Bataille de Noirmoutier (30 septembre 1793)

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Bataille de Noirmoutier
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Informations générales
Date
Lieu Île de Noirmoutier
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Jean-Conrad WielandFrançois Athanase Charette de La Contrie
Forces en présence
200 à 800 hommes[1],[2]2 000 hommes[3]
Pertes
Aucune2 morts[3]

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 47° 00′ 16″ nord, 2° 15′ 12″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Vendée
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Bataille de Noirmoutier
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Bataille de Noirmoutier

La première bataille de Noirmoutier se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des républicains qui repoussent une tentative des Vendéens pour s'emparer de l'île de Noirmoutier.

Prélude[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Saint-Fulgent, Charette se sépare de Lescure et regagne Legé le 26 septembre[3]. Il se porte ensuite dans les environs de Machecoul[3], puis peut-être à l'île de Bouin[4]. Cependant de nombreux combattants abandonnent son armée pour regagner leurs villages, souvent dévastés par le passage des troupes républicaines[3]. D'après les mémoires de l'officier Lucas de La Championnière, Charette n'a alors plus que 600 à 700 hommes avec lui, ainsi qu'un « train embarrassant d'artillerie »[3],[A 1].

Des habitants de Barbâtre, une des communes de l'Île de Noirmoutier, viennent alors le rejoindre et lui proposent leur aide pour attaquer l'île[3]. D'après les mémoires de François Piet, alors officier dans l'armée républicaine et par la suite juge de paix du canton de Noirmoutier dans les années 1830, Charette est également contacté par madame Victoire Élisabeth Mourain de l'Herbaudière, née Jacobsen, veuve de Charles Mourain de l'Herbaudière, ancien maire de Noirmoutier-en-l'Île, condamné à mort le 3 mai 1793 et exécuté aux Sables-d'Olonne pour avoir pris part à l'insurrection de mars 1793[3]. D'après Piet, celle-ci, désireuse de venger la mort son mari, lui envoie une lettre l'engageant à s'emparer de l'île Noirmoutier, qui lui assurerait des communications avec l'Angleterre et dont il pourrait obtenir des secours[3]. Cette version est également reprise par l'auteur royaliste René Bittard des Portes et par l'historien républicain Charles-Louis Chassin[3].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Charette décide de passer à l'offensive et rassemble environ 2 000 hommes dans les environs de Legé[3]. La garnison de l'île de Noirmoutier est quant à elle forte d'au moins 200 à 800 hommes, sous le commandement de Jean-Conrad Wieland[1],[2].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 29 au 30 septembre, la petite armée de Charette s'engage sur le passage du Gois, une chaussée submersible praticable à pied lors des marées basses, qui relie l'île de Noirmoutier au continent par Beauvoir-sur-Mer[3],[4],[6]. Pendant de ce temps à l'intérieur de l'île, les conjurés s'emparent des batteries d'artillerie de Barbâtre pour enclouer les canons[3],[A 2].

Le déroulement des événements diffère sur certains points selon les sources[3],[6]. D'après le rapport de Wieland, repris par Savary, les conjurés de l'île s'emparent à 4 heures du matin de quatre postes et des batteries du Gois et de la Fosse[3],[7]. Ils désarment les artilleurs, enclouent cinq canons, puis s'avancent à la rencontre de Charette[3],[7]. Prévenu par un laboureur nommé Ganachaud, Wieland donne l'alarme, et reprend le contrôle des batteries[3],[7],[6],[8]. Quelques pièces sont déclouées et la colonne de Charette est canonnée et repoussée alors qu'elle s'était avancée au-delà de la pierre Belise et qu'elle ne lui restait plus à franchir que le passage du retranchement[3],[7].

Dans ses mémoires[A 3], l'officier vendéen Lucas de La Championnière affirme quant à lui que les hommes de Charette ne sont engagés qu'à mi-chemin sur le passage du Gois lorsqu'un tir de canon leur fait comprendre que la surprise est manquée[3],[9]. D'après lui, un des conjurés aurait déclenché accidentellement le feu d'une des pièces[3],[9],[6]. Craignant de voir leur retraite coupée par la montée de la marée, les Vendéens font demi-tour un peu avant l'aube[3],[9]. Ils sont pris sous le feu d'une chaloupe canonnière et regagnent Beauvoir-sur-Mer[3],[9].

Après cet échec, Charette gagne l'île de Bouin, puis fait une tentative infructueuse du côté de Saint-Gilles-Croix-de-Vie[4],[9]. Il rentre à Legé le 3 octobre[4].

Pertes[modifier | modifier le code]

D'après Lucas de La Championnière, la colonne de Charette n'a perdu que deux hommes[3].

Le commandant Wieland établit ensuite une commission militaire pour rechercher et juger les conjurés[8]. Elle est constituée d'un capitaine et d'un sergent du 5e bataillon de la Manche, d'un commissaire de la marine et de deux officiers de la garde nationale[8]. Un certain Charles Le Roux, canonnier au poste de La Bassotière, est notamment accusé d'avoir désarmé la garde du poste du Bois et du poste du Cazis à la tête de 40 « brigands »[3]. Cependant le résultat des travaux de la commission est inconnu[8],[A 4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Nous vînmes à Legé où nous séjournâmes ; tous les pays que nous parcourions étaient déserts : chacun avait fui le rencontre des Mayençais, beaucoup de maisons étaient incendiées. Legé était dans cet état et nous fûmes obligés de chercher dans les décombres le peu de comestibles qui avaient pu échapper à la flamme, tels que des pois ou quelques autres légumes que nous mangeâmes tout simplement cuits dans de l'eau, tant nous avions grand appétit. Notre sommeil fut encore moins tranquille que notre nourriture n'avait été succulente. On nous annonça l'ennemi venant par le chemin de Nantes, par celui de Palluau et par la route de Machecoul. Nous avions un train embarrassant d'artillerie, et je crois que nous n'étions guère plus de six à sept cents pour le défendre. Chaque paysan retournait chez lui, à mesure qu'on s'approchait de sa demeure et dans cette nuit, la crainte en fit encore déserter un grand nombre ; heureusement l'alerte était fausse ; nous couchâmes le lendemain aux environs de Machecoul et nous nous rendîmes à l'isle de Bouin sans rencontre.

    Beaucoup de ces paysans rentrant chez eux trouvaient non seulement leur maison ruinée, mais leur foyer souillé, leurs femmes déshonorées ; rien n'arrêtait les misérables qui nous combattaient, ni la vieillesse, ni la maladie ; les malheureuses femmes qu'ils avaient prises de force étaient souvent massacrées ensuite et ces crimes étaient commis non seulement par des soldats, mais par des officiers supérieurs qui ne reculaient devant aucune atrocité[5]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

  2. Selon René Bittard des Portes, Charette « fit déguiser en pêcheurs un certain nombre de ses soldats, originaires de l'île, et les fit embarquer sur des bâteaux... Ce détachement devait aborder au hameau de la Maison rouge à une lieu au nord-ouest du point d'atterissage dans l'île par le Gouas » pour s'emparer des batteries[4]. D'après le mémoires de François Piet, ce détachement ne devait servir qu'à protéger l'entrée de l'île, la prise des batteries devant être effectuée par des conjurés depuis l'intérieur de l'île[4].
  3. « L'armée de Charette resta seule dans la Vendée : nos camarades du Haut-Poitou nous regardaient comme déshonorés ; si leurs succès avaient continué, M. Charette était perdu. Il avait refusé de se réunir à eux, de toutes parts on l'accusait de lâcheté et ce fut sans doute pour établir sa gloire par quelques coups d'éclat qu'il essaya de s'emparer de l'île de Noirmoutier.

    Des habitants de Barbâtre vinrent lui proposer des moyens faciles d'en venir à bout : il ne fallait, disaient-ils, que se présenter pendant la nuit, ils devaient enclouer les canons apparemment mal gardés ; l'enlèvement de la ville eût alors été fort peu de chose. Nous nous rendîmes au passage du Gouâ à l'heure indiquée. M. Charette y entra à pied et encouragea ses gens en les assurant du succès, mais lorsqu'on fut à moitié chemin, un coup de canon nous annonça que nous étions découverts ; un de ceux qui devaient enclouer les canons, mit le feu, dit-on, à la lumière, en frappant sur le clou. Il fallait regagner le rivage : l'heure de la marée approchait et le jour commençait à poindre. Un petit bâtiment placé dans le Gué nous canonna de toutes ses forces ; nous ne perdîmes cependant que deux hommes. Après cet événement nous sortîmes de Bouin, chacun retourna à son poste ; l'ennemi avait évacué tout le pays. M. Charette fit une tentative sur Saint-Gilles, qui ne réussit point[9]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

  4. En 1894, Charles-Louis Chassin écrit : « Il ne reste aucune trace des travaux de cette commission. Un grand nombre de pièces, dont la découverte à Noirmoutier, dans une barrique, fut annoncée par le capitaine Pannetier en 1887, lors de l'enquête historique qu'avait commandée le ministre de la guerre (général Boulanger) en vue du Centenaire de la Révolution de 1789, sont devenues depuis introuvables et passent pour avoir été détruites, faute d'avoir été consignées dans un dépôt public[8]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dumarcet 1998, p. 279.
  2. a et b Dumarcet 1998, p. 294.
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w et x Dumarcet 1998, p. 275-276.
  4. a b c d e et f Dumarcet 1998, p. 281.
  5. Lucas de La Championnière 1994, p. 54-55.
  6. a b c et d Gabory 2009, p. 326.
  7. a b c et d Savary, t. II, 1824, p. 197-198.
  8. a b c d et e Chassin, t. III, 1894, p. 151-152.
  9. a b c d e et f Lucas de La Championnière 1994, p. 55-56.

Bibliographie[modifier | modifier le code]