Prix Sade

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Le prix Sade est un prix littéraire français créé en 2001, en hommage au marquis de Sade.

Historique[modifier | modifier le code]

Créé par Lionel Aracil et Frédéric Beigbeder et décerné par un jury qui se présente comme une « réunion d’auteurs, d’éditeurs et autres artistes pour la célébration du libertarisme contemporain »[1], le prix Sade est remis chaque année à la fin du mois de septembre afin de récompenser « un auteur singulier et honnête homme, selon la définition de son siècle. Un authentique libéral qui sera parvenu, par delà les vicissitudes de la Révolution et l'emprise de l'ordre moral, à défaire les carcans de la littérature comme ceux de la politique[1]. »

Le lauréat reçoit une création d'un artiste contemporain, comme Éric Madeleine, Nobuyoshi Araki, Alberto Sorbelli, Fabrice Hybert, ou encore Jean-Paul Gaultier, qui a signé un martinet.

Jury[modifier | modifier le code]

Sous l’égide de son président, Emmanuel Pierrat, assisté de Jean Streff, secrétaire général, les membres du jury, participants ou ayant participé, sont :

Controverse[modifier | modifier le code]

Annie Le Brun, auteur de plusieurs essais de référence sur Sade, dont son livre-préface (Soudain un bloc d'abîme, Sade, 1986) aux œuvres complètes du marquis éditées par Jean-Jacques Pauvert, a publié dans son essai Ailleurs et autrement[2] une lettre qu'elle avait adressée le au président de ce prix, Lionel Aracil, qui avait fait figurer son nom, à son insu, dans le jury. Dénonçant ce qu'elle estime être une mascarade médiatique et culturelle, elle y écrit notamment :

« Petite misère culturelle, vous êtes bien mal renseigné : méprisant depuis toujours autant ceux qui reçoivent les prix que ceux qui les donnent, comment pourrais-je consentir à participer à la mômerie d'un prix marquis de Sade ? “Bas les pattes devant Sade”, avais-je écrit avec mes amis surréalistes devant les manigances d'un théâtreux en mal de scandale, à la fin des années soixante. Que pourrais-je dire d'autre avec Jean-Jacques Pauvert, qui s'associe à moi en l'occurrence, au ramassis d'écrivains et artistes que vous sollicitez, les Sollers, Bourgeade, Pingeot, Bramly…, pour peu qu'ils acceptent de patronner cette mascarade bien dans le goût de l'époque ? Sans doute les uns et les autres ne se sont-ils pas assez discrédités pour ne pas rater une occasion d'en rajouter. »

Et critiquant le trophée, un fouet « dessiné par le bagagiste de luxe Louis Vuitton », qui lui rappelle « le balai immonde » du roi Ubu, elle conclut :

« Que voulez-vous, tout le design du monde ne réussira jamais à maquiller tant d'indignité[3]. »

— Lionel Aracil, Le Figaro, Débats et Opinions, mercredi 8 août 2001

Notre divin marquis aurait apprécié les cris d'orfraie de ceux qui se présentent en véritables gardiens du temple de Silling. N'est-il pas navrant qu'un prix littéraire dédié à l'héritage de l'écrivain et philosophe, emprisonné pour sa liberté d'expression, soit dénoncé et vilipendé par des embastilleurs de l'édition...un quarteron de littéreux à la retraite, dont Pauvert et Lebrun se dressent contre les impertinents et subversifs qui ont osé toucher au mausolée?

Si le Prix Sade a été créé pour révéler ou défendre un auteur  qui défie l'ordre moral ou politique par-delà toute forme de terrorisme intellectuel. Il s'est trouvé emblématique que le jury, composé de Frédéric Beigbeder, Pierre Bourgeade, Serge Bramly, Jacques Braunstein, Catherine Breillat, Guillaume Dustan, Chloe des Lyssses, Jean-François Jonvelle et Elisabeth Quin, récompensât Catherine Millet pour son endurance. Ce prix, étranger à toute forme de marketing cher à ceux de la rentrée, n'a songé qu'à l'offre d'un créateur, en l'occurrence Jean-Paul Gauthier, pour la confesction d'un martinet, comme clin d'oeil à cette première édition.

Toutefois il est convenu que les futurs lauréats bénéficieront d'une résidence pour s'épancher, écrire le temps d'un asile littéraire au cœur de la villégiature provençale du marquis de Sade. Pour autant, s'il est un honneur de voir évoluer le prix Sade dans un climat de scandale, somme toute dérisoire tant l'initiative se veut aussi modeste que légère, il demeure regrettable de laisser s'agiter la bile écumante de ceux qui ne parviennent pas à jouir des enseignements légués par Donatien Alphonse François de Sade. "Mais pourquoi font-ils ça de Sade?" disait Georges Bataille à l'attention des surréalistes qui se masturbaient le texte et n'avaient d'éjaculation que celle d'une encre amère. Aujourd'hui nos sectateurs trempent leur plume dans un foutre rance de cheval comme pour mieux hennir et haïr ceux qui caracolent au mépris des lettres de cachet médiatiques. Quand Philippe Sollers finit par renoncer à déplaire aux anciens, à ces parangons du libertinage, nous comprenons qu'il nous faut de nouveau, jouer la querelle de ceux-là avec les modernes.

Jean-Pierre Faye, en 1975 ironisait déjà: " Dans la liste des malheurs de DAF de Sade, le dernier en date est sans doute la tentative de lui faire subir l'enfermement dans les plaisirs du texte. Mais s'il est un système des plaisirs dont se moque le divin marquis c'est de celui-là". Que pouvons-nous, si de fiers exégètes peinent encore à goûter aux voluptés qu'ils déclament d'un cul serré? A ces pharisiens hypocrites, j'annonce la création du prix St Thérèse d'Avila, et puissent-ils à l'avenir, nous laisser nous ébrouer en paix dans les jardins des délices, légués à tous, pour des siècles et des siècles. Amen.Lionel Aracil, Président de la Conférence Sade (Le Figaro, 8 août 2001)

Lauréats[modifier | modifier le code]

Prix Sade[modifier | modifier le code]

Prix Sade du premier roman[modifier | modifier le code]

Prix Sade de l'essai[modifier | modifier le code]

  • 2004 : Ruwen Ogien pour Penser la pornographie, éd. PUF
  • 2011 : Paul B. Preciado pour Pornotopie, Playboy et l'invention de la sexualité multimédia, éd. Climats
  • 2020 : Marc Renneville pour Vacher l'éventreur. Archives d'un tueur en série[5], éd. J. Millon

Prix Sade du livre d'art[modifier | modifier le code]

  • 2006 : Jacques Henric et Jorge Amat pour Obsessions nocturnes, éd. Édite
  • 2018 : Mavado Charon pour Dirty, Mania Press
  • 2019 : Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes, éd. Norma/Bibliothèque nationale de France (catalogue d'exposition)
  • 2020 : Marc Martin pour Les Tasses - Toilettes publiques, affaires privées[6],[5], éd. AGUA, ex-æquo avec Nathalie Latour pour Céroplastie, corps immortalisés[5] , éd. Le Murmure

Prix Sade du jury[modifier | modifier le code]

Prix Sade document[modifier | modifier le code]

  • 2012 : Jean-Pierre Bourgeron pour l'édition de trois textes de la collection « Eros singuliers » (éd. HumuS) : L'Aviateur fétichiste (2012), Marthe de Sainte-Anne (2011) et Le Curé travesti (2011)
  • 2015 : Trois milliards de pervers : grande encyclopédie des homosexualités, réédition[7] de l’édition saisie en 1973 (éd. Acratie)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Voir sur le site officiel du prix Sade.
  2. Gallimard, 2011.
  3. Annie Le Brun, Addendum à « De l'insignifiance en milieu vaginal » (critique du livre de Catherine Millet, première lauréate du prix Sade), dans Ailleurs et autrement, Gallimard, coll. « Arcades », 2011, p. 19-20.
  4. Thomas Vincy, « Prix Sade 2020 », sur gallimardmontreal.com, (consulté le )
  5. a b et c « Les lauréats du prix Sade 2020 », sur Livres Hebdo (consulté le ).
  6. « Le livre d'art "Les Tasses" de Marc Martin est lauréat du prix Sade 2020 », sur TÊTU, (consulté le ).
  7. Voir sur le site des éditions Acratie.

Lien externe[modifier | modifier le code]