Princesse Saphir

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Page d'aide sur l'homonymie Pour la série d'animation, voir Princesse Saphir (série télévisée d'animation).
Princesse Saphir
Image illustrative de l'article Princesse Saphir
リボンの騎士
(Ribon no kishi)
Genre Aventure, fantasy
Manga : Version Shōjo Club
Cible
éditoriale
Shōjo
Auteur Osamu Tezuka
Éditeur (ja) Kōdansha
Prépublication Drapeau du Japon Shōjo Club
Sortie initiale
Volumes 3
Manga : Version Nakayoshi
Cible
éditoriale
Shōjo
Auteur Osamu Tezuka
Éditeur (ja) Kōdansha
(fr) Soleil
Prépublication Drapeau du Japon Nakayoshi
Sortie initiale
Volumes 3
Manga : Version Shōjo Friend
Cible
éditoriale
Shōjo
Auteur Osamu Tezuka
Illustrateur Hideaki Kitano
Prépublication Drapeau du Japon Shojo Friend
Sortie initiale
Volumes 1
Manga : Les Enfants de Saphir
Cible
éditoriale
Shōjo
Auteur Osamu Tezuka
Éditeur (ja) Kōdansha
(fr) Soleil
Prépublication Drapeau du Japon Nakayoshi
Sortie initiale
Volumes 1
Film d'animation japonais
Réalisateur
Studio d’animation Media Vision
Durée 8 minutes
Sortie

1999

Princesse Saphir (リボンの騎士, Ribon no kishi?, littéralement « Le Chevalier au Ruban ») est un shōjo manga écrit et dessiné par Osamu Tezuka, qui retrace les aventures de la princesse Saphir du royaume imaginaire de Silverland, jeune femme travestie en garçon afin de pouvoir hériter du trône de son père et d'empêcher le vil Duc Duralumin de prendre le pouvoir.

Initialement pré-publié entre 1953 et 1956 dans le magazine Shōjo Club, le manga remporte un important succès, ce qui en fait la troisième œuvre emblématique de l'auteur après Astro, le petit robot et Le Roi Léo. Grâce à ce succès, d'autres versions du manga ont par la suite été créées par Tezuka lui-même ou d'autres auteurs, et une suite nommée Les Enfants de Saphir ainsi que deux adaptations en anime ont vu le jour.

Dans les chroniques sur l'histoire du manga Princesse Saphir est parfois regardé comme le manga fondateur du genre du shōjo manga, bien que ce point de vue soit sujet à débat, notamment du fait qu'il existait des shōjo manga bien avant Princesse Saphir.

Trame[modifier | modifier le code]

Résumé de l'histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de Princesse Saphir varie légèrement entre les différentes versions du manga mais suit globalement le même chemin[1]. Le résumé qui suit est basé sur la version Nakayoshi du manga[2] :

Dans le royaume imaginaire de Silverland naît l'enfant du couple royal : la princesse Saphir, qui à cause d'une plaisanterie de l'ange Tink se voit dotée de deux cœurs, celui d'un garçon et celui d'une fille. Comme dans ce royaume la loi interdit à une femme d'hériter du trône, son père le roi décide alors de l'élever comme un garçon. Si le secret du sexe de Saphir est bien gardé, le Duc Duralumin et Lord Nylon se doutent de la supercherie. Ils complotent alors tous les deux afin de démasquer Saphir dans l'espoir de faire de Plastic, le fils du Duc, le seul héritier du trône.

Pour réparer son erreur Tink est renvoyé par l'Éternel sur Terre, il est chargé de protéger Saphir et de récupérer son cœur de garçon. Saphir quant à elle, alors déguisé en fille, rencontre un jour le Prince Franz Charming du royaume voisin de Goldland. Tous deux tombent amoureux l'un de l'autre, mais Saphir ne peut révéler sa véritable identité au Prince Franz.

Le jour du couronnement du Prince Saphir, le Duc Duralumin et Lord Nylon dévoilent la supercherie. Saphir est alors accusée de trahison et est emprisonnée. Elle parvient à s'échapper de sa prison et décide de contre-carrer les méfaits de Lord Nylon en devenant un justicier masqué connu sous le nom du « Chevalier au ruban ».

Après maintes péripéties et rencontres, Saphir parvient finalement à vaincre Nylon et se marier avec son amour le Prince Franz.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Saphir (サファイア?)
Saphir est le prince héritier du royaume de Silverland. Bien qu'elle soit une fille, elle est élevée comme un garçon aux yeux du peuple afin qu'elle puisse hériter du trône, la loi interdisant à une femme de prétendre au trône. Elle possède à la fois un cœur de fille — qui la rend sensible et rêveuse — et un cœur de garçon — qui la rend courageuse de pugnace —[3]. Elle endosse tour à tour trois identités : elle est le prince héritier du royaume ; elle se « déguise » en fille afin de sortir incognito en ville ; et elle est le justicier « Chevalier au ruban » afin d'affronter ses adversaires. Bonne bretteuse, elle possède aussi un cheval nommé Opale (オパール?).
Tink (チンク?)
Tink est un ange facétieux. Pour s'amuser il dupe l'Éternel et donne à Saphir le cœur d'un garçon en plus de celui d'une fille. Lorsque l'Éternel s'en rend compte, il bannit Tink sur Terre, lui annonçant qu'il ne pourra retourner au paradis que s'il récupère le cœur de garçon de Saphir. Mais comme Saphir refuse de lui rendre son cœur masculin et que Tink se rend bien compte de la situation de la princesse, il décide alors de l'aider de tout son possible, restant ainsi bloqué sur Terre.
Franz Charming (フランツ・チャーミング?)
Franz est le prince héritier du royaume voisin, Goldland. Il connaît Saphir sous ses trois identités mais ne parvient pas à se rendre compte qu'elles forment une et même personne. Notamment il tombe amoureux de l'identité féminine de Saphir et considère que le Chevalier au ruban est son adversaire.
Duralumin (ジュラルミン?)
Le Duc Duralumin est le second prétendant au trône après Saphir, selon l'ordre de succession. Il se doute que Saphir est en fait une fille, et complote alors pour tenter de la démasquer et ainsi prendre le pouvoir. Mais il préfère ne pas intervenir directement, laissant ses sbires se salir les mains à sa place.
Il possède un fils nommé Plastic.
Nylon (ナイロン?)
Lord Nylon est le second de Duralumin. Il est celui qui exécute les plans du Duc.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

Méphisto le Diable (魔王メフィスト, Maō Mefisuto?)
Aussi connu sous le nom de Satan, il apparaît sous la forme d'un grand sorcier maléfique. Il est tente notamment de récupérer le cœur masculin de Saphir afin de le donner à sa fille Hécate, afin d'en faire une grande sorcière.
Il n'apparaît que dans la version Shōjo Club de l'histoire ainsi que dans l'anime.
Hell (ヘル?)
Madame Hell est une sorcière qui convoite le cœur féminin de Saphir, elle souhaite le donner à sa fille Hécate qui est bien trop masculine à son goût.
Elle n'apparaît que dans la version Nakayoshi de l'histoire. Dans l'anime, elle est la femme de Méphisto.
Hécate (ヘケート?)
Hécate est selon les versions la fille de Méphisto, de Hell ou des deux. Ses parents souhaitent lui donner l'un ou l'autre des cœurs de Saphir afin de changer sa personnalité. Mais Hécate refuse de changer et se rebelle régulièrement contre ses parents, elle aide ainsi régulièrement Saphir contre ses parents et devient finalement son amie.
Vénus (ビーナス?)
Vénus est la déesse de l'amour, secondée par Éros (エロース?). Elle possède une beauté inégalé mais est terriblement jalouse. Elle convoite le Prince Franz.
Elle n'apparaît que dans la version Nakayoshi de l'histoire, ainsi que dans l'anime.
X (エックス?)
Intégralement vêtu d'une imposante amure rouge, il est le leader de l'Empire X, une nation fasciste qui tente de conquérir ses royaumes voisins, notamment Silverland et Goldland.
Il n'apparaît que dans la version anime de l'histoire.

Conception du manga[modifier | modifier le code]

Genèse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Princesse Saphir n'est pas la première œuvre shōjo de Tezuka : il dessine Mori no yon kenshi (森の四剣士?) en 1948 chez Fuji shobō puis Kiseki no mori no monogatari (奇蹟の森のものがたり?) en 1949 chez Tōkōdō[4]. Ces deux récits sont déjà des récits d'aventure dans un monde fantastique. Il a de plus déjà utilisé une héroïne travestie en garçon dans son shōnen manga Kanoko no ōen danchō (カノコの應援團長?) publié en 1950[5].

Durant l'automne 1952 l'éditeur du magazine Shōjo Club, monsieur Makino demande à Tezuka d'écrire pour le magazine une histoire similaire à Astro, le petit robot et Le Roi Léo[6]. Ce dernier accepte et débute la conception de Princesse Saphir.

Il conçoit le manga comme un œuvre romantique, marquée par l'esthétique du théâtre de la revue Takarazuka et une multitude d'influences hollywoodiennes et de Walt Disney, le tout teinté de mythologies grecques et chrétiennes[4],[7].

Inspirations[modifier | modifier le code]

Photo noir et blanc d'une représentation théâtrale, où tous les rôles, même masculins, sont joués par des femmes.
Représentation de Kimi no na wa (君の名は?) en 1954 par Takarazuka, avec sur la gauche Yachiyo Kasugano qui inspirera le personnage de Franz.

Tezuka explique que sa principale source d'inspiration pour le manga provient de la revue Takarazuka[5], une compagnie de théâtre au style « d'exotisme international » intégralement constituée de femmes, les actrices jouant les rôles masculins sont nommées otokoyaku (男役?, rôle masculin). Tezuka est né dans la ville de Takarazuka qui héberge la revue et pendant son enfance il est régulièrement en contact avec cette dernière : sa mère est fan et y emmène régulièrement le jeune Osamu, de plus il noue une amitié avec deux sœurs actrices qui vivent dans le voisinage. Finalement à partir de 1946 il commence à dessiner des illustrations et courts manga pour les fanzines Kageki et Takarazuka Graph[8].

Tezuka raconte qu'il s'inspire notamment des costumes, des décors, du jeu des actrices, de leur maquillage ainsi que des paroles des chansons. Les mouvements et expressions des personnages sont plus théâtral que cinématographique, prenant des poses dramatiques ou se mettant à chanter[5],[9],[10].

Outre les éléments théâtral, il est considéré que plusieurs personnages du manga sont directement inspirés d'actrices. Par exemple le personnage de Saphir serait construit à partir de l'actrice Chikage Awashima qui a débuté sa carrière à Takarazuka, notamment dans son rôle de la « princesse Saphir » dans la pièce Dansō no reijin (男装の麗人?, La belle habillée en homme), qui doit se travestir afin d'évoluer dans un environnent masculin[11]. De même le personnage de Tink serait inspiré de l'actrice Nobuko Otowa interpretant le personnage de Puck dans la pièce Le Songe d'une nuit d'été, et le personnage de Franz serait inspiré de l'actrice Yachiyo Kasugano[8].

En autre sources d'inspiration, les commentateurs soulignent la cinéphilie de Tezuka et notent de nombreuses références en provenance de Hollywood et de Walt Disney, notamment Les Contes d'Hoffmann, Une question de vie ou de mort, Le Défunt récalcitrant, Cendrillon, Le Comte de Monte-Cristo, Blanche-Neige et les Sept Nains, Quasimodo, Le Lac des cygnes, Capitaine Blood, Le Signe de Zorro, Fantasia, Hamlet, Dracula, ou encore La Belle au bois dormant pour la version Nakayoshi[12],[7],[1].

Les différentes versions[modifier | modifier le code]

Du vivant de Tezuka, quatre versions du manga ont vu le jour :

La version originale est pré-publiée dans le magazine Shōjo Club entre et , découpée en chapitres de 3 ou 4 pages[1] intégralement en couleur[13]. Une suite est pré-publiée dans le magazine Nakayoshi entre et , cette suite se concentre sur les enfants jumeaux de Saphir et de Franz, le prince Daisy (デージィ?) et la princesse Violetta (ビオレッタ?). D'abord pré-publiée sous le titre de Ribon no kishi dans le magazine, cette suite est finalement publiée en format livre sous le titre de Les Enfants de Saphir (双子の騎士, Futago no kishi?)[4].

De à Tezuka dessine une nouvelle édition de l'histoire, cette fois dans le magazine Nakayoshi. Cette version propose des dessins de meilleure qualité et des changements de personnage. Elle est regardée comme étant la version « finale » de Princesse Saphir : elle a constitué la base esthétique pour les adaptations en anime et est celle qui est généralement publiée à l'étranger, notamment en français par Soleil et en anglais par Vertial[4],[1].

Avec la diffusion de la série anime de Princesse Saphir en 1967, une quatrième version est conçue. Pré-publiée dans le magazine Shōjo Friend de à , cette version est conçue pour être un produit dérivé de la série anime et a pour particularité de posséder des éléments de Science-fiction[14]. Si Tezuka est toujours au scénario du manga, cette fois c'est son assistant Hideaki Kitano qui s'occupe du dessin. Cette version est selon les dires de Tezuka « mal conçue » et se révèle être un « échec commercial »[4],[1].

Postérité[modifier | modifier le code]

La place de Princesse Saphir dans l'histoire du shōjo manga[modifier | modifier le code]

« Je peux affirmer avec certitude que mon manga Princesse Saphir, pré-publié dans Shōjo Club, est le tout premier shōjo « story manga » du Japon. Avant cela les shōjo manga n'étaient que de simples histoires de la vie de tous les jours ponctuées d'humour, à l'instar du manga Anmitsu-hime. »

— Osamu Tezuka, Postface de Princesse Saphir, 1979[15].

Pendant des décennies la majorité du public, des critiques et des académiciens suivait la croyance qui établit Princesse Saphir comme le titre fondateur du shōjo manga : dans le meilleur des cas que Tezuka, au travers de son manga, aurait donné sa substance au shōjo manga en établissant des codes narratifs, esthétiques et thématiques repris par les auteurs ultérieurs, ou au pire qu'il aurait créé de toute pièce le tout premier shōjo manga[15],[16],[17],[7]. Cette croyance se serait développée à partir de trois éléments : les critiques des années 1950 et 1960 déconsidéraient le shōjo manga et donc ne s'y intéressaient pas[18] ; du fait que la majorité des manga avant la seconde moitié des années 1970 n'étaient pas publiés sous forme de volumes, les œuvres de l'époque sont difficile d'accès et beaucoup d'entre-elles sont désormais perdues[18] ; l'affirmation de Tezuka sus-mentionnée a solidifié Tezuka comme le pionner du shōjo manga[15].

Lors du XXe siècle, les écrits qui analysent l'histoire précoce du shōjo manga en dehors du prisme de Tezuka sont rares, l'on peut toutefois mentionner la publication de Yoshihiro Yonezawa, Sengo shōjo manga-shi (戦後少女マンガ史?, Une histoire du shōjo manga d'après guerre) publiée en 1980, qui considère que les contributions de Tezuka sur le plan narratif et esthétique dans le shōjo manga sont négligeables[19]. Il faut attendre les années 2000 pour voir une apparition notable de publications ré-analysant l'histoire précoce du shōjo manga avec par exemple des publications de Yukari Fujimoto et Hōsei Iwashita[18], un mouvement notamment initié par le livre de Gō Itō Tezuka is Dead (テヅカ・イズ・デッド?, Tezuka est mort) publié en 2005, qui appelle à réévaluer l'histoire du manga ainsi que la contribution de Tezuka à cette dernière[16].

Contributions de Princesse Saphir au shōjo manga[modifier | modifier le code]

Narration et esthétisme[modifier | modifier le code]

Contrairement à l'affirmation de Tezuka, il n'a pas créé le « story manga », c'est à dire une histoire portée par une intrigue, à opposer aux courts manga, souvent humoristiques et sans réel scénario qui étaient commun à l'époque, et qui idéalement est sérialisée en plusieurs chapitres. Xavier Hébert explique que « Si Tezuka a indéniablement contribué au développement de ce type de bande dessinée […] il ne l'a évidemment pas créé. D'ailleurs personne ne l'a créé.[20] » et pour le cas particulier du « story manga » dans le shōjo, il mentionne notamment le manga Nazo no kurōbā (?なぞのクローバー, Le mystérieux trèfle?) créé par Katsuji Matsumoto en 1934, un manga qui à l'instar de Princesse Saphir raconte les aventures d'une héroïne en suivant un scénario — similaire à Robin des Bois — et utilisant des techniques cinématographiques avancées[21]. Mais ce manga, comme d'autres encore[22] restent marginal et ne font pas école[21]. Au contraire de Princesse Saphir qui rencontre un large succès, incitant de nombreux auteurs à créer des œuvres shōjo similaires, tant sur le plan narratif qu'esthétique. Parmi ces mangaka dans la lignée de Tezuka, l'on peut citer Leiji Matsumoto et Hideko Mizuno, tous deux anciens assistants de Tezuka et auteurs de shōjo populaires[23].

Pour autant Yoshihiro Yonezawa, Mizuki Takahashi, Yukari Fujimoto et Deborah Shamoon remarquent qu'à l'aube des années 1970, très peu d'éléments esthétiques ou narratifs de Princesse Saphir et autres shōjo manga de Tezuka sont encore présents dans les manga de l'époque. Elles soulignent que Princesse Saphir avec ses nombreuses petites cases carrées doublées d'une composition réaliste ne correspond pas à ce qui fait la marque du shōjo, à savoir une composition décorative construite autour des émotions des personnages et une distribution des cases complexe, ouverte et sur plusieurs niveaux. Il en va de même pour les yeux qui chez Tezuka sont larges, plats, noirs et manquent de rehauts, au contraire des « grands yeux émotifs » du shōjo qui sont profonds et qui marquent l'émotion des personnages[24],[19]. Pour citer Mizuki Takahashi : « Le signe qui indique que Tezuka est exceptionnel plutôt qu'une figure clé dans le monde du shōjo manga est son désintérêt manifeste pour l'expression des sentiments internes de ses protagonistes[25]. ».

Les académiciens identifient plutôt un autre auteur, Macoto Takahashi comme étant à l'origine de la narration et de l'esthétisme décoratif et émotionnel du shōjo. Macoto Takahashi est un auteur d'emonogatari, une forme de fictions illustrées proches des manga, qui commence à créer des manga en 1956. Pour ses manga il réutilise abondamment des techniques d'emonogatari et s'inspire de l'esthétisme développé avant la guerre par des artistes jojō-ga (叙情画?, image lyrique) tels que Jun'ichi Nakahara ou Kashō Takabatake[26],[27]. Le style de Takahashi se répand lui aussi rapidement auprès des auteurs de shōjo au point que même les auteurs dans la lignée de Tezuka, comme Leiji Matsumoto et Hideko Mizuno, adoptent peu à peu son style « lyrique »[23],[28].

Thématique[modifier | modifier le code]

Le motif de l'otokoyaku, originaire de Takarazuka et incarné par le personnage de Saphir est considéré, d'un point de vue thématique, comme ayant un impact important dans le shōjo manga, influençant d'autres œuvres majeurs du shōjo telles que La Rose de Versailles ou encore Utena, la fillette révolutionnaire[29]. Michiko Oshiyama construit ainsi une généalogie du shōjo à partir de cette thématique des femmes travesties en homme, en partant de Princesse Saphir de Tezuka, passant par les travaux de Hideko Mizuno avant d'arriver aux travaux de Riyoko Ikeda comme La Rose de Versailles[26].

Yukari Fujimoto quant à elle place Princesse Saphir, avec son héroïne « hermaphrodite », à l'origine de ce qu'elle nomme « l'anarchie du genre » du shōjo manga, la propension des shōjo manga à utiliser le travestissement, l'homosexualité, l'hermaphrodisme et autres confusions des genres et sexes[30]. James Welker voit quant à lui Princesse Saphir et son usage du motif de l'otokoyaku comme étant une des principales origines à l'archétype du bishōnen typique des shōjo manga[31].

Si cette ascendance est globalement acceptée, une analyse de Hikari Hori la remet en cause : elle souligne le fait que dans Takarazuka et dans les shōjo manga ultérieurs, l'ambiguïté sexuelle et genrée est maintenue, quand dans Princesse Saphir elle ne sert qu'à alimenter la tension et le suspense dans le scénario et est résolue à la fin de ce dernier, où Saphir affirme sa féminité en devenant une épouse modèle[32]. Murakami Tomohiko considère quant à lui que Princesse Saphir est par là « anti-Takarazuka » comme Saphir cache sa véritable identité au contraire des otokoyaku de Takarazuka qui assument réellement le rôle d'hommes[29].

Deborah Shamoon quant à elle ne remet pas en cause les analyses de Fujimoto, Oshiyama ou Welker mais les complète en soulignant que la propension des shōjo à utiliser couple homogenrés provient aussi des travaux de Jun'ichi Nakahara et de Macoto Takahashi[26].

Remakes[modifier | modifier le code]

Depuis juillet 2013, une nouvelle série nommée RE:BORN Kamen no Otoko to Ribon no Kishi est publiée sur le site Puratto pour célébrer le 60e anniversaire de l’œuvre[33]. Elle est écrite par Atsushi Kagurazaka et dessinée par Shōko Fukaki.

Anime[modifier | modifier le code]

Série télévisée[modifier | modifier le code]

Le manga est adapté sous forme de dessin animé en 1967, au Japon. En France, l'œuvre est télédiffusée pour la première fois en 1974 sous le titre Le Prince Saphir puis Princesse Saphir, pendant l'émission de Guy Lux La Une est à vous, puis Samedi est à vous, du 27 septembre 1973 au 16 octobre 1976.

Bernard Golay présentait les programmes à la carte choisis par les téléspectateurs, grâce à son ami à SVP, Roger Lago. Le premier épisode diffusé était le dix-neuvième de la série La plume magique, et en noir et blanc, car TF1 n'avait pas encore la couleur : elle émettait sur la chaîne de 1954. Le journaliste pivotait sur son fauteuil directorial, l'écran derrière lui s'allumait, et à son tour, devenait lui-même spectateur.

Bande originale[modifier | modifier le code]

  • Le Prince Saphir (instrumental) : musique de Yôko Maekawa. Le générique d'origine est chanté, les indications en japonais ne sont pas traduites. Sur le Web, un site montre la chanteuse en question avec derrière elle l'orchestre et les chœurs, ainsi que les images de l'indicatif qui défilent.
  • La princesse apparaît à l'écran sur son cheval blanc Opale, trottant de la droite vers la gauche, alors que dans le générique de 1974, ce mouvement est inversé; séquence suivante, elle croise le fer avec sa main droite, et dans la première version française, elle semble gauchère : non seulement le titre avait été mal traduit, mais en plus, le générique avait été monté à l'envers.
  • Princesse Saphir interprété par Marie Mercier et les Petits Chanteurs d'Asnières, composé par Jean-Daniel Mercier en 1986, montre ensuite des images du premier épisode : Le prince et l'ange  ; les mots Princesse Saphir apparaissent sur un saphir bleu qui s'ouvre, le générique évoque la société IDDH, son patron Bruno-René Huchez et ses principaux associés.

Film d'animation[modifier | modifier le code]

Un film d'animation en a été tiré en 1994, inédit en France ; en fait, il s'agit d'un montage des épisodes suivants :

  • 22 Le couronnement;
  • 23 Le Chevalier Masqué apparaît;
  • 24 La tempétueuse Tour du Cercueil;
  • 25 Vive le Roi!

En effet, ces quatre épisodes constituaient déjà à l'origine une histoire complète d'1h20, ce qui est également le cas des quatre suivants :

  • 26 La Reine des Neiges (ou Glaçon ou des Glaces ) ;
  • 27 Vite! L'Ile Noire (ou aux Nuages Noirs ) ;
  • 28 Le Lion de Fer;
  • 29 La fin de la Reine des Neiges ( La mort de la Reine Glaçon ou des Glaces )

Cela représente donc en tout 8 épisodes de 20 min chacun, soit 2h40 de projection.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documents sur l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • [Power 2009] (en) Natsu Onoda Power, « Sapphire and Other Heroines », dans God of Comics : Osamu Tezuka and the Creation of Post-World War II Manga, Université du Mississippi, (ISBN 978-1-60473-220-7).
  • [Hébert 2010a] Xavier Hébert, « Le chevalier au ruban : le shōjo manga selon Tezuka », Manga 10 000 images, Versailles, Éditions H, no 3 « Le manga au féminin : Articles, chroniques, entretiens et mangas »,‎ (ISBN 978-2-9531781-4-2).
  • [Dacey 2010] (en) Katherine Dacey, « Manga Artifacts : Princess Knight », sur The Manga Critic, (consulté le 7 août 2017).
  • [Mautner 2012] (en) Chris Mautner, « Princess Knight », sur The Comics Journal, (consulté le 7 août 2017).

Documents sur l'histoire du shōjo manga[modifier | modifier le code]

  • [Takahashi 2008] (en) Mizuki Takahashi, « Opening the Closed Wolrd of Shōjo Manga », dans Japanese Visual Culture, M.E. Sharpe, (ISBN 978-0-76563-308-8), p. 114-136.
  • [Hébert 2010b] Xavier Hébert, « L'esthétique shōjo, de l'illustration au manga : De l'origine des « grands yeux » aux mises en pages éclatées », Manga 10 000 images, Versailles, Éditions H, no 3 « Le manga au féminin : Articles, chroniques, entretiens et mangas »,‎ (ISBN 978-2-9531781-4-2).
  • [Shamoon 2012] (en) Deborah Shamoon, « The Formation of Postwar Shōjo Manga, 1950–1969 », dans Passionate Friendship : The Aesthetics of Girl's Culture in Japan, Université d'Hawaï, (ISBN 978-0-82483-542-2).
  • [Hori 2013] (en) Hikari Hori, « Tezuka, shōjo manga, and Hagio Moto », Mechademia, Université du Minnesota, vol. 8 « Tezuka's Manga Life »,‎ .
  • [Mazur 2014] (en) Dan Mazur, « Comics, a Global History : Early shōjo manga », sur Dan Mazur's Comics, (consulté le 9 août 2017).
  • [Dalma 2016] (en) Kálovics Dalma, « The missing link of shōjo manga history : the changes in 60s shōjo manga as seen through the magazine Shūkan Margaret », 京都精華大学紀要, vol. 49,‎ (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Dacey 2010.
  2. Hébert 2010a, p. 48.
  3. Hébert 2010a, p. 53.
  4. a, b, c, d et e Hébert 2010a, p. 47.
  5. a, b et c Power 2009, p. 115.
  6. (en) James E. Roberson (Ed.) et Nobue Suzuki (Ed.), Men and Masculinities in Contemporary Japan : Dislocating the Salaryman Doxa, Routledge, (ISBN 978-1-13454-162-1), p. 72.
  7. a, b et c Mautner 2012.
  8. a et b Power 2009, p. 116.
  9. Hébert 2010a, p. 50.
  10. Hori 2013, p. 301.
  11. Roger Macy, « Chikage Awashima : Versatile, adored Japanese actress of stage and screen », The Independent,‎ (lire en ligne).
  12. Hébert 2010a, p. 51.
  13. Hébert 2010a, p. 49.
  14. Shamoon 2012, p. 150.
  15. a, b et c Hori 2013, p. 299.
  16. a et b Shamoon 2012, p. 86-87.
  17. Hébert 2010b, p. 5-6.
  18. a, b et c Dalma 2016, p. 7-8.
  19. a et b (en) Yukari Fujimoto (trad. Matt Thorn), « Takahashi Macoto : The Origin of Shōjo Manga Style », Mechademia, Université du Minnesota, vol. 7,‎ , p. 52-55.
  20. Hébert 2010b, p. 5.
  21. a et b Hébert 2010b, p. 16-17.
  22. Xavier Guilbert, « Le manga et son histoire vus de France : entre idées reçues et approximations », Comicalités,‎ (lire en ligne).
  23. a et b Mazur 2014.
  24. Shamoon 2012, p. 87.
  25. Takahashi 2008, p. 128.
  26. a, b et c Shamoon 2012, p. 89-90.
  27. Hébert 2010b, p. 20-21.
  28. Hébert 2010b, p. 21.
  29. a et b Hébert 2010a, p. 52.
  30. (en) Yukari Fujimoto, « Transgender : Female Hermaphrodites and Male Androgynes », U.S.-Japan Women's Journal, Université de Hawaï, no 27,‎ .
  31. (en) James Welker, « Beautiful, Borrowed, and Bent: “Boys’ Love” as Girls’ Love in Shōjo Manga », Signs, University of Chicago Press, vol. 31, no 3 « New Feminist Theories of Visual Culture »,‎ , p. 841-870.
  32. Hori 2013, p. 302-303.
  33. (en) « Osamu Tezuka's Princess Knight Gets New Remake Manga », sur Anime News Network.