Prieuré de Serrabona

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Prieuré de Serrabona
Image illustrative de l'article Prieuré de Serrabona
Présentation
Culte Aucun aujourd'hui
Type Prieuré
Rattachement Règle de Saint Augustin
jusqu'en 1592
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XIIe siècle
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1875)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Occitanie
Département Pyrénées-Orientales
Ville Boule-d'Amont
Coordonnées 42° 36′ 06″ nord, 2° 35′ 43″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Prieuré de Serrabona

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées-Orientales

(Voir situation sur carte : Pyrénées-Orientales)
Prieuré de Serrabona

Le prieuré de Serrabona, fondé au début du XIe siècle, est situé sur la commune de Boule-d'Amont dans le département français des Pyrénées-Orientales en région Occitanie, à une trentaine de kilomètres de Perpignan, dans le massif des Aspres sur les contreforts orientaux du massif du Canigou.

Il est situé à proximité des gorges du Boulès, et demeure encore aujourd'hui d'accès difficile.

Son portail Nord, les chapiteaux de son cloître et une très rare tribune en marbre, datée du XIIe siècle forment le plus bel ensemble de sculpture romane du Roussillon .

Géographie[modifier | modifier le code]

Le prieuré est situé sur l'ancienne commune de Serrabonne, aujourd'hui rattachée à Boule-d'Amont.

Historique[modifier | modifier le code]

Portail Nord, le Christ

La plus ancienne mention du lieu remonte à 1069, date à laquelle une église paroissiale dédiée à la Vierge est citée. Treize ans plus tard, en 1082, un collège de chanoines de l'ordre de Saint Augustin est établi dans les lieux.

L'édifice fera alors l'objet d'importants travaux d'agrandissement et d'embellissement. La nouvelle collégiale est consacrée en 1151 par l'évêque d'Elne. Le collège était mixte, car comprenant des hommes et des femmes (qualifiées de converses).

L'apogée du prieuré fut de courte durée : les troubles commencent aux XIIIe et XIVe siècles avec l'individualisme croissant des chanoines (maisons privatives au lieu de partager des lieux de vie commune comme le stipulait la règle). La décadence devient alors inéluctable et atteint un tel degré au cours du XVIe siècle que le pape sécularise alors le prieuré, comme tous ceux rattachés à la règle de Saint Augustin en Espagne.

Rattachée à Solsona en Catalogne (nouveau diocèse établi à cette époque), la collégiale devient église paroissiale et tombe lentement dans l'abandon et l'oubli.

Au début du XIXe siècle, toute la partie occidentale de l'église s'effondre, minée par les intempéries. On n'hésite pas non plus à démonter, dans le cloître, la rangée intérieure de colonnes et chapiteaux pour constituer un retable dans l'abside.

Les lieux deviennent par la suite la propriété d'un particulier, qui entreprend des travaux de restauration dans les années 1900 (le début du XXe siècle marque le début d'une période, déjà amorcée au XIXe siècle, de redécouverte du patrimoine local) et qui se poursuivirent tout au long du XXe siècle.

Architecture[modifier | modifier le code]

L'église[modifier | modifier le code]

Plan
Portail Nord, les lions à une tête

L'église actuelle est formée par la nef de l'église antérieure (celle de la mention de 1069), à laquelle fut adjoint un collatéral, un transept, une galerie de cloître et les absides lors des travaux d'agrandissement du XIIe siècle. C'est cet édifice, consacré en 1151, que l'on peut voir aujourd'hui. Cependant, toute la partie occidentale, effondrée au début du XIXe siècle, a été refaite dans les années 1950-1960. La façade ouest a alors été dotée d'une baie bien trop large par rapport aux autres ouvertures de l'église.

Au chevet, les deux absidioles du transept ne sont pas visibles car intégrées au massif de l'édifice, par contre l'abside centrale est bien visible.

La nef est voûtée en berceau brisé et le collatéral en demi-berceau. Les deux vaisseaux communiquent entre eux par deux arcades percées dans le mur les séparant (mur faisant partie de l'édifice du XIe siècle). Les trois absides sont voûtées en cul-de-four.

Il reste peu de choses de la décoration intérieure en dehors de la tribune, si ce n'est des traces de fresque sur le mur sud de la nef.

Portail Nord

Le portail Nord est constitué d'un placage de marbre sur la façade de schiste du collatéral . Deux colonnes de marbre reçoivent un boudin recouvert de motifs en méplat. Le chapiteau de gauche dont on peut trouvé un modèle semblable à l'abbaye Saint-Michel de Cuxa représente un Christ trônant, bénissant de la main droite et tenant un livre dans l'autre. Des anges dissimulant leurs corps derrière des ailes l'entourent. Sur le chapiteau de droite, deux lions se rejoignent dans l'angle dans une tête commune[2].

Le cloître[modifier | modifier le code]

Il est accolé au côté sud de l'église, et ses arcades ouvrent sur le ravin à proximité du prieuré. Un petit jardin s'étend à son pied, sur une des terrasses ménagées pour soutenir le prieuré. Ses arcades sont ornées de colonnes et de chapiteaux en marbre.

La galerie possède encore un enfeu dans lequel subsistent des traces de fresque.

Les chapiteaux

Les chapiteaux de la galerie Sud forment deux groupes de valeurs artistiques inégales, ceux donnant sur l'extérieur sont archaïques avec un faible relief et un modelé inexistant. Les masques humains sont simplement gravés, l'échine des lions est rectiligne et les crinières forment des entrelacs. Ceux de l'intérieur sont animés et pittoresques. Ils sont semblables dans leur approche aux chefs d'œuvre de la tribune. Les deux séries sont de la même époque et on y retrouve la structure et les thèmes de ceux de l'abbaye Saint-Michel de Cuxa : les aigles, les lions, les lions-griffons et l'homme comme spectateur[2].



La tribune[modifier | modifier le code]

Elle a été réalisée avec du marbre rose provenant des carrières de Bouleternere, cette découverte se fit grâce à un incendie qui mis au jour une veine de marbre qui après examen géologique s’avérera être le même que celui du prieuré. Ce marbre orne de nombreuses autres églises romanes des environs.

Elle est située à peu près au milieu du vaisseau central. On peut remarquer quelques non-ajustements dans l'assemblage des blocs et des sculptures la constituant : cela résulte dans le fait qu'ils ont probablement été taillés avant d'être assemblés dans l'église même, ce qui a alors nécessité des ajustements de dernière minute.

Les écoinçons des Évangélistes et l'Agneau divin
Lions, aigles, têtes humaines

La tribune a une forme à peu près rectangulaire de 5,60 x 4,80 mètres pour une hauteur avoisinant les 3 mètres. Une balustrade domine cet ensemble sur une hauteur d'environ 1,50 mètre. Il est à noter que les croisées d'ogives présentes sous la tribune ne sont en aucun cas une forme primitive de voûte gothique : elles ont ici un rôle purement décoratif, afin de cacher la voûte d'arête les surplombant sans jamais les toucher[3].

Une telle tribune est une forme architecturale rare : seule l'abbatiale de Cruas en présente une de cette époque et il ne reste que des vestiges de celle de l'abbaye Saint-Michel de Cuxa[4],[5].

Le décor sculpté

La façade est composée de trois arcs de marbre de même dimensions dont la conception générale représente le triomphe du décor et d'une sculpture de remplissage. On peut chercher ses origines dans l'art roman lombard de l'Italie du Nord. Le thème retenu est une théophanie avec l'Agneau comme figure divine. Les écoinçons sont ornés de pétales de fleurs et de sujets religieux, des anges, le lion de saint Marc, l'aigle de saint Jean, l'agneau divin sur un fond timbré d'une croix, l'homme de saint Matthieu et le taureau de saint Luc.

Les chapiteaux reprennent les thèmes iconographiques de la façade. Sur les deux piliers extrêmes on trouve un centaure sagittaire à corps de lion dirigeant sa flèche contre un cerf. En face, un homme vêtu d'une tunique est debout entre un centaure et un lion. Un chapiteaux représente saint Michel luttant contre le démon avec des éléments de style semblables à la tribune de l'abbaye Saint-Michel de Cuxa. Sur les motifs d'angles d'un autre, des gueules de lions dévorent une proie et sur une des faces, un des monstres semble cracher un serpent. Tous ces motifs symbolisent la renaissance des forces du mal.

Dans les chapiteaux suivants, la signification se perd au bénéfice d'un autre principe de la sculpture romane, la recherche de la beauté dans un décor à caractère monumental. Le motif le plus simple est la succession de lions sur les quatre faces du chapiteau. Parfois une grosse tête vient interrompre l'organisation vers le centre ou des aigles affrontés occupent toute la corbeille. Ces chapiteaux illustrent une belle intégration de la sculpture à l'architecture[2].



Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00103968, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a, b et c Marcel Durliat, Roussillon roman, Éditions Zodiaque, 1986. (ISBN 2-7369-0027-8), page 127
  3. Marcel Durliat, « La tribune de Serrabone et le jubé de Vezzolano », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 60,‎ , p. 79-112 (lire en ligne)
  4. Marcel Durliat, « La tribune de Saint-Michel de Cuxa », Bulletin monumental, vol. 146, no 1,‎ , p. 48-49 (lire en ligne)
  5. Anna Thirion, Thèse: La "Tribune" de Saint-Michel de Cuxa (Pyrénées Orientale , milieu du XIIe siècle),

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Noël Bailbé, Les clochers-tours du Roussillon, Perpignan, Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, (ISSN 0767-368X)
  • Noël Bailbé, Les portes des églises romanes du Roussillon, Perpignan, Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales,
  • Marcel Durliat, Roussillon roman, Éditions Zodiaque, 1986. (ISBN 2-7369-0027-8).
  • Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Montpellier, Les Presses du Languedoc, , 334 p. (ISBN 978-2-8599-8244-7, présentation en ligne)
  • Marcel Durliat, « La tribune de Serrabone et le jubé de Vezzolano », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 60,‎ , p. 79-112 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :