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Primat des Gaules

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Primat des Gaules
Image illustrative de l’article Primat des Gaules
Modèle générique d’armoiries patriarcales.

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Titulaire actuel
Olivier de Germay
depuis le

Création XIe siècle
Mandant le pape
Durée du mandat choisie par le pape
Résidence officielle Archidiocèse de Lyon
Site internet https://lyon.catholique.fr/

Le titre de primat des Gaules est un titre primatial conféré à l'archevêque de Lyon en vertu de l'ancienneté de son siège épiscopal. Historiquement, cet évêque exerçait une relative autorité sur certains évêques de France. Au xxie siècle, ce titre est uniquement honorifique.

Le diocèse de Lyon, ancienne capitale des Trois Gaules, est fondé au IIe siècle par saint Pothin, et est le plus ancien des Gaules. Le titre de primat des Gaules est confirmé en 1079 par une bulle du pape Grégoire VII.

Chronologiquement, l’évêché de Lyon fut, au IIe siècle, le premier de la Gaule, avec saint Pothin à sa tête. La primatie des Gaules a donc été naturellement attribuée à l'archevêque de Lyon, ancienne capitale des Trois Gaules impériales (la Lyonnaise, l’Aquitaine, la Belgique)[1].

En 876, l'archevêque de Sens Anségise est nommé vicaire apostolique en Gaule et en Germanie par Jean VIII, sans que le pape n'utilise le terme de primatie. Cette proposition, plus politique que canonique, était soutenue en sous-main par Charles le Chauve, qui voulait justifier ses prétentions politiques sur tout l'empire carolingien. L'archevêque de Reims, Hincmar, s'y opposa fermement, au concile de Ponthion, s'appuyant sur le droit canon. La proposition du pape ne fut pas reconnue, sauf par l'archevêque de Bordeaux, Frotaire, pour des intérêts personnels[2].

Lors des conciles de Lyon II (567) et de Mâcon II (585), les évêques de Lyon furent désignés comme des « patriarches »[3]. L'archevêque Aurélien (875-895) porta le titre de « primat de toutes les Gaules » au concile de Chalon-sur-Saône (894)[4]. En 1076, l'archevêque de Tours appelait son confrère lyonnais « notre primat »[5]. Par la bulle Antiqua sanctorum patrum du 19 [6], le pape Grégoire VII reconnaît à l'archevêque de Lyon Gébuin (1077-1081) et à ses successeurs le titre de « primat des Gaules », avec juridiction sur les quatre provinces de Lyonnaise, à savoir les provinces ecclésiastiques de Lyon, de Rouen, de Tours et de Sens. Pierre le Vénérable écrivit à l'archevêque Pierre Ier (1131-1139) en l'appelant « Patriarche de l’Église de Lyon »[7]. Mais le pape limite également ses pouvoirs à une juridiction d'appel : il n'exerce plus le vicariat apostolique[8].

La primatie est régulièrement contestée. Au concile de Clermont du , le pape Urbain II confirme à nouveau le privilège de Lyon et déclare que l'archevêque de Sens doit soumission et obéissance au primat. Dans les faits, l'archevêque de Sens est membre du conseil du roi, étant souvent présent à Paris dans son prestigieux hôtel de Sens et plus influent que toute autre autorité religieuse.

Le pape Calixte II (1119-1124), ancien archevêque de Vienne, octroie la dignité de « primat des primats des Gaules » à l'archevêque de Vienne. Il devient ainsi le supérieur des archevêques d'Aix, d'Auch, de Bourges, de Bordeaux, d'Embrun et de Narbonne, pour un territoire qui correspond à l'ancien diocèse romain des sept provinces. Cette dignité est supprimée en 1790 par la Constitution civile du clergé, en même temps que l'archidiocèse de Vienne, et n'est pas rétablie par le concordat de 1801.

Époque moderne

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En 1698, la primatie des Gaules est contestée par le primat de Normandie. Un procès oppose Claude II de Saint-Georges, archevêque de Lyon et primat des Gaules, à Jacques Nicolas Colbert, archevêque de Rouen et primat de Normandie. La cause en est que l'archevêque de Rouen veut réaffirmer sa suprématie et son indépendance, à la suite d'un visa délivré par le primat des Gaules pour la nomination à une cure située sur le diocèse de Rouen. Achevé en 1702, le procès devant la justice du royaume de France donne raison à l'archevêque de Rouen, malgré la légitimité démontrée de la primatie des Gaules et simplement par défaut de possession[9].

Le Concordat de 1801 et sa Bulle d'exécution ayant aboli « la constitution de l’ancienne Église de France, tous les privilèges, dont les primaties, devaient disparaître »[10]. Mais le cardinal Joseph Fesch (1802-1839), par une ordonnance du 23 mai 1808, « reconstitua les trois officialités, ordinaire, métropolitaine et primatiale [...]. Mais, l’officialité primatiale de Fesch n’a, semble-t-il jamais joué son rôle »[10]. Le cardinal Louis-Jacques-Maurice de Bonald (1840-1870) demanda au pape de pouvoir porter le titre de primat des Gaules. « La réponse du pape Pie IX transmise par le nonce Garibaldi, le 25 juillet 1851, reprenait l’argumentation de Léon XII : "Le Saint-Siège depuis 1801, ne reconnaît plus dans les primats de France aucun droit annexé ou supposé inhérent à ce titre, en tant qu’il s’agit de juridiction. Le Saint-Siège ne pourra jamais dans sa correspondance et dans ses actes faire usage de ce titre…". Mais, Pie IX voulait bien, "dans sa bienveillante condescendance", ne pas mettre d’obstacle à l’archevêque de Lyon, "s’il désire conserver dans ses actes le titre de primat, comme simple titre d’honneur et de tradition" »[10]. Le titre fut confirmé au concile Vatican I (1870)[3]: lors du vote de la Constitution Pastor æternus, on crut devoir ajouter le nouvel archevêque de Lyon aux listes de primats déjà publiées : « Ex Rmis Primatibus. Omnes fuerunt appellati qui hisce numeris in catalogo a nobis dato Vol. V pag. 513 et seqq. notantur : [...] 11 (idest Lugdunensis, in catalogo dato inter Primates omissus), qui abfuit ». Paul VI (1969)[4] et Jean-Paul II (1980)[3] mentionnèrent explicitement le titre primatial lyonnais.

Variantes du titre

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Dans les faits, les archevêques de Lyon ont parfois voulu porter le titre de primat de France : par exemple dans l'épitaphe d'André d'Espinay (1488-1499)[11]; lors des Assemblées générales du Clergé de France (1576, 1579, 1584, 1588, 1606, 1614, 1621, 1772)[12], mais le titre normal était « Galliarum primas »[13] c’est-à-dire « Primat des Gaules » (1582, 1645)[14]. L’Assemblée générale du Clergé de 1711 critiqua cette appellation qui tendait à remplacer insidieusement la titulature canonique : « la qualité de Primat de France […] a paru nouvelle à l’Assemblée, Mgrs. les Archevêques de Lyon ayant pris de tous les temps la qualité de Primat des Gaules »[15]. Antoine de Malvin de Montazet (1758-1788), « sans doute pour marquer son autorité dans l’épiscopat français, signa souvent ses actes du titre de "Primat de France" au lieu de "Primat des Gaules" »[16], mais sans que ce titre soit reconnu ailleurs qu'à Lyon.

Notes et références

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  1. « Courrier-Service. Que signifie le titre «Primat des Gaules» ? », Le Républicain Lorrain,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. Louis de Lacger, « La primatie d'Aquitaine du VIIIe au XIVe siècle », Revue d'histoire de l'Église de France, vol. 23, no 98,‎ , p. 31 à 34 (ISSN 0398-4214, DOI 10.3406/rhef.1937.2791, lire en ligne, consulté le ).
  3. a b et c François Villard, « Primatie des Gaules et réforme grégorienne », Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 149, no 2,‎ , p. 431 (DOI 10.3406/bec.1991.450622, lire en ligne).
  4. a et b Henri Fisquet, La France pontificale. Métropole de Lyon et Vienne, Lyon, Paris, , p. 142.
  5. François Villard, « Primatie des Gaules et réforme grégorienne », Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 149, no 2,‎ , p. 422 (DOI 10.3406/bec.1991.450622, lire en ligne).
  6. (la) Bulle Antiqua sanctorum Patrum (consulté le 26 octobre 2013)
  7. É.-J. Poullin de Lumina, Histoire de l’Église de Lyon depuis son établissement par Saint Pothin, dans le second siècle de l’Église, jusqu'à nos jours, Lyon, , p. 206.
  8. Gadille 1983, p. 67.
  9. Étienne-Joseph Poullin de Lumina, Histoire de l'Église de Lyon, , chap. III (« Procès pour la primatie avec l'archevêque de Rouen »), p. 414-463.
  10. a b et c G. Mas, Le cardinal de Bonald et la question du travail : 1840-1870 (Thèse de doctorat d’histoire, Université Lumière Lyon 2), (lire en ligne).
  11. Cf. (la) J. Chenu, Archiepiscoporum et episcoporum Galliæ chronologica historia, Paris, , p. 418.
  12. Cf. AG du Clergé, I, Paris 1767, 67.117.251 ; II, Paris 1768, 58.351 ; VIII/2, Paris 1778, 1930 ; Recueil des actes, VIII, Paris – Avignon 1769, 1360.1714 ; IX, Paris – Avignon 1780, 140.
  13. Cf. Missale Lugdunensis Ecclesiæ, Lyon 1620 ; Missale Sanctæ Lugdunensis Ecclesiæ, Lyon 1771 & 1846.
  14. Cf. AG du Clergé, I, Paris 1767, 232 ; III, Paris 1769, 114.
  15. AG du Clergé, VI, Paris 1774, 1171.
  16. Cf. par exemple Lettre de M. L’archevêque de Lyon, Primat de France, à M. L’archevêque de Paris (1760).

Bibliographie

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Articles connexes

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