Projet Artichoke

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Le projet Artichoke était un programme de recherche de la CIA sur les techniques d'interrogatoire. Ce projet est l'héritier du projet Bluebird, qui avait abouti, entre autres, à des expérimentations humaines sous LSD. Ce projet fut mis en place le avant d'être incorporé au projet MK-Ultra en 1953, en tant que sous-projet.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le projet Artichoke s'inscrit dans la lignée des recherches sur le contrôle mental des individus initiées par l'OSS au début des années 1940 et poursuivies par la marine des États-Unis à partir de 1947[1],[2],[3]. Il regroupe les efforts coordonnés de l'armée des États-Unis et des services secrets pour contrer les avancées réalisées par l'URSS et la Chine dans ce domaine. Au cours de la guerre de Corée, les responsables militaires américains se sont heurtés aux manipulations mentales systématiques de leurs soldats prisonniers et à la reprogrammation de leur pensée, ce qui intensifia les recherches en matière de contrôle de l'esprit et l'élaboration de techniques d'interrogatoire plus pousées[4],[5].

Les recherches sont confiées au Dr Sidney Gottlieb, recruté par Allen Dules en 1951 pour diriger la section chimie des services techniques de la CIA (Technical Services Staff), basée à Fort Detrick (Maryland)[6]. Le projet est placé sous la supervision de l'ancien général de brigade de l'armée américaine Paul F. Gaynor[7].

Programme[modifier | modifier le code]

Dans un mémo daté du 22 , la ligne directrice de ce programme de recherche est donnée : « Nous est-il possible de faire commettre à un individu [...] un acte d'assassinat contre sa volonté sous l'influence d'Artichoke ? ». Au-delà de cet objectif offensif, la mise en place de dispositifs de sécurité pouvant assurer la pérennité des divers programmes de renseignement américains, notamment à l'étranger, est étudiée[7].

Les expérimentations qui ont eu lieu au cours de ce programme furent : l'hypnose, l'induction de la dépendance aux opiacés ainsi que le sevrage forcé, l'utilisation de substances diverses pour induire une amnésie ou d'autres états seconds pouvant être exploités, car permettant l'induction de multiples personnalités par exemple. Les utilisations du LSD, de l'héroïne et de la cocaïne ont notamment été étudiées par les scientifiques en charge du projet[3],[6].

Plusieurs équipes composées de fonctionnaires de l'agence et de médecins contractuels furent envoyés en Europe et en Asie du sud-est. L'affectation de ces équipes est classifiée, passant par des canaux spécifiques avec attribution d'un numéro de suivi unique. En 1961, le nombre de ces affectation a atteint 257[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Alfred W. McCoy, A Question of Torture : CIA Interrogation, From the Cold War to the War on Terror, New York, Holt paperbacks, , 1re éd., 310 p. (ISBN 0-8050-8248-4), p. 27-28.
  2. (en) « Files Show Tests For Truth Drug Began in O.S.S. », New York Times,‎ (lire en ligne)
  3. a et b (en) Martin A. Lee, Bruce Shlain, Acid Dreams: The CIA, The Sixties, and Beyond, Grove Press, (ISBN 0-802-13062-3)
  4. Pascal Fleury, « Quand la CIA manipulait les cerveaux », La Liberté,‎ (lire en ligne)
  5. Daniel Riche, Patrice Binder, Les armes chimiques et biologiques, Paris, L'Archipel, , 486 p. (ISBN 978-2809804225)
  6. a et b (en) Larry Getlen, « The mad scientist behind America’s mind-control quest with LSD », New York Post,‎ (lire en ligne)
  7. a b et c (en) H. P. Albarelli, Jeffrey Kaye, « Cries From the Past: Torture’s Ugly Echoes », Truthout,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]