Projet de loi confortant le respect des principes de la République

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Projet de loi confortant les principes républicains

Présentation
Titre Projet de loi contre le séparatisme
Pays Drapeau de la France France
Langue(s) officielle(s) Français
Adoption et entrée en vigueur
Législature XVe de la Ve République
Gouvernement Castex

Lire en ligne

Texte du projet de loi sur le site de l'Assemblée nationale.

Le projet de loi confortant le respect des principes de la République (dit « projet de loi contre le séparatisme ») est un projet de loi du gouvernement français présenté au Conseil des ministres le .

Historique[modifier | modifier le code]

Le , la ministre déléguée Marlène Schiappa annonce que le projet de loi contre les séparatismes sera présenté « à la rentrée, en septembre ou octobre » et visera notamment « l'islam politique ». L'idée de ce projet de loi est de cibler tout projet organisé en marge de la République et « contre la République »[1].

Le président de la République dévoile les grandes lignes de ce projet lors d'un discours aux Mureaux (Yvelines)[2],[3], évoquant la construction d'un « islam des Lumières », progressiste et libéral[4],[5]. L'intitulé de ce projet de loi est provisoire et varie lors de son avancée, le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin avançant le la formulation « projet de loi visant à renforcer la laïcité et conforter les principes républicains »[6]. Le projet de loi entend ainsi « faire respecter les obligations de neutralité aux organismes parapublics d'une part et aux organismes concessionnaires, délégataires et prestataires du service public d'autre part »; il prévoit d'« introduire une procédure de carence républicaine » donnant le pouvoir aux préfets de « suspendre les décisions ou actions d'une collectivité qui méconnaîtraient gravement la neutralité du service public » ; il renforcerait le contrôle des associations qui ne pourraient « tenir des discours qui soient contraires à la République » et proposerait un « contrat d'engagements pour le respect des valeurs de la République et des exigences minimales de la vie en société » dont l'acceptation serait une condition sine qua non pour recevoir les aides publiques, alors qu'« en cas d'atteinte à la dignité de la personne ou lorsque l'association se livre à des pressions psychologiques ou physiques sur les personnes » elle pourrait être suspendue de manière conservatoire puis dissoute ; il pénaliserait les documents attestant de la virginité d'une femme en prévoyant la condamnation du personnel de santé l'établissant et renforcerait « la réserve générale de polygamie pour la délivrance d'un titre de séjour » ; il renforcerait les « obligations d'investigations » en cas de présomption de mariage forcé ; il interdirait la scolarisation à domicile des enfants de plus de trois ans sauf pour des raisons médicales[7], et renforcerait le contrôle sur les écoles privées hors contrat notamment sur le contenu de leur enseignement, les parcours des personnels et les financements ; enfin, il inciterait au basculement vers la loi de 1905 des associations cultuelles dépendant de la loi de 1901 afin de favoriser la transparence sur leur financement[6].

Après l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, le , le Gouvernement annonce un enrichissement des dispositions du projet de loi, avec une possible reprise des objectifs du projet de loi contre les contenus haineux sur internet de la députée Laetitia Avia précédemment censuré par le Conseil constitutionnel[8],[9]. Un article crée « un délit de mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée » qui rappelle le très controversé article 24 de la proposition de loi relative à la sécurité globale sur le floutage des images de policiers[10],[11],[12].

Le , le Conseil d'État donne son accord à la réforme envisagée par le gouvernement, mais avec quelques réserves[13]. Le , le projet de loi est présenté en Conseil des ministres[14]. Le Premier ministre, Jean Castex, expose également au journal Le Monde les arbitrages du projet de loi, qui vise à lutter contre « l’islamisme radical », tout en assurant éviter de faire d'amalgame avec les musulmans. Cette loi concernerait de manière plus générale « toute idéologie politique qui se dresserait contre les valeurs de la République »[15]. Le projet de loi doit être discuté à l'Assemblée nationale en [16].

Le projet de loi est adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 16 février, par 347 voix pour, 151 voix contre et 65 abstentions. Il doit être examiné par le Sénat à partir du 30 mars[17].

Amendements[modifier | modifier le code]

Une commission spéciale de l’Assemblée nationale a terminé le l'examen des 51 articles du texte.

Un total de 1 878 amendements ont été proposés pour ce projet de loi. 169 amendements ont été adoptés[18] et 286 ont été rejetés[19].

Amendements rejetés[modifier | modifier le code]

Parmi les amendements rejetés, la commission a notamment jugé irrecevables les amendements déposés par les députés LREM Aurore Bergé et Jean-Baptiste Moreau visant à interdire le port du voile pour les jeunes filles[20]. La commission a également rejeté le 21 janvier un amendement déposé par 17 parlementaires demandant au gouvernement de produire dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la loi un rapport visant à « évaluer la faisabilité et les conséquences de la levée de l’anonymat » sur les réseaux sociaux[21],[22].

Le député de la majorité M'jid El Guerrab propose un amendement qui permettrait à la justice de contraindre les chaînes de télévision à diffuser un avertissement en cas d'intervention à l'écran d'un collaborateur condamné pour incitation à la haine. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, déclare que le gouvernement y est défavorable. Surnommée « amendement Zemmour », du nom de l'essayiste et polémiste Éric Zemmour déjà condamné de la sorte, la proposition est soutenue par des membres de l'opposition de gauche comme Boris Vallaud du PS, Sébastien Jumel du PCF ou Éric Coquerel de la FI. Dans l'opposition de droite, les députés LR Éric Ciotti et Guillaume Larrivé s'y opposent. Après des débats houleux, l'amendement est rejeté[23].

Amendements acceptés[modifier | modifier le code]

Les députés ont adopté un amendement du député LR Xavier Breton précisant que les salariés d’un service public devaient s’abstenir « de manifester leurs opinions politiques ou religieuses »[19]. Une obligation de formation à la laïcité pour les enseignants et les fonctionnaires a également été intégrée, tout comme l'obligation de désigner un référent laïcité dans toutes les administrations publiques[18].

Des amendements ont été adoptés visant à combattre plus fermement la haine sur Internet et les réseaux sociaux, le cyberharcèlement, et la divulgation d'informations personnelles[18].

Concernant l'instruction à domicile, la formulation initiale prévoyait qu'elle n'était pas possible pour des « convictions politiques, philosophiques ou religieuses des personnes responsables de l’enfant ». Cette formulation a été remplacée par une interdiction de scolariser à domicile pour « d’autres raisons que l’intérêt supérieur de l’enfant ». Pour les établissements hors contrat, un amendement de François Pupponi, adopté contre l’avis du gouvernement, les oblige à déclarer préalablement au préfet chaque embauche d’enseignant pour vérifier qu'il ne figure pas dans un fichier lié à la radicalisation[18].

Amendements à discuter[modifier | modifier le code]

Le , la députée Paula Forteza a par ailleurs présenté un amendement visant à exclure du projet de loi les plateformes qui « opèrent à titre non lucratif » comme Wikipédia. Le texte, rédigé en collaboration avec Wikimedia France, précise que « Quand la modération est citoyenne, humaine et bénévole, il est impossible de la réguler de la même façon qu’une modération industrielle, reposant sur des centaines de salariés s’appuyant massivement sur l’algorithmie. En ciblant les opérateurs de plateforme uniquement à partir de leur fréquentation, il existe donc un risque, réel, de casser le modèle pourtant vertueux de la régulation citoyenne ». Cet amendement sera à discuter[24],[25].

Réactions[modifier | modifier le code]

Sur les dispositions cultuelles de la loi[modifier | modifier le code]

Les responsables de culte en France ont des réactions divisées. Pour Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, « il y aura plus de rigueur dans la gestion des associations, ce sera plus contraignant mais au final ce sera bénéfique et il y aura moins de suspicion vis-à-vis des dons », mais selon François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, « ce projet va avoir en effet des dégâts collatéraux sur les autres cultes, en particulier les protestants ». Haïm Korsia, grand-rabbin de France, pense que c'est « un texte qui rappelle l’importance de porter les valeurs de la République partout, dans tous les espaces, y compris les espaces religieux », et qui donnera « des outils juridiques pour faire ce qu’on ne pouvait pas faire avant ». Le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Hugues de Woillemont, « comprend bien la volonté de l’Etat de combattre l’islamisme et le radicalisme », mais questionne les dispositions sur l’école hors contrat et à domicile, les motivations de parents de ne pas mettre leurs enfants à l’école pouvant être seulement pédagogiques, et non religieuses[26].

L'essayiste Hakim El Karoui, président de l’Association musulmane pour l’islam de France, estime que le projet de loi « va dans le bon sens », en ciblant le salafisme[27],[28].

Selon l'historien et sociologue Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité : « Si certaines mesures semblent aller dans le bon sens comme l’encadrement des flux financiers provenant de l’étranger, la plupart remettent en cause des libertés fondamentales en démocratie et risquent d’être largement contre-productives[29]. »

Le , environ 200 personnes se rassemblent place du Trocadéro, à Paris, en réponse à l'appel de l'Union des démocrates musulmans français, des Indigènes de la République et de l'Union juive française pour la paix. Ils dénoncent un projet de loi « anti-musulman »[30].

Sur les dispositions éducatives de la loi[modifier | modifier le code]

Les dispositions interdisant, ou réduisant, l'éducation en famille ont fait l'objet de critiques de la part d'associations et notamment de Créer son école[31],[32] mais également du mouvement Colibris ou encore de la pédagogie Montessori[33].

Différentes manifestations ont également eu lieu[34].

Plan du projet de loi[modifier | modifier le code]

Dans sa version transmise au Conseil d'État le projet de loi comporte 57 articles répartis selon le plan suivant[35],[36] :

  • Titre 1 : Garantir le respect des principes républicains
    • Chapitre 1 : Dispositions relatives au service public (articles 1 à 5)
    • Chapitre 2 : Dispositions relatives aux associations (articles 6 à 12)
    • Chapitre 3 : Dispositions relatives à la dignité de la personne humaine (articles 13 à 17)
    • Chapitre 4 : Dispositions relatives à l'éducation et aux sports (articles 18 à 24)
    • Chapitre 5 : Dispositions relatives à la lutte contre les discours de haine et les contenus illicites en ligne (articles 25 à 26)
    • Chapitre 6 : Dispositions relatives à la mixité sociale dans le logement (articles 27 à 28)
  • Titre 2 : Garantir le libre exercice du culte
    • Chapitre 1 : Renforcer la transparence des conditions de l'exercice du culte
      • Section 1 : Associations cultuelles (articles 29 à 32)
      • Section 2 : Autres associations organisant l'exercice du culte (articles 33 à 35)
    • Chapitre 2 : Renforcer la préservation de l'ordre public
      • Section 1 : Contrôle du financement des cultes (articles 36 à 39)
      • Section 2 : Police des cultes (articles 40 à 47)
  • Titre 3 : Dispositions diverses (article 48)
  • Titre 4 : Dispositions relatives à l'outre-mer (articles 49 à 51)
  • Titre 5 : Dispositions transitoires et finales (articles 52 à 57)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le projet de loi contre les séparatismes sera présenté « à la rentrée » et visera notamment « l'islam politique » annonce Marlène Schiappa », sur francetvinfo.fr (consulté le 26 juillet 2020).
  2. Agence France-Presse, « Séparatismes : ce qu'il faut retenir des annonces de Macron », sur lepoint.fr, consulté le=2 octobre 2020 (consulté le 21 octobre 2020).
  3. « Lutte contre les séparatismes : le verbatim intégral du discours d'Emmanuel Macron », sur lefigaro.fr, consulté le=2 octobre 2020 (consulté le 21 octobre 2020).
  4. « Structurer l’islam, le délicat projet d’Emmanuel Macron », sur www.20minutes.fr (consulté le 26 décembre 2020)
  5. (en) Abdessamad Belhaj, « Le difficile chemin vers « l’islam des Lumières » », sur The Conversation (consulté le 26 décembre 2020)
  6. a et b « Séparatisme : les principaux axes du projet de loi dévoilés dans le détail par Darmanin », sur lexpress.fr, (consulté le 21 octobre 2020).
  7. Marie Piquemal, « Fin de l'éducation à domicile : peu d'élèves concernés, mais un vrai débat », sur Libération.fr, (consulté le 26 décembre 2020)
  8. Alain Auffray, « Macron bousculé dans son équilibre sur le «séparatisme islamiste» », sur lexpress.fr, consulté le=18 octobre 2020 (consulté le 21 octobre 2020).
  9. Thibaut le Gal, « Attentat à Conflans : Emmanuel Macron pressé d’intensifier la lutte contre l’islam radical », sur 20minutes.fr, consulté le=19 octobre 2020 (consulté le 21 octobre 2020).
  10. « Loi « sécurité globale » : la majorité recule, Emmanuel Macron recadre Gérald Darmanin », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 1er décembre 2020)
  11. Tribune, « Loi séparatisme : une grave atteinte aux libertés associatives », sur Libération,
  12. « Ce que contient le projet de loi contre le « séparatisme » examiné par l’Assemblée », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 13 février 2021)
  13. « Projet de loi « séparatismes » : le Conseil d’Etat donne son feu vert malgré quelques réserves », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 10 décembre 2020)
  14. « Présentation du projet de loi confortant les principes républicains », sur Gouvernement.fr (consulté le 10 décembre 2020)
  15. « Jean Castex : « L’ennemi de la République, c’est une idéologie politique qui s’appelle l’islamisme radical » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 10 décembre 2020)
  16. « Les articles du projet de loi sur les « principes républicains » qui feront débat », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2020)
  17. « Le projet de loi contre le « séparatisme » adopté en première lecture à l’Assemblée nationale », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 19 février 2021)
  18. a b c et d « Projet de loi « séparatisme » : les principaux amendements adoptés en commission », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 1er février 2021)
  19. a et b « Projet de loi séparatisme : polémiques à l’Assemblée nationale sur des amendements », sur Ouest France,
  20. « Loi contre le séparatisme : les amendements contre le voile pour les fillettes irrecevables », sur Les Echos,
  21. Julien Lausson, « Des députés demandent d’envisager la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux », sur Numerama,
  22. « Amendement n°373 », sur assemblee-nationale.fr,
  23. M. L., « Loi séparatisme : l'histoire derrière l'"amendement anti-Zemmour" », sur lexpress.fr, .
  24. Thierry Noisette, « Libre et open source: dons d’un libriste à des néonazis, amendement pro-Wikipédia, CNIL », sur ZDNet,
  25. « Amendement n°1139 », sur assemblee-nationale.fr,
  26. « Projet de loi contre le séparatisme en France : qu’en pensent les responsables de culte ? », sur SudOuest.fr (consulté le 26 décembre 2020)
  27. « El Karoui : "Le salafisme est une idéologie, et une idéologie, on la combat" », sur LExpress.fr, (consulté le 14 décembre 2020)
  28. « « La loi “anti-séparatisme” est un atout pour les élus locaux »Hakim El Karoui, politologue », sur La Gazette des Communes (consulté le 14 décembre 2020)
  29. « « Le gouvernement affirme renforcer la laïcité, alors qu’il porte atteinte à la séparation des religions et de l’Etat » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2020)
  30. « Séparatisme : manifestation à Paris contre les «discriminations anti-musulmanes» », sur lefigaro.fr, .
  31. Par Christel Brigaudeau Le 9 décembre 2020 à 06h45, « Ecole à la maison : comment son interdiction risque d’accoucher d’une usine à gaz », sur leparisien.fr, (consulté le 12 janvier 2021)
  32. « Instruction à domicile : "Il y a un recul évident du gouvernement, pour l'instant, on n'a pas de victoire", temporise Anne Coffinier, fondatrice d’Educ France », sur Franceinfo, (consulté le 12 janvier 2021)
  33. Vincent Geny, « Scolarisation obligatoire : ces associations qui veulent faire plier Macron », sur www.marianne.net, 2020-12-08utc16:20:24+0000 (consulté le 12 janvier 2021)
  34. Par Christel Brigaudeau Le 3 décembre 2020 à 21h16, « Craignant la fin de l’école à la maison, les familles préparent la riposte », sur leparisien.fr, (consulté le 12 janvier 2021)
  35. JANUEL Pierre, « Projet de loi séparatisme : le texte de l’avant-projet de loi », sur dalloz-actualite.fr, (consulté le 24 novembre 2020)
  36. « Projet de loi confortant les principes républicains », sur dalloz-actualite.fr, (consulté le 24 novembre 2020)

Articles connexes[modifier | modifier le code]