Projet Bluebird

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Le projet Bluebird était un ensemble de programmes de recherche sur le contrôle mental mis en place par la CIA en 1949. Ce projet classifié est devenu le projet Artichoke le .

Contexte[modifier | modifier le code]

La recherche d'une substance capable d'influencer le comportement humain avait déjà été initiée par les dirigeants et les scientifiques de l'OSS au début des années 1940[1],[2]. Lancées en parallèle du projet Chatter, programme similaire de la marine des États-Unis, les expérimentations du projet Bluebird ont pu être réalisées à partir des données obtenues par le Dr Charles Savage et l'OSS.[1],[3],[4]

Un comité de direction, présidé par le colonel Sheffield Edwards, était chargé d'encadrer le travail des scientifiques et des agents impliqués.[3],[5]

Recherches[modifier | modifier le code]

Objectifs[modifier | modifier le code]

Centrée sur les méthodes d'interrogatoires, une partie du projet fut consacrée à l'élaboration de procédures permettant de créer « une altération exploitable de la personnalité » chez des individus sélectionnés. Différents moyens d'administrer les agents chimiques ont été testés.[3],[4] Une note déclassifiée datée du indique un objectif d'au moins deux équipes d'interrogatoire prêtes à intervenir sur la demande d'un service opérationnel[5].

Moyens[modifier | modifier le code]

L'utilisation de substances psychotropes, en particulier la mise au point d'un sérum de vérité, du polygraphe et de l'hypnose ont été les moyens privilégiés par les responsables du projet. Des recherches sur le LSD ont notamment été menées.[5],[6]

Pour ces recherches, des universitaires et des experts spécialisés en cognition, criminologie, médecine et hypnose ont été recrutés comme consultants. Des canaux de communication indépendant des circuits officiels ont été mis en place en raison de l'extrême sensibilité du projet[3],[7]. Plusieurs hôpitaux, pénitenciers et bases militaires ont servi de laboratoires où la plupart des sujets étaient des personnes déjà victimes de troubles mentaux légers ignorant leur rôle de cobaye[3],[4],[8].

Allégations concernant l'utilisation d'armes chimiques[modifier | modifier le code]

L'affaire de Pont-Saint-Esprit, en , serait la conséquence d'une des applications du projet Bluebird selon le journaliste indépendant Hank P. Albarelli[9]. Auteur d'un livre publié en 2009, l'enquêteur américain défend la thèse d'une vaporisation de LSD par voie aérienne dans le cadre d'un test mené conjointement par la CIA et l'armée des États-Unis.[10],[11] Cependant, la version officielle entérinée par la justice française en 1965 fait état d'une épidémie d'ergotisme due à une farine avariée[12]. Le LSD ayant été synthétisé à partir de l'ergot de seigle, champignon également à l'origine de l'ergotisme, aucune de ces versions n'a pu être prouvée.

Quatre jours après le début des incidents, le projet Bluebird est devenu le projet Artichoke.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Files Show Tests For Truth Drug Began in O.S.S. », New York Times,‎ (lire en ligne)
  2. (en) Meir Rinde, « Stanger Than Fiction », Distillations / Science History Institute,‎ (lire en ligne)
  3. a b c d et e (en) Martin A. Lee, Bruce Shlain, Acid Dreams: The CIA, The Sixties, and Beyond, Grove Press, (ISBN 0-802-13062-3)
  4. a b et c Daniel Riche, Patrice Binder, Les armes chimiques et biologiques, L'Archipel, , 486 p. (ISBN 978-2809804225, lire en ligne)
  5. a b et c (en) « Note du projet Bluebird - 5 avril 1950 », CIA-RDP83-01042R000800010003-1, sur cia.gov, déclassifiée le 27 août 2003
  6. (en) Alfred W. McCoy, A Question of Torture : CIA Interrogation, From the Cold War to the War on Terror, New-York, Holt paperbacks, , 1re éd., 310 p. (ISBN 0-8050-8248-4), p. 27
  7. (en) « Note du projet Bluebird - 17 mars 1951 », CIA-RDP83-01042R000800010003-1, sur cia.gov, déclassifiée le 27 août 2003
  8. (en) Jo Thomas, « Extent of University Work for C.I.A. Is Hard to Pin Down », New York Times,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Hank P. Albarelli Jr., A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War, Trine Day, , 912 p. (ISBN 978-0977795376)
  10. « En 1951, un village français a-t-il été arrosé de LSD par la CIA ? », L'Obs avec Rue89,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Henry Samuel, « French bread spiked with LSD in CIA experiment », The Telegraph,‎ (lire en ligne)
  12. Cour de Cassation, Chambre civile 1, « N° de pourvoi : 61-10.952 », Légifrance,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]