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

Genèse (2011)[modifier | modifier le code]

Appels à manifester non suivis[modifier | modifier le code]

Suivant l'exemple des « révolutions colorées », des appels à manifester sont lancés sur Facebook, invitant les Syriens à se mobiliser les 4 et 5 février, notamment devant le siège du parlement à Damas. L'appel ne fut pas suivi, en raison notamment de l'important dispositif de sécurité, des intimidations des forces de sécurité et de l'arrestation des principaux organisateurs[195],[196]. Le 8 février 2011, le pouvoir rétablit l'accès à Facebook et YouTube pensant apaiser d'éventuelles tensions[197]. Cependant, ce geste n'est pas interprété de la même manière par tous les médias. D'après Télérama et le Huffington Post, il s'agirait d'un moyen pour mieux repérer les activistes[198],[199]. En outre, ce point de vue est partagé par Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, qui estime que « les médias sociaux peuvent également être un outil de surveillance et de répression de l'opposition »[200]. Dans le même temps, le pouvoir multiplie également les mesures sécuritaires : renforcement des écoutes, plan de rupture des moyens de communications pour isoler des régions ou des villes du reste du pays, ordre donné aux moukhabarats de réprimer fermement toute agitation, interdiction de messagerie instantanée et de Skype, nombreuses arrestations préventives ou non, comme celles d’enfants tagueurs[201],[202].

Le 17 février 2011, le gouvernement annonce des mesures sociales prévoyant la baisse de taxes sur les produits alimentaires de première nécessité, l'augmentation des subventions pour le fioul et la création d'un fonds social qui aidera 420 000 personnes en difficultés[203],[201]. D’autres augmentations de prix et l’instauration de la TVA sont reportées ; le gouvernement annonce également le recrutement de 67 000 fonctionnaires, multiplie les rencontres avec des représentants de la société civile et des dignitaires religieux[201]. Des dizaines de fonctionnaires corrompus sont mutés ou renvoyés[201]. Le gouvernement apporte son soutien diplomatique, mais aussi matériel, et envoie des renforts en Libye, soutenir le colonel Kadhafi, en manière d’avertissement sur ses intentions en cas de révolte[204]. Le 17 février 2011, les violences policières contre un commerçant entraînent le soulèvement d'un quartier de Damas[205],[206]. Le 7 mars 2011, 13 prisonniers politiques entament une grève de la faim[207].

Révolte de Deraa, en mars 2011[modifier | modifier le code]

Carte montrant le statut des manifestations de la la mi-avril 2011 qui ont mené à la guerre civile.
En rouge : manifestations pacifistes.
En bleu : manifestations ayant fait des victimes.

Le 13 mars 2011, quinze écoliers sont arrêtés à Deraa pour avoir tagué des slogans issus de la révolution égyptienne de 2011 et transférés à Damas. Un nouvel appel est lancé sur Facebook, appelant les Syriens au soulèvement à partir du 15 mars. Des manifestations quotidiennes se succèdent à Deraa (ville du sud, d'environ 80 000 habitants)[208] à partir du 15 mars[209]. Plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir (siège du Parti Baas, tribunaux) sont incendiés[209]. Une manifestation a lieu le même jour à Damas[210],[208] : quelques dizaines de personnes rassemblées au souk Al Hamidia (ou Hamidiyé) crient des slogans tels que : « Dieu, la Syrie, la liberté et c'est tout ! ». La foule est dispersée par les forces de l'ordre. Selon les organisateurs, des manifestations ont également lieu à Deir ez-Zor, Alep et Hassakeh[211].

Le 16 mars 2011, environ 150 personnes, pour la plupart des militants des droits de l'homme et des proches de prisonniers politiques, manifestent près du ministère de l'Intérieur à Damas, pour demander la libération des détenus politiques. Les participants sont violemment dispersés par la police[212]. Amnesty International condamne la répression et affirme que 30 personnes ont été arrêtées, dont les activistes des droits de l'homme Mazen Darwish et Suhair Al-Attassi et le philosophe Tayyeb Tizini[213]. Les auteurs de l’appel organisent le 18 mars un « vendredi de la dignité ». Le vendredi 18 mars 2011, des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont lieu à Alep, Damas, Homs, Banias[210] et surtout Deraa[210]. Les manifestations partent des mosquées (le vendredi étant jour de prière) ou des stades où des matches ont lieu ce jour-là (ce qui entraîne la suspension de toutes les compétitions de football)[214]. Ces manifestations ont un caractère tribal et confessionnel limité : ainsi, la croix et le croissant ont été brandis au sein de la mosquée des Omeyyades à Damas[215]. Pour l’ancien diplomate Ignace Leverrier, il est même absent[216]. Le pouvoir réprime ces manifestations, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés ; Human Rights Watch parle de véritable massacre[217]. Des dizaines d'opposants, armés ou non, sont arrêtés[96]. Ainsi à Deraa, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants, tuant quatre d'entre eux[218] et blessant plus de cent personnes[219]. Parmi les blessés transportés à l'hôpital, certains sont arrêtés par la police[220],[221]. Le même jour, la composition d’un « conseil national de transition temporaire », virtuel, est publiée sur Facebook pour manifester l’existence d’une alternative[222].

Le lendemain, 19 mars 2011, à Deraa, les funérailles des manifestants tués la veille se transforment en manifestations. Les forces de sécurité dispersent la foule, faisant plusieurs blessés[223]. La contestation s’amplifie le dimanche 20 mars, avec environ 10 000 manifestants (selon les organisateurs) descendant à nouveau dans les rues de Deraa et rejetant la tentative de médiation d’une délégation gouvernementale. Les forces de l’ordre répriment violemment les contestataires, tuant un manifestant et en blessant une centaine. La manifestation tourne alors à l’émeute. Les protestataires incendient le siège du parti Baas, le Palais de Justice et les succursales de deux compagnies de téléphonie mobile, dont l’une appartient à Rami Makhlouf, cousin du président Bachar el-Assad[224]. Les manifestations continuent le 22 mars à Deraa et s’étendent à la ville voisine de Djassem[225]. Le 23, un millier de personnes manifestent de nouveau à Deraa, où on compte plus de cent morts[210],[208]. La révolte s'étend à la ville de Nawa, où 2 500 manifestants scandent des slogans contre le pouvoir, et à Jassem[226]. Le 24 mars 2011, vers 1h30 du matin, à Deraa, une unité de l'armée prend d'assaut la mosquée Omari où s'étaient retranchés certains manifestants, en tuant au moins six. Plus tard dans la journée, la police ouvre le feu lors des funérailles de manifestants qui rassemblaient 20 000 personnes, selon les protestataires. D'autres incidents ont lieu entre opposants et forces de l'ordre dans les villages avoisinants. Au total, 15 personnes sont tuées tout au long de la journée[227].

Malgré la violence de la répression, le 24 mars au soir, le gouvernement annonce des mesures comprenant des hausses de salaires dans l'administration (de 20 à 30 %), la libération des protestataires arrêtés et une possible abrogation de la loi sur l'état d'urgence (en vigueur depuis 1963). Une conseillère du président juge même les revendications des manifestants « légitimes »[228]. À partir du 25 mars, malgré la répression et les concessions du gouvernement, le mouvement s'étend aux principales villes du pays.

Extension à tout le pays[modifier | modifier le code]

Manifestation de l'opposition à Duma, le 8 avril 2011. Les manifestants ont d'abord utilisé les drapeaux nationaux avant de revenir à l’ancien drapeau de la Syrie.

Du 25 au 27 mars 2011, le mouvement s'étend dans plusieurs grandes villes du pays. Après les concessions annoncées par le gouvernement, et la libération de plus de 200 prisonniers politiques, les manifestations se renforcent à Deraa où une statue de Hafez el-Assad est déboulonnée. La contestation s'étend à deux villes proches de Deraa, Tafas et Sanamein et dans la capitale Damas (1,4 million d'habitants). Les troubles éclatent aussi à Hama (500 000 habitants), qui avait été victime d'une violente répression en 1982 (massacre de Hama). Des locaux du Parti Baas sont incendiés dans plusieurs villes. Les manifestants scandent des slogans tels « Le peuple veut la chute du régime » ou « Nous nous sacrifierions pour Deraa ». Le 26 mars 2011, Lattaquié (700 000 habitants) rejoint la contestation[208] et la répression y fait au moins dix morts. Le lendemain, l'armée est envoyée dans la ville. Le même jour, le gouvernement annonce qu'il abrogera la loi sur l'état d'urgence, après avoir évoqué cette possibilité trois jours auparavant, et que le président Bachar el-Assad s'adressera prochainement à la nation. Deux cent quatre-vingt prisonniers politiques sont libérés[210]. Dans le courant du mois, des sunnites manifestent par ailleurs à Banias contre la mixité confessionnelle dans les écoles et réclament des emplois dans les deux grandes entreprises publiques de la ville qu'ils dénoncent comme des fiefs alaouites[229].

Manifestation de l'opposition à Homs le 18 avril 2011.

Au 5 avril 2011, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme recense 123 personnes tuées entre le 18 mars et le 1er avril en Syrie[230]. Le 8 avril, on compte 26 nouveaux morts à Deraa[210]. Une manifestation de 500 personnes a lieu le 13 avril à Alep[210],[208]. Un nouveau gouvernement est nommé le 14[208], mais sans calmer la contestation, qui rassemble 10 000 personnes à Lattaquié le 17. Le 18 avril, 20 000 personnes participent à un sit-in à Homs[210], huit sont tuées[208]. Le 20 avril, d'autres manifestations ont lieu à Alep et Homs, et le 21, l'état d'urgence est levé et la Cour de sûreté de l'État, un tribunal d'exception, est abolie[210],[208]. Toutefois, une nouvelle loi est adoptée quelque temps plus tard, qui selon les opposants, est tout aussi restrictive que la précédente. Le 22 avril, après la mort de 25 nouvelles personnes à Deraa et Damas, deux députés et le mufti de Deraa démissionnent[208]. C’est à cette période que la dissidence, totalement inorganisée, constitue un « comité de coordination pour le changement démocratique en Syrie[231],[232]. ».

À ces manifestants pacifistes se sont joints très rapidement des groupes armés. Ainsi, le 11 avril 2011, 10 militaires, dont des officiers, sont tués sur la route de Banias[233]. L'histoire est confirmée par Joshua Landis[234] dont le cousin de sa femme, le colonel Yassir Qash'ur est tué dans cette attaque attribuée par ses proches aux partisans de l'ancien vice-président Abdullah Halim Khaddam. Parallèlement, les islamistes proches des Frères musulmans et des mouvements djihadistes s'activent dès les début des manifestations. Cela s'explique par la place importante que tient le pays de Sham (la grande Syrie) dans l'eschatologie[235] islamique, qui prévoit une bataille épique entre le Mahdi et les vrais musulmans contre le faux Mahdi et les faux musulmans venus de Khrassan, une région de l'actuel Iran[236]. Ainsi, dès le mois de mai 2011, un certain nombre de Saoudiens ont rejoint la Syrie et se sont engagés dans ce qui deviendra la brigade Ahrar al-Sham[237].

Répression des manifestations[modifier | modifier le code]

Poste de contrôle de la circulation de l'armée syrienne, banlieue de Damas, 14 janvier 2012.
Police anti-émeute à Damas, 16 janvier 2012.

Le 25 avril 2011, les 4e et 5e divisions mécanisées, commandées respectivement par Maher el-Assad et Muhammad Saleh Al-Rifai, et le 132e bataillon, attaquent la ville rebelle de Deraa. Des sources font état de mutineries individuelles, voire d’unités entières, qui auraient occasionné un arrêt de la progression de l’armée dans la ville[238],[239],[240]. Pour rendre la défense de la ville plus difficile, l’eau, l’électricité et les communications téléphoniques sont coupées[241].

L’ampleur des répressions provoque la démission de plus de 230 membres du parti au pouvoir[208]. Les communications par téléphone satellite sont coupées[242]. Le vendredi 29 avril 2011, les forces de sécurité ouvrent le feu sur des milliers de personnes marchant sur la ville de Deraa, foyer de la contestation contre le gouvernement en Syrie et situé près de la frontière jordanienne[243]. Des manifestations ont lieu dans tout le pays[210]. Au moins 48 civils sont tués[244]. Six personnes périssent le samedi 30 avril 2011 à Deraa, pilonnée par l'armée et par les francs-tireurs. L'eau, la nourriture et les médicaments manquent depuis l'intervention des troupes[245]. Les forces syriennes arrêtent deux personnalités de l'opposition, Hassan Abdel Azim et Omar Kachach[246].

Le 1er mai 2011, de nouvelles manifestations ont lieu à Deraa, Kameshli, Douma, Lattaquié[210]. Le soir du 4 mai 2011, 161 véhicules blindés commencent le siège de deux villes du centre du pays, Al-Rastan et Talbisseh[247]. À Alep et Damas, des sit-in ont lieu dans les universités[208]. Le 5 mai 2011, l’armée se retire de Deraa[208]. Le 6 mai, comme chaque vendredi, des manifestations ont lieu un peu partout en Syrie pour demander la fin du « régime de Bachar el-Assad ». Comme chaque vendredi, les forces de l'ordre ouvrent le feu sur les contestataires. Selon les militants des droits de l'Homme, il y aurait ainsi eu au moins 26 morts, la plupart à Homs, dans le centre du pays. Riad Seif, l'un des leaders de l'opposition, est arrêté[248], avant d'être libéré dix jours plus tard sous caution[249]. Le 7 mai 2011, six manifestantes sont tués près de Baniyas[250]. Le 9 mai 2011, les manifestations continuent, les tirs se multiplient, et les communications téléphoniques sont coupées[251]. Selon Human Rights Watch, les bilans en morts, en blessés comme en arrestations sont invérifiables[239]. L’ONG Insan fait état de 632 morts et 8 000 arrestations entre le 15 mars et le 6 mai, mais en indiquant que les identités de 5 000 personnes arrêtées n’ont pas encore pu être vérifiées[214]. Le 11 mai, 21 personnes sont tuées dont deux soldats, un enfant et une infirmière[252].

Égyptiens arborant le drapeau de l'ASL lors d'une manifestation de soutien aux combattants de l'ASL, au Caire, le 18 novembre 2011
Égyptiens arborant le drapeau syrien lors d'une manifestation de soutien aux révolutionnaires, au Caire, le 18 novembre 2011.

Le 13 mai 2011, comme tous les vendredis, des manifestations pacifiques se déroulent dans tout le pays, notamment à Deraa, Homs, Hama, Bou Kamal, Lattaquié, Kameshli, Amouda et Alep. Au moins deux manifestants sont tués à Homs[253]. Le 14 mai, au moins quatre personnes sont tuées et plusieurs autres blessées à Tall Kalakh, près de Homs, par des tirs des forces de l'ordre[254]. Le 20 mai, des milliers de personnes manifestent. Ils répondent à l'appel de l'opposition pour la liberté et l'unité nationale. Damas, la capitale, et Alep, la deuxième ville pays, jusque-là globalement épargnées par les défilés, sont cette fois concernées. Les forces de sécurité font usage de leurs armes, notamment à Homs, Sanamein ou Maaret al Noumane. Il y aurait au total au moins 44 morts[255].

Manifestation de l'opposition à Baniyas, le 6 mai 2011.

Le 6 juin 2011, la télévision publique annonce la mort de 120 soldats et policiers tués par des groupes armés à Jisr al-Choughour[256]. Si ce chiffre est surement exagéré[257], des témoins font bien état de combats opposant les forces de l'ordre et des groupes armés dans la ville[258]. Le 12 juin 2011, dans un contexte d'escalade de la violence, l'armée syrienne pénètre dans Jisr al-Choughour pour « déloger les groupes armés » après avoir pilonné et tiré à la mitraillette au hasard sur les habitants depuis des hélicoptères[259],[260]. Le 21 juin 2011, la coordination nationale des comités locaux de jeunes révolutionnaires publie son programme politique, Vision des comités locaux de coordination pour l'avenir politique de la Syrie, qui évoque l'avenir de la Syrie sous forme de démocratie parlementaire[261]. Cette proclamation est suivie, le 27 juin, d'une réunion entre intellectuels de l'opposition dans un hôtel à Damas, alors que 400 étudiants d'Alep sont jugés pour sabotage et insulte au président[262].

Le vendredi 15 juillet 2011, des centaines de milliers de Syriens manifestent, notamment à Deir Ezzor (350 000 personnes), Hama (150 000) et Damas (7 000), pour demander la libération des détenus et la chute du régime. Plusieurs civils sont tués à Damas et à Idleb, dans le nord-ouest du pays, par les forces de sécurité[263]. Le 17 juillet, des affrontements entre partisans du gouvernement et opposants à Homs (centre) font au moins 30 morts[264].

Le 19 juillet, treize civils sont tués par des tirs de l'armée syrienne à Homs[265]. Le 31 juillet, 140 personnes sont tuées par l'armée[266].

Une escalade de la répression est constatée après la déclaration début août du Conseil de sécurité des Nations unies[267].

Fondé fin août et lancé les 1er et 2 octobre 2011 à Istanbul, en Turquie, le CNS (Conseil national syrien) a pour but de coordonner les opposants et mener des opérations contre le gouvernement syrien. Son analogue libyen, le CNT, est le premier à le reconnaitre comme unique représentant du peuple syrien[268]. La France lui apporte son soutien le 10 octobre[269].

Après une relative accalmie, des protestations reprennent le vendredi 14 octobre 2011, avec notamment des manifestations de soutien aux soldats ralliés à la contestation, et douze personnes sont tuées[162] par les forces de l'ordre loyalistes.


Vers la guerre civile[modifier | modifier le code]

Manifestation de l'opposition à Homs, le 3 février 2012.

Le , le haut commissaire des Nations unies aux Droits de l'Homme déclare que la Syrie est en état de « guerre civile »[270].

Le 18 janvier, après plusieurs jours de combats, l'armée se retire de Zabadani qui devient la première ville de Syrie à tomber entièrement aux mains des rebelles[271]. Mais le 4 février, l'armée syrienne lance une contre-offensive en engageant au moins 15 000 soldats et 40 chars. Le 11 février, Zabadani est reprise par les forces du régime[272].

Le vendredi 3 février 2012 est la journée la plus meurtrière depuis le début de la révolte ; des tirs d'artillerie à Homs font au moins 260 morts parmi la population civile[273].

Le 10 février, après le veto russe et chinois à une résolution du conseil de sécurité de l'ONU contre le gouvernement syrien, l'opposition syrienne baptise sa journée de mobilisation au Liban « vendredi de la Russie qui tue nos enfants »[274].

Chars de l'armée syrienne à Baba Amr, à Homs, le .

Le 1er mars 2012, après plusieurs semaines de siège et de bombardements qui ont fait des centaines de morts, l'armée syrienne s'empare du quartier Baba Amr, bastion de la rébellion à Homs[275],[276],[277].

Article détaillé : Bataille d'Idleb (2012).

Le 10 mars 2012, tandis que Kofi Annan rencontre Bachar el-Assad pour tenter d'obtenir un cessez-le-feu, les forces gouvernementales syriennes assiègent et bombardent la ville d'Idleb, un des bastions de la rébellion[278]. De son côté, le Qatar juge qu'un cessez-le-feu est insuffisant et dénonce un « génocide » organisé par le gouvernement syrien. « Il y a un génocide systématique de la part du gouvernement syrien pendant que nous parlons en ce moment de cessez-le-feu », a déclaré le ministre qatari des Affaires étrangères cheikh Hamad ben Jassem Al Thani lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Le gouvernement syrien a parallèlement entrepris le rappel de ses ambassadeurs des 27 pays de l'Union européenne, anticipant leur expulsion en représailles à la répression menée par son armée[279],[280]. Le 12 mars, Kofi Annan quitte la Syrie sans avoir trouvé de solution à la crise et sans avoir obtenu de concessions d'Assad[281].

Le 13 mars 2012, une cinquantaine de corps de femmes et d'enfants sont découverts à Homs, un massacre dont les belligérants se rejettent la responsabilité. Adnane Mahmoud, le ministre syrien de l'Information accuse « les gangs terroristes » d'avoir perpétré le massacre « en vue de susciter des réactions internationales contre la Syrie », accusant l'Arabie saoudite et le Qatar d'être « complices » de ces « gangs »[282].

Le 14 mars, la ville d'Idleb est reconquise par le régime. Mal armées, les forces de l'Armée syrienne libre préfèrent battre en retraite[283].

Le 23 mars, l'armée syrienne continue de pilonner les insurgés dans la ville de Homs qui reste coupée du monde. Durant un entretien par téléphone satellitaire, un habitant déclare à Jérôme Bastion, de RFI : « La situation est bien pire qu'auparavant. Les bombardements aujourd'hui sont d'une intensité incroyable, cela tombe partout. Ils utilisent toute sorte d'artillerie, la plupart du temps des chars modèle T72, mais aussi souvent des roquettes »[284].

Article détaillé : Bataille de Taftanaz.

Le 3 avril, la ville de Taftanaz est prise d'assaut par une cinquantaine de chars et la rébellion est écrasée après deux jours des combats qui font au moins 120 morts[285].

Au printemps et à l'été 2012, les Shabiha et l'armée syrienne commettent une vague de massacres. Le 25 mai, 108 civils, dont 49 enfants et 34 femmes, sont massacrés à Houla[286],[287]. 78 autres sont tués à Mazraat al-Koubeir le 6 juin[288]. Le 12 juillet, 150 civils sont tués selon l'OSDH par des tirs d'artillerie à Tremseh, près de Hama[289]. Et les 25 et 26 juillet environ 600 personnes sont encore massacrées par les loyalistes à Darayya[290].

Tentative de cessez-le-feu et mission d'observation de l'ONU[modifier | modifier le code]

Carte de situation détaillée de la guerre dans l'ouest de la Syrie, en juin 2012.
En marron : zone sous contrôle des forces loyalistes.
En rouge : zones sous contrôle de l'Armée syrienne libre et des rebelles.

Le 12 avril 2012, un cessez-le-feu est conclu entre le gouvernement et l'opposition armée par l'intermédiaire des négociations menées par Kofi Annan, délégué de l'ONU. L'accord prévoit aussi la libération de tous les prisonniers politiques, la liberté de la presse et de manifestations, ainsi que la mise en place d'une mission d'observation de l'ONU de 300 membres. Violé le jour même par les belligérants, le cessez-le-feu ne sera jamais respecté.

Le 20 mai 2012 et les jours qui suivent, des rumeurs persistantes, relayées par l'opposition[291], indiquent que la Cellule centrale de gestion des crises du gouvernement aurait été décimée par un empoisonnement. Cette cellule réunit plusieurs généraux dont le ministre de l'Intérieur Mohammed Al Cha’’ar, le directeur des Renseignements militaires Abdel-Fattah Qoudsiyeh, le directeur des Renseignements de l'Armée de l'Air Jamil Hassan, le directeur de la Sécurité politique Mohammed Dib Zitoun, le directeur des Renseignements généraux Ali Mamlouk, ainsi que le frère cadet de Bachar el-Assad Maher el-Assad, patron de la 4e division mécanisée et homme fort de l'appareil militaire, et son beau-frère Assef Chaoukat, ancien directeur des Renseignements militaires et vice-ministre de la Défense depuis l'été 2011. Ces rumeurs ne sont toutefois pas confirmées par la plupart des médias et sont démenties par le gouvernement syrien.

Le 5 juin 2012, le vice-ministre des affaires étrangères russe Guennadi Gatilov affirme n'avoir « jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », ce qui constitue un premier signe de changement de position de la Russie. Le 6 juin, Bachar el-Assad désigne un nouveau premier ministre, Riad Hijab, ancien ministre de l'Agriculture, tandis que l'opposition syrienne dénonce un nouveau massacre de 78 personnes, dans le village de Mazraat Al-Qoubir situé près de Hama. Le lendemain, des observateurs de l'ONU venus y constater la situation sont empêchés d'entrer dans le village par l'armée syrienne, avant d'être pris pour cibles par des armes lourdes, des balles perforantes et des drones. Le 8 juin, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon évoque le danger d'une guerre civile « imminent et réel » en Syrie. Au niveau diplomatique, la Russie persiste à bloquer jusqu'en juillet 2012[292] toute condamnation ou intervention internationale de l'ONU en Syrie.

Offensives des rebelles[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Damas et Bataille d'Alep.
Rebelles de l'Armée syrienne libre à Alep en octobre 2012.

Début , les combats se propagent et s'intensifient au cœur de la capitale Damas. Le 15 juillet, les rebelles lancent une offensive sur la capitale syrienne et suivie d'une autre cinq jours plus tard à Alep. Les combats atteignent alors les deux principales villes du pays, le gouvernement organise une contre-offensive en juillet et chasse les rebelles de la capitale le 4 août, avant de tourner ses forces contre Alep, tenue pour moitié par les insurgés[293].

Article détaillé : Bataille d'Azaz.

Le 19 juillet, après plusieurs mois de combats, l'Armée syrienne libre s'empare de la ville d'Azaz près de la frontière turque, au nord-ouest d'Alep[294].

En juillet, l'armée syrienne se retire du Kurdistan syrien (Rojava) pour se redéployer à Alep et sur d'autres fronts. La région passe alors sous le contrôle du PYD et de sa branche armée, les YPG. Ces derniers écartent les partis du Conseil national kurde (CNK) liés à Barzani et proches du Conseil national syrien et dont les dirigeants sont contraints de s'exiler au Kurdistan irakien. Les loyalistes demeurent cependant dans les villes d'Al-Qamishli et Hassaké, dont ils partagent le contrôle avec les forces kurdes[295].

En août, l'ONU qualifie juridiquement le conflit syrien de guerre civile, ce qui amplifie les qualifications de crimes contre la population susceptibles d'être reprochés aux cadres principaux du gouvernement qui les ordonnent. Elle impute aussi à la rébellion des cas de torture et d’extorsion de fonds à l’égard de civils, l'exécution sommaire de soldats gouvernementaux et miliciens, l’enrôlement de jeunes garçons de 13 ans et le harcèlement des communautés chiite, alaouite et chrétienne[296].

La contre-offensive se poursuit à la mi-août. À partir du 15 août, l'armée lance une vaste contre-offensive dans la banlieue de Damas, progressant ville par ville, puis sur Alep et sur différentes villes du pays[297].

Début novembre 2012, les rebelles ont fait des gains importants dans le l'ouest du gouvernorat d'Alep. Le 18 novembre, après des semaines de combats intenses, ils prennent le contrôle de la base 46, située dans le gouvernorat d'Alep, l'une des plus grandes bases de l'armée syrienne dans le nord de la Syrie[298]. Puis le 9 décembre, le Front al-Nosra prend d'assaut la base du bataillon 111, dite « Cheikh Souleimane »[299].

Le 22 novembre, ils s'emparent de la ville de Mayadeen, dan le gouvernorat de Deir ez-Zor[300].

Article détaillé : Première offensive de Hama.

À la mi-décembre 2012, rassemblant ses forces dans le nord-ouest de la Syrie, l'armée syrienne libre (ASL) lance une offensive afin de reprendre le contrôle du gouvernorat de Hama, mais l'avancée des rebelles est modeste[301],[302].

Le 11 janvier 2013, dans le gouvernorat d'Idleb, après deux mois d'assaut la base aérienne de Taftanaz, la plus grande dans le nord du pays, est prise par les rebelles. Le Front al-Nosra y joue un rôle déterminant[303],[304].

Le 6 février, les rebelles lancent une offensive, surnommée « bataille de l'Armageddon » contre les troupes loyalistes. Ils pénètrent dans le district de Jobar dans la capitale Damas et lancent également des attaques sur Adra, au nord-est de la capitale[305],[306].

Article détaillé : Bataille de Chadadé.

Le 14 février, le Front al-Nosra s'empare de la ville de Chadadé, au sud d'Hassaké, après deux jours de combats. L'armée syrienne laisse au moins 100 morts et les djihadistes 40[307],[308].

Article détaillé : Bataille de Racca.

Le 6 mars, après trois jours de combats et plus d'une centaine de morts, la ville de Racca tombe aux mains des rebelles du Front al-Nosra, d'Ahrar al-Sham et de l'ASL. C'est la première capitale de gouvernorat capturée pars les rebelles depuis le début du conflit[309],[310].

Le 26 mars, le chef de l'ASL Riad el Asaad est blessé à la jambe par un engin piégé près de Deir ez-Zor[311]. Il est transporté en Turquie pour y être soigné, mais il perd sa jambe[312].

Le 29 mars, dans le gouvernorat de Deraa, les rebelles capturent le village stratégique de Da'el après des combats acharnés avec les forces gouvernementales[313],[314]. Puis, le 3 avril 2013, les rebelles capturent une base de l'armée syrienne près de la ville de Deraa[315].

En avril 2013, l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) apparaît en Syrie. Son chef Abou Bakr al-Baghdadi, annonce alors la fusion de son groupe avec le Front al-Nosra, ce que al-Joulani et une partie de ses troupes refusent. Rapidement l'EIIL va se distinguer par sa brutalité et ses exactions[22].

Contre-offensives des loyalistes[modifier | modifier le code]

Carte de situation militaire des principales villes syriennes, début janvier 2013.
En vert : localités contrôle par les loyalistes.
En violet : localités contrôlées par les rebelles.
En bleu : localités disputées.

Le 7 avril 2013, l'Armée syrienne, soutenue par des chars, lance une contre-offensive à l'est de Damas, imposant un siège au district de Ghouta sous contrôle rebelle[316]. Les rebelles se regroupent dans le quartier de Qaboun et Barzeh, afin de limiter les pertes et d'attirer les forces gouvernementales dans des combats rapprochés[317]. Le 18 avril, après des semaines de combat contre les forces gouvernementales, les rebelles capturent le complexe militaire de Dabaa dans le gouvernorat de Homs et élargissent ainsi leur territoire autour de la frontière libanaise[318]. Un officiel du ministère des Affaires sociales, Ali Ballan, est par ailleurs assassiné dans un restaurant du district de Mazzeh à Damas[319].

Les loyalistes parviennent cependant à prendre le contrôle du village de Abel, ce qui lui permet d'assiéger les positions rebelles à Qusair. Le 21 avril, l'OSDH affirme qu'au moins 250 personnes ont été tuées lors des combats qui opposent les loyalistes aux rebelles pour le contrôle de Rif Dimashq[320]. Des rapports affirment également que les troupes gouvernementales, soutenues par des miliciens du Hezbollah, avancent sur Qusair[321].

Le 24 avril, dans la banlieue d'Alep, la base aérienne de Mennagh est en revanche prise par l'ASL, après des mois de siège[322]. Le minaret de la Grande Mosquée d'Alep datant du XIe siècle est détruit dans les combats (cf. bataille d'Alep). Le 28 avril, les rebelles capturent trois bases aériennes de l'Armée syrienne dans le nord du pays[323].

Article détaillé : Massacre d'al-Bayda et de Baniyas.

Le 2 mai, l'armée syrienne et les Forces de défense nationale attaquent les rebelles à al-Bayda, une localité sunnite et pro-rebelles au milieu du gouvernorat de Tartous, majoritairement alaouite et pro-gouvernemental. Les forces de l'opposition sont chassées de la zone mais après leur victoire, les loyalistes commettent des massacres à al-Bayda et dans le quartier de Ras al-Nabaa, à Baniyas. Au moins 248 à 450 civils sont tués, dont des femmes et des enfants[324],[325].

Article détaillé : Seconde bataille de Qousseir.

Le 19 mai, l'armée syrienne et le Hezbollah attaquent la ville stratégique de Qousseir, près de la frontière libanaise. Les rebelles subissent des pertes très lourdes ; environ 500 morts et un millier de blessés, et doivent battre en retraite. Le 5 juin, la ville est conquise par les loyalistes[326],[327].

Le 29 mai, l'ONU, faisant référence implicitement au Hezbollah libanais, condamne l'« intervention de combattants étrangers luttant pour le compte du régime syrien »[328]. Le 30 mai, l'armée gouvernementale syrienne reçoit sa première livraison de missiles anti-aériens S-300 russes[329].

Le 6 juin, des combats opposent l'armée aux rebelles, après que ces derniers se sont emparés brièvement de la ville de Kuneitra, qui relie le plateau du Golan occupé par Israël au reste du territoire syrien[330].

Le 9 juin, l'armée syrienne annonce le lancement d'une vaste offensive pour la reprise de la province d'Alep appelée « Tempête du nord »[331] puis Canopus Star[332]. Le 14 juin, après le bombardement loyaliste de la centrale électrique, les rebelles lancent une offensive sur la ville d'Idlib au Nord-Ouest du pays. Le 15 juin, l'Armée syrienne reprend le contrôle du district de Ahmadiyeh près de l'aéroport de Damas. Le 21 juin, l'ASL affirme que 13 de ses brigades auraient lancé une nouvelle offensive à Alep[333].

À Homs, de violents combats permettent à l'armée loyaliste de reconquérir la quasi-totalité de la ville entre juin et juillet[334]. Seule la vieille ville reste encerclée. Le gouvernement autorisera la fuite des femmes et des enfants en janvier 2014[335]. Le 23 juin, Tell Kalakh (en), capitale de district du gouvernorat de Homs, à 4 km de la frontière nord du Liban, ville sous contrôle rebelle depuis deux ans, change d'allégence et passe sous le contrôle du gouvernement syrien, sans combat[336].

Le 28 juin, les forces gouvernementales lancent leur septième offensive sur les quartiers rebelles de Homs. Les 5 000 soldats syriens et miliciens du Hezbollah, appuyés par de lourds bombardements aériens, progressent rapidement dans la ville. Dans le même temps, de violents combats agitent la ville de Deir ez-Zor (Deir ez Zur), qui tombe peu à peu aux mains du Front al-Nosra, et dans le gouvernorat de Deraa la rébellion parvient à chasser les loyalistes, qui ont déjà fui le sud de Deraa, de presque toute la zone frontalière avec la Jordanie.

Le 11 juillet, l'un des commandants de l'ASL, Kamal Hamami, est assassiné par des islamistes à Lattaquié. Le 17 juillet, l'ASL affirme avoir pris le contrôle du sud de Nawā et s'être emparé de 40 avant-postes gouvernementaux.

Article détaillé : Bataille de Ras Al-Aïn.

Le 17 juillet, les forces kurdes du PYD prennent le contrôle de la ville de Ras Al-Aïn et chassent les djihadistes du Front al-Nosra[337].

Le 25 juillet, l'Armée syrienne repousse les islamistes d'Al Nosra hors d'As-Sukhnah.

Article détaillé : Massacres de Barouda.

Le , les rebelles lancent une offensive dans le gouvernorat de Lattaquié. Celle-ci est finalement repoussée par les loyalistes le 18 août, mais pendant les combats 67 à 190 civils alaouites sont massacrés par des djihadistes et des rebelles de l'État islamique en Irak et au Levant, du Front al-Nosra, de Jaish al-Muhajireen wal-Ansar et d'Ahrar al-Sham[338],[339],[340].

Article détaillé : Massacre de la Ghouta.

Le 21 août, une attaque chimique particulièrement meurtrière a lieu dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas. Selon diverses estimations, entre 355 et 1 845 personnes sont tuées, dont un grand nombre de femmes et d'enfants. Les deux camps s'accusent mutuellement d'être responsable de l'attaque. Pour les pays occidentaux, la « ligne rouge » est franchie et les États-Unis, la France et le Royaume-Uni semblent près à intervenir militairement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad. Mais à Londres, la Chambre des communes vote contre une intervention tandis qu'à Washington, le président Barack Obama demande l'autorisation du Congrès. La Russie propose alors un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, sous la supervision l'OIAC. Le régime syrien accepte et le , les États-Unis et la Russie annoncent qu'un accord a été trouvé. Dans les années qui suivent, la question de la responsabilité du massacre demeure controversée, certains journalistes accusent les groupes rebelles mais la grande majorité des experts pointent l'armée syrienne[341],[342].

À partir de l’automne 2013, les rapports de force s'inversent et commencent à être de plus en plus favorables au régime assadiste.

Article détaillé : Bataille de Maaloula.

Le 4 septembre 2013, la petite ville chrétienne de Maaloula, position stratégique dans la région montagneuse de Qalamoun, est attaquée par un grand nombre de combattants du Front Al-Nosra et les rebelles. La ville tombe entre leurs mains le 9 septembre. Les édifices religieux sont saccagés et quelques habitants sont tués ou enlevés[343]. La ville est reprise par les loyalistes le 15 septembre[344], mais le 29 novembre les rebelles repassent à l'attaque et reprennent Maaloula le 3 décembre[345],[346].

Article détaillé : Bataille de Mahin et Sadad.

Le 21 octobre, les rebelles et les djihadistes attaquent le dépôt d'armes de Mahin et la petite ville chrétienne de Sadad. Cette dernière est rapidement prise, de même qu'une partie du dépôt le 5 novembre. Mais les loyalistes contre-attaquent et reprennent Sadad le 28 octobre, avant de chasser les rebelles de Mahin le 15 novembre. Ces combats, très violents, ont fait des centaines de morts[347],[348][349],[350],[351].

Le 11 décembre 2013, alors que les médias turcs, citant des documents de l'ONU et du gouvernement, venaient d'affirmer que depuis juin 2013, la Turquie avait envoyé 47 tonnes d'armes aux rebelles[352], les États-Unis et le Royaume-Uni annoncent leur décision de suspendre l'aide « non létale » aux rebelle, de peur qu'elle ne tombe entre les mains des djihadistes[353].

Article détaillé : Première bataille de Tall Hamis.

En décembre, les Kurdes des YPG et les assyriens du MFS lancent une offensive sur Tall Hamis, à l'est d'Hassaké, tenue par les rebelles islamistes. La tentative est un échec, et le 7 janvier après les combats qui ont fait environ 250 morts, les Kurdes sont repoussés.

Avancées des loyalistes et offensive des rebelles contre l'État islamique[modifier | modifier le code]

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En , l'assassinat d'un commandant d'Ahrar al-Sham par des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant déclenche un nouveau conflit[354],[355]. Exaspérés par la radicalité, les assassinats et les ambitions expansionnistes de l'EIIL, les rebelles du Front islamique, du Front al-Nosra, du Front révolutionnaire syrien et de l'Armée des Moujahidines passent à l'offensive le 3 janvier[356],[357]. L'EIIL est chassé d'Alep, de l'ouest de la Syrie et de la plus grande partie du gouvernorat de Deir ez-Zor[358]. En revanche l'attaque rebelle menée le 6 à Racca est repoussée par les forces de l'EIIL[359]. Celles-ci prennent également l'avantage à Tall Abyad le 12 et Jerablus le 17[360]. Selon l'OSDH, le bilan des combats livrés du 3 au 16 janvier est d'au moins 608 rebelles tués (dont 99 prisonniers exécutés), 312 combattants de l'EIIL tués (dont 56 prisonniers exécutés) et 130 civils (dont 21 exécutés par l'EIIL)[361]. Parmi les morts figure notamment Haji Bakr, un des chefs majeurs de l'EIIL, tué par des rebelles à Tal Rifaat, près d'Alep[362],[363].

À la mi-février, le commandant d'une brigade islamiste, Abou Khaled al-Souri (compagnon de route d'Oussama ben Laden et de Ayman al-Zawahari, les chefs d'Al-Qaïda) est tué dans un attentat-suicide à Alep, par l'EIIL. En tant que chef de Ahrar al-Sham, il jouait le rôle de médiateur entre l'EIIL et Front al-Nosra[364].

Article détaillé : Embuscade d'Otaybah.
Destructions à Alep, en février 2014, après le largage d'un baril d'explosif.

De leurs côtés, les loyalistes remportent des succès dans le sud du pays. Le , au nord-ouest de Damas, une troupe de 160 à 250 combattants du Front al-Nosra et de Jaysh al-Islam tombe dans une embuscade particulièrement meurtrière, tendue par les hommes du Hezbollah. Entre 150 et 200 rebelles sont tués[365],[366],[367],[368].

Articles détaillés : Bataille de Yabroud et Bataille de Rankous.

Puis, en mars 2014, les loyalistes passent à l'offensive dans les montagnes du Qalamoun, près de la frontière libanaise. Le 8 mars, ils prennent Zara, ville stratégique dans le Gouvernorat de Homs située sur les voies d'approvisionnement rebelles menant au Liban. Le 14 mars 2014, le Hezbollah et l'armée syrienne entrent dans la ville de Yabroud, un des principaux bastions rebelles au nord-ouest de la province de Damas, situé sur les pentes de la chaîne de l'Anti-Liban[369]. L'Armée syrienne libre et Ahrar al-Sham prennent la fuite, seul le Front al-Nosra tente de résister mais au bout de deux jours la ville est prise et plus de 1 500 rebelles se replient sur le Liban[370],[371]. Puis, les loyalistes reprennent Rankous le 9 avril[372], suivie de la ville chrétienne de Maaloula le 14 avril[373].

Dans le sud, le 19 mars 2014, les rebelles s'emparent de la prison de Daraa et libèrent des centaines de prisonniers. Le 20 mars, dans le gouvernorat de Homs, les loyalistes reprennent le Krak des Chevaliers[374].

Article détaillé : Bataille de Kessab.

Au nord-ouest de la Syrie, les rebelles lancent une offensive depuis la Turquie dans le but de prendre le port et la ville de Lattaquié. Le 21 mars, ils prennent Kessab, située sur la frontière. Mais les loyalistes contre-attaquent et le 15 juin, Kessab est reprise. L'offensive rebelle se solde par un échec[375].

Fort de ses succès militaires, le régime annonce, le 21 avril 2014, la tenue d'une élection présidentielle (prévue pour le 3 juin suivant) condamnée comme une « parodie de démocratie » par les alliés occidentaux de l'opposition syrienne, et qui devrait aboutir à la réélection de Bachar el-Assad. Jusqu'à présent, les el-Assad avaient été élus par référendum. La nouvelle constitution syrienne, approuvée en 2012, donne cependant la possibilité à plusieurs candidats de se présenter[376].

En mars 2014, à l'extrême sud du pays, dans le gouvernorat de Deraa. 55 brigades et 30 000 combattants, principalement liés à l'Armée syrienne libre, se réunissent dans une coalition appelée le Front du sud. L'extrême sud syrien est désormais la seule zone du pays où l'Armée syrienne libre demeure la force dominante[377],[378],[379].

Article détaillé : Siège de Homs.
Djihadiste de l'État islamique en Irak et au Levant dans une vidéo de propagande en 2014.

Le , le siège de Homs prend fin, mettant fin à plusieurs années de combats dans cette ville. Les dernières forcent rebelles capitulent contre la promesse de pouvoir évacuer la ville avec armes et bagages. Le 7 mai, 2 000 à 2 500 rebelles et civils sont évacués vers le nord, dans des zones tenues par l'opposition et le 9 mai, le régime syrien peut reprendre le contrôle du Vieux Homs[380],[381],[382],[383],[384],[385],[386].

Pendant ce temps, les combats se poursuivent entre les rebelles et l'État islamique en Irak et au Levant dans l'est de la Syrie. Le 31 mars, l'EIIL chasse le Front al-Nosra de la ville de Markada, dans le gouvernorat d'Hassaké, après dix jours de combats et au moins 120 morts[387],[388]. Le 10 avril, il attaque Boukamal, sur la frontière irakienne, mais est repoussé après des affrontements qui font près d'une centaine de morts[389]. Le 30 avril, l'EIIL lance une offensive depuis Racca sur le gouvernorat de Deir ez-Zor avec plus de 3 000 hommes. Les affrontements pour le contrôle du gouvernorat durent plus de deux mois et font plusieurs centaines de morts de chaque côté. Finalement le 14 juillet les forces rebelles du Front al-Nosra, du Front islamique et de l'ASL sont totalement chassées de l'est de la Syrie. Le gouvernorat de Deir ez-Zor est contrôlé de 95 à 98% par l'État islamique. Seule la partie ouest de la ville de Deir ez-Zor reste tenue par les loyalistes[390],[391],[392],[393].

Les offensives de l'État islamique[modifier | modifier le code]

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Article détaillé : Deuxième guerre civile irakienne.

Au début du mois de juin 2014, l'État islamique en Irak et au Levant lance une importante offensive en Irak qui lui permet de s'emparer d'une large partie du nord et de l'est du pays. Le , il annonce le rétablissement du califat et l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi est proclamé calife sous le nom d'Ibrahim. L'EIIL prend officiellement le nom d'État islamique (EI)[394]. Le groupe prend alors une nouvelle importance et ses effectifs augmentent sensiblement en Irak comme en Syrie[25].

Le 2 juillet, près de la frontière turque, l'EI attaque la ville de Kobané (Ayn al-Arab), défendue par les Kurdes des YPG et du PKK, mais après un mois d'affrontements et au moins 170 morts, les djihadistes sont repoussés. Le 17, près de Palmyre dans le centre de la Syrie, l'EI prend au régime le champ gazier de Al-Chaer et tue près de 300 personnes, dont la plupart sont exécutées par balles[395]. Mais les loyalistes contre-attaquent et reprennent Al-Chaer le 26[396]. En juillet également, les forces rebelles islamistes du Front al-Nosra et du Front islamique sont chassées du gouvernorat de Deir ez-Zor qui passe presque entièrement aux mains de l'EI, seule la partie ouest de la ville de Deir ez-Zor reste tenue par les loyalistes[397]. Au début du mois d'août 2014, dans ce même gouvernorat, la tribu des Al Cheitaat se révolte contre l'État islamique mais les djihadistes répliquent brutalement et massacrent près d'un millier de membres de la tribu en deux semaines, dont une grande majorité de civils[398],[399],[400],[401].

L'EI progresse également sur son front ouest, bouscule les forces du Front islamique et s'empare des villes de Turkmen Bareh et d'Akhtarine, se rapprochant ainsi d'Alep[402],[403].

Articles détaillés : Bataille de la Division-17 et Bataille de Tabqa.

En juillet et août, les forces du régime perdent leurs derniers bastions dans le gouvernorat de Racca. Le 24 juillet, les djihadistes prennent l'assaut la base de la division-17 au nord de Racca. Les forces loyalistes perdent 200 hommes, tués ou portés disparus, et dont les corps et les têtes tranchées sont exposés dans les rues de la ville[404]. Le 8 août, l'EI prend la base de la brigade 93 à Aïn Issa[405]. Puis le 24, la base aérienne de Tabqa est à son tour prise d'assaut par les djihadistes au terme d'une bataille particulièrement violente. En six jours de combats, 346 hommes de l'EI et 195 soldats syriens sont tués. Victorieux, les djihadistes exécutent 160 à 200 prisonniers après l'affrontement[406],[407].

Vers la fin du mois d'août, dans le sud de la Syrie, les rebelles du Front du Sud et du Front al-Nosra lancent une offensive dans le gouvernorat de Deraa et le gouvernorat de Kuneitra et conquièrent du terrain sur les forces loyalistes[408],[409].

Le , Ahrar al-Sham est décapité par un attentat commis probablement par l'EI qui tue 47 de ses dirigeants, dont Hassan Aboud le chef du groupe et également l'un des principaux responsable du Front islamique[410].

Cependant les victoires de l'État islamique en Irak et en Syrie poussent la communauté internationale à intervenir et une quarantaine de pays planifient la création d'une nouvelle coalition pour affronter l'État islamique[411]. La nuit du 22 au 23 septembre, les États-Unis, l'Arabie saoudite, la Jordanie et les Émirats arabes unis interviennent pour la première fois en Syrie et lancent une campagne de frappes aériennes contre les forces de l'EI[412]. Selon l'OSDH, les bombardements de la coaliton tuent plus de 1 000 djihadistes de l'EI et une cinquantaine de civils du 22 septembre au 22 décembre[413].

Combattants kurdes des YPG en janvier 2015, pendant la bataille de Kobané.
Article détaillé : Deuxième bataille de Kobané.

En septembre cependant, l'État islamique lance une nouvelle offensive sur la ville de Kobané, tenue par les forces kurdes des YPG. Les djihadistes prennent près de 400 villages, pénètrent dans la ville le 6 octobre et s'emparent de son centre quatre jours plus tard. Cependant la coalition intervient et concentre 75% de ses frappes en Syrie sur Kobané. Le 26 janvier 2015, après des mois d'intenses combats, les Kurdes parviennent à reprendre la totalité de la ville, puis ils lancent une contre-offensive pour reprendre les villages. De septembre à février, plus de 500 combattants kurdes et 1 200 djihadistes sont morts pendant la bataille de Kobané[414],[415],[416],[417].

Article détaillé : Bataille de Deir ez-Zor (2014).

Le 3 décembre, l'EI part à l'assaut de l'aéroport de Deir ez-Zor. Mais après quatre jours de combats, l'offensive est finalement repoussée par les loyalistes et les djihadistes laissent plus de 100 morts[418].

Article détaillé : Bataille de Wadi al-Deïf.

De son côté, le Front al-Nosra, chassé de l'Est du pays par l'EI, monte en puissance dans le Nord-Ouest. En novembre, la guerre éclate entre les djihadistes d'al-Qaïda et les rebelles du Front révolutionnaire syrien et du Mouvement Hazm, soutenus par les Américains. Les combats à Deir Sinbel et à Khan al-Sobol tournent à l'avantage du Front al-Nosra qui s'empare de ces deux villes, ainsi que de la région de Jabal al-Zawiya, et chasse les rebelles modérés de la zone[180],[419],[420],[421],[422]. Le mouvement djihadiste tourne ensuite ses forces contre le régime syrien et le 15 décembre il prend d'assaut les bases militaires de Wadi al-Deïf et d'Hamidiyé, près de la ville de Ma'arrat al-Numan, au terme d'une bataille sanglante qui fait 200 à 300 morts en 24 heures. Après cette série de victoires, le Front al-Nosra devient la force dominante dans le gouvernorat d'Idleb[423],[424],[425],[426].

Avancées de l'Armée de la conquête et des Kurdes[modifier | modifier le code]

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Article détaillé : Bataille du Régiment 46.

Après les combats de novembre, le Mouvement Hazm subit de nouvelles offensives du Front al-Nosra dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. Soutenu par l'Occident et ayant reçu des armes américaines, le groupe modéré Hazm est cependant battu et perd le contrôle de la caserne du bataillon 111 fin janvier, puis la base du régiment 46 le 28 février et tout son arsenal tombe aux mains des djihadistes. Le 1er mars, le mouvement Hazm annonce sa dissolution[427],[428],[429],[430].

Au milieu du mois de février 2015, à Alep, l'armée syrienne soutenue par le Hezbollah lance une nouvelle offensive afin d'encercler la ville au nord et de couper sa voie d'approvisionnement vers la Turquie. La tentative se solde par un échec, les loyalistes sont repoussés après des combats qui ont fait près de 300 morts en cinq jours[431],[432],[433].

Combattants du Conseil militaire syriaque (MFS) affrontant l'État islamique près de Tall Tamer le .

Le 21 février 2015, dans le gouvernorat d'Hassaké, les YPG et le Conseil militaire syriaque lancent une offensive sur la ville de Tall Hamis, située à l'est d'Hassaké et tenue par l'État islamique. Cependant, les djihadistes réagissent et deux jours plus tard ils attaquent à leur tour les positions kurdes et syriaques au sud de la ville de Tall Tamer, située de son côté à l'ouest d'Hassaké et tenue par les Kurdes. À Tall Hamis, l'offensive kurde est un succès, la ville est prise le 27 février, suivie de Tell Brak le lendemain. Les YPG s'emparent également de Jazah et de 400 villages près de la frontière irakienne. Une fois encore, les Kurdes bénéficient du soutien aérien des forces de la coalition, au moins 200 djihadistes et quelques dizaines de Kurdes sont tués dans ces affrontements[434],[435]. À Tall Tamer, les combats sont plus indécis, les djihadistes s'emparent de plusieurs villages chrétiens et tentent de progresser vers Tall Tamer et Ras al-Ain. Fin mai, l'offensive de l'EI est finalement repoussée et les forces kurdes et assyriennes reprennent le terrain perdu[436].

Le 24 mars 2015, dans le gouvernorat d'Idleb, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham et d'autres groupes rebelles se regroupent dans une alliance appelée l'Armée de la conquête et partent à l'assaut de la ville d'Idleb. Après quatre jours de combats et au moins 200 morts, la ville est conquise par les rebelles[437]. Après Racca, Idleb devient la deuxième capitale d'un gouvernorat à échapper au contrôle du régime syrien[438]. Les rebelles poursuivent sur leur lancée, 23 avril ils attaquent Jisr al-Choghour et s'en emparent après deux jours de combats[439]. L'armée syrienne tente une contre-offensive mais les rebelles poursuivent leur progression dans le gouvernorat d'Idleb. Le 27 avril, ils s'emparent du camp militaire de Maamal al-Karmid[440], suivi du camp militaire d'Al-Mastouma le 19 mai[441]. Le 22 mai, les rebelles prennent l'hôpital de Jisr al-Choghour ou subsistait une dernière poche de résistance. L'armée syrienne se retire et laisse après un mois de combats dans cette ville et ses environs au moins 261 tués et 300 prisonniers[442],[443]. Le 28 mai, les rebelles prennent la ville d'Ariha, ils tiennent alors la quasi-totalité du gouvernorat d'Idleb[444]

Les rebelles du Front du Sud progressent également dans le gouvernorat de Deraa. Le 25 mars, ils s'emparent de la ville de Bosra[445]. Le 1er avril, ils se rendent maître du poste-frontière de Nassib[446]. Ils perdent quelques villages au nord de Bousra al-Harir le 21 avril[447]. Mais le 9 juin, ils prennent d'assaut la base de la Brigade 52[448].

Article détaillé : Bataille de Palmyre.

En mai, le régime syrien subit un nouveau revers cette fois-ci dans l'est du gouvernorat de Homs. Le 13, l'État islamique lance une offensive qui lui permet de s'emparer de trois champs gaziers, de deux mines de phosphate, des villes de Al-Soukhna, Tadmor et du site de Palmyre après huit jours de combats[449],[450]. L'armée syrienne laisse au moins 300 morts, contre 180 du côté de l'EI, et plus de 700 prisonniers, dont 150 sont exécutés par les djihadistes après la prise de la ville, ainsi qu'au moins 67 civils[451],[452]. Le 30 mai, les djihadistes détruisent la prison de Tadmor, la plus terrible du pays et symbole de la répression du régime des Assad[453].

Le régime syrien semble alors en difficulté à la suite de cette succession de défaites et Téhéran envoie plus de 7 000 volontaires iraniens et irakiens en renforts à Damas. L'Iran affirme alors qu'il soutiendra le régime de Bachar Al-Assad « jusqu’à la fin »[135],[454],[455]. Le régime syrien se résout alors à abandonner certaines provinces du pays et à se concentrer sur la défense de la « Syrie utile », soit les villes de Damas, Hama, Homs et la région côtière de Lattaquié, zones vitales pour sa survie[456].

Fin mai, l'État islamique lance deux nouvelles offensives. La première à l'est, sur la ville d'Hassaké, la seconde au nord-ouest sur Azaz, sur la frontière turque. À Hassaké, tenue par le régime syrien et les Kurdes, les djihadistes ont d'abord l'avantage et atteignent le sud de la ville. Mais les YPG, d'abord réticents à appuyer les loyalistes, finissent par intervenir et le 7 juin l'EI est repoussé. Les combats ont fait plus de 150 morts[457],[458],[459]. À Azaz, l'EI s'oppose aux rebelles et les combats se concentrent autour du village de Suran à une dizaine de kilomètres de la ville. Mais le 7 juin, la coalition menée par les États-Unis effectue pour la première fois des frappes aériennes pour appuyer au sol les rebelles, malgré la présence des djihadistes du Front al-Nosra parmi ces derniers[458].

Article détaillé : Bataille de Tall Abyad.
Des combattants des YPG et de l'Armée syrienne libre à Tall Abyad c. .

De leur côté, après avoir repoussé l'État islamique près de Tall Tamer et Ra’s al-‘Ayn, les Kurdes des YPG, soutenus par des éléments de l'Armée syrienne libre et la coalition, lancent une contre-offensive sur la ville de Tall Abyad, située sur la frontière turque entre Kobané et Ra’s al-‘Ayn[460]. Ils atteignent la ville le 14 juin et s'en emparent le 16[461],[462]. L'État islamique subit alors sa plus grande défaite stratégique en Syrie depuis la proclamation du califat un an plus tôt, il perd un important point de passage des djihadistes étrangers vers la Syrie et un axe de la contrebande de pétrole vers la Turquie[463],[464]. Quant aux Kurdes, ils peuvent relier le canton de Kobané à l'ouest au canton de Cizir à l'est et unifier ces deux territoires[465]. Les YPG et les rebelles poursuivent ensuite leur avancée au sud, vers Racca. Le 22 juin, ils s'emparent de la base de la Brigade 93, puis prennent le lendemain la petite ville de Aïn Issa[466].

Malgré ses défaites, l'État islamique continue d'attaquer. Le 24 juin, il assaille à nouveau Hassaké[467]. Puis le 25, une centaine d'hommes de l'EI déguisés en combattants kurdes des YPG ou en rebelles de l'ASL parviennent à s'infiltrer en plein cœur de la ville de Kobané. Les djihadistes font un carnage et massacrent environ 250 civils, avant que les YPG ne contre-attaquent et que les membres du commando ne soient tués ou mis en fuite[468],[469],[470]. Le 5 juillet, les djihadistes repartent à l'assaut à Aïn Issa. Le 6, ils parviennent à reprendre pied dans la ville avant d'être finalement repoussés par les YPG le 10 juillet. L'État islamique laisse au moins 150 morts dans l'offensive, les Kurdes perdent également plusieurs dizaines de combattants tués au moins[471],[472],[473],[474]. Enfin, le 27 juillet, après trois semaines de combats, les YPG prennent à l'EI la petite ville de Sarrine, au sud de Kobané[475]. À Hassaké, les combats durent un mois, l'EI s'empare de plusieurs quartiers au sud, mais les Kurdes effectuent une manœuvre de contournement et prennent les djihadistes à revers. Le 28 juillet, après avoir encerclé les derniers combattants, les YPG et les loyalistes reprennent le contrôle de la ville. La bataille a fait au moins 287 morts du côté de l'État islamique, 120 pour l'armée syrienne, ainsi que plusieurs dizaines de tués chez les Kurdes[476],[477].

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Utilisation de tactiques et d'armes non conventionnelles[modifier | modifier le code]

Armes chimiques[modifier | modifier le code]

L'utilisation des armes chimiques dans le conflit syrien ayant été définie, dès 2012, comme une « ligne rouge à ne pas franchir » par les États-Unis, la question est régulièrement portée sur le devant de la scène et les usages avérés de gaz sarin ou de chlore ont failli, à plusieurs reprises, provoquer l'internationalisation du conflit.

De nombreux pays, dont les États-Unis et l'Union européenne ont accusé le gouvernement syrien d'avoir mené plusieurs attaques chimiques, la plus grave étant le Massacre de la Ghouta, mais ces attaques ont également été attribuées aux rebelles par le gouvernement syrien, la Russie et l'Iran. Le régime de Bachar et-Assad et son allié russe ont, quant à eux, accusé les rebelles d'avoir utilisé des armes chimiques, l'accusation la plus sérieuse concernant l'attaque de Khan al-Asal (19 mars 2013), qui aurait fait 25 victimes. Les belligérants se sont renvoyé la responsabilité de cette attaque, sans présenter aucune preuve déterminante[478],[479]. La première attaque chimique avérée au gaz sarin a lieu en avril 2013 à Alep, mais l'attaque initiale pourrait avoir eu lieu dés décembre 2012 à Al-Bayada, près de Homs[342].

Le 26 avril 2013, les États-Unis annoncent qu'ils pourraient recourir à une action militaire contre la Syrie si l'utilisation d'armes chimiques par les forces gouvernementales était avérée[480], déclaration soutenue par Israël et le Royaume-Uni[481].

Le 29-30 avril 2013, une attaque chimique (2 morts, 13 blessés) est dénoncée à Saraqeb, dans le gouvernorat d'Idleb[482]. Le 5 mai, des médecins turcs indiquent que les premières analyses de sang prélevé sur les victimes n'ont pas révélé la présence de sarin[483]. Les services français de renseignement, s'étant procuré des échantilons de sang, d'urine, de terre et de munitions, prélevés sur les victimes ou sur les sites de Saraqeb et de Jobar (une attaque suspecte à la mi-avril 2013), ont confirmé l'usage de gaz sarin[484].

Le 14 juin 2013, la Maison-Blanche reconnaît officiellement l'utilisation d'armes chimiques de manière occasionnelle et répétée durant les années 2012 et 2013 par le régime de Bachar el-Assad. La « ligne rouge » fixée par Barack Obama en août 2012 est franchie, et les États-Unis décident de concrétiser leur aide militaire aux rebelles par la livraison d'armes létales et plus sophistiquées, permettant notamment de faire face aux chars et à l'aviation des loyalistes.

Le 30 juin 2013, les États-Unis affirment qu'il existe des preuves indéniables que le gouvernement de Bachar el-Assad a utilisé des quantités limitées d'armes chimiques, à plusieurs reprises, contre les forces rebelles sans toutefois présenter de preuves tangibles[485].

Le 5 août 2013, l'opposition accuse à nouveau le gouvernement d'avoir utilisé des armes chimiques et documente les souffrances des victimes dans une séquence vidéo. 400 personnes auraient été concernées par cette attaque, intervenue dans les faubourgs de Damas, à Adra et Houma. Le type exact d'arme chimique n'a pas été identifié[486].

Article détaillé : Massacre de la Ghouta.

L'attaque chimique la plus meurtrière à lieu le 21 août 2013 en banlieue de Damas, dans les localités de Jobar, Zamalka, Ain Tirma, et Hazza. Le chiffre des victimes varie, selon les sources entre 281 et 1 429 morts[487] et 3 600 blessés.

Risque d'internationalisation du conflit[modifier | modifier le code]

Cette attaque chimique manque de faire basculer le conflit syrien. Fin août 2013, estimant que la « ligne rouge » est franchie, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis, malgré la réticence de leurs opinions nationales, menacent la Syrie d'une intervention militaire punitive, sans passer par un accord de l'ONU. Laurent Fabius exprime son souhait d'une « réaction de force » des principaux pays occidentaux[488]. Alors que la France a déjà annoncé des frappes, le parlement britannique bloque l'intervention militaire de la Grande-Bretagne, et Barack Obama, effectuant une volte-face, décide contre toute attente de différer les frappes pour s'en remettre au Congrès[489]. La France, abandonnée par ses partenaires, est contrainte de suspendre (temporairement, puis définitivement) son projet de frappes aériennes.

Le journaliste Seymour Hersh soutient que les renseignements collectés par la CIA et la DIA (US Defense Intelligence Agency) avec l'aide des Britanniques prouvent que le Front al-Nosra disposait, au moment du massacre de la Ghouta, de la capacité de produire et de déployer des armes chimiques et, en particulier, du gaz sarin. Il aurait été encouragé dans cette direction par le gouvernement turc, pour forcer la main des États-Unis qui avaient fait de l'usage des armes chimiques la « ligne rouge » au-delà de laquelle ils interviendrait contre le régime de Bachar el-Assad. Ce seraient ces informations attribuant clairement le massacre du 21 août aux rebelles, qui auraient fait reculer le Président Obama au moment de lancer les frappes[490],[491].

En 2014, un rapport de l'ONU établira que « les preuves rassemblées concernant la nature, la qualité et les quantités de produits utilisés le 21 août indiquent que les responsables avaient probablement accès à l'arsenal chimique de l'armée syrienne, ainsi qu'à l'expertise et aux équipements nécessaires » et que les agents chimiques utilisés dans l'attaque de Khan al-Asal avaient, sans équivoque, les mêmes caractéristiques que ceux utilisés dans l'attaque de la Ghouta[492],[493],[494].

Désarmement de l'arsenal chimique gouvernemental[modifier | modifier le code]

Le 9 septembre 2013, au vu des menaces américaines après le massacre de la Ghouta, la Russie demande à la Syrie de placer son arsenal chimique sous contrôle international[495],[496].

Le 14 septembre 2013, les États-Unis et la Russie annoncent à Genève qu'ils ont trouvé un accord concernant l'abandon, par le régime syrien, de son arsenal chimique[497]. Cette avancée diplomatique permet à Bachar el-Assad de plaider la transparence et la bonne foi, tandis que Barack Obama et François Hollande reformulent à la baisse leurs menaces d'intervention militaire et trouvent une issue à la question de la « ligne rouge »[498] sous réserve de la mise en application et du contrôle de cet accord.À cette occasion, la Syrie intègre officiellement la convention sur l'interdiction des armes chimiques.

Début janvier 2014, l'arsenal chimique du camp gouvernemental est mis sous séquestre et les équipements de production détruits. En revanche, le transfert du stock est retardé[499].

À la demande des États membres, l'ONU a nommé une commission pour enquêter sur l'usage d'armes chimiques dans 16 attaques distinctes. Sept d'entre elles ont pu faire l'objet d'une enquête[500] et 9 instances ont été écartées « faute d'informations suffisantes ou crédibles ». Dans 4 cas, les inspecteurs de l'ONU ont pu confirmer l'usage de gaz sarin. Les responsabilités en la matière ne sont pas pour autant éclairicies et leur rapport se contente de constater, sans accuser aucune des parties[501].

Le 17 juin 2014, à deux semaines du délai fixé (30 juin), l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques fait le bilan du programme de neutralisation de l'arsenal chimique du camp gouvernemental, mené en coordination avec l'ONU. L'organisation estime que 8% des armes chimiques restent à déplacer pour entamer leur processus de destruction. Les agents toxiques ont été conditionnés et rassemblés sur un même site mais ne peuvent être évacués pour des raisons de sécurité, selon les autorités syriennes[502]. Le gouvernement syrien a accepté la méthode proposée pour le démantèlement de 12 sites de surface utilisés pour la production. Les échanges se poursuivent concernant la destruction des sites souterrains[503]

Attaques au chlore[modifier | modifier le code]

Le 12 avril 2014, des armes chimiques sont à nouveau utilisées en Syrie, cette fois dans la localité de Kafr Zita (Hama)[504]. Les médecins ayant accès au site on déclaré que l'agent utilisé était sans doute du chlore[505],[506]. Dans les jours suivant cette frappe, les observateurs s'orientaient vers l'hypothèse d'attaques au chlore « coordonnées et organisées par les forces gouvernementales »[507],[508].

Une enquête commanditée fin avril à la suite de cette attaque et menée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a conclu que « des agents chimiques toxiques, probablement des agents irritants pour les voies respiratoires, comme le chlore, ont été utilisés de manière systématique dans un certain nombre d'attaques ». Selon le rapport, les accusations « ne peuvent être rejetées comme étant non connectées, aléatoires, ou d'une nature attribuable uniquement à des motifs politiques ». Dans le cadre de l'accord sur le démantèlement de son arsenal chimique, le régime syrien n'avait pas l'obligation de déclarer ses stocks de chlore, car ce produit est couramment utilisé par l'industrie[502].

Attentats à la bombe et attentats-suicides[modifier | modifier le code]

Le Front al-Nosra a revendiqué la responsabilité de 57 des 70 attentats-suicides recensés jusqu'en avril 2013[509]. Ces attentats ont fait de très nombreuses victimes civiles[510].

Missiles Scud[modifier | modifier le code]

En décembre 2012, le camp gouvernemental commence à tirer des missiles Scud sur les villes tenues par les rebelles, en particulier Alep[511].

Le 19 février 2013, quatre Scud sont tirés : trois d'entre eux tombent sur Alep et un sur la localité de Tell Rifaat (gouvernorat d'Alep). Entre décembre 2012 et février 2013, une quarantaine d'impacts de Scud ont été documentés[512] et, sur le seul mois de février 2013, les attaques de Scud ont fait au moins 141 morts[513]. Le 1er mars 2013, un missile Scud, probablement destiné au gouvernorat de Deir Ezzor atterrit en Irak[514]. Le 29 mars 2013, un Scud frappe la zone de Huraytan (Alep), tuant 20 personnes et en blessant 50[515]. Le 28 avril 2013, l'OSDH rapporte une attaque de Scud contre Tell Rifaat ayant fait quatre victimes (deux femmes et deux enfants)[516]. Le 3 juin 2013, un missile sol-sol, dont le type exact n'a pas été déterminé, frappe le village de Kafr Hamrah aux environs de minuit, tuant 26 personnes, dont six femmes et huit enfants, selon l'OSDH[517].

Les États-Unis ont condamné l'usage des Scud dans le conflit syrien[518].

Armes à sous-munitions[modifier | modifier le code]

L'armée syrienne a commencé à utiliser des armes à sous-munitions dès septembre 2012. Steve Goose, directeur du bureau des Armes à Human Rights Watch explique que « la Syrie étend son utilisation répétée des armes à sous-munitions, qui sont interdites, et les civils en paient le prix en termes de morts et de blessés » […] « le bilan initial ne constitue qu'un début, car ces armes laissent des sous-munitions non explosées qui continuent à tuer et à mutiler pendant très longtemps »[519].

Bombes à barils[modifier | modifier le code]

Une bombe à baril (barrel bomb) est un type d'engin explosif improvisé couramment utilisé par l'armée de l'air syrienne contre les zones rebelles, y compris en milieu urbain et sur des populations civiles. Chaque baril est rempli d'une quantité importante de TNT auquel on ajoute des éléments métalliques (shrapnel) et de l'essence. Le tout est largué depuis un hélicoptère. La détonation qui en résulte peut être dévastatrice[520],[521],[522] ,[523].

Armes thermobariques[modifier | modifier le code]

Des armes thermobariques (bombes fuel-air) sont utilisées dans le conflit syrien par le camp loyaliste. Depuis 2012, les rebelles dénoncent l'usage de ces armes par l'armée de l'air syrienne, qui les a utilisées pour frapper les zones résidentielles occupées par les combattants rebelles, pendant la Bataille d'Alep et à Kafr Batna[524],[525]. Un groupe d'enquêteurs de l'ONU a conclu que le gouvernement syrien a utilisé les bombes fuel-air contre la ville stratégique de Qousseir en mars 2013[526].

En août 2013, la BBC a évoqué l'usage de bombes incendiaires comparables à des bombes au napalm sur une école du nord du pays[527],[528].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Bilan total[modifier | modifier le code]

Total des morts, victimes du conflit syrien, (18 mars 2011 – 18 octobre 2013).

Le 2 janvier 2013, les Nations unies évaluaient à 60 000 le nombre de personnes tuées depuis le début de la guerre civile. Navanethem Pillay, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme déclarait alors : « Le nombre des victimes est très supérieur à ce à quoi nous nous attendions, et réellement choquant »[529]. Quatre mois plus tard, l'ONU estime, dans une mise à jour de son évaluation, que le bilan se monte à 80 000 victimes[530]. Le 13 juin, l'ONU rend public une nouvelle estimation du nombre de personnes tuées depuis le début du conflit, avec un chiffre de 92 901 à la fin du mois d'avril 2013. Navanethem Pillay déclare alors : « Il s'agit très vraisemblablement d'une estimation basse du nombre de victimes. », le nombre réel étant estimé à plus de 100 000[531]. Certaines régions du pays ont été frappées de manière disproportionnée par la guerre ; selon certaines estimations, près d'un tiers des morts sont intervenues dans la ville de Homs[532]. Le 10 janvier 2014, les Nations unies annonçaient qu'elles renonçaient, faute de sources suffisantes, à mettre à jour le décompte des victimes, estimant dans le même temps que « le bilan des victimes dépasse largement 100 000 [et que] des centaines de milliers de personnes ont été blessées »[533].

Le , le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) affirme avoir comptabilisé 191 369 cas documentés de personnes tuées en Syrie entre mars 2011 et fin avril 2014. Il estime cependant que ce nombre est sans doute une sous-estimation du nombre réel des tués. La liste est établie sur la base des données issues de cinq sources différentes : le gouvernement syrien (jusque fin mars 2012), l'Observatoire syrien des droits de l'homme (jusque fin avril 2013), le Centre syrien pour les statistiques et la Recherche, le Réseau syrien des droits de l'homme et le Centre de documentation des violations[30].

Le , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estime que la guerre en Syrie a fait 230 618 à 320 000 morts[28].

La Ligue arabe juge que les bilans de l'OSDH sont surestimés. Le , elle affirme que la guerre civile syrienne à fait 100 293 morts de mars 2011 à juin 2015.

Pertes des forces belligérantes[modifier | modifier le code]

Pertes du camp loyaliste[modifier | modifier le code]

À la date du , selon l'OSDH les pertes du camp loyaliste sont d'au moins 49 106 morts pour l'armée syrienne, de 32 533 morts pour les Forces de défense nationale et les milices, 838 morts pour le Hezbollah et 2 844 pour les milices chiites étrangères[28].

Selon un rapport de The Institute for the Study of War publié le , le nombre des tués dans l'armée syrienne depuis le début du conflit est estimé à 44 000[534],[106].

Pertes des forces de l'opposition[modifier | modifier le code]

À la date du , selon l'OSDH les pertes des forces de l'opposition sont d'au moins 72 363 morts. Un bilan qui inclut les Kurdes des YPG et les djihadistes de l'État islamique[28].

Pertes de l'État islamique[modifier | modifier le code]

En mai 2015,le chercheur Romain Caillet estime que les pertes de l'EI en Irak et en Syrie pourraient être d'environ 20 000 tués, dont la moitié dans les frappes de la coalition[190].

En juin 2015, l'OSDH estime que l'État islamique a perdu 8 000 hommes en Syrie, dont plus de 2 600 tués par les frappes de la coalition[32],[535].

Pertes des Kurdes des YPG[modifier | modifier le code]

Les Kurdes des YPG et YPJ ont déclaré que leurs pertes ont été de 379 morts pendant l'année 2013[536] et de 537 morts pour l'année 2014[34].

Pertes civiles[modifier | modifier le code]

Bilan général[modifier | modifier le code]

À la date du , au moins 108 086 civils sont morts pendant le conflit selon l'OSDH, dont 7 371 femmes et 11 493 enfants[28].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, au moins 176 678 civils ont été tués par les seules forces du régime, dont 18 457 femmes et 18 242 enfants. 1 649 civils ont été tués par les rebelles, dont 427 femmes et 360 enfants. 1 045 civils, dont 184 femmes et 145 enfants ont été tués par l'État islamique. 258 civils, dont 66 femmes et 44 enfants ont été tués par le Front al-Nosra. Et 242 civils, dont 31 femmes et 21 enfants ont été tués par les forces kurdes[29].

Bilan des victimes civiles des bombardements du régime syrien[modifier | modifier le code]

Plusieurs milliers de civils meurent dans les bombardements effectué par l'aviation syrienne et des hélicoptères qui larguent des barils d'explosifs.

Selon l'OSDH, de janvier 2014 à juillet 2015, ces bombardements tuent au moins 9 469 civils, dont 2 779 enfants[537],[538].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les raids aériens et les tirs d'artillerie du régime ont tué 12 194 personnes, dont 96% de civils[29].

Selon un rapport d'Amnesty International publié le , les bombardements au baril d'explosifs largués par hélicoptère ont fait 11 000 morts parmi les civils depuis 2012[539],[540].

Bilan des victimes civiles des sniper du régime syrien[modifier | modifier le code]

À la date du , selon le RSDH, les sniper loyalistes ont tué 5 671 civils, dont 687 femmes et 494 enfants[29].

Bilan des victimes civiles des bombardements de la coalition[modifier | modifier le code]

Selon l'OSDH, les bombardements aériens de la coalition ont tué 162 civils au moins, dont 35 femmes et 51 enfants, du au [535].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les bombardements de la coalition ont fait 103 morts chez les civils, dont 11 femmes et 11 enfants[29].

Bilan des victimes de la torture dans les prisons du régime syrien[modifier | modifier le code]

En janvier 2014, trois anciens procureurs internationaux publient un rapport dans lequel ils affirment que 11 000 prisonniers ont été exécutés ou torturés à mort dans les prisons du régime syrien. Le rapport, commandé par le Qatar, allié de la rébellion, se base sur le témoignage d'un déserteur surnommé « César ». Ce dernier, un photographe ayant déserté la police militaire syrienne, avait fourni 55 000 photos numériques, dont 27 000 sont authentifiées par l'ONU et des ONG et quelques-unes rendues publiques[541],[542],[543].

Pour Human Rights Watch : « Selon des détenus libérés et des transfuges, les méthodes de torture utilisées par les forces de sécurité syriennes sont notamment de longs passages à tabac, souvent avec des matraques et des câbles métalliques, l’obligation pour les détenus de demeurer dans des positions pénibles et douloureuses pendant des périodes prolongées, l’électrocution, l’agression sexuelle, l’arrachage des ongles des mains et le simulacre d’exécution »[544].

Le , l'OSDH affirme que le nombre de détenus morts sous la torture est d'au moins 12 751, dont 108 enfants, et qu'environ 20 000 autres prisonniers sont portés disparus[545]. Leur nombre des morts est de 11 427 selon le Réseau syrien des droits de l'homme (RSDH) à la date du [29].

Bilan des exactions de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Selon l'OSDH, l'État islamique exécute au moins 3 027 personnes en Syrie entre le et le , dont 1 787 civils (principalement 930 membres de la tribu des Al Cheitaat) dont 74 enfants, 900 soldats et miliciens du régime syrien, 216 rebelles syriens, y compris des djihadistes du Front al-Nosra et des Kurdes des YPG, et 143 de ses propres hommes pour tentative de désertion ou suspectés d'espionnage. L'OSDH estime cependant que le bilan réel est probablement plus élevé et évoque notamment plusieurs centaines de disparus dans les prisons de l'EI[546].

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les exactions de l'État islamique ont fait 3 967 morts, dont 2 913 rebelles et 1 045 civils, dont 184 femmes et 145 enfants. Le groupe détient 3 914 personnes, dont 159 femmes et 487 enfants et 1 471 personnes ont été « forcées à disparaître »[29].

Bilan des exactions des rebelles syriens[modifier | modifier le code]

À la date du , selon le Réseau syrien des droits de l'homme, les exactions des rebelles syriens ont fait 1 787 morts, dont 138 autres rebelles et 1 649 civils, dont 427 femmes et 360 enfants. Les groupes rebelles ont arrêté 2 029 personnes, dont 875 femmes et 136 enfants et de plus 1 610 personnes ont été « forcées à disparaître »[29]. Ce bilan n'inclut pas les exactions du Front al-Nosra qui ont fait 313 morts, dont 73 de l'opposition armée et 258 civils, dont 66 femmes et 44 enfants. Le groupe détient 1 236 personnes, dont 30 femmes et 53 enfants et 269 personnes ont été « forcées à disparaître »[29].

Impact de la guerre civile[modifier | modifier le code]

Montage photos des nombreux impacts et conséquences de la guerre de Syrie :
En haut à gauche → Rues bombardées d'Alep.
En haut à droite → Camp de réfugiés à la frontière turque.
En bas à gauche → Victimes d'une attaque chimique.
En bas à droite → Bombardements d'artillerie à Homs.

Déplacés et réfugiés[modifier | modifier le code]

Du fait de la guerre, plusieurs millions de Syriens (sur une population totale de 22 millions avant guerre) ont dû abandonner leurs foyers.

Plus d'un million d'entre eux ont trouvé refuge au Liban voisin (soit l’équivalent d’un quart de la population libanaise). La Jordanie a également vu affluer plus de 600 000 réfugiés syriens qui y survivent dans des conditions extrêmement précaires. Le camp de réfugiés de Zaatari, établi en territoire jordanien, à 12 km de la frontière syrienne et construit pour 50 000 personnes, est devenu une ville de tentes où s'entassent plus de 100 000 Syriens et le second camp de réfugiés au monde par la taille. Il est gangréné par les gangs et les recruteurs de la rébellion, surpeuplé, inondé en hiver et mal accepté par la population locale. En mai 2014, l'ONU a ouvert un second camp en Jordanie (Al Azraq), à 90 km d'Amman, en tirant les enseignements des dysfonctionnements enregistrés à Zaatari. Financé intégralement par les organisations non gouvernementales, relativement isolé, dimensionné pour accueillir 130 000 réfugiés, Al Azraq est en effet conçu comme une série de villages où les Syriens sont regroupés par origine géographique et la sécurité y a été renforcée[547].

En août 2012, l'ONU estimait qu'un million de personnes avaient été déplacées à l'intérieur du territoire[548]. Un peu plus d'un an plus tard, en septembre 2013, les estimations montaient à 6,5 millions de déplacés, dont 2 millions ayant cherché refuge dans les pays voisins. 667 000 d'entre eux avaient gagné le Liban[549]. D'autres ont gagné la Turquie, la Jordanie et l'Irak, l'Égypte, la Palestine, la Libye et l'Algérie. Certains ont quitté la région pour se réfugier en Suède (14 700), en Allemagne (5 000 à 8 000)), en Italie (4 600), dans d'autres pays européens voire en Russie, en Argentine ou aux États-Unis.

En 2013, la République d'Abkhazie aurait même accueilli 400 réfugiés syriens d'origine abkhaze ou abkhazo-tcherkesse, leur garantissant automatiquement la citoyenneté abkhaze. Un total de 1 000 citoyens syriens d'origine abkhaze vivent en Syrie[550].

Fin février 2014, selon les estimation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre total de réfugiés s'élevait à 2 476 860 :

  • le Liban (dont la population compte, en temps normal, 4,8 millions d'habitants) accueillait plus de 900 000 réfugiés (1 million selon le gouvernement libanais) ;
  • la Turquie accueillait près de 600 000 réfugiés (700 000 selon le gouvernement turc) ;
  • la Jordanie accueillait près de 600 000 réfugiés ;
  • l'Irak accueillait près de 220 000 réfugiés et l'Égypte une peu plus de 133 000.
Une vue aérienne rapprochée (au 18 juillet 2013) du camp Za'atri (Zaatari en Jordanie) pour les réfugiés syriens. L'hélicoptère transportait le secrétaire d’état américain John Kerry et le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh.

Les pays voisins de la Syrie ferment de plus en plus leurs frontières aux civils syriens. Ainsi, la Jordanie n'accepte plus que les réfugiés syriens d’origine palestinienne ou irakienne. L’Irak a définitivement fermé sa frontière depuis août 2012. La Turquie n’accepte plus que les urgences médicales et les réfugiés possesseurs de passeport. L’Égypte refuse tout accueil des syriens depuis la chute du président Mohamed Morsi[551].

En mars 2014, les Nations unies estiment que 9 millions de Syriens ont quitté leurs foyers en raison violences. Parmi tous ces déplacés, deux millions et demi sont maintenant des réfugiés dans les pays voisins (dont la moitié d'enfants)[552].

Em mai 2014, la Commission européenne a annoncé qu'elle va débloquer une aide humanitaire supplémentaire de 50 millions d'euros, portant ainsi sa contribution tirée du budget de l'Union européenne à 119 millions d'euros[553].

Maladies[modifier | modifier le code]

Des infections devenues rares[554] sont réapparues dans les zones tenues par les rebelles, touchant principalement les enfants et favorisées par l'effondrement des systèmes d'assainissement et la dégradation des conditions de vie.

Les opposants incriminent le régime, qu'ils accusent d'avoir supprimé, avant même le soulèvement, les vaccinations, l'assainissement et la purification de l'eau dans les « zones considérées comme politiquement hostiles »[555].

Le 28 octobre 2013, le Ministre de la Santé syrien annonçait que la poliomyélite était réapparue dans le pays pour la première fois depuis près de 15 ans. Fin 2013, 90 cas de poliomyélite[556] avaient été identifiés par les médecins et les agences internationales sanitaires, déclenchant, au mois de mars suivant, une campagne régionale au cours de laquelle plus de 22 millions d’enfants résidant dans 7 pays devaient être vaccinés sur une période de six mois[557].

Violations des droits humains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droits de l'homme en Syrie.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains et selon les Nations unies, des violations des droits humains ont été commises par le gouvernement et par les rebelles, la très grande majorité des abus étant attribués au gouvernement syrien[558] ,[559] ,[560] ,[561]. La commission de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits humains en Syrie confirme au moins 9 massacres délibérés dans la période allant de 2012 jusqu'à la mi-juillet 2013. Le gouvernement syrien est désigné comme l'auteur de 8 de ces massacres et l'opposition du neuvième[562],[563].

Women Under Siege, une organisation de défense des droits humains, avait documenté, en juillet 2012, plus de 100 cas de viols et d'agressions sexuelles pendant le conflit. La plupart de ces crimes étaient attribués aux Shabiha et aux autres milices loyalistes. Les victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants, les femmes et les filles représentant 80% des victimes[564].

Fin novembre 2013, selon un rapport de l'EMHRN intitulé Violence against Women, Bleeding Wound in the Syrian Conflict, près de 6 000 femmes avaient été victimes de viols (y compris de viols collectifs) depuis le début du conflit. Les chiffres sont probablement plus élevés, un grand nombre de cas ne faisant pas l'objet de déclaration[565],[566],[567].

Selon trois avocats internationaux de premier plan[Note 4], certains responsables du gouvernement syrien pourraient avoir à répondre de l'accusation de crimes de guerre, face aux preuves sorties clandestinement de Syrie et mettant en évidence des « exécutions systématiques » touchant 11 000 détenus. La plupart des victimes étaient des hommes jeunes et leurs corps portaient souvent des traces de tortures et de privations. Certains avaient eu les yeux arrachés ; d'autres cadavres portaient des traces de strangulation ou d'électrocution[568],[569].

Le , l'organisation Human Rights Watch publie un rapport détaillé portant sur la période de juin 2012 – juillet 2013 et montrant que le gouvernement syrien a fait raser 7 districts rebelles dans les villes de Damas et d'Hama, sur une surface correspondant à 200 terrains de football. Des témoignages confirmés par des photos-satellites montrent l'usage de bulldozers et d'explosifs pour raser des immeubles[570]. Ces déprédations sont qualifiées de punition dirigée contre les habitants des zones acquises aux rebelles[571].

Exactions envers des enfants[modifier | modifier le code]

Le 25 mai 2011, le corps mutilé de Hamza Ali Al-Khateeb, un garçon âgé de 13 ans disparu depuis le 29 avril, est rendu à sa famille par les autorités syriennes. Il porte des marques de tortures : cou et mâchoire brisés, rotules broyées, brûlures de cigarettes, blessures par balles dans les bras et parties génitales mutilées. Il avait été arrêté lors d'une manifestation contre le régime. Les images de son corps, diffusées par la famille, alimentent l'indignation contre le régime, qui nie les tortures et les circonstances du décès[572],[573],[574],[575].

Au début du mois de février 2012, le Fonds des Nations unies pour l'enfance estimait en outre que plus de 500 enfants avaient été tués[576] ; 400 enfants supplémentaires auraient aussi été arrêtés et torturés dans les prisons syriennes[577]. Ces deux informations ont été contestées par le gouvernement syrien.

Le 12 juin 2012, l'ONU dénonce le gouvernement syrien comme étant « l'un des pires sur sa liste annuelle « de la honte » où figurent les protagonistes des pays en conflit où les enfants sont tués, torturés et forcés à combattre. » Dans son rapport « Les enfants dans les conflits armés », rendu public le même jour, les Nations unies affirment que « les soldats syriens ont torturé et exécuté sommairement des enfants, et se sont servis de certains d'entre eux âgés d'à peine huit ans comme de « boucliers humains » au cours de leurs opérations contre les rebelles ». Le rapport cite à l'appui les circonstances d'une opération menée le 9 mars par les forces de sécurité syriennes, armée, services de renseignement et milice Shabiha, contre le village d'Ayn l'Arouz dans la région d'Idlib où ont été « raflés des dizaines de garçons âgés de huit à treize ans avant d'attaquer le village. « Ces enfants ont été ensuite utilisés par des soldats et des miliciens comme boucliers humains, placés devant les vitres des autocars transportant les militaires pour pénétrer dans le village lors de l'assaut. Parmi les 11 morts du premier jour de combats ont figuré trois garçons de 15 à 17 ans. Trente-quatre autres personnes, dont deux garçons de 14 et 16 ans et une fillette de neuf ans, ont été capturés. Le village fut finalement incendié et quatre des 34 prisonniers ont été abattus par balles et brûlés, notamment les deux garçons ». Radhika Coomaraswamy, représentante spéciale de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés, avait déjà fustigé les forces gouvernementales syriennes avant la publication de ce rapport déclarant « J'ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu'en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains[578]. »

À la mi-octobre 2012, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (d'opposition) annonce que le nombre d'enfants tués dans le conflit a atteint 2 300[579]. En mars 2013, des sources issues de l'opposition indiquent que plus de 5 000 enfants ont été tués[580].

Le , Leila Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés, déclare que le nombre d'enfants affectés par le conflit a doublé en un an et que la Syrie est ainsi devenue « l'un des endroits au monde les plus dangereux pour les enfants ». Elle estime que 3 millions d'enfants syriens sont privés d'éducation « depuis trois ans pour nombre entre eux »[552].

Des enfants soldats sont aussi présents sur le front, d'après Human Rights Watch[581].

Criminalité[modifier | modifier le code]

Avec l'extension du conflit sur le territoire syrien, et avec l'effondrement des services de l'État et de la police, de nombreuses localités ont été submergées par la criminalité. Les vols, les pillages d'habitations et de magasins se sont multipliés, ainsi que les enlèvements. Des combattants rebelles ont été vus volant des voitures et ils ont détruit un restaurant d'Alep qui avait servi des soldats syriens[582].

Le gouvernement et l'opposition ont tous deux utilisé des réseaux criminels. Le gouvernement, face aux sanctions internationales, a fait appel à ce type d'organisation pour faire entrer et sortir clandestinement de l'argent et des marchandises. La crise économique et les sanctions ayant réduit les rémunérations des miliciens Shabiha, certains d'entre eux ont commencé à voler les biens des civils et à organiser des enlèvements[583].

Les rebelles s'adressent parfois aux réseaux criminels pour obtenir des munitions et du ravitaillement. Dans les pays voisins de la Syrie, les prix des armes au marché noir ont augmenté de manière significative depuis le début du conflit. Pour lever les fonds nécessaires à leurs achats, certains groupes rebelles ont recours à l'extorsion, au vol, et aux enlèvements[583].

Extension du conflit au Liban[modifier | modifier le code]

Le Liban est profondément divisé au sujet de la situation en Syrie : le Hezbollah chiite et ses alliés soutiennent le régime Assad, tandis que la majorité des sunnites soutiennent la rébellion.

Le , le gouvernement syrien bombarde des objectifs rebelles retranchés au Liban, dans les collines de Jroud Arsal, à proximité de la localité libanaise d'Arsal, faisant dix blessés Syriens[584].

Recrutement et formation de djihadistes occidentaux[modifier | modifier le code]

Selon Le Monde, à la fin mai 2014, entre 3 000 et 11 000 combattants étrangers auraient été impliqués dans le conflit syrien. Parmi eux, environ 1 000 à 2 500 musulmans d'Europe, dont 200 Belges, 500 Britanniques et 350 Français. Des Scandinaves, des Allemands, des Espagnols, de Italiens et des Néerlandais figurent également parmi les nationalités représentées sur le terrain. Les chiffres sont difficiles à préciser, mais les autorités estiment que 700 à 800 ressortissants et résidents français auraient transité par la Syrie depuis le début du conflit et une vingtaine d'entre eux y avaient trouvé la mort à la fin mai 2014. Ces combattants, hommes et femmes (15 %), jeunes et radicalisés, se regrouperaient par nationalités dans des « katibas » essentiellement rattachées à l'EILL. Après l'affaire Merah et la fusillade au Musée juif de Belgique, les autorités européennes redoutent le retour sur le continent de ces djihadistes formés par la guerre civile et prêts à accomplir des actions symboliques[585],[586].

Impact économique[modifier | modifier le code]

Carte actualisée de la situation militaire dans le Gouvernorat d'Hassaké (Nord-Est de la Syrie).
En jaune : possessions kurdes actuelles.
En bleu : possessions rebelles.
En rouge : positions loyalistes.
Carte actualisée de la situation militaire dans le Gouvernorat de Deir ez-Zor (Est de la Syrie).
En jaune : possessions kurdes actuelles.
En bleu : possessions rebelles.
En rouge : positions loyalistes.

Entre juillet 2011 et juillet 2013, l'économie syrienne s'est rétractée de 45%, à la suite des divers évènements du conflit.

Le chômage a quintuplé et la devise syrienne a perdu les 5/6 de sa valeur[587],[588].

Avant le début de la guerre syrienne, l'Union Européenne achetait 95% du pétrole exporté par la Syrie, ce qui représentait entre un quart et un tiers des recettes de ce pays.

En septembre 2011, pour faire pression sur le régime dans un conflit qu'elle pensait limité dans le temps, l'Union européenne décrète un embargo total sur le pétrole syrien. L'Europe envisage alors, pour casser le monopole gazier russe, d'encourager, après la fin des hostilités, la construction de gazoducs au proche et Moyen-Orient (Qataris notamment) à destination de la Turquie (puis de la Grèce) et passant par les zones d'Alep et de Homs[589]. En avril 2013, la guerre s'éternisant, l’Europe lève « partiellement » son embargo sur le pétrole syrien : « les ministres européens des Affaires étrangères souhaitant ainsi aider les rebelles syriens, qui contrôlent une partie des champs pétroliers »[590]. En mai 2013, le ministre syrien du Pétrole Suleiman Abbas révèle que la production de pétrole syrienne a chuté de 95% (à 20 000 barils par jour contre les 380 000 barils par jour) et celle du gaz syrien de 50%, à la suite des combats et des activités terroristes[591].

De 2011 à 2014, la guerre a coûté 502 milliards de livres syriennes (3 milliards de dollars américains) aux secteurs du pétrole et des mines du pays. En mai 2014, alors que la Russie fournit surtout des armes, l'Iran livre plutôt du pétrole à Bachar el-Assad. Quant à la manne pétrolière, elle attire nombre de groupes rebelles qui se combattent mutuellement pour la posséder. Les puits de gaz d'Alep (au centre du pays) et les puits de pétrole des provinces de Deir ez-Zor (Est de la Syrie) et d'Hassaka (nord-est) font ainsi l'objet de convoitises des milices rebelles et terroristes (Front al-Nosra, Front islamique, Armée Libre, divers groupes salafistes et EIIL) qui se livrent une guerre totale pour s'en emparer. Par exemple, EIIL détient deux puits de pétrole (pris à al-Nosra) à al-Djafara et Kouniya[592].

Biens culturels[modifier | modifier le code]

Les biens culturels et historiques syriens ont énormément souffert de la guerre en cours. Des monuments, des musées et des sites remarquables ont été dévastés par les bombardements, les pillages et les travaux de retranchement. Des sites du patrimoine syrien ont été endommagés, parfois irrémédiablement. Selon les Nations unies, quatre de ces sites « sont utilisés à des fins militaires ou ont été transformés en champs de bataille » : Palmyre, le Krak des chevaliers, l’église Saint-Siméon-le-Stylite et la ville d’Alep (dont la citadelle)[593],[594].

En avril 2014, les grandes statues des lions Assyriens de Racca (Raqqua), vieilles de 2 700 ans, sont détruites par la rébellion. La ministre de la culture syrienne, Loubana Mchaweh, et le représentante du comité national de l'UNESCO en Syrie, Dr Nidhal Hassan, annoncent le lancement d'un site web pour l'authentification du patrimoine immatériel touché par la guerre en Syrie et la sauvegarde du patrimoine restant[595]

Une organisation (Syrian archaeological heritage under threat) tente de recenser les dommages et de réunir de moyens pour protéger et préserver les biens archéologiques et architecturaux menacés[596].

Diplomatie et réactions internationales[modifier | modifier le code]

Enjeux géopolitiques[modifier | modifier le code]

Carte de situation géopolitique.
En rouge : pays soutenant le régime d'Assad.
En vert : pays qui souhaitent le départ de Bachar el-Assad.

Pour l'islamologue Gilles Kepel, « la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s'articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l'inscription du monde arabe dans l'univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole ». Ainsi, le pays est l'otage d'enjeux qui le dépassent. Contrairement à ce qui s'est passé lors des autres printemps arabes, « au fur et à mesure du conflit, la Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d'éjecter l'Iran de la scène politique régionale ». En appuyant Bachar el-Assad et en contrôlant le Hezbollah libanais, l'Iran dessine en effet « un axe d'influence majeur au sein de toute la sphère arabo-musulmane ». Les pays du Golfe, qui y voient une menace directe, aggravent la situation en finançant les groupes salafistes qui injectent dans la révolte syrienne un djihad sunnite, à la fois antichiite et anti-alaouite. Selon Kepel, les dirigeants de l'ASL, « qui ne sont pas du tout des djihadistes mais des démocrates et des laïques », se trouvent confrontés à la fois « aux forces d'Assad, appuyées par les livraisons de matériel russe et [par] les Gardiens de la révolution iraniens, et aux salafistes, qui disposent, eux, de l'argent abondant du Golfe ». Pour affaiblir l'ASL et effrayer les minorités, Assad a délibérément encouragé la « djihadisation » du conflit. En l'absence d'évolution militaire décisive, la solution politique passerait par « des garanties offertes par l'ASL aux différentes communautés, afin de les assurer qu'elles ne feront pas l'objet d'une vengeance aveugle. En Syrie, il n'y a d'issue que politique, à travers un État démocratique et pluraliste »[597].

Selon Milad Jokar, analyste spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient, la guerre civile en Syrie est plus qu'un mouvement démocratique contre une dictature ou qu'une guerre civile entre l'opposition et le régime. « Il s'agit d'un conflit régional qui déborde chez les pays voisins, le tout entremêlé de conflits sectaires. La Syrie est devenue un théâtre de guerre dans lequel les puissances régionales tentent d'imposer leur influence et défendre leurs propres intérêts géostratégiques et économiques ». Selon lui, le départ de Bachar el-Assad « ne stoppera pas le bain de sang causé par cette guerre civile qui est alimentée principalement par le Qatar, l'Arabie saoudite et la Turquie d'un côté, et par l'Iran, la Russie et certains groupes irakiens chiites de l'autre ».

Si les différents gouvernements européens appellent à la paix et la démocratie « d'un point de vue réaliste, il existe trois enjeux stratégiques principaux : l'isolement de l'Iran, le maintien de l'alliance stratégique et économique avec des alliés arabes comme le Qatar, et enfin […] les besoins énergétiques en gaz vers l'Europe ».

La rupture de « l'axe de résistance » chiite Irak-Syrie-Liban (avec le Hezbollah) contribuerait à l'affaiblissement de l'Iran et lui enlèverait des marges de manœuvre sur le nucléaire et dans ses relations avec Israël. Cette option est privilégiée par l'Europe et l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis.

La position de certains pays européens, comme la France, la Grande-Bretagne, ou l'Allemagne, est en outre influencée par le poids qu'a acquis le Qatar dans leurs économies respectives. Le Qatar, un des principaux ennemis de l'Iran, partage avec ce dernier un des principaux champs gaziers du monde, le South Pars (iranien) / North Dome (qatari).

Enfin, « l'Europe a des besoins énergétiques en gaz importants. Par conséquent, l'acheminement du gaz qatari vers l'Europe représente l'un des multiples enjeux géostratégiques de la crise syrienne ». L'Iran, l'Irak et la Syrie sont les promoteurs d'un projet de gazoduc qui acheminerait le gaz du Golfe Persique vers la Méditerranée et l'Europe. De son côté, le Qatar, tributaire de l'Iran pour l'exportation de son gaz naturel avait un projet de gazoduc Arabie saoudite-Jordanie-Syrie auquel Bachar al-Assad a préféré l'option iranienne. Dans les deux cas de figure, la Syrie est l'élément clé du dispositif[598].

D'après le géopoliticien et député européen Front national français Aymeric Chauprade, la déstabilisation de la Syrie pourrait être le conflit le plus grave de tous les « printemps arabes » en termes de conséquences géopolitiques à l'échelle internationale[599]. D'après lui, la Syrie, État multiconfessionnel et multiethnique (le pays est composé notamment d'Arabes sunnites, d'Alaouites, de Kurdes, d'Arabes chrétiens, d'Arméniens et de Circassiens), et facilement proie aux divisions et aux affrontements internes, n'a pu maintenir son unité et sa stabilité que grâce au régime panarabiste baasiste, qui a tenu d'une main de fer le pays durant plus de quarante années et garanti la paix intérieure au prix de l'autoritarisme de l'exécutif[600]. L'effondrement du régime de Bachar El-Asad pourrait mener à une escalade militaire, et certaines franges des services armés américains redoutent une évolution incontrôlable de la situation, avec des retombées sur l'ensemble du Moyen-Orient, et plus largement du monde[601].

Le , le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies Ban Ki-moon dénonce une « guerre par procuration entre grandes puissances[602]. »

La Syrie est l'enjeu (comme l'a été la Libye), d'une lutte géopolitique et énergétique entre deux camps :

  • d'un côté, Israël, les États-Unis, l'Union européenne et une grande partie des pays arabes (Saoudiens, Qataris et Emiratis) fournissent à l'Armée syrienne libre kalachnikovs, lance-grenades, missiles antichar et sol-air ainsi que des équipements sanitaires. La Central Intelligence Agency l'équipe en moyens de transmissions[603] ;
  • de l'autre, la Chine, la Russie, l'Inde, l'Iran, le Brésil, le Venezuela[604],[605]. Les Russes ont envoyé des centaines d'instructeurs et de techniciens entretenir le matériel de guerre vendu par Moscou : hélicoptères d'attaque, missiles, radars, batteries antiaériennes[603]. Les Iraniens auraient envoyé des soldats combattre aux côtés des troupes loyalistes[606].

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Carte géo-militaire des pays voisins de la Syrie (en rouge).
En vert : pays appuyant officiellement l'opposition syrienne.
En bleu : pays soutenant le régime syrien.

L'hostilité marquée du Qatar et de l'Arabie saoudite envers la Syrie peut se lire dans le cadre de l'opposition traditionnelle entre un front sunnite et un front chiite représenté par l'Iran et la Syrie alaouite, mais aussi dans le cadre de leur proximité avec les États-Unis.

Dès la fin de l'année 2011, la Syrie accuse ces deux États de participer au financement et à l'armement des rebelles. Pour David Rigoulet-Roze, « [les monarchies du Golfe] et l'Iran, dont la rivalité est historique, se livrent une guerre par procuration en Syrie aujourd'hui. Les pays sunnites redoutent la constitution d'un croissant chiite, de l'Iran jusqu'à la Méditerranée avec le Hezbollah libanais, auquel la Syrie offre une continuité ». Le clivage religieux vient ici doubler un clivage géostratégique, notamment dans l'attitude face aux États-Unis. Cet antagonisme est confirmé par l'attitude du Hamas sunnite, qui en dépit de ces attaches avec le régime syrien[607] affirme rapidement son soutien au soulèvement[608],[609] et par l'attitude de Bahreïn, dictée par des raisons stratégiques.

La place de la Syrie est particulièrement importante dans l'eschatologie chiite : d'après Jean-Pierre Filiu, « c'est là que l'imam caché, le Mahdi, reviendra pour y terrasser le Sofyani, la figure maléfique qui se pare des habits de l'Islam pour mieux le pervertir » ; tandis que, dans la tradition sunnite, « Damas est [...] le lieu où Jésus/Issa, avant-dernier prophète de l'Islam, reviendra à la fin des temps pour affronter Al-Dajjal, l'Antéchrist ou faux prophète »[610].

Front chiite[modifier | modifier le code]

L'appui des forces étrangères chiites au gouvernement syrien monte progressivement en puissance au cours de la guerre civile.

Au printemps 2013, la bataille de Qousseir représente un tournant, les combattants venant d'Iran et du Hezbollah se montrant décisifs dans l'avancée des forces loyales au gouvernement syrien après le recul de l'été 2012[610]. Le discours des sunnites extrémistes à l'encontre des chiites se radicalise après cet épisode[611]. En juillet 2013, Selim Idriss, le commandant de l'Armée syrienne libre, déclare : « Le régime dispose du soutien d'environ 20 000 combattants étrangers. La plupart (15 000), sont des miliciens du Hezbollah. Les autres sont des Gardiens de la révolution iraniens, des houthis (secte chiite) du Yémen, des Irakiens ou des Afghans »[612].

Rôle de l'Iran[modifier | modifier le code]

L'appartenance de la famille el-Assad au groupe ethnique et religieux chiite des Alaouites a permis depuis plusieurs années un important rapprochement avec l'Iran. La Syrie est ainsi devenue le principal allié de Téhéran dans le monde arabe. Mais la nature du soutien de l'Iran à la Syrie dans le cadre de la guerre civile reste longtemps confuse. Dans un premier temps, Téhéran semble avant tout préoccupé de préserver ses intérêts dans la région en adoptant une attitude assez ambiguë. D'un côté, Téhéran prend quelques distances avec le gouvernement syrien en ouvrant le dialogue avec l'opposition syrienne[613]. De l'autre, il désapprouve les sanctions prises par la Ligue arabe, craignant que celles-ci n'attisent la violence, et ne débouchent ainsi sur une guerre civile[614].

Mais alors que l'Union européenne et de hauts responsables militaires américains ont accusé l'assistance iranienne, le commandant en second de la Force Al-Qods (milice des Gardiens de la révolution) reconnaît en juin 2012 que la République islamique a été présente en Syrie lors de la révolte, poussant le chef des forces armées iraniennes à assurer que l'aide était « uniquement logistique et morale »[2]. De son coté, l'Armée syrienne libre affirme avoir capturé des combattants iraniens en mars 2012[3], tandis que le ministre des affaires étrangères iranien admet en août 2012 que « des retraités des Gardiens de la révolution et de l'armée, mais aussi d'autres administrations » figuraient parmi 48 otages iraniens enlevés à Damas[615], précisant qu'ils étaient officiellement en pèlerinage[611]. Le même mois, le Guide suprême Ali Khamenei déclare : « La Syrie est notre première ligne de défense. Nous combattons là-bas pour notre propre compte. Nos ennemis viendront vers nous après la Syrie, et c'est pour les ralentir et résister à leurs plans que nous nous y battons »[616]. En septembre 2012, le commandant de la Force Al-Qods reconnaît la présence de certains de ses hommes en Syrie, en précisant qu'ils fournissent une assistance de nature « intellectuelle » et « financière » mais non militaire[617]. Cette déclaration est suivie d'un démenti du ministre iranien des affaires étrangères[618]. Le même mois, la diffusion d'une photo de la tombe de Moharram Tork, un gardien de la révolution « mort en martyr pour la patrie » à Damas, confirme que l'assistance iranienne est bien militaire.

Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS), l'aide iranienne a d'abord été logistique avant de devenir militaire dès 2011 : l'Iran aurait alors envoyé des militaires, des gardiens de la révolution et des armes pour soutenir le gouvernement syrien, s'engageant même à un soutien « illimité » dans le cadre d'un accord de défense mutuelle après l'attentat ayant touché la cellule de crise syrienne le 18 juillet 2012[141]. D'après Jean-Pierre Filiu, « Téhéran a été contraint d'engager aussi directement ses clients et ses conseillers pour compenser le délitement des défenses gouvernementales depuis l'été 2012, face aux avancées révolutionnaires sur Damas et Alep. Ce contrôle opérationnel de l'Iran a été démontré avec éclat, en janvier, lorsque la libération de 48 ressortissants iraniens a été négociée par la guérilla syrienne en échange de plus de 2 000 prisonniers aux mains du régime Assad »[610]. Ce soutien militaire se renforce en juin 2013 lorsque l'Iran décide d'envoyer en Syrie un contingent de 4 000 soldats en appui aux troupes du président Bachar el-Assad. Selon The Independent : « Téhéran est complètement prêt à protéger le régime du président Bachar el-Assad et propose même d'ouvrir un front supplémentaire contre Israël sur le plateau du Golan »[619].

Par ailleurs, l'Iran a fourni une aide d'un milliard de dollars au gouvernement syrien pour contourner les sanctions internationales[620]. Le ministre iranien des affaires étrangères reconnait ce soutien économique en février 2013, précisant que son gouvernement fournit notamment de l'essence et du blé à la Syrie. En revanche, il déclare que « l'armée syrienne est suffisamment importante et n'a pas besoin de combattants étrangers »[621].

Après son élection à la présidence de la République islamique en juin 2013, Hassan Rohani proclame que « la crise syrienne doit être réglée par le peuple syrien. Nous sommes contre le terrorisme, la guerre civile et les interventions étrangères. J'espère qu'avec l'aide de tous les pays de la région et du monde, la paix et le calme reviendront en Syrie »[622]. Mais en novembre 2013, de courts extraits vidéo sont mis en ligne par des combattants rebelles de la brigade Daoud, montrant des soldats iraniens, à visage découvert, en train de se battre et de former les soldats syriens. Ils indiquent que « les Iraniens participent parfois aux combats, en menant des opérations de repérage, en tirant sur l'ennemi et en posant des mines »[623].

Peu à peu, l'Iran incite le régime syrien à protéger seulement les zones stratégiques du pays[624].

Front sunnite[modifier | modifier le code]

Les pays partenaires de la Ligue arabe.
Populations musulmanes membres de la Ligue arabe.
Les oléoducs et gazoducs du Moyen-Orient et du Proche-Orient (dont ceux de la Syrie) sont l'objet de nombre de convoitises. Le « front sunnite » défend ainsi ses intérêts économiques pétroliers et gaziers face à de nombreux autres intervenants non-sunnite.

Après une période d'indécision, plusieurs capitales arabes condamnent finalement le pouvoir syrien, se joignant aux pays occidentaux pour provoquer, le 22 août 2011, une session spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU[625],[626].

Le , la Ligue arabe (sauf l'Irak et le Liban) vote la « suspension de l'adhésion de la Syrie à toutes ses réunions » à compter du 16 novembre et prône des « sanctions politiques et économiques » contre le pouvoir syrien[627]. Le 7 mai 2012, les chefs de tribus se rencontrent à une conférence au Caire pour annoncer leur soutien à l'Armée syrienne libre et aux révolutionnaires en Syrie ; à la fin de la conférence les chefs de tribus arabes en Syrie annoncent la fondation d'un conseil politique, où toutes les tribus de Syrie sont représentées. Le 15 août 2012, le sommet islamique de La Mecque (Arabie saoudite) prononce la suspension de la Syrie de l'Organisation de la coopération islamique.

L'Arabie saoudite se distingue par des intérêts géopolitiques particuliers, plus précisément pétroliers : le royaume « prépare un projet de pipeline pour acheminer son pétrole vers la Turquie » et passant par la Syrie, ce qui lui permettrait d'éviter le détroit d'Ormuz contrôlé par l'Iran[611].

Le Qatar qui s'oppose à Bachar el-Assad, a aussi un projet analogue de passage gazier par la Syrie et la Turquie, en direction de l'Europe.[réf. nécessaire]

Le roi sunnite de Bahreïn Hamed ben Issa al-Khalifa, qui vient de réprimer la contestation massive dans son propre pays, apporte son soutien au gouvernement syrien[628].

Égypte[modifier | modifier le code]

Quant à l'Égypte, elle adopte une position ambiguë. En février 2012, le chef de la diplomatie égyptienne Mohamed Kamel Amr se prononce pour un règlement pacifique du conflit syrien, une prise en compte des exigences du peuple et une cessation immédiate des violences dans le pays, rejetant toute ingérence extérieure[629],[630].

En septembre 2012, le président égyptien Mohamed Morsi affirme qu'« il ne faut pas perdre de temps à parler de réforme » et que le président Bachar el-Assad « ne sera pas là pour longtemps »[631], ce à quoi réagit le ministère des affaires étrangères syrien en accusant l'Égypte d'ingérence[632] ; mais le même mois, Morsi s'oppose, devant l'Assemblée générale de l'ONU, à une intervention militaire étrangère[633]. Il annonce finalement en juin 2013 avoir rompu « définitivement » les relations avec le régime en place en Syrie[634].

Turquie[modifier | modifier le code]

Lors de la guerre, la Turquie est gouvernée par le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Hostile au régime syrien, le pays laisse sa frontière ouverte aux djihadistes[635].

En 2014, la Turquie est également accusée par certains mouvements politiques et des journalistes de soutenir l'État islamique. Selon Daniel Pipes, journaliste américain pour le Washington Times : « En réalité les Turcs ont offert bien plus qu'un passage aisé de la frontière : ils ont fourni le gros des fonds, de la logistique, de l'entraînement et des armes de l'EIIL. Les Turcs résidant non loin de la frontière syrienne parlent d'ambulances turques se rendant dans les zones de combats entre les Kurdes et l'EIIL pour évacuer les blessés de l'EIIL vers des hôpitaux turcs »[636]. En Turquie, le Parti républicain du peuple accuse également le gouvernement de soutenir l'EI[637]. Recep Tayyip Erdoğan nie cependant toute alliance avec les groupes armés islamistes en Syrie et en Irak[638].

Selon Jean Marcou, directeur des relations internationales de l’Institut d’études politiques de Grenoble, chercheur associé à l'Institut français d’étude anatolienne d’Istanbul, la position de la Turquie évolue à l'été 2014 : « Il y a eu effectivement un laissez-faire, voire finalement un certain soutien, avec l’idée que tout ce qui pouvait faire tomber le régime de Bachar el-Assad, était bon à prendre. Mais très nettement, depuis le début de cette année, il y a une volonté d’enrayer ce processus ». L'État islamique est alors en pleine expansion et des dizaines de ressortissants turcs sont pris en otages par l'EI après la bataille de Mossoul. À cette période, le pays accueille également 1,5 millions de réfugiés syriens, dont 60 000 enfants nés en Turquie dans les trois premières années du conflit[639]. Parallèlement, les victoires militaires successives de l'Etat Islamique à la frontière turque oblige le gouvernement à déployer 54 000 hommes pour limiter l'incursion de combattants étrangers. [15]

Union européenne[modifier | modifier le code]

Dès le mois de mars 2011, l'Union européenne (de concert avec le Canada, et les États-Unis) a condamné les violences[640],[641],[642].

L'Union européenne a pris des sanctions à plusieurs reprises contre la Syrie. Tout au long du mois d'août 2011, Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a annoncé une série de sanctions contre la Syrie. Une vingtaine de personnes faisant partie du gouvernement syrien ont été interdites de visa et ont vu leurs avoirs gelés. Cinq entreprises militaires impliquées dans les violences sont interdites de relations commerciales. Un embargo de l'UE sur les exportations de pétrole syriennes est également instauré[643],[644],[645]. Plusieurs États de l'UE rappellent leurs ambassadeurs à Damas.

France[modifier | modifier le code]

Dès le début du conflit, la diplomatie française s'illustre par son caractère très offensif contre le régime de Damas[646]. Le , le ministère des Affaires étrangères français appelle le gouvernement syrien à « renoncer à tout usage excessif de la force » et condamne « les violences qui font des morts et des blessés ». Il invite également le président Bachar el-Assad à engager des réformes politiques. La France se joint à la demande du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme de « procéder à une enquête transparente sur les événements » des jours précédents[647]. Le 17 novembre 2011, la France rappelle son ambassadeur français en Syrie, Éric Chevallier, à Paris et ferme les consulats généraux d'Alep et de Lattaquié[648]. Le , Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères dénonce « l'obstination criminelle de gouvernements archaïques » et la fuite en avant du gouvernement syrien qui s'« enfonce dans une répression toujours plus sanglante, dans une violence toujours plus barbare »[649].

En août 2012, s'exprimant au sujet du régime syrien, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, déclare que « Bachar el-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre »[650] le qualifiant également de « bourreau »[651]. En mars 2013, il déclare que la France et la Grande-Bretagne pourraient livrer des armes aux rebelles syriens sans accord de l'UE[652],[653]. L'objectif français serait notamment de fournir des missiles sol-air pour contrer les attaques de l'armée syrienne[654]. Cette position est critiquée par un certain nombre de spécialistes de la région et du conflit, comme susceptible d'alimenter le conflit[655]. Fin août 2013, l'engagement français est tel que François Hollande prépare des frappes aériennes directes contre le régime syrien. Ces bombardements sont annulés au dernier moment faute du soutien de Barack Obama[656].

Décrite comme « un mélange d'indignation morale, d'agressivité verbale et d'impuissance militaire », l'attitude du ministère des Affaires étrangères français a pour conséquence que la France est l'un des pays ayant le plus perdu sur le plan diplomatique dans ce conflit[657], résultat que Bernard Squarcini désigne sous le terme de « fiasco politico-médiatique »[658].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aide militaire aérienne (avion Globemaster III C-17) des États-Unis en appui des forces de l'opposition syrienne, le 4 juin 2013.

Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas. Ces sanctions empêchent les citoyens américains de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés situés aux États-Unis sont gelés[659]. Dans une déclaration publiée le 18 août 2011, le président Obama dit explicitement pour la première fois que Bachar el-Assad devrait démissionner : « Le futur de la Syrie doit être déterminé par son propre peuple, mais le président Bachar el-Assad s'est mis en travers… Pour le bien du peuple syrien, le moment est venu pour le président Assad de s'éloigner. » Il a condamné à nouveau la répression, mais répété que les États-Unis n'interviendraient pas dans les affaires syriennes au-delà des pressions politiques et économiques pour qu'Assad quitte le pouvoir. Le même jour, Hillary Clinton a annoncé un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers syriens aux États-Unis[660].

Le 15 mars 2015, le secrétaire d'Etat américain John Kerry déclare lors d'un entretien que les États-Unis, afin de trouver une solution diplomatique au conflit, allaient négocier avec Bachar el-Assad signant un tournant de la politique américaine dans le conflit syrien[661],[662].

L'Administration Obama met en place un programme de formation et d'équipement de rebelles syriens modérés avec pour objectif d'entraîner 5 000 rebelles par an. Cependant le 7 juillet 2015, Ashton Carter, secrétaire américain à la Défense déclare devant le Sénat que seulement 60 hommes ont été formés à cette date[663]. Quelques jours plus tard, 54 rebelles avec 30 véhicules entrent en Syrie depuis la Turquie mais le 29 juillet, un chef d'unité et sept de ses hommes sont enlevés par le Front al-Nosra près d'Azaz[664],[665],[666].

Russie et Chine[modifier | modifier le code]

La Russie et la Chine s'opposent à toute résolution ou sanction contre la Syrie, ce qui pourrait entre autres s'expliquer par des raisons intérieures (craintes de voir le Printemps arabe faire tache d'huile chez eux[667],[5]), pour des raisons de principes (ces deux pays sont traditionnellement opposés à tout droit d'ingérence[667],[5]), ou encore pour des raisons d'intérêts :

  • la Russie est notamment le premier fournisseur d'armes de la Syrie, qui reste le seul allié de Moscou dans la région, y compris du point de vue militaire grâce à la base navale de Tartous : c'est la dernière qui, en Méditerranée, accueille encore en permanence des navires de la flotte militaire russe[668],[669],[667],[5] ; la Russie prétend néanmoins ne livrer que des armes de défense anti-aérienne à la Syrie, affirmant même en juillet 2012 qu'elle ne conclurait plus de nouveaux contrats d'armement avec la Syrie avant la stabilisation de la situation[670] ; les Russes redoutent plus globalement une perte de débouchés commerciaux en Syrie, mais aussi une montée islamiste liée à la formation d’un front panislamique qui s’étendrait du Caucase aux frontières orientales de la Communauté des États indépendants et de l'Asie centrale, ainsi qu'un affaiblissement de l'Iran dans l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient ; enfin, ils s'affichent en protecteurs de la communauté chrétienne en Syrie, en grande majorité orthodoxe et liée à l'Église moscovite[671] ;
  • la Chine s'aligne systématiquement sur les positions russes en espérant tout simplement obtenir en retour un soutien de Moscou lorsque les intérêts chinois sont également menacés[5].

Ces deux pays ont notamment boycotté en juin 2011 les discussions à l'ONU destinées à établir un projet de résolution condamnant la répression en Syrie[672]. Moscou se déclare par la suite opposé aux sanctions prises par l'Union européenne au cours du mois d'août[673]. Début octobre 2011 à l'ONU, Russes et Chinois opposent leur veto à un projet de résolution concernant la Syrie, puis l'opposent une seconde fois en février 2012[674].

Alors qu'une demande d'intervention de la Turquie par des réfugiés syriens se fait de plus en plus pressante, la Russie prévoit en retour de déployer une importante flotte militaire dans les eaux territoriales syriennes pour empêcher une éventuelle attaque de l'OTAN[675],[676]. Le 20 mars 2012, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères annonce que la Russie est prête à soutenir une déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU appuyant la mission en Syrie de Kofi Annan sous condition que celle-ci « ne constitue pas un ultimatum »[677]. Le 5 juin 2012, son vice-ministre Guennadi Gatilov affirme n'avoir « jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », ce qui constitue un premier signe de changement de position de la Russie, devant la répétition de massacres. Le 25 juin 2012, la crise prend une tournure plus internationale lorsque la défense anti-aérienne syrienne abat un F-4 Phantom de la Force aérienne turque effectuant un vol d'entraînement au-dessus des eaux syriennes. Les autorités syriennes arguent que le chasseur avait violé l'espace aérien syrien et menacent de détruire les équipages partis à la recherche des débris de l'aéronef[678]. Le lendemain la Turquie demande à Bruxelles une réunion de crise des 28 ambassadeurs de l'OTAN. À l'issue de cette réunion la solution de représailles militaires contre le régime syrien n'était pas retenue d'actualité comme l'a confirmé le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu[679]. Sur le plan financier, la Russie a envoyé des tonnes de billets de banque à la Syrie. L'impression de la monnaie syrienne était initialement dévolue à une banque autrichienne mais elle fut stoppée à cause des sanctions occidentales[680].

Autres pays d'Asie[modifier | modifier le code]

L'Inde et la Corée du Nord sont favorables à une résolution du conflit par un dialogue entre Syriens. Le Bangladesh s'aligne sur la position de la fédération de Russie[681]. Dès , la Turquie condamne les violences[682].

En novembre 2013, le Jerusalem Post indique que des pilotes d'hélicoptères nord-coréens opèrent en Syrie « pour le compte du régime de Bachar el-Assad », information corroborée selon le journal par l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Mais la Corée du Nord dément apporter une quelconque aide militaire au gouvernement syrien de Bachar el-Assad, avec lequel elle entretient des relations de longue date[683].

Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Le président vénézuélien, Hugo Chávez, a apporté son soutien à son « ami » Bachar el-Assad, et l'a décrit comme « un humaniste »[684]. Après la mort de Chavez, le gouvernement vénézuélien fait le choix de se déclarer neutre en ce qui concerne la suite de la guerre civile syrienne, ne soutenant plus ni Bachar el-Assad, ni la rébellion et, se rangeant derrière l'ONU et la Ligue Arabe, recommande des élections démocratiques[réf. nécessaire].

D'autres pays, comme le Brésil, soutiennent une position en faveur du dialogue avec le gouvernement du président Bachar el-Assad[685]. La Bolivie soutient une solution pacifique sans intervention étrangère[686].

Vatican[modifier | modifier le code]

Le Saint-Siège a plusieurs fois appelé à l'arrêt des violences en interpellant aussi bien les parties impliquées que la communauté internationale ainsi que les leaders religieux et les croyants des différentes religions[687],[688]. Et, alors que l'ONU décide de retirer ses observateurs, le 16 juin[689],[690], le Saint-Siège a réitéré ses appels en demandant à ce que la Syrie ne soit ni abandonnée ni oubliée[691]. Ce même jour, l'agence Fides, de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a relayé l'appel d'environ 800 civils musulmans et chrétiens de Homs pris au piège[691]. Information reprise dans les médias occidentaux[689],[690].

Le , lors de sa bénédiction Urbi et Orbi, le pape Benoît XVI a appelé à prier pour la paix en Syrie et réaffirmé son opposition au bellicisme des pays occidentaux[692].

Le , une journée de jeûne et de prières est décrétée par le pape François à travers le monde, afin d'empêcher les éventuelles frappes punitives internationales et de prier pour la paix et des solutions de négociations diplomatiques en Syrie, le , au cours de l'audience générale, celui-ci a lancé un appel pour la réussite de la Conférence internationale de soutien à la paix en Syrie qui s’est ouverte à Montreux en Suisse. Il explique sa prière pour que seul le bien du peuple Syrien soit recherché, et aussi que « Je souhaite à la chère nation syrienne, a encore ajouté le Pape, un chemin déterminé de réconciliation, d’entente et de reconstruction avec la participation de tous les citoyens, afin que chacun puisse trouver dans l’autre non pas un ennemi, non pas un concurrent, mais un frère à accueillir et embrasser. »[693].

Nations unies[modifier | modifier le code]

Les 7, 20 et , le secrétaire général Ban Ki-moon appelle à mettre un terme à la répression[694],[695],[696].

Le , le Conseil de sécurité condamne la répression menée par les autorités syriennes[697], ainsi que les « violations généralisées des droits de l'homme et l'emploi de la force contre des civils » par les autorités syriennes[698].

Le 5 août 2011, des experts de l'ONU exhortent la Syrie à cesser la répression contre les civils[699].

Le 5 octobre 2011, puis le 4 février 2012, la Chine et la Russie opposent par deux fois leur veto à une résolution de l'ONU condamnant la répression en Syrie[700],[701].

En février 2012, alors que plusieurs villes sont bombardées par l'armée syrienne, Ban Ki-moon, déclare que la répression contre les opposants est « presque certainement un crime contre l'humanité »[702].

Le , Kofi Annan est nommé émissaire conjoint de l'Organisation des Nations unies et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie[703]. Il démissionnera en juillet 2012, face à la mésentente entre les 5 membres permanents du conseil.

Le 20 mars 2012, Ban Ki-moon déclare, lors d'une conférence de presse à Bogor, que « La situation en Syrie est devenue intolérable et inacceptable ». Il ajoute que « La communauté internationale doit s'unir. Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas capables d'avoir une résolution à l'ONU qu'il faut que la souffrance de la population syrienne continue. Il s'agit de la responsabilité morale et politique de la communauté internationale »[704].

Fin mai 2012, le massacre de Houla suscite une condamnation unanime du régime de Damas par le conseil de sécurité, cependant Russie et Chine maintiennent leur veto face aux projets de résolution du Conseil de sécurité contre le régime syrien.

Le 15 août 2012, une commission d'enquête des Nations unies conclut que les forces gouvernementales syriennes et les milices chabihas ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, notamment des meurtres et des actes de torture[705]; elle incrimine également les insurgés, quoiqu'à un degré moindre.

« Conférence internationale des amis de la Syrie »[modifier | modifier le code]

Le se tient en Tunisie la première Conférence internationale des amis de la Syrie, regroupant une soixantaine de délégations occidentales et arabes qui souhaitent voir condamner fermement le régime syrien. Elle se réunit pour la troisième fois à Paris le , avec 106 pays participants qui se heurtent toujours au refus de la Chine et la Russie d'infliger des sanctions à la Syrie. Elle se réunit pour la cinquième fois à Amman, en Jordanie, le [706], et pour la sixième fois à Doha, au Qatar, le [707], avec, chaque fois, 11 pays participants.

Conférence « Genève 2 » sur la Syrie[modifier | modifier le code]

Fin 2013, les Nations unies soutiennent la mise en place d'une conférence diplomatique internationale sur le futur de la Syrie. Baptisé « conférence Genève II sur la Syrie»[708], « Conférence de paix au Moyen-Orient Genève II » ou simplement « Genève 2 », le processus a pour objectif de mettre fin au conflit en amenant les belligérants à la table des négociations[709],[710] avec pour objectif avoué de négocier la création d'un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs[711].

La conférence débute le 22 janvier 2014 à Montreux et se poursuit, du 23 au 31 janvier 2014, à Genève (Suisse)[Note 5], à un moment ou le régime syrien a repris l'avantage militaire sur les rebelles. En l'absence de résultats tangibles, un second round a lieu à partir du 10 février et les travaux sont suspendus le 15 février 2014[712]. Un troisième round de négociations est prévu[713].

ONG et personnalités[modifier | modifier le code]

Appel de personnalités[modifier | modifier le code]

Dans une lettre ouverte publiée le 13 mars 2012, une cinquantaine de personnalités, anciens dirigeants politiques, prix Nobel de la paix et intellectuels ont appelé les membres du Conseil de sécurité des Nations unies à s'unir pour retirer au président syrien son « permis de tuer » : dans ce texte publié dans le Financial Times et dans Le Figaro, ces personnalités de plus de vingt-sept nationalités estiment que « les divisions au sein de la communauté internationale ont donné au gouvernement d'Assad un permis de tuer et demandent que ce permis lui soit maintenant retiré »[714].

Amnesty International[modifier | modifier le code]

Le , Amnesty International rend public un rapport dénonçant un recours de grande ampleur à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements en Syrie par le gouvernement. L'ONG recense 31 méthodes de torture et d’autres formes de mauvais traitements attribuées aux forces de sécurité, à l’armée et aux milices progouvernementales connues sous le nom de shabiha[715].

Comité international de la Croix-Rouge[modifier | modifier le code]

Le , Le Comité international de la Croix-Rouge a demandé instamment aux autorités syriennes et à toutes les autres parties au conflit d’observer une cessation quotidienne des violences afin de permettre l’acheminement rapide des secours humanitaires[716]. Le CICR a également rappelé à toutes les parties au conflit qu'elles étaient tenues de faire en tout temps la distinction entre les civils et les personnes participant aux hostilités et de respecter pleinement le droit international humanitaire[717],[718]. Le 3 septembre 2012, le président du CICR, Peter Maurer, s'est rendu en Syrie pour une mission de trois jours, avec pour objectif de renforcer l'action humanitaire du CICR et du Croissant-Rouge arabe syrien[719],[720].

Human Rights Watch[modifier | modifier le code]

Le , l'ONG américaine Human Rights Watch a dénoncé dans un communiqué les « méthodes de terre brûlée » utilisées par l’armée syrienne afin de tenter d'écraser la révolte qui perdure dans le pays. L'ONG basée à New York déplore que le Conseil de sécurité l'ONU soit bridé par la Russie et la Chine et considère qu’après un an de révolte populaire en Syrie « le Conseil de sécurité devrait enfin s'unir et signifier clairement à Assad que ces attaques doivent cesser »[721]. Le 20 mars 2012, Human Rights Watch a dénoncé dans un communiqué des crimes également commis par des groupes armés de l'opposition[722]

Observatoire syrien des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

L'OSDH est un organisme d'information controversé revendiquant un réseau d'environ 200 contacts, source importante des principaux médias occidentaux pour le conflit syrien. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a été critiqué par des chercheurs et diplomates pour donner des affirmations invérifiables à court terme et avoir donné des informations fausses (comme la mort de Zainab al-Hosni, présentée comme martyre de la répression avant de réapparaître)[723].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bien que l'Iran ne le reconnaisse pas officiellement, des responsables de la Force Al-Qods ont admis avoir fourni un soutien logistique, ainsi que des conseillers militaires, au gouvernement syrien. La présence d'unités combattantes iraniennes en Syrie a été évoquée sans être prouvée. Voir Guerre civile syrienne#Au Moyen-Orient.
  2. L’Algérie, le Qatar et l’ambassade de Syrie, Algérie 360°. Selon plusieurs médias arabes, notamment égyptiens et libanais, le Qatar a eu droit à une admonestation de la part de l'Algérie, qui lui reproche de s'ingérer « dans les affaires internes d’un pays ami et frère », algerie360.com.
  3. Le caractère pacifique des manifestations suscite le débat, certaines sources signalent la présence de francs-tireurs visant les forces de police dès les premiers jours de l'insurrection, cf. Manufacturing Dissent - The truth about Syria, documentaire réalisé par Lizzie Phelan et Mostafa Afzalzadeh.
  4. Sir Desmond de Silva QC, ancien procureur général de la Cour spéciale pour la Sierra Leone, Sir Geoffrey Nice QC, ancien procureur au procès de Slobodan Milosevic, et le Professeur David Crane, qui a mis en accusation le président Charles Taylor.
  5. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, au moins 1 870 personnes seraient mortes, victimes des affrontements, pendant les 9 jours qu'a duré la conférence. At least 1,870 die during Geneva talks, dailystar.com, 1er février 2014.

Références[modifier | modifier le code]

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