Prophétie autoréalisatrice

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (mai 2012).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

Une prophétie autoréalisatrice est un énoncé plus ou moins récurent qui modifie des comportements de telle sorte qu'ils font advenir ce que la prophétie annonce. Ce qui n'était qu'une possibilité parmi d'autres devient réalité, par l'autorité de celui ou celle qui énonce la "prophétie". L'inverse, la prophétie autodestructrice ou paradoxe du prophète ou encore paradoxe du prévisionniste, est une prédiction qui, au contraire, détruit les possibilités de réalisation de la prédiction. Dans les deux cas, le fait d'énoncer la prédiction et de trouver des gens pour y croire modifie les anticipations et donc les comportements.


À noter que l'adjectif, autoréalisatrice ou autodestructrice, se rapporte à la dite "prophétie", et non aux événements annoncés ; si elle s'auto-réalise c'est parce que les protagonistes y adhèrent, y croient. Si elle s'auto-détruit, c'est parce que d'avoir mentionné son éventualité, l'a contrecarrée.

Processus[modifier | modifier le code]

Aux origines de la prophétie autoréalisatrice[modifier | modifier le code]

C'est à Frigyes Karinthy qu'il faut donner la primauté de l'usage moderne de prophétie autoréalisatrice.[Quand ?]

La notion de prophétie autoréalisatrice a été décrite en 1942 sous ce nom par le sociologue fonctionnaliste Robert K. Merton à partir du « théorème de Thomas » : « Si les hommes considèrent des situations comme réelles, alors elles le deviennent dans leurs conséquences ». Selon Thomas, les actions individuelles se comprennent au regard de la « définition de la situation » que ceux-ci font avant d'agir. Aussi, peu importe que les individus se trompent, que leurs représentations soient justes ou fausses, car les actions conséquentes à une croyance sont identiques que celle-ci soit juste ou fausse.

Fonctionnement de la prophétie autoréalisatrice[modifier | modifier le code]

C'est en 1942, dans Social Theory et Social Structure (traduit en français sous le titre Éléments de théorie et de méthode sociologique) que Robert K. Merton a développé la notion de prophétie autoréalisatrice (appelée initialement "prédiction créatrice" chapitre 4) à partir du théorème de Thomas. Il la présente ainsi : « C’est, au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie ».

À la différence du « théorème de Thomas », dans ce cas, ce ne sont donc plus simplement les conséquences de la croyance qui sont vraies, mais la croyance qui le devient.

Robert K. Merton explique ainsi les problèmes d'intégration des Afro-Américains dans les syndicats aux États-Unis. Pour Merton, si les Afro-Américains ne sont pas intégrés dans les syndicats, c'est parce que les syndicalistes pensent que les Noirs ne partagent pas les valeurs du syndicat en travaillant durant les grèves, mais si ceux-ci sont amenés à travailler à l'encontre du syndicat, c'est qu'ils en sont en réalité exclus.

Prophétie autodestructrice[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

La situation réciproque de la prophétie autoréalisatrice est appelée en anglais « Self-defeating prophecy », l'expression est généralement traduite « prophétie autodestructrice ». Cette fois, c'est le fait d'annoncer un événement qui le contrecarre.

On trouve notamment de telles situations en économie : par exemple, le fait d'annoncer qu'une ressource sera abondante et pas chère l'an prochain (ou, respectivement, sera rare et chère), incite des investisseurs à augmenter leur besoin de cette ressource (respectivement : s'organiser pour s'en passer le plus possible), ce qui augmente la demande (respectivement : la baisse) et joue en sens inverse de la prédiction. L'effet est suffisant pour que les prévisionnistes professionnels en tiennent compte, sous peine de détruire leur crédibilité.

Par exemple on considère souvent que le désastre que devait causer le bogue de l'an 2000 était une prophétie autodestructrice car l'annonce d'une catastrophe a permis d'obtenir la mobilisation nécessaire pour la contrecarrer[réf. nécessaire]. On peut mettre en œuvre un tel raisonnement pour analyser l'élection présidentielle française de 1995, et expliquer que le fait qu'Édouard Balladur ait été annoncé vainqueur par de nombreux journaux ait pu provoquer sa défaite. Idem pour l'élection de 2002 : la prédiction selon laquelle Lionel Jospin irait sans problème au second tour aurait démobilisé ses électeurs, et serait en partie responsable de sa défaite ; la simple possibilité que Jean-Marie Le Pen puisse être élu a suffi à mobiliser massivement ses opposants et à rendre impossible cette éventualité (prophétie autodestructrice).

Exemples de prophéties autoréalisatrices dans différents domaines[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

David Trouilloud et Philippe Sarrazin, dans la note de synthèse qu'ils consacrent aux prophéties autoréalisatrices dans le champ de l'éducation, s'intéressent au débat autour des interrogations sur « le rôle joué par les attentes des enseignants dans la réussite ou l’échec scolaire des élèves »[1]. L'« effet des attentes », souvent évoqué, dans le cadre éducatif, comme l'effet Pygmalion[1], est selon ces auteurs, une forme de prophétie autoréalisatrice. Ils distinguent trois étapes dans le processus :

  • Les enseignants, influencés par les informations qu'ils ont reçues à propos des élèves, « forment des attentes différenciées » à leur égard ;
  • Ces attentes suscitent de leur part un « traitement particulier des élèves qui se manifeste par des tâches scolaires, des feedbacks et un soutien affectif singuliers »[2].
  • Selon eux, c'est ce traitement différentiel qui modifie les comportements et les résultats scolaires des élèves.

L'effet des attentes serait ainsi démontrée, puisque l’attente de l’enseignant a un effet sur son attitude à l’égard de l’élève, tandis que celui-ci tendrait à se conformer à la croyance de son enseignant[2].

Économie[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Les agents économiques adaptent leur comportement en fonction de l'anticipation qu'ils font d'un phénomène (inflation...) et de ce fait provoquent ce phénomène. Annoncer la hausse du prix d'une marchandise, a fortiori sa pénurie, provoque des achats de précaution et contribue à la hausse de son prix, voire à la pénurie. La bourse permet à des prophéties de se réaliser si elles sont suffisamment crues. Une monnaie bénéficiant de la confiance de suffisamment de spéculateurs voit son cours augmenter, même si elle n'était pas réellement sous-cotée auparavant. Inversement, annoncer qu'une valeur est sous-évaluée peut suffisamment inciter à l'acheter pour que la prévision s'en retrouve invalidée : la prophétie est alors autodestructrice.

Guerre et paix[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

L'engrenage des antagonismes est en partie fondé sur les intentions qu'on prête, à tort ou à raison, à l'autre.

Au chapitre des prophéties autoréalisatrices, le fait de considérer l'autre comme hostile conduit à prendre des précautions (voire d'actions préventives), que l'autre peut interpréter comme autant de menaces ou même d'agressions caractérisées qui motiveront de sa part des mesures symétriques : l'hostilité se renforce. Inversement, la conviction que l'ennemi est conscient des risques et n'ira pas trop loin dans la mesure où on reste soi-même dans certaines limites est un facteur psychologique important, parfois modérateur et auto-réalisateur (comme pendant la guerre froide), parfois au contraire générateur de tensions croissantes et de prophétie auto-destructrice (comme la volonté de paix à tout prix du Royaume-Uni et de la France fut un des facteurs des exigences croissantes d'Hitler qui conduisirent à la guerre).

Politique[modifier | modifier le code]

L'influence des journaux permet aujourd'hui aux journalistes de faire des prophéties autoréalisatrices lors des élections. Ainsi, Daniel Schneidermann perçoit la désignation de Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle française de 2007, comme une prophétie autoréalisatrice[3].

Médecine[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

L'effet placebo permet de guérir une personne à condition qu'elle croie en sa guérison. L'effet inverse s'appelle l'« effet nocebo ».

Sciences[modifier | modifier le code]

La loi de Moore (dont l'un des énoncés prévoit que tous les 18 mois le nombre de transistors double dans les microprocesseurs) est souvent perçue[réf. nécessaire] comme une prophétie autoréalisatrice.

Légendes et littérature[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [Comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Les oracles de la Pythie étaient généralement autoréalisateurs : ils poussaient le destinataire sur la voie qui les menait à la réalisation de l'oracle. Il faut noter qu'il n'y a pas de « boucle de causalité » à proprement parler puisque le Destin, du point de vue de la mythologie grecque, préexiste aussi bien à l'énoncé de l'oracle qu'à sa réalisation, qui en font tous deux partie. La moralité de ces mythes est avant tout l'impossibilité d'échapper à ce Destin. Les exemples les plus célèbres sont le mythe d'Œdipe et dans une moindre mesure, celui de Persée.

Les mythes et légendes sont également riches en phénomènes que l'on peut analyser comme des prophéties autoréalisatrices. Tel roi par exemple, à qui l'on annonce qu'un enfant à naître sera son assassin, persécute ceux chez qui l'enfant doit naître, fait tuer ses parents, ce qui fait naître le désir de vengeance chez l'homme devenu grand.

Par contre, certains auteurs se servent de prophéties pour construire d'authentiques « boucles de causalité » au même titre que celles du paradoxe de l'écrivain : par exemple dans Harry Potter, le professeur de divination se voit dans sa boule de cristal rendre visite au directeur de l'école, et va donc lui rendre visite. Toujours dans Harry Potter, la prophétie indique au Seigneur des Ténèbres que seul un enfant pourra le battre, il tente donc d'assassiner cet enfant, lui donnant par là les pouvoirs pour le battre.

Les romans de l'univers étendu de Star Wars exploitent explicitement ce type de prophéties. Dans La Main de Thrawn, Luke Skywalker se voit sur une planète et décide immédiatement d'y aller. À l'inverse, on trouve une prophétie autodestructrice quand Jacen Solo déclenche une guerre préventive qui empêche la réalisation d'une guerre de plus grande échelle dont il avait eu la vision. Dans Star Wars, ces prophéties ne sont pas considérées comme des paradoxes, car les prophéties peuvent être selon le cas des avertissements, des recommandations, ou des aperçus d'une volonté extérieure (un Jedi qui reçoit une vision du futur apocalyptique peut supposer qu'il l'a reçue dans le but de l'empêcher).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b D. Trouilloud & P. Sarrazin 2003, p. 89
  2. a et b D. Trouilloud & P. Sarrazin 2003, p. 93
  3. Daniel Schneidermann, « Ségolène Royal, Une prophétie autoréalisatrice », Libération, 20 janvier 2006

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Armand Colin, 1998
  • Robert A. Rosenthal et Leonore Jacobson, Pygmalion à l’école, Paris, Casterman, 1968, (ISBN 978-2203202078)
  • David Trouilloud et Philippe Sarrazin, « Les connaissances actuelles sur l’effet Pygmalion : processus, poids et modulateurs », Revue française de pédagogie, no 145,‎ , p. 89-119 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]