Première insurrection kurde irakienne

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Première insurrection kurde en Irak

Informations générales
Date 11 septembre 1961 - mars 1970
Lieu Kurdistan
Issue

Indécise

Révolte écrasé par des sévères offensives irakiennes
Belligérants
Former Flag of KDP.svg Parti démocratique du Kurdistan
Red flag.svg Parti communiste irakien
Avant 1968:
Flag of Iraq (1959–1963).svg République d'Irak
1968:
Flag of Iraq (1963–1991).svg Irak baasiste
Commandants
Former Flag of KDP.svg Mustafa Barzani
Former Flag of KDP.svg Ibrahim Ahmad
Former Flag of KDP.svg Jalal Talabani
Former Flag of KDP.svg Ali Askari
Former Flag of KDP.svg Kamal Mufti
Flag of Iraq (1959–1963).svg Abdel Karim Kassem
Flag of Iraq (1963–1991).svg Ahmed Hassan al-Bakr
Flag of Iraq (1963–1991).svg Abdel Salam Aref
Flag of Iraq (1963–1991).svg Abdel Rahman Aref

La première insurrection kurde irakienne est un conflit armée de 1961 à 1970, entre l'Irak et la rébellion kurde conduite par Moustafa Barzani et le Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Déroulement[modifier | modifier le code]

En 1961, les relations entre le gouvernement et les Kurdes se dégradent : le régime ne satisfait pas aux revendications d'autonomie, administration en langue kurde et investissements publics au Kurdistan. Le général Qassem se rapproche des nassériens. En , un conflit local oppose le clan kurde des Zibari, soutenu par Bagdad, aux partisans de Moustafa Barzani ; les chefs Zibari, vaincus, se réfugient en Turquie. En , des soulèvements locaux inorganisés éclatent autour de Souleimaniye, où ils sont rapidement réprimés par l'armée, et autour d'Erbil, où les combats se prolongent jusqu'en décembre. Moustafa Barzani, avec une petite troupe de 660 partisans, s'établit dans la région de Zakho. En , le PDK, après avoir hésité devant la rupture, décide de prendre la tête de l'insurrection[1].

La direction politique de l'insurrection est compromise par l'incompréhension entre le général Barzani, chef militaire, et les « intellectuels » du PDK. Bien que le parti soit favorable à des réformes sociales, il retarde leur application pour ne pas entrer en conflit avec les chefs tribaux kurdes. Il arrive à préciser son programme d'autonomie. Bien qu'il ait établi des contacts avec l'URSS par l'intermédiaire des communistes irakiens et iraniens, il n'a aucun soutien à l'extérieur[2] à l'exception des Kurdes iraniens qui assurent le ravitaillement du territoire insurgé en armes et en provisions[3].

Les combattants kurdes appelés peshmergas (« Ceux qui vont au-devant de la mort ») constituent une « Armée révolutionnaire du Kurdistan » qui atteint 7 000 hommes à la fin de 1962. Endurants et disciplinés, ils repoussent plusieurs offensives gouvernementales. L'armée irakienne, affaiblie par les désertions de nombreux soldats kurdes, doit bientôt renoncer à s'engager dans les régions montagneuses et se contente de tenir les villes[4].

Le conflit est interrompu à plusieurs reprises par les coups d'état qui se succèdent à Bagdad. Le général Qassem est renversé le  ; le nouveau gouvernement, dirigé par le maréchal autoproclamé Abdel Salam Aref et dominé par le parti Baas, se hâte de conclure une trêve avec les Kurdes qui durera jusqu'en . Ayant consolidé sa situation intérieure par l'exécution de Qassem et par une dure répression contre les communistes, le gouvernement baasiste reprend la guerre contre le PDK en . Il inaugure dès cette époque sa politique d'arabisation des régions kurdes en expulsant 40 000 habitants kurdes de la province de Kirkouk. La Syrie, gouvernée par la branche locale du parti Baas, envoie une brigade en soutien de l'armée irakienne dans la région de Zakho en octobre-. Mais Aref, par un nouveau coup d'état, se débarrasse de ses alliés baasistes en et conclut une nouvelle trêve avec le PDK en [5].

Le PDK exerce alors un pouvoir autonome de facto sur un territoire montagneux d'un million d'habitants, adossé aux frontières de Turquie et d'Iran, mais ne comprenant aucune ville importante ; il défendra ce bastion jusqu'en 1975[6].

Le parti traverse alors une crise intérieure qui conduit à la scission : Jalal Talabani et Ibrahim Ahmad (en) rompent avec Moustafa Barzani en . La plupart des peshmergas, estimés entre 15 000 et 20 000 hommes, restent fidèles à Barzani et seulement un millier d'entre eux rejoignent Talabani[7]. En , Talabani et ses partisans se rallient au gouvernement de Bagdad : ils constituent une milice d'environ 2 000 hommes et, jusqu'au cessez-le-feu de , participent aux combats contre leurs anciens frères d'armes du PDK[8].

En , le maréchal Aref rouvre les hostilités. Mais l'armée irakienne, forte de 40 000 à 50 000 hommes, est incapable de venir à bout des peshmergas qui commencent à recevoir une aide matérielle discrète du shah d'Iran. Le maréchal Aref meurt dans un accident d'hélicoptère en  ; il est remplacé par son frère, le général Abdul Rahman Aref qui, après une défaite des forces gouvernementales à la bataille du mont Hendrin (mai-), conclut un cessez-le-feu avec les Kurdes le [9].

Le , le général Aref est renversé par un nouveau coup d'état baasiste qui porte au pouvoir le général Ahmad Hasan al-Bakr. Des affrontements locaux opposent les Kurdes aux forces gouvernementales et le cessez-le-feu est finalement rompu en . Le , les peshmergas conduisent un raid sur les installations de l'Iraq Petroleum Company à Kirkouk, interrompant pour plusieurs semaines les exportations pétrolières de l'Irak. À partir de , des unités de l'armée iranienne viennent appuyer les peshmergas en territoire irakien[10].

Accord de paix[modifier | modifier le code]

L'épuisement des deux parties les amène à ouvrir des négociations secrètes. En , le vice-président irakien Saddam Hussein vient rencontrer le général Barzani à son quartier général de Nawperdan. Le conflit se conclut par un accord en 15 points entre le régime baasiste et le PDK, signé le [11].

L'accord du , accueilli avec enthousiasme par les Kurdes, semble consacrer leur intégration dans l’État irakien. Ils obtiennent la reconnaissance du caractère binational de Irak, les Kurdes (2 millions) partageant le pouvoir avec les Arabes (7 millions) ; la nomination d'un vice-président kurde ; la légalisation du PDK ; la création d'une région kurde dont les limites restent à définir ; l'usage de la langue kurde dans l'administration régionale et dans l'enseignement ; la non-dissolution des peshmergas et, à terme, la création d'une section kurde dans l'armée irakienne. Trois gouverneurs kurdes sont nommés à Dahuk, Erbil et As-Sulaymaniya, et cinq ministres kurdes au gouvernement[12].

Cependant, l'application de l'accord rencontre des difficultés : le recensement qui devait avoir lieu dans un délai de 6 mois est indéfiniment reporté, laissant en suspens le statut de Kirkouk, province revendiquée par les Kurdes. La nomination d'un vice-président kurde est également reportée, Mohammed Habib Karim, candidat du PDK, étant refusé par Bagdad à cause de ses origines iraniennes. Le régime continue sa politique d’implantation de peuplement arabe autour de Kirkouk et Sinjar tout en refusant la citoyenneté irakienne aux Kurdes Fayli (en) (Kurdes chiites d'origine iranienne) qui seront expulsés d'Irak en . Le , Moustafa Barzani échappe à une tentative d'assassinat au moyen d'engins explosifs portés par une délégation venue de Bagdad[13].

En même temps, le rapprochement du régime irakien avec l'Union soviétique (en), entériné par un traité de coopération le , incite le shah d'Iran, les services israéliens et la CIA à renforcer leur aide aux Kurdes et à les doter d’armement lourd. La guerre israélo-arabe d'octobre 1973, à laquelle participe l'Irak, vient retarder la rupture entre les Kurdes irakiens et Bagdad. Mais les négociations sur l'autonomie et le statut de Kirkouk sont dans l'impasse et, en , Saddam Hussein remanie son gouvernement pour remplacer les cinq ministres kurdes par d'autres Kurdes plus dociles. Le , il publie une « loi d'autonomie » qui annule en fait les concessions promises aux Kurdes[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p. 213 à 216
  2. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p. 219 à 224
  3. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p. 255-256
  4. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.216 et 224 à 226
  5. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.226 à 244
  6. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.253
  7. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.246 à 253
  8. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.258-259 et 265-266
  9. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.253 à 261 et 265-266
  10. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.266 à 273
  11. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.273 à 276
  12. Jean-Pierre Viennot, « Le malheur d’une nation sans Etat »,Le Monde Diplomatique, avril 1970
  13. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.276 à 280
  14. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.281 à 300

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Paris, Flammarion, coll. « L'Histoire vivante », , 393 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
    • Sabri Cigerli (Co-auteurs Didier LE SAOUT enseignant-chercheur) LES KURDES: L’émergence du nationalisme kurde (1874-1945) dans les archives diplomatiques françaises, Paris, 2019.
    • Sabri Cigerli, (Co-auteurs Didier LE SAOUT enseignant-chercheur): Öcalan et le PKK. Les mutations de la question kurde au Moyen-Orient, Paris, 2005.
    • Sabri Cigerli, Les Kurdes et leur histoire, Paris 1999.
    • Sabri Cigerli, Les réfugiés kurdes d’Irak en Turquie, Paris, 199

Annexes[modifier | modifier le code]