Professeur documentaliste

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Le professeur documentaliste est un membre du système éducatif français. Il gère le centre de documentation et d'information (CDI) au sein d'un établissement public local d'enseignement (EPLE) ou d'un établissement privé : collège, lycée, lycée professionnel. Ce statut existe depuis la création du CAPES de Documentation en 1989, date à laquelle le documentaliste bibliothécaire devient professeur documentaliste.

Les missions du professeur documentaliste[modifier | modifier le code]

Définition du cadre de travail[modifier | modifier le code]

Le professeur documentaliste effectue 30 heures par semaine au sein de l'établissement, auxquelles s'ajoutent 6 heures consacrées aux relations avec l'extérieur[1].

Les missions du professeur-documentaliste s'organisent autour de quatre axes définis par la circulaire de mission du 13 Mars 1986[2] :

  • un travail pédagogique : former les élèves à la recherche documentaire, participer à l'éducation aux médias et à l'information et stimuler leur intérêt pour la lecture. Pour cela, il prépare et mène des séances pédagogiques, organise des clubs, crée des situations d'apprentissage formelles ou non au CDI.
  • un travail de gestion : le professeur documentaliste doit fournir un fonds documentaire pertinent pour tous les membres de l'établissement et prévoir, animer l'accès à ces ressources (choix des documents, commandes, réception, catalogage, mise en valeur…)
  • un travail d'accueil des publics (élèves et personnels de l'établissement) et d'animation au sein du Centre de Documentation et d'Information
  • un travail d'ouverture culturelle, éducative et professionnelle de l'établissement scolaire vers l'extérieur, en particulier à travers la mise en place de partenariats.

Les textes officiels[modifier | modifier le code]

Les "missions des personnels exerçant dans les centres de documentation et d'information" sont définies par la circulaire n°86-123 du 13 mars 1986. Cette circulaire affirme clairement la mission pédagogique des professeurs-documentalistes : ils assurent une formation des élèves à l'utilisation du CDI et de ses ressources, sont "étroitement liés à l'activité pédagogique de l'établissement".

En juillet 2013, le référentiel de compétences du professorat et de l'éducation (Bulletin officiel de l'Éducation nationale n° 30 du 25 juillet 2013[3]) complète et actualise la circulaire de 1986. En plus des compétences communes à tous les professeurs et personnels d'éducation, le professeur documentaliste doit maîtriser quatre compétences spécifiques :

  • Maîtriser les connaissances et les compétences propres à l'éducation aux médias et à l'information
  • Mettre en œuvre la politique documentaire de l'établissement qu'il contribue à définir
  • Assurer la responsabilité du centre de ressources et de la diffusion de l'information au sein de l'établissement
  • Contribuer à l'ouverture de l'établissement scolaire sur l'environnement éducatif, culturel et professionnel, local et régional, national, européen et international

La construction d'un statut[modifier | modifier le code]

Les premières bibliothèques scolaires : Le SDI (1962-1972)[modifier | modifier le code]

La création puis l’évolution du métier de professeur documentaliste sont au départ liées à l’histoire des centres de documentation et d’information en France.

En 1958, Marcel Sire, alors proviseur du lycée Janson-de-Sailly à Paris encourage dans son établissement la création du premier service de documentation afin de permettre une réunion de l’ensemble des ressources disséminées aux quatre coins de l’établissement, notamment dans les laboratoires de sciences et les salles spécialisées. Dès le départ, ce nouveau lieu est conçu pour accueillir les élèves et les enseignants.

En 1962, sous l'impulsion de Marcel Sire alors inspecteur général de l'Éducation nationale, une circulaire instaure un service de documentation et d'information (SDI) dans les lycées[4]. Peu à peu, les bibliothèques élèves et enseignants fusionnent pour donner naissance à un service unique de gestion des ressources. Mais aucun texte ne précise pour l'heure le type de professionnel habilité à s'occuper du service.

En 1970, une nouvelle circulaire définit les "tâches des responsables (documentalistes et bibliothécaires) des services de Documentation et d'information pédagogiques"[5]. La dimension pédagogique du service de documentation et d'information est affirmée par le successeur de Marcel Sire, Georges Tallon qui va jouer un rôle important dans la reconnaissance du rôle des documentalistes au sein des établissements scolaires.

Le CDI et le documentaliste bibliothécaire (1972-1986)[modifier | modifier le code]

Créée en 1972, la Fédération des associations de documentalistes-bibliothécaires de l'Éducation nationale (FADBEN) regroupe d'abord au niveau national les initiatives locales pour permettre aux documentalistes de se faire entendre par les institutions.

Deux nouvelles circulaires du ministère accentuent l'importance de la documentation dans les établissements scolaires. La première, du 12 juin 1974, décrit « les tâches des responsables des centres de documentation et d'information d'enseignement du second degré en vue de la rentrée scolaire 1974 »[6]. La seconde, en 1977, définit « les fonctions des responsables de centre de documentation et d'information des établissements d'enseignements du second degré »[7] : une dimension technique, mais aussi l'accueil et l'information, les relations extérieures, les loisirs, l'information scolaire et professionnelle, et l'animation pédagogique.

En 1979, le temps de service hebdomadaire des personnels exerçant à temps complet des fonctions de documentation et d'information est établi à trente-six heures dont six sont consacrées aux relations avec l'extérieur[8].

De la circulaire de 1986 au CAPES de documentation (1986-1989)[modifier | modifier le code]

En 1986, la nouvelle circulaire définissant « les missions des personnels exerçant dans les centres de documentation et d’information »[9] reprend le principe de la circulaire de 1977 mais développe plutôt une réflexion sur quatre points essentiels : responsabilité du fonds documentaire et formation des élèves, participation aux actions pédagogiques, travail à l’ouverture culturelle de l’établissement et gestion des ressources multimédias. Cette circulaire est encore en vigueur aujourd’hui.

En 1989, la loi d’orientation publiée au BOEN reconnait « au documentaliste un rôle capital dans l’établissement ». Le 19 mai de la même année débute à Strasbourg le premier congrès de l'APDEN (ex-FADBEN). Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, y annonce alors la création d’un CAPES de documentation pour l’année 1990[10]. Les documentalistes de l’Éducation nationale intègrent alors le corps des enseignants certifiés.

Le professeur-documentaliste aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les différentes réformes de l'enseignement secondaire et la rénovation des programmes modifient régulièrement les cadres d'intervention, notamment pédagogique, des professeurs-documentalistes.

Avec la loi d'orientation et de programmation pour la refondation pour l'école de la République n°2013-595 du 08 Juillet 2013[11], un nouveau référentiel de compétences[12] est apparu, pour les personnels de l'enseignement. Il comporte des compétences communes à tous les professeurs, aux personnels d'éducation ainsi que des compétences spécifiques aux professeurs documentalistes, qui se déclinent comme suit:

- Les professeurs documentalistes, enseignants et maîtres d'œuvre de l'acquisition par tous les élèves d'une culture de l'information et des médias

- Les professeurs documentalistes, maîtres d'œuvre de l'organisation des ressources pédagogiques de l'établissement et de leur mise à disposition

- Les professeurs documentalistes, acteurs de l'ouverture de l'établissement sur son environnement éducatif, culturel et professionnel

Les nouveaux dispositifs mis en place par la réforme du collège, mise en place dans les établissements à la rentrée 2016, permettent aux professeurs documentalistes de s'insérer dans des projets pédagogiques. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), l'Accompagnement Personnalisé ainsi que les différents parcours (Citoyen, Avenir, Santé et Éducation Artistique et Culturelle) font partie de ces dispositifs.

Une nouvelle circulaire de mission est à l'étude en 2017[13].

Evolution du métier[modifier | modifier le code]

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Le recrutement des professeurs documentalistes[modifier | modifier le code]

L'obtention d'un recrutement par CAPES, avec des contenus scientifiques et professionnels précis et rattachés aux Sciences de l'Information et de la Communication et au monde des bibliothèques, a favorisé l'émergence et la reconnaissance d'une identité professionnelle spécifique, ainsi qu'un positionnement plus clair au sein des équipes éducatives. Il a également permis de rationaliser le recrutement et d'apporter des personnels formés et qualifiés dans les établissements. Toutefois, le nombre de postes offerts aux concours ne permet pas de pourvoir l'ensemble des postes vacants. La discipline "Documentation" étant déficitaire, des dispositifs de reconversion peuvent être mis en place par les académies pour permettre à des enseignants d'autres disciplines de devenir professeurs documentalistes. Les services académiques peuvent alors les accompagner par une formation. Mais la disparité entre académies, le contenu forcément allégé de ces formations, et surtout le fait que des personnels non formés (fonctionnaires titulaires ou vacataires) soient trop souvent positionnés sur ces postes discréditent le métier, et dégradent la reconnaissance difficilement acquise de la profession.

Vers des Centres de Culture et de Connaissances[modifier | modifier le code]

En 2012, la Direction générale de l'enseignement scolaire publie un guide intitulé Vers des centres de culture et de connaissances[14], rédigé par un groupe de travail dirigé notamment par Jean-Louis Durpaire, Inspecteur général de l'Education Nationale. S'adressant aux professeurs documentalistes, mais aussi aux chefs d'établissements scolaires et aux équipes éducatives, il a pour objet de proposer des pistes de réflexion pour faire évoluer les CDI vers des "Centres de Connaissances et de Culture" (CCC), en prenant en compte à la fois l'évolution des usages des élèves, des technologies : il intègre également des réflexions menées dans le monde des bibliothèques publiques à partir des modèles anglo-saxons des learning centres. Ce Vademecum a suscité de nombreux débats dans la profession, certains professeurs documentalistes déplorant le manque de place faite à leur mission d'enseignement, d'autres craignant de perdre leur identité professionnelle dans un lieu devenu multipolaire et partagé avec les services de vie scolaire. En réalité, ce guide est essentiellement une proposition de pistes de réflexion pour adapter les CDI et les espaces de vie "hors la classe" aux pratiques informationnelles, documentaires et culturelles des jeunes, et pour mettre en cohérence ces espaces, sans constituer un modèle à suivre impérativement. La notion de "CCC" n'a été reprise officiellement que dans la Circulaire d'orientation et de préparation de la rentrée 2013[15] ; toutefois, certains CDI ont opéré le changement d'appellation, souvent pour signifier une prise en compte de ces évolutions dans leur politique documentaire (accès aux ressources, politique d'acquisition, modalités de formation des élèves, aménagement de l'espace... etc).

Professeur ou documentaliste ?[modifier | modifier le code]

Nous pouvons également soulever une question de réflexion sur la terminologie et la qualité de la fonction. C'est une confrontation de métiers qui existe depuis sa création. Son devenir dépend de la réponse des institutions de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur et de la recherche. Deux visions du métier peuvent être présentées :

  • une fonction d'enseignant spécialisé dans l'information, la communication média cognitive et la recherche documentaire dont la discipline est la documentation ?
  • une fonction de bibliothécaire spécialisé dans la pédagogie et l'enseignement scolaire et supérieur ?

La réponse à cette problématique entraînera des enjeux conséquents en termes de :

  • dénomination de la fonction (enseignant ou bibliothécaire) et des missions qui y seront associées,
  • parcours de formation et de qualification
  • carrière et mobilité des agents
  • revendications professionnelles
  • reconnaissance institutionnelle

Le professeur-documentaliste et l'enseignement[modifier | modifier le code]

Quoique sans programme et sans horaire alloué, les professeurs documentalistes construisent depuis vingt ans de nombreuses séquences pédagogiques. Leur ancrage dans les enseignements dispensés en établissement secondaire n'est pas figé. On constate trois grandes familles d'organisation :

  1. une organisation disciplinaire, avec un volume horaire en information-documentation attribué au professeur documentaliste
  2. une organisation partagée en utilisant des heures spécifiques allouées sur des créneaux non permanents sur l'année (heure de vie de classe notamment)
  3. une organisation partenariale, les séances pédagogiques étant organisées en collaboration avec un enseignant disciplinaire, tant sur les horaires que sur les contenus.

Ce rôle pédagogique s'inscrit dans la volonté de développer une véritable culture de l'information. Il reste que le flou et le manque de reconnaissance de ce rôle donne parfois l'impression au professeur documentaliste de devoir bricoler à défaut de s'appuyer sur un curriculum définissant une progression[non neutre].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Missions et obligations réglementaires de service des enseignants des établissements publics d'enseignement du second degré », sur Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (consulté le 30 mars 2016)
  2. (fr) « Savoirs CDI: Circulaire n° 86-123 du 13 mars 1986 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 26 janvier 2017)
  3. (fr) « Formation des enseignants », sur Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (consulté le 30 mars 2016)
  4. « Savoirs CDI: Circulaire du 10 février 1962 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 8 avril 2016)
  5. « Savoirs CDI: Circulaire n° 70-259 du 15 juin 1970 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 8 avril 2016)
  6. « Savoirs CDI: Circulaire n° 74-224 du 12 juin 1974 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 30 mars 2016)
  7. « Savoirs CDI: Circulaire n° 77-070 du 17 février 1977 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 30 mars 2016)
  8. « Savoirs CDI: Circulaire n° 79-314 du 1er octobre 1979 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 8 avril 2016)
  9. « Savoirs CDI: Circulaire n° 86-123 du 13 mars 1986 », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 30 mars 2016)
  10. « Discours de Lionel Jospin, ministre de l'Education Nationale, prononcé au congrès de la FADBEN », sur Savoirs CDI,‎ (consulté le 31 mars 2016)
  11. LOI n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, (lire en ligne)
  12. (fr) Education nationale, « Formation des enseignants », Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,‎ (lire en ligne)
  13. APDEN, « Refonte de la circulaire de mission des professeurs documentalistes », APDEN,‎ (lire en ligne)
  14. Direction générale de l'enseignement scolaire, Vers des centres de connaissances et de culture, Paris, Ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie active., , 60 p. (ISBN 978-2-11-129523-0, lire en ligne)
  15. (fr) Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, « Circulaire d'orientation et de préparation de la rentrée 2013 », Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Association régionale des documentalistes et des professeurs documentalistes de l'enseignement privé de Midi-Pyrénées :[1]