Commanderie, baillie et prieuré hospitaliers

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Les commanderies, baillies et prieurés hospitaliers sont le mode d'organisation de l'ensemble foncier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Elles ont dans l'organisation des Hospitaliers trois statuts différents : les commanderies sous la responsabilité d'un commandeur et relevant d'un prieur ; les baillies, ou bailliages, sous la responsabilité d'un bailli et relevant directement du supérieur de l'ordre ; les prieurés sous la responsabilité d'un prieur chargé des commanderies relevant de son prieuré et relevant directement du supérieur de l'Ordre.

Les commanderies[modifier | modifier le code]

Une commanderie est un ensemble de bâtiments à visées agricoles. Les commandeurs et chevaliers étant des religieux, il existe aussi une chapelle plus ou moins importante et une salle du chapitre. Certaines de ces commanderies, suivant leurs implantations, pour convenir aux règles de l'Ordre intègrent un hôpital pour soigner les « chers malades » ou les frères blessés au combat, ou une hôtellerie, sur les chemins de pèlerinage, pour accueillir les pèlerins de passage ou les frères trop âgés pour le combat. Ces ensembles fonciers tiennent à la fois de la ferme de rapport et du monastère. Entourés de murs, à la différence des forteresses en terres de croisades, ces commanderies ne sont pas, à l'origine, fortifiées même si certaines d'entre elles l'ont été au gré des circonstances de l'histoire ou des donations.

Organisation des commanderies[modifier | modifier le code]

Organisation en prieurés[modifier | modifier le code]

Toutes les commanderies sont regroupées en prieurés. Dès la première donation faite à l'Ordre par Godefroy de Bouillon, d'un casual (village fortifié) en Palestine et d'un fief en Brabant[1] le pli est pris ; l'Ordre reçoit des forts pour défendre la Terre sainte et des fiefs pour assurer le revenu des aumônes. Pour gérer tous ces biens-fonds, les supérieurs puis les grands maîtres « recommandent » ces biens à des frères puis à des chevaliers « gens de mérite et de probité » qui résident sur place. Cette praeceptoria, dirigée par un praeceptor ou un magister est à l'origine des commanderies du XIIIe siècle qui, chaque année, envoient à l'ordre le responsions (impositions) représentant environ le 16 des revenus de la commanderie[2]. Les commanderies assurent ainsi la richesse de l'ordre, permettant l'entretien des garnisons, des hôpitaux et des auberges de l'ordre[3].

Organisation en langues[modifier | modifier le code]

Après avoir perdu la Terre sainte, les « Francs » se replient majoritairement en Europe. Les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem choisissent d'abord l'île de Chypre avant de conquérir Rhodes. Le nouveau grand maître Guillaume de Villaret (1300–1305), par décret capitulaire de 1301, crée une nouvelle organisation en « langue » confirmée en 1327 par le chapitre de Montpellier. Ces « langues » sont, à l'origine, au nombre de sept : la « langue » de Espagne, de Provence, d'Auvergne, de France, d'Italie, d'Angleterre et d'Allemagne. Elles regroupent les chevaliers parlant la même langue. Cette organisation devient rapidement une organisation spatiale ; les possessions européennes et les commanderies de l'Ordre sont aussi regroupées en « langue »[4]. En 1462, la Langue d'Espagne est scindée entre : la langue de Castille et la langue d'Aragon. La langue d'Angleterre est dissoute en 1540 pour être recréée comme langue Anglo-Bavaroise en 1781. Le dernier prieuré créé, au sein de la langue Anglo-Bavaroise, en janvier 1797, est le grand prieuré russe de Saint Petersbourg. L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem tente de survivre par la création du second grand prieuré de Russie (mais d'obédience orthodoxe) en octobre 1797 par Paul Ier de Russie.

Les prieurés[modifier | modifier le code]

Les baillies[modifier | modifier le code]

Dévolution des biens des Templiers[modifier | modifier le code]

Après la perte de la Terre sainte en 1291, Les Hospitaliers conquièrent Rhodes ; les Teutoniques vont évangéliser l'Europe du nord et les Templiers se replient sur leurs commanderies européennes. De moines-soldats, ils deviennent gestionnaires de leurs riches domaines et cela est relativement mal perçu en France comme au Saint-Siège[5]. Leurs richesses attisent les convoitises de Philippe le Bel. Pour les dépouiller, il les accuse des pires forfaits. Pour permettre un procès public, Clément V promulgue une première bulle Faciens misericordiam le 12 août 1308 et, devant les difficultés, le 4 septembre 1310, il proclame l’Alma mater ecclesia où il exhorte à conclure rapidement. Enfin, le 3 avril 1312, par la bulle Vox (clamantis) in excelso il décrète la suppression de l'ordre du Temple et, le 2 mai 1312 par Ad providam, la dévolution de leurs biens à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem[6].

Les choses ne se font pas facilement. L'attribution des biens des Templiers aux Teutoniques aurait pu modifier l'équilibre des pouvoirs en Europe[7], c'est pour cette raison que les Rois Catholiques obtiennent la dévolution des biens des Templiers aux ordres militaires de la péninsule ibériques. Le roi de France tente de garder certains biens, mais sans grande réussite. Cela entraîne, pour les Hospitaliers, des complications politiques et financières et, au XVe siècle, des litiges perdurent. Cela entraîne aussi une confusion entre les deux ordres, dans bien des endroits les commanderies continuent à être appelées Templio, au mieux on leur accolant Sancti Johannis[7].

Langue de Provence[modifier | modifier le code]

La langue de Provence regroupe jusqu'à 81 commanderies dans les prieurés de Saint-Gilles (53 commanderies) et de Toulouse (28 commanderies). Le premier de tous les prieurés européens, le prieuré de Saint-Gilles, d'où était soi-disant originaire le frère Gérard, fondateur de l'Ordre, date de 1115. Le siège du prieur est transféré à Arles en 1621. Le prieuré de Toulouse est créé en 1315 au moment de la dévolution des biens des Templiers aux Hospitaliers[8].

Langue d'Italie[modifier | modifier le code]

La langue d'Italie regroupe jusqu'à 135 commanderies dans les prieurés de Messine (11 commanderies), créé en 1136, de Barletta (11 commanderies), créé en 1170, de Venise (29 commanderies), créé en 1180, de Lombardie (36 commanderies), créé en 1186, de Rome (19 commanderies), créé en 1214, de Capua (17 commanderies), créé en 1223 et de Pise (12 commanderies), créé en 1236[9].

Langue d'Angleterre[modifier | modifier le code]

La langue d'Angleterre regroupe jusqu'à 77 commanderies dans les prieurés de Clerkenwell en Angleterre (59 commanderies), créé en 1144 et de Kilmainham en Irlande (18 commanderies), créé en 1202[10].

Langue d'Espagne[modifier | modifier le code]

La langue d'Espagne est scindée en deux, en 1462, entre langue de Castille et langue d'Aragon. La langue de Castille regroupe jusqu'à 58 commanderies dans les prieurés de Castille et León (37 commanderies) créé en 1149, et de Crato au Portugal (21 commanderies), créé en 1232. La langue d'Aragon regroupe jusqu'à 77 commanderies dans les prieurés d’Amposta (30 commanderies) créé en 1154, de Navarre (18 commanderies), créé en 1185 et de Catalogne (29 commanderies), créé en 1319[11].

Langue de Castille[modifier | modifier le code]

Langue d'Aragon[modifier | modifier le code]

Langue de France[modifier | modifier le code]

La langue de France, qui comprend aussi la Flandre, regroupe jusqu'à 67 commanderies dans un seul prieuré créé 1178. On trouve des Hospitaliers à Huppaye (Brabant Wallon) dès 1173. Le siège du prieure est installé à Corbeil en 1223 avant d'être transféré à Paris en 1315 à la maison du Temple à la suite de la dévolution des biens des Templiers[12]. Elle est alors divisée en trois grands-prieurés :

  1. le grand prieuré de France, dont le siège est à Paris dans l'enclos du Temple ;
  2. le grand prieuré d'Aquitaine, dont le siège est à Poitiers ;
  3. le grand prieuré de Champagne[13], dont le siège est à Voulaines-les-Templiers.

Il faut noter l'existence éphémère du Prieuré de Bourgogne, attestée par deux chartes de novembre 1298 et du 17 juin 1299, jour où se tient le chapitre provincial à Normiers[14],[15]. Guillaume de Vandelain (ou Vendelain) est alors prieur de Bourgogne. En novembre 1301, Ytier de Nanteuil est prieur de Bourgogne et de France[16]. Pour J. M. Roger, ce prieuré préfigure le Prieuré de Champagne, créé, lui, en juillet 1317.

Langue d'Allemagne[modifier | modifier le code]

La langue d'Allemagne regroupe jusqu'à 77 commanderies dans les prieurés de Bohême (24 commanderies), créé en 1182, de Germanie (31 commanderies), créé en 1187, de Hongrie (5 commanderies), créé en 1217, de Dacie (9 commanderies), créé en 1266 et le grand bailliage de Brandebourg (13 commanderies), créé en 1382[17].

Langue d'Auvergne[modifier | modifier le code]

La Langue d'Auvergne ne comporte qu'un prieuré créé en 1233 et regroupe jusqu'à 51 commanderies. Le siège du prieur est d'abord à Olloix, puis à Lureuil en 1475, à Bourganeuf en 1530 avant d'être déplacé à Lyon en 1787[18].

Langue anglo-bavaroise[modifier | modifier le code]

La langue Anglo-Bavaroise a été reconstituée en 1776 avec 57 commanderies dans les prieurés de Pologne (29 commanderies) et de Bavière (28 commanderies)[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. acte conservé à la Bibliothèque nationale de Malte (B. Galimard Flavigny 2006, p. 19)
  2. B. Galimard Flavigny 2006, p. 39–40
  3. B. Galimard Flavigny 2006, p. 42
  4. B. Galimard Flavigny 2006, p. 50–52
  5. S. Mercieca 2008, p. 14
  6. S. Mercieca 2008, p. 15
  7. a et b S. Mercieca 2008, p. 16
  8. H. J. A. Sire 1994, p. 115–126
  9. H. J. A. Sire 1994, p. 160–174
  10. H. J. A. Sire 1994, p. 176–189
  11. H. J. A. Sire 1994, p. 139–157
  12. H. J. A. Sire 1994, p. 130–134
  13. J. M. Roger 2003, p. xx
  14. J. M. Roger 2003, p. 184 et s.
  15. Delaville Le Roulx 1906, no 4470, t. III, p. 785
  16. Delaville Le Roulx 1906, no 4546, t. IV, p. 13
  17. H. J. A. Sire 1994, p. 192–206
  18. H. J. A. Sire 1994, p. 126–130
  19. H. J. A. Sire 1994, p. 205–206

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l'Ordre de Malte, Paris, Perrin,
  • Éric Thiou (préf. bailli de Pierredon), Dictionnaire biographique et généalogique des chevaliers de Malte de la langue d'Auvergne sous l’Ancien Régime, Versailles, Éditions Mémoire et Documents, , 344 p.
  • Simon Mercieca (trad. de l'italien par Rose-Marie Olivier et Aline Bonnefon), Les chevaliers de Saint-Jean à Malte, Florence, Casa Editrice Bonechi,
  • Jean-Marc Roger, Le prieuré de Champagne des Chevaliers de Rhodes, Université Paris-Sorbonne, , 2000 p. — Thèse soutenue à Paris IV en 2001
  • (en) H. J. A. Sire, The Knights of Malta, Yale University Press,
  • Joseph Delaville Le Roulx, Cartulaire général de l'ordre des hospitaliers de S.-Jean de Jérusalem (1100-1310), Perrin, 1894-1906
  • Antoine du Bourg, Ordre de Malte : Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le sud-ouest de la France..., Toulouse, L. Sistac et J. Boubée, , disponible sur Gallica

Articles connexes[modifier | modifier le code]