Projet de centrale nucléaire du Carnet

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Centrale nucléaire du Carnet
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Département Loire-Atlantique
Commune Frossay, Saint-Viaud
Coordonnées 47° 16′ 52″ nord, 1° 58′ 32″ ouest
Opérateur Électricité de France
Statut Annulé
Réacteurs
Production d’électricité
Divers
Source froide Loire

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Centrale nucléaire du Carnet

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Centrale nucléaire du Carnet

La centrale nucléaire du Carnet est un ancien projet d'implantation de centrale nucléaire sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire, en aval de Nantes. Lancé à partir de 1974, celui-ci rencontra une forte opposition de la part de la population, et finit par être abandonné définitivement en 1997.

Genèse du projet[modifier | modifier le code]

Le projet initial au Pellerin[modifier | modifier le code]

En 1971, un tout premier projet, vite enterré, projetait l'implantation d'une centrale nucléaire entre Nantes et Angers, sur les communes de Montjean-sur-Loire et d'Ingrandes[1].

En 1973, après le premier choc pétrolier, la France décide de se doter de nombreuses centrales nucléaires pour pallier l'augmentation rapide du prix des hydrocarbures et se rendre moins dépendante vis-à-vis des produits pétroliers, et en particulier de l'OPEP. Le programme de construction de centrales, annoncé par Michel d'Ornano, ministre de l'Industrie, le , comprend notamment trois sites dans les Pays de la Loire. Le , un site situé à cheval sur les communes du Pellerin et Cheix-en-Retz, en banlieue nantaise, est retenu[2].

Un des objectifs de l'implantation d'une centrale nucléaire dans l'estuaire de la Loire était, en plus de l'alimentation en électricité des agglomérations de Nantes et Saint-Nazaire, la sécurisation de l'approvisionnement électrique de la Bretagne : en effet, la région est très sous-équipée en unités de production électrique[3] et sa principale source d'approvisionnement est la centrale thermique (à flamme : charbon et fioul) de Cordemais (environ 2 500 MW de puissance), située sur la rive droite de la Loire[4],[5],[6].

Les premières actions de protestation[modifier | modifier le code]

Un mois après l'annonce du projet, le , une première manifestation rassemblant 3 000 personnes a lieu ; le 29 octobre de la même année, le conseil municipal du Pellerin rejette le projet par 18 voix contre et deux pour. En janvier 1977, les agriculteurs dont les terrains sont visés par le projet s'associent pour créer un groupement foncier agricole afin de rendre l'achat des terrains par EDF plus difficile et plus long. Sept des douze maires concernés par le projet refusent d'afficher la publicité légale concernant l'enquête publique. Cette dernière est tout de même lancée le 31 mai, mais dans un fort climat d'hostilité[2].

L'enquête publique se termine sur 95 avis favorables contre 30 000 avis défavorables, ce qui n'empêche pas les commissaires de l'enquête de conclure par un avis favorable. Le , cet avis favorable est entériné par le Conseil d'État, ce qui provoque la démission des conseillers municipaux du Pellerin[7] et de Cheix-en-Retz, pendant que d'octobre à juin d'importantes manifestations rassemblent entre 6 000 et 10 000 personnes[8]. Entretemps, le premier ministre Raymond Barre signe le décret d'utilité publique le [9]. François Mitterrand, candidat à l'élection présidentielle de 1981, se prononce contre le projet, qu'il gèle aussitôt élu, avant de lancer une consultation. Le résultat de celle-ci reflétant une majorité d'opposition à la centrale, un décret d'abrogation est signé par Pierre Mauroy, premier ministre, le [10].

Ces actions se déroulent en même temps que l'affaire de Plogoff, un projet concomitant d'implantation de centrale nucléaire à Plogoff, en bord de la baie d'Audierne, près de la pointe du Raz. Comme au Pellerin, la protestation populaire fait reculer les autorités décidées à implanter une centrale nucléaire.

Le projet du Carnet[modifier | modifier le code]

Un nouveau site proposé[modifier | modifier le code]

Toutefois, en parallèle, des études sont lancées en 1981 pour construire une autre centrale plus en aval[11], dans une zone moins densément peuplée ; et le site du Carnet (sur les communes de Saint-Viaud et Frossay) commence à être étudié. Celui-ci se trouve sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire, entre l'entrée du canal de la Martinière et la ville de Paimbœuf, à 7 kilomètres en aval de la centrale thermique de Cordemais, positionnée quant à elle en rive opposée. Ce second projet, s'il rencontre à son tour l'hostilité d'écologistes, reçoit un accueil plutôt favorable des conseils municipaux de Frossay et de Saint-Viaud, ainsi que du conseil général de la Loire-Atlantique, et même d'une bonne partie de la population : ainsi, le , les habitants de Paimbœuf — où se trouve l'usine CEZUS spécialisée dans la fabrication de tubes en alliage de zirconium — se prononcent à 80 % en faveur du projet[2].

En janvier 1983, un dossier d'enquête publique concernant le projet du Carnet est déposé par EDF, et la première pierre de la centrale est posée symboliquement par la CGT le . Cependant, cette volonté n'est suivie d'aucun lancement de travaux. En 1986, la cohabitation freine le projet, alors que le contre-choc pétrolier rend l'électricité atomique moins compétitive, poussant ainsi EDF à ralentir son programme nucléaire. Une enquête publique est ouverte du 1er juin au par le Premier ministre, Jacques Chirac, mais ne remporte que peu de succès : seuls 320 avis sont émis, 60 favorables et 260 défavorables. En conséquence, le , Jacques Chirac signe la déclaration d'utilité publique, valable cinq ans[12].

L'enlisement du dossier[modifier | modifier le code]

À partir de 1988, EDF commence à acheter les terrains en vue de la construction de la centrale, mais celle-ci ne démarre pas. Le , le premier ministre Pierre Bérégovoy proroge le décret de 1988 autorisant les expropriations[13].

Les affrontements de 1996-1997[modifier | modifier le code]

Du 18 juin au , une enquête publique pour « le remblaiement des zones humides [51 hectares], pour la construction d'une centrale électrique, sur le site du Carnet » est ouverte. Un avis favorable est rendu, malgré 327 avis défavorables et seulement 7 avis favorables, qui suscite un tollé chez les écologistes[14]. Officiellement, il ne s'agit plus d'implanter une centrale nucléaire, mais seulement de remblayer les terrains humides (qui appartiennent à EDF) en vue de construire ultérieurement une centrale, sans qu'il soit précisé si elle sera thermique à flamme ou nucléaire. Les travaux sont estimés entre 320 et 350 millions de francs, pour le déplacement de deux millions et demi de tonnes de matériaux[15].

Des manifestations et pétitions s'organisent dès le mois d'octobre[16], recevant notamment le soutien de la ministre de l'environnement Corinne Lepage, des maires de Nantes, de Saint-Nazaire et du Mans, respectivement Jean-Marc Ayrault, Joël-Guy Batteux et Robert Jarry[14]. Malgré cela, Alain Juppé, premier ministre, autorise les travaux. En termes de mesures compensatoires, il octroie 50 millions de francs pour financer des travaux d’intérêt écologique sur le site. En mars 1997, les premiers engins de travaux cherchant à atteindre le site sont vandalisés par les antinucléaires[17].

L'arrêt définitif du projet[modifier | modifier le code]

En mai, le tribunal administratif de Nantes prononce un sursis à exécution pour les travaux de remblaiement, estimant insuffisants l'étude d'impact et les mesures compensatoires prévues[15].

Au même moment, alors que la campagne pour les élections législatives bat son plein, le même scénario qu'en 1981 se répète : face à une équipe de droite ayant favorisé le projet d'implantation, la gauche en campagne (en l'occurrence le futur premier ministre Lionel Jospin) se positionne contre le projet de centrale. Le jour du deuxième tour des élections, la plus grande manifestation a lieu : une chaîne humaine de 30 000 personnes se forme[18].

Le site en 2010, avec le prototype Haliade 150 d'éolienne en mer.

Le , le premier ministre annonce que le « ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie a demandé à EDF de renoncer » à son projet d'aménagement, à la satisfaction notamment de Dominique Voynet, ministre de l'environnement[19],[20].

Le devenir du site[modifier | modifier le code]

EDF a définitivement enterré le projet de centrale nucléaire au Carnet, cependant les terrains lui appartiennent toujours[16]. L'estuaire de la Loire constitue un enjeu stratégique d'aménagement, face à la forte croissance de Nantes et au renouveau de Saint-Nazaire[21].

Au début des années 2000, il est évoqué d'y implanter une ferme photovoltaïque ou une unité de test pour des hydroliennes[22], ou encore une ferme éolienne comportant des prototypes de très grande taille[23].

Au début des années 2010, le site sert pour l'assemblage du prototype Haliade 150[24],[25] d'éolienne qui servira au futur parc éolien au large de Saint-Nazaire et de la presqu'île guérandaise[26],[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fédération Antinucléaire, « Le Carnet : an international antinuclear action in France », ratical.org, (consulté le 12 septembre 2012)
  2. a b et c S-eau-S, « "Du Pellerin au Carnet" Vingt ans de contestation nucléaire en Basse-Loire », (consulté le 4 septembre 2012)
  3. Ecowatt Bretagne, « Production d'électricité : 4 principaux sites localisés à l’ouest de la France », ? (consulté le 5 septembre 2012)
  4. Actualités de l’énergie, « La centrale de Cordemais augmente sa capacité de production », (consulté le 5 septembre 2012)
  5. Quentin Herbette et Maxime Loir, « Cordemais, une centrale pour la Bretagne ? », Lycée Albert-Camus de Nantes, ? (consulté le 5 septembre 2012)
  6. Louis Bouveron, « La Bretagne a produit 37,5 % de son électricité en 2011 », Agence Bretagne Presse, (consulté le 5 septembre 2012)
  7. Le Pellerin, « Pierre Prain », ? (consulté le 4 septembre 2012)
  8. Ouest-France, « Centrale nucléaire : retour d'une Américaine au Pellerin - Le Pellerin », Ouest-France, (consulté le 4 septembre 2012)
  9. « Décret du 9 janvier 1979 déclarant d’utilité publique les travaux de construction de la centrale nucléaire du Pellerin et de ses installations annexes ainsi que du raccordement ferroviaire de ladite centrale (département de la Loire-Atlantique) » sur Raymond Barre, « Décret du 9 janvier 1979 », Légifrance, (consulté le 4 septembre 2012).
  10. « Décret du 12 avril 1983 abrogeant les décrets du 09-01-1979 déclarant d’utilité publique les travaux de construction de la centrale nucléaire du Pellerin et de ses installations annexes ainsi que du raccordement ferroviaire de ladite centrale (departement de la Loire-Atlantique) » sur Pierre Mauroy, « Décret du 12 avril 1983 », Légifrance, (consulté le 4 septembre 2012).
  11. Nantes, « Vingt ans de lutte contre la centrale nucléaire », maville.com, (consulté le 4 septembre 2012)
  12. « Décret du 22 mars 1988 déclarant d’utilité publique les travaux de construction de la centrale nucléaire du Carnet et de ses installations annexes (département de la Loire-Atlantique) et portant modification du plan d'occupation de sols de la commune de Saint-Viaud » sur Jacques Chirac, « Décret du 22 mars 1988 », Légifrance, (consulté le 4 septembre 2012).
  13. « Décret n° 93-352 du 3 mars 1993 prorogeant, en ce qui concerne les expropriations, les effets du décret du 22 mars 1988 déclarant d'utilité publique les travaux de construction de la centrale nucléaire du Carnet et de ses installations annexes (département de la Loire-Atlantique) et portant modification du plan d'occupation des sols de la commune de Saint-Viaud  » sur Jacques Chirac, « Décret n° 93-352 du 3 mars 1993 », Légifrance, (consulté le 5 septembre 2012).
  14. a et b La Gazette Nucléaire, « La première centrale nucléaire pour le 21e siècle en Loire-Atlantique », (consulté le 5 septembre 2012)
  15. a et b Nicolas de La Casinière, « La centrale nucléaire du Carnet recalée. Le tribunal de Nantes a prononcé le gel des travaux planifiés par EDF », Libération, (consulté le 5 septembre 2012)
  16. a et b Ouest-France, « Le site avait été remblayé pour accueillir une centrale nucléaire », maville.com, (consulté le 12 septembre 2012)
  17. Nicolas de la Casinière, « Au Carnet, les antinucléaires veillent », Libération, (consulté le 5 septembre 2012)
  18. Le Monde libertaire, « Centrale nucléaire du Carnet : marche arrière de l'État », (consulté le 5 septembre 2012)
  19. Association Loire vivante, « SOS Loire Vivante Infos N°33 - Juin 97 », juin 1997 (?) (consulté le 5 septembre 2012)
  20. Hélène Crie, « La surprise du Carnet », Libération, (consulté le 5 septembre 2012)
  21. Louis Le Méter, « L'estuaire fait rêver les aménageurs », Ouest-France, (consulté le 5 septembre 2012)
  22. Presse-Océan, « Le Carnet s’invente un avenir écolo », Fédération nationale des travaux publics, (consulté le 12 septembre 2012)
  23. Travaux publics, « Deux “5M” sur le site du Carnet », Ouest-France, (consulté le 5 septembre 2012)
  24. Alstom, « Haliade 150-6MW : première éolienne en mer de nouvelle génération », I-Pornic, (consulté le 12 septembre 2012)
  25. Mer et marine, « Sur le chantier de la plus grande éolienne offshore du monde », Mer et marine, (consulté le 12 septembre 2012)
  26. Nadine Boursier, « Le Carnet, site test pour les éoliennes offshore », Ouest-France, (consulté le 12 septembre 2012)
  27. JRC, « Visite éolienne pour les élus au Carnet », Media-web, (consulté le 5 septembre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]