Presstalis

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Presstalis
logo de Presstalis

Création 1947 sous le nom de Nouvelles messageries de la presse parisienne
Dates clés 2009, NMPP devient Presstalis
Forme juridique Société par actions simplifiée
Slogan La proximité va plus loin
Siège social Paris
Drapeau de France France
Direction Michèle Benbunan
Actionnaires 2 Coopératives regroupant les éditeurs (depuis le 01 juillet 2011): 100 %
Activité Distribution de presse
Effectif 960
Siren 529 326 050
Site web www.presstalis.fr

Fonds propres 368 308 700 € (négatifs)
Chiffre d'affaires 211 126 900 € en 2017
Résultat net 58 656 200 € en 2017 (perte)

Presstalis, dénommée jusqu'en décembre 2009[1] Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP), est une société commerciale de messagerie de presse chargée de distribuer des imprimés à travers un réseau de points de vente.

La principale mission de cet organisme est de participer à la diffusion de la presse écrite. En 2012, Presstalis distribue 75 % de la presse en France, dont la totalité de la presse quotidienne nationale.

De par son caractère monopolistique, l'histoire des NMPP et de Presstalis est intimement liée à celle du Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT (SGLCE-CGT) ayant une capacité de blocage de son fonctionnement, impactant par conséquent sur le bon déroulement de la distribution de la presse écrite et la fluidité des livraisons[2],[3].


Histoire[modifier | modifier le code]

Nouveau siège social de Presstalis, situé à la porte des Lilas.

Les Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) ont été fondées le conformément à la loi Bichet du , née d’une volonté politique, liée au contexte de la Libération, celle de garantir aux titres de presse une diffusion nationale, équitable et économiquement viable.

Les NMPP ont été confrontées, au cours de leur histoire, à un contexte économique qui a considérablement évolué. Dans les années 1990-2000, plusieurs études critiques se sont penchées sur le fonctionnement des NMPP depuis leur naissance. Ainsi, selon Emmanuel Schwarzenberg, ancien rédacteur au Figaro, l'histoire des NMPP est liée dès son commencement au « pouvoir exorbitant d’un syndicat », le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT, dont les « avantages faramineux » auraient « contribué à couler la presse française depuis la Libération ». Cet avis est loin de faire l’unanimité puisque les NMPP sont elles-mêmes l'héritière d'actifs monopolistiques, les Messageries Hachette, fondées en 1897 et dissoutes en 1944, comme tous les organes de presses ayant continué pendant l'occupation (le 25 juin 1940 pour la zone nord et le 26 novembre 1942 pour la zone sud) en raison de leur collaboration avec les nazis et le régime de Vichy[4]. Le but annoncé par le « cahier bleu » est « de faire table rase en matière de presse » et « d’obtenir des garanties efficaces contre la corruption des journaux et l’influence du capitalisme dans la presse »[4] Elles sont remplacées par les Messageries françaises de presse (fondées le 30 août 1945)[5]. : dès 1900, le paysage français de la distribution de journaux possède un caractère unique (un seul interlocuteur) qui le mettait à la merci des grèves (ce fut le cas en 1934 et 1936).

Confrontées à des remises en cause de son fonctionnement, à des déficits d'exploitation durables conjugués à la constatation que les coûts de diffusion de la presse en France sont parmi les plus élevés d'Europe[6] les NMPP sont peu à peu contraintes, depuis les années 1980, à se moderniser.

Le nouveau siècle et l'apparition des journaux gratuits, l'érosion des points de vente, etc., obligent l'entreprise à réagir face à un environnement évolutif. En 2007, le déficit net des NMPP était de 29 millions d'euros, pour un déficit d'exploitation de 11 millions d'euros.

Conformément à l'esprit de la loi Bichet, Presstalis, née de la réorganisation des NMPP en 2009, est, jusqu'en 2011 une SARL détenue à 51 % par les éditeurs de presse, regroupés en deux coopératives ; et à 49 % par Hachette SA, propriété de Lagardère SCA, qui eut longtemps un rôle d'opérateur.

Depuis le , Presstalis est devenue une société par actions simplifiée (SAS). Lagardère SCA ayant cédé ses parts pour un euro symbolique, le capital de 16 millions d'euros est désormais réparti entre :

  • une coopérative des magazines (75 %) ;
  • une autre coopérative représentant les quotidiens (25 %)[7],[8].

Presstalis distribue 75 % de la presse en France, dont la totalité de la presse quotidienne nationale[9]. 4 000 titres sont diffusés dans 25 000 points de vente[10].

Les pertes annoncées par Presstalis pour 2011 sont de 15 millions d'euros. Face à la crise de la presse quotidienne française, l'État français distribue des aides à la presse qui s'élèvent en 2012 à 250 millions d'euros pour Presstalis[11], destinées notamment à sa restructuration (il s'agit de faire partir 1 200 personnes sur un total de 2 500)[12].

Une histoire agitée : recel d'armes et détournements de matériel[modifier | modifier le code]

Plusieurs affaires émaillent l'histoire des NMPP liées de manière générale au Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT.

À la fin des années 1980, un trafic de bobines de papier est découvert. Chaque mois, 200 tonnes de papier étaient expédiées vers Cuba pour imprimer le journal Granma. Les imprimeries de tous les quotidiens nationaux étaient concernées, et Fidel Castro lui-même traitait avec les ouvriers du Syndicat du livre. Robert Hersant, propriétaire notamment du Figaro, a préféré étouffer l'affaire plutôt que d'affronter une grève[13].

Fin 1991, la direction des NMPP découvre une cache d’armes de 5 000 fusils, carabines, armes de guerre avec leurs munitions dans l’un des hangars de Saint-Ouen. Ces armes, détournées lors de la faillite de Manufrance et stockées là par des ouvriers CGT en 1980, ont été clandestinement stockées au sein même des NMPP en attendant un hypothétique « Grand Soir ». La direction des NMPP alerte la justice mais s’abstient de porter plainte, le scandale est étouffé, le gouvernement négociant directement avec la CGT[14].

En 2003, un trafic de journaux a été découvert. Chaque jour pendant plusieurs années, entre 500 et 2 000 exemplaires de quotidiens étaient détournés par certains ouvriers et vendus par des kiosquiers. Le préjudice est estimé à 3 millions d'euros par an[15].

Positionnement et difficultés de Presstalis[modifier | modifier le code]

Comme l'étaient les NMPP, l'entreprise Presstalis se trouve en position dominante sur son marché. Le marché considéré par l'Autorité de la concurrence est celui de la vente au numéro. Cette définition date de 1987, c'est-à-dire à l'époque où les NMPP eurent les premières difficultés avec le Conseil de la concurrence (devenu en 2009 Autorité de la concurrence). L'entreprise est désormais confrontée à la distribution des journaux gratuits mais également à Internet, sans oublier l'abonnement qui est un mode de distribution géré par l'éditeur lui-même et donc concurrentiel à Presstalis. L'entreprise contrôle environ la distribution de 80 % des titres et 35 000 emplois[16].

En dépit (ou à cause) de cette position dominante, l'entreprise accumule les pertes. Sa taille nuit à son efficacité[17] et le coût des salaires — selon certaines sources[18] contestées par les syndicats de cette entreprise [19] — la rendrait non compétitive.

Ce système de distribution attire les foudres de certains groupes de presse, comme Metro International dont les colporteurs ont été agressés en 2002 par des membres du Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT des NMPP[20].

Juridiquement l'entreprise agit en qualité de commissionnaire ducroire tout comme les dépositaires centraux de presse et les diffuseurs de presse (appelés également marchands de journaux).

Pour combler en partie la perte du chiffre d'affaires due à la crise, Presstalis diversifie ses activités en signant des partenariats avec des grossistes en librairie, ou encore plus récemment avec la société Kiala.

Ces dernières années, le second opérateur, les Messageries lyonnaises de presse (MLP), a gagné des parts de marché sur son concurrent Presstalis, qui souffrirait d'un réseau moins bien modernisé. En 2012, Presstalis assure encore l'intégralité de la distribution de la presse quotidienne nationale, dont le coût est bien plus important que la partie magazines[9].

En 2010, la SGLCE-CGT bloque la distribution des périodiques durant trois semaines en région parisienne[21]. Elle s'oppose à la réorganisation du groupe Presstalis (ex-NMPP) et notamment de la messagerie Société presse Paris services (SPPS) qui est chargée de la distribution de la presse à Paris et dont le déficit structurel est de 26 millions d’euros par an.

Entre 2008 et 2012, le groupe cumule 240 millions d'euros de pertes[2]. En 2011, l'entreprise est placée par le tribunal de commerce sous la surveillance d'un mandataire judiciaire. En octobre 2012, confronté à l'éventualité d'un redressement judiciaire, un plan de restructuration est proposé prévoyant 1 250 suppressions de postes sur un total de 2 500 salariés[22]. Entre septembre 2012 et février 2013, la SGLCE-CGT bloque la parution des quotidiens plus de trente fois menaçant l'existence des quotidiens tels que Libération ou L'Humanité dont les revenus proviennent essentiellement des ventes au numéro[18]. Le pouvoir paralysant de la SGLCE-CGT est abondamment critiqué sans que la situation change pour autant[23].

En février 2013, le quotidien Le Figaro dénonce les blocages de la distribution décidée par la SGLCE-CGT liés de nouveau avec la restructuration de Presstalis[24].

Fin 2017, toujours confronté à la baisse des ventes de la presse, Presstalis est de nouveau en situation périlleuse : la société risque la cessation de paiement. Début décembre 2017, la société a un besoin en trésorerie de 37 millions d'euros. Elle annonce qu'elle va retenir le quart de la somme qu'elle doit à ses clients et qui aurait dû être versé avant fin janvier 2018. Les petits éditeurs protestent contre ce gel des paiements. Le tribunal de commerce nomme un mandataire pour accompagner la société[25],[26].

Pour le ministère de la culture, cette crise ne peut être surmontée que par une restructuration du secteur, et donc un changement de la Loi Bichet. Le Monde estime que le ministère de la culture veut rompre avec le principe d'égalité : les points de vente n'auraient plus l'obligation de présenter tous les titres de presse[25].

Identité visuelle (logo)[modifier | modifier le code]

Des NMPP à Presstalis :

Direction des NMPP puis de Presstalis[modifier | modifier le code]

Les présidents du conseil de gérance puis (depuis 2011) du conseil d'administration :

Les directeurs généraux :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Bergeron, Le Syndicat du livre ou la mainmise communiste sur la presse, Difralivre, 1989.
  • Emmanuel Schwartzenberg, Spéciale dernière - Qui veut la mort de la presse quotidienne française ?, Calmann-Lévy, 2007 (ISBN 978-2-7021-3788-8)
  • Édouard Boubat, Les nouvelles messageries de la presse parisienne, Draeger, 196 pages, (Documentation photographique
  • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire. 1930-1980, Perrin, 2018, 352 p. (Pour comprendre la genèse de la loi Bichet)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site officiel de Presstalis - communiqué du 10 décembre 2009, « Engagé depuis 2007 dans un plan de modernisation et de soutien à l’avenir de la presse écrite, le groupe Nmpp franchit, le 14 décembre, une nouvelle étape de sa mutation en changeant de nom et en déménageant son siège social. Presstalis est son nouveau nom. »
  2. a et b Presstalis - Laurent Mauduit de Médiapart s’est procuré Le « projet confidentiel » du distributeur Presstalis, mediapart.fr, 22 octobre 2012
  3. Ne m’appelez plus jamais NMPP, Pierre-Louis Rozynès, lenouveleconomiste.fr, 4 octobre 2012
  4. a et b Patrick Eveno, « La presse en France depuis la Libération », sur Expositions.BNF.fr
  5. « Messageries françaises de la presse », sur data.bnf.fr
  6. Presse quotidienne d'information : chronique d'une mort annoncée ?, Louis de Broissia, Rapport d'information, Sénat Session ordinaire de 2007-2008
  7. Communiqué de presse du 1er juillet 2011 sur le site de Presstalis
  8. « Notre histoire », sur Presstalis (consulté le 24 avril 2019).
  9. a et b La distribution de la presse est un modèle spécifique, Alexandre Debouté, Le Figaro.fr, 23 février 2012
  10. « Le distributeur de presse Presstalis dans une situation critique », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2018)
  11. Michel Françaix, Projet de loi de finances pour 2013, 24 octobre 2012
  12. Xavier Ternisien, « Presstalis : ultimes tractations entre l'Etat et les éditeurs de presse sur la restructuration », sur lemonde.fr,
  13. Quand les quotidiens français livraient du papier à Fidel Castro Emmanuel Berretta, Le Point, 7 septembre 2007
  14. Augustin Scalbert, « Violences, trafics, menaces : les coulisses de la CGT du Livre », sur Rue89,
  15. Emmanuel Schwartzenberg, Spéciale dernière - Qui veut la mort de la presse quotidienne française ?, Calmann-Lévy, 2007 (ISBN 978-2-7021-3788-8)
  16. Pigeat, H. and J.-C. Paracuellos (2001), Tendances économiques de la presse quotidienne dans le monde. Paris: Académie des sciences morales et politiques.
  17. Wilcox, Lynne. Metro, info, haro! Fierce reactions to regime competition in the French newspaper industry. Media Culture Society 2005 27: 353-369
  18. a et b Presstalis, le conflit qui mine la presse, Renault Enguérand, Le Figaro.fr, 7 février 2013
  19. http://livreparisien.fr/Reponse_a_l_article_du_7_fevrier_dans_le_Figaro/
  20. Jacob, A. 'Le PDG de Metro International critique sévèrement le système français de la presse', Le Monde 13 mars 2002.
  21. Un mouvement social bloque la distribution des quotidiens, challenges.fr, 14 décembre 2010
  22. 2015 : C’est l’horizon de l’accord pour sauver Presstalis..., Liberation.fr, 7 octobre 2012
  23. « C’est dans ce contexte que la CGT a gardé le monopole de l’embauche des ouvriers de la presse quotidienne, des clavistes aux camionneurs, dans un secteur où les progrès techniques de mise en page et d’impression ont divisé les besoins réels d’effectifs par cinq. Comme les dockers CGT de Marseille qui ont tué leur port, ils travaillent peu, gagnent beaucoup et embauchent leurs neveux. C’est un système péri-institutionnel qui régente, en toute légalité, un secteur économique à l’unique profit de ses membres. »Ne m’appelez plus jamais NMPP, Pierre-Louis Rozynès, lenouveleconomiste.fr, 4 octobre 2012
  24. À nos lecteurs, Marc Feuillée et Alexis Brézet, Le Figaro.fr, 6 février 2013
  25. a et b « Presstalis au bord du gouffre », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2018)
  26. « Distribution des journaux: le sauvetage de Presstalis se précise », France 24,‎ (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2018)
  27. a b et c Enguérand Renault, « Presstalis nomme Michèle Benbunan à sa tête », sur Le Figaro, (consulté le 13 mars 2018).
  28. Anne-Marie Couderc, nommée directeur général de Presstalis à compter du 23 août Sur le site presstalis.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]