Prieuré d'Ardevon

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Prieuré d'Ardevon
La cour du prieuré.
La cour du prieuré.

Ordre Bénédictins
Abbaye mère Mont-Saint-Michel
Fondation 966
Fermeture 1790-2014
Diocèse Coutances - Avranches
Fondateur Richard 1er
Protection  Inscrit MH (1937)[1]
Site web http://www.pelerin-montsaintmichel.org/prieure-du-mont-saint-michel/Le-prieure-d-Ardevon/Le-prieure
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Manche
Commune Ardevon
Pontorson (depuis 1973)
Coordonnées 48° 36′ 09″ nord, 1° 28′ 29″ ouest

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Le prieuré d'Ardevon est un établissement bénédictin situé dans le hameau éponyme, rattaché à la commune de Pontorson, dans le département de la Manche.

Fondé en 966 par les moines du Mont-Saint-Michel et situé à une dizaine de kilomètres de là, il constitue pour eux à ses débuts un refuge « terrestre ». Transformé à partir du XIVe siècle en résidence presque exclusive de l'abbé, il devient le lieu de stockage de nombreuses dîmes. À la Révolution, les biens monastiques sont dispersés, alors que l'état général du bâtiment est très mauvais.

Au début du XXe siècle, des travaux de restauration sont entrepris, puis le bâtiment est inscrit à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques le 15 septembre 1937. Vers le milieu du siècle, il est acquis par le conseil départemental de la Manche qui en fait le siège du syndicat mixte de la Baie du Mont Saint-Michel, jusqu'en 2013. En 2014, le bâtiment est vendu ; le diocèse de Coutances et Avranches et celui de Rennes s'associent pour le racheter et en faire un lieu d'accueil et de prière destiné aux pèlerins du mont.

Localisation et toponymie[modifier | modifier le code]

Le prieuré est situé sur le côté sud-ouest de la D280, au cœur du hameau d'Ardevon, commune rattachée le 1er janvier 1973 à Pontorson ; le village est lui-même situé à huit kilomètres au sud-est du Mont-Saint-Michel, à une altitude d'environ dix mètres marquant la limite entre les terres basses (marais et polders) et les premiers coteaux[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation[modifier | modifier le code]

Croix de pierre située dans l'enceinte du prieuré.

La fondation du prieuré n'est pas attestée précisément ; l'hypothèse traditionnellement retenue est celle d'un don fait par Rollon, duc de Normandie, aux moines du mont Saint-Michel[3]. Cependant, la date la plus probable de fondation, postérieure de trente ans à la mort du duc Rollon, invalide cette hypothèse. Le fondateur le plus probable est donc Richard 1er[4]. L'existence du prieuré est en tout cas attestée au moins en 1207, dans une lettre de l'abbé au pape Innocent III[5].

En 1066 et 1159, dans le cartulaire du Mont Saint-Michel Ardevon est qualifié de marescus[6].

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La connaissance de la vie médiévale du prieuré est difficile, les seules archives étant parvenues jusqu'au XXe siècle ne concernent que l'année 1239 et la fin du XIVe siècle[7].

Il semble que le prieuré ait déjà eu au Moyen âge un rôle d'accueil des pèlerins en route pour le Mont[8].

Le prieuré est presque entièrement rebâti aux XIIe et XIVe siècles. Est en particulier construite vers 1400 une grange aux dîmes, appuyée de vingt contreforts latéraux, et réputée pouvoir contenir quinze mille gerbes de blé[9]. Le corps de logis est entièrement reconstruit une dizaine d'années plus tard[10].

Il semble que d'importants travaux de poldérisation aient été menés par les moines sur la mer ou du moins le marescus saumâtre entre le XIIe et le début du XIVe siècle, en s'appuyant sur une légère élévation de terrain, culminant à 12 mètres[11] et en déviant partiellement les cours estuariens de la Sée et de la Sélune[12].. D'un point de vue agricole, une fois le terrain drainé, c'est principalement l'avoine qui est exploitée à Ardevon[13]. Cependant, ces terrains mis en valeur ne sont pas entièrement protégés des évènements exceptionnels, comme la tempête de 1457, qui rompt digues, écluses et fossés d'Ardevon[14].

Durant la guerre de Cent Ans, le prieuré est occupé par quatre cents soldats de l'armée anglaise sous le commandement de Jean de Lancastre[15].

La Révolution[modifier | modifier le code]

À la Révolution, le prieuré est très fortement dégradé ; l'ensemble est évalué à deux mille quatre cents livres seulement.

La renaissance de l'édifice[modifier | modifier le code]

L'église du village jouxtant le prieuré.

Au XXe siècle, le prieuré se révèle d'un intérêt architectural justifiant sa restauration, sa mise en valeur et sa protection. Le 15 septembre 1937, l'ensemble des bâtiments est inscrit à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques[1].

Jusqu'en 2013, le prieuré est la propriété du conseil départemental de la Manche qui en fait le siège du syndicat mixte de la Baie du Mont Saint-Michel[16]. Mais certaines dépendances abritent également la buanderie de l'auberge de la Mère Poulard[8].

Le retour d'une vocation spirituelle[modifier | modifier le code]

L'ancien pigeonnier du prieuré, en cours d'aménagement pour devenir un oratoire.

En 2014, apprenant la vente du bâtiment (le syndicat mixte de la Baie préférant s'établir à proximité des nouveaux stationnements, dans le cadre du projet Saint-Michel), les diocèses de Coutances et Avranches et de Rennes s'associent pour racheter le terrain et les bâtiments, afin d'en faire un lieu qui puisse à la fois accueillir les pèlerins pour la nuit et informer les touristes qui ne perçoivent pas forcément la vocation spirituelle du Mont[16].

Dès l'achat du site et la communication de la volonté d'en faire un lieu d'accueil, ce qui nécessite des travaux importants d'aménagement et de réhabilitation, l'INRAP annonce une campagne préalable de fouilles archéologiques, menée en juin 2014[4].

Une partie des travaux de restauration du site, ainsi que d'aménagement et de balisage des chemins y menant, est réalisée lors des étés 2014 et suivants par deux cents Scouts et Guides de France[16]. La première tranche d'aménagement du dortoir coûte environ 220 000 euros. La totalité du projet de restauration du site est estimée à 2 500 000 euros, financé très largement par les dons sur Internet[17].

L'accueil[modifier | modifier le code]

Le bâtiment peut accueillir cinquante nuitées simultanées de pèlerins ; dès l'ouverture des inscriptions, cinq mille réservations sont enregistrées en quelques jours, preuve du potentiel de développement de cet accueil. Les responsables du prieuré réfléchissent en conséquent à l'aménagement de deux cent cinquante places supplémentaires, en bivouac[16].

L'accueil culturel et spirituel des touristes est également prévu. La grange aux dîmes est prévue pour devenir un lieu d'expositions, d'ateliers et de débats ; dans le bâtiment principal sera vraisemblablement aménagée une salle de conférences et une bibliothèque (intégrant une partie numérique) en rapport avec le Mont. Ce projet est financé en partie par l'Institut de France, qui l'a primé du grand prix culturel 2014 de la Fondation Louis D., doté de 450 000 [16].

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

La grange aux dîmes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice no PA00110546, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Carte IGN 1216 E » sur Géoportail (consulté le 17 août 2016)..
  3. Édouard Le Héricher 1845, Introduction, p. 149.
  4. a et b « Le Prieuré n'a pas dévoilé toute son histoire », Ouest-France,‎ (ISSN 0999-2138, lire en ligne).
  5. Édouard Le Héricher 1845, Le colombier, p. 151.
  6. Marie Casset 2011, L’extension des herbus contre la mer, note N° 93, p. 96.
  7. Marie Casset 2011, Les sources médiévales, p. 82.
  8. a et b « Le prieuré d’Ardevon, halte pour les pèlerins », Pèlerin,‎ (ISSN 0764-4663, lire en ligne).
  9. Édouard Le Héricher 1845, Les bâtiments médiévaux, p. 150.
  10. David Fiasson, « Un chien couché au pied du roi d’Angleterre ? Robert Jolivet, abbé du Mont Saint-Michel (1411-1444) », Annales de Normandie, Association Les Annales de Normandie, vol. 64, no 2,‎ , p. 59-60 (ISSN 0003-4134, résumé, lire en ligne).
  11. Marie Casset 2011, Peuplement et habitat, p. 101.
  12. Marie Casset 2011, Propositions sur le contexte de la baie, p. 104.
  13. Marie Casset 2011, Modalités d’aménagements et d’exploitation, p. 98.
  14. Marie Casset 2011, Peuplement et habitat, p. 102.
  15. (en) Anne Curry, « John, duke of Bedford's arrangements for the defence of Normandy in October 1434 : College of Arms MS Arundel 48, folios 274r-276v », Annales de Normandie, Association Les Annales de Normandie, vol. 62, no 2,‎ , p. 244 (ISSN 0003-4134, résumé, lire en ligne).
  16. a b c d et e Nicolas Senèze, « Le prieuré d’Ardevon, dernière étape avant le Mont », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne).
  17. « Prieuré de l'abbaye du Mont à Ardevon. Un appel aux dons. », Ouest-France,‎ (ISSN 0999-2138, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Édouard Le Héricher 1845] Édouard Le Héricher, « Canton de Pontorson : Commune d'Ardevon », dans Édouard Le Héricher, Avranchin monumental et historique, Avranches, E. Tostain, , 659 p. (ISBN 9781234506278, OCLC 146584631, lire en ligne), p. 149-159
  • [Marie Casset 2011] Marie Casset, « Des paysans contre la mer. Poldérisation et drainages des terres humides sur le littoral de la baie du Mont Saint-Michel au Moyen Âge (xie-xve siècles) », Annales de Normandie, Association Les Annales de Normandie, vol. 61, no 1,‎ , p. 75-106 (ISSN 0003-4134, résumé, lire en ligne)