Prière à Jésus crucifié

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La Prière à Jésus crucifié (parfois aussi désignée par les premiers mots de son texte en latin En ego, o bone et dulcissime Iesu est une prière traditionnelle de Église catholique.

Son origine n'est pas connue. Elle pourrait dater du Moyen Âge[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

La fin du Moyen Âge voit se développer une dévotion pour le Christ en souffrance qui se traduit dans l'évolution des représentations figurées, en particulier les statues des christs en gloire et des vierges en majesté qui tendent à être remplacés par des christs en croix et des pietàs.[réf. nécessaire] À partir du XIVe siècle, une dévotion spéciale aux cinq plaies du Christ apparaît [2] et les prières sur ce thème se multiplient. La prière En ego, o bone et dulcissime Jesu porte sur ce thème[3].

Selon Alexandre Olivar, la prière En ego est peut-être le modèle d'une multitude de poèmes ou prières produits au XVIe siècle, au moins en Espagne[4].

Cette prière est reproduite dans le Missel romain (y compris la plus récente édition typique publiée en 2002) parmi les oraisons d'action de grâce après la messe.

Le texte de la prière[modifier | modifier le code]

En latin[modifier | modifier le code]

En ego, o bone et dulcissime Iesu,
ante conspectum tuum genibus me provolvo,
ac maximo animi ardore te oro atque obtestor,
ut meum in cor vividos fidei, spei, et caritatis sensus,
atque veram peccatorum meorum paenitentiam,
eaque emendandi firmissimam voluntatem velis imprimere;
dum magno animi affectu et dolore
tua quinque vulnera mecum ipse considero,
ac mente contemplor, illud prae oculis habens,
quod iam in ore ponebat tuo David Propheta de te, o bone Iesu:
« Foderunt manus meas et pedes meos;
dinumeraverunt omnia ossa mea" (Ps 22 [Vg 21] 17-18)[5],[6].

Traduction française[modifier | modifier le code]

O bon et très-doux Jésus,
me voici prosterné à genoux en votre présence.
Je vous prie et je vous conjure avec toute la ferveur de mon âme,
d'imprimer dans mon cœur de vifs sentiments de foi, d'espérance et de charité,
ainsi qu'un vrai repentir de mes péchés, et le plus ferme propos de m'en corriger;
tandis qu'avec une vive affection et une grande douleur, je considère en moi-même et que je contemple en esprit vos cinq plaies,
ayant devant les yeux ce que disait autrefois de vous, ô bon Jésus, le prophète David :
Ils ont percé mes mains et mes pieds;
ils ont compté tous mes os.[7]

Indulgences[modifier | modifier le code]

Image pieuse donnée en souvenir de fidèles décédés (1928)

Une indulgence a été accordée par Clément VIII et rendue plénière par Pie VII à tout fidèle qui, ayant confessé et communié, disait dévotement cette prière avec contrition devant un crucifix ou une image du Christ crucifié, et en priant selon les intentions de l'Église[8]

Par la constitution apostolique Indulgentiarum doctrina du 1er janvier 1967 le pape Paul VI décreta la revision totale du manual des indulgences (Enchiridion indulgentiarum)[9], qui indique les indulgences actuellement accordées à tous les catholiques. Bénéficie d'une indulgence plénière le fidèle qui récite cette prière pieusement un vendredi de Carême devant une image du Christ crucifié et après avoir communié ; bénéficie d'une indulgence partielle le fidèle qui l'utilise pour faire l'action de grâce après la communion les autres jours de l'année[10].

Une coquille tenace dans le passé[modifier | modifier le code]

Une majorité des versions imprimées de la prière au XIXe siècle écrivent in ore ponebat suo, ce qui n'a pas de sens grammaticalement[11], tandis que quelques-unes contiennent le logique in ore ponebat tuo. Par décret du 29 mars 1894, la Sacrée congrégation des indulgences a publié une mise au point : la version correcte est in ore ponebat tuo. La question n'est pas si anodine qu'il y paraît, puisqu'il est de principe que le texte littéral doit être scrupuleusement respecté pour qu'une indulgence soit accordée ; dans ce cas d'espèce, et malgré le caractère apparemment mineur de la coquille, la congrégation des indulgences rappelle que le texte correct est seul acceptable[12].

Évidemment c'est la version correcte qu'on trouve dans le 'Missel romain (édition typique 2002) et dans l{{{1}}}'Modèle:/nowikiEnchiridion indulgentiarum.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Analecta bollandiana [1], vol. 54, 1936.
  2. Émile Mâle, L'art religieux de la fin du moyen âge en France: étude sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration, Armand Colin, , p. 106
  3. Louis Gougaud, Dévotions et pratiques ascétiques du Moyen Âge, Desclée de Brouwer, , p. 85
  4. (ca) Alexandre Olivar, Catàleg dels manuscrits de la Biblioteca del Monestir de Montserrat, vol. 1, L'Abadia de Montserrat, (ISBN 9788478262151), p. 99
  5. Enchiridion indulgentiarum, 8
  6. Missale Romanum, Gratiarum actio post Missam
  7. Cette traduction française est celle fournie dans le Journal historique et littéraire , Liège, 1858-1859, vol. 25, p. 270. Elle a reçu l'approbation de l'archevêché de Malines.
  8. (la) Wilhelm Nakatenus, Coeleste Palmetum ad ubertatem et sacras delicias excultum, ornatum, munitum opera, Malines, H. Dessain, succ. P.J. Hanicq, (lire en ligne), p.95
  9. Constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, norme 13
  10. Enchiridion des indulgences, Lethielleux, (lire en ligne), Concessiones, 8 item « Communion eucharistique et spirituelle »
  11. Par exemple, Journal historique et littéraire , Liège, 1858-1859, vol. 25, p. 270
  12. (en) The American ecclesiastical review, vol. 11, 1894, p. 52-53 [lire en ligne]