Présent (linguistique)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Présent.

Le présent est un temps, une inflexion de verbe, utilisée pour exprimer :

  • une action actuelle
  • un état
  • une action habituelle
  • un évènement dans un avenir proche
  • une action commencée dans le passé mais qui continue actuellement.

Il y a deux formes communes de temps présent dans les langues indo-européennes : l’indicatif présent et le subjonctif présent.

Les valeurs de Présent[modifier | modifier le code]

En français, le présent de l'indicatif est susceptible d'emplois variés régulièrement appelés "valeurs":

  • présent d'énonciation ou présent actuel : il exprime une action effectuée au moment où l'on parle, que ce moment désigne l'instant ou la durée. Lorsqu’il y a ambiguïté, on peut utiliser une périphrase comme « en ce moment », « être en train de »… pour clarifier l’intention :
En ce moment, je mange du chocolat (instant).
La nuit tombe (durée).
En anglais, il sera traduit par le présent progressif (tous les autres temps étant traduits par le présent simple).
  • présent d’habitude ou de répétition : indique un fait habituel ou chronique, pouvant être parfois opposé à l'instant :
Le dimanche, je me repose (habitude) - Le maître de maison serre la main des invités (répétition).
Oui, je fume (d'habitude), mais aujourd'hui je ne fume pas (instant).
  • présent de vérité générale, (aussi appelé présent omnitemporel ou gnomique) : il indique qu'un fait est vrai (règle ou adage) dans sa globalité, quel que soit le moment où on le considère. Typique des proverbes, des énoncés scientifiques…
La terre tourne autour du soleil.
Bien mal acquis ne profite jamais.
Dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés de l'angle droit.
  • présent de caractérisation : il est employé pour attribuer une caractéristique au sujet, comme dans une description.
Cette jeune fille a les yeux bleus.
Mon premier amour a les dents jaunes.
  • futur annexé au présent : cette tendance à employer le présent en fonction de futur s'est généralisée en français parlé.
Je vous contacte dès qu'il se manifeste.
Attendez. Je vous ouvre la porte.
  • passé immédiat annexé au présent : employé aussi bien en français parlé qu'écrit.
Il sort d'ici (à l'instant, maintenant).
  • présent de narration ou présent historique : il est employé dans les récits pour donner un relief particulier à un fait en le rendant plus présent à l'esprit du lecteur ou de l'auditeur. Il est généralement introduit par des temps du passé.
Le 15 décembre 1926, il épouse Marie et convole en justes noces.
Hier, j'ai essayé de le convaincre. Je lui montre les papiers; il me rit au nez.

Avantages et inconvénients du présent historique[modifier | modifier le code]

Employé intentionnellement et mélangé au passé simple, le présent historique permet des effets remarquables, comme dans Le Siècle de Louis XIVVoltaire, après avoir montré l'état désespéré de la France en 1712, en arrive à la bataille de Denain qui renversa brusquement le cours des événements. Le changement de temps se produit en cours de phrase, au début et à la fin, pour mieux montrer le retournement de la situation : de Villars donna le change au prince Napoléon. Un corps de dragons s'avança à la vue du camp ennemi, comme si on se préparait à l'attaquer; et, tandis que ces dragons se retirent ensuite vers Guise, le maréchal marche à Denain, avec son armée, sur cinq colonnes. (24 juillet 1712) On force les retranchements du général Albemarle, défendus par dix-sept bataillons ; tout est tué ou pris. Le général se rend prisonnier avec deux princes de Nassau, un prince de Holstein, un prince d'Anhalt, et tous les officiers. Le prince Eugène arrive à la hâte, mais à la fin de l'action, avec ce qu'il peut amener de troupes ; il veut attaquer un pont qui conduisait à Denain et dont les Français étaient maîtres ; il y perd du monde, et retourne à son camp après avoir été témoin de cette défaite.
Tous les postes vers Marchiennes, le long de la Scarpe, sont emportés l'un après l'autre avec rapidité. (30 juillet 1712) On pousse à Marchiennes, défendue par quatre mille hommes ; on en presse le siège avec tant de vivacité, qu'au bout de trois jours on les fait prisonniers, et qu'on se rend maître de toutes les munitions de guerre et de bouche amassées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la supériorité est du côté du maréchal de Villars. (Septembre et octobre 1712) L'ennemi déconcerté lève le siège de Landrecies, et voit reprendre Douai, le Quesnoy, Bouchain. Les frontières sont en sûreté. L'armée du prince Eugène se retire, diminuée de près de cinquante bataillons, dont quarante furent pris, depuis le combat de Denain jusqu'à la fin de la campagne.

On remarque que même si le temps de narration est le présent historique, l'imparfait est maintenu.

Employé systématiquement, par la simple difficulté qu'ont certains à manier le passé simple, il aboutit à des équivoques qu'on ne retrouve pas dans d'autres langues où s'est maintenue l'opposition présent/passé. Soit la phrase allemande : « 1971 erweiterte Gaston Lenôtre seinen Standort mit der «École Lenôtre», an der jährlich 3 000 Meisterkonditoren und -köche sich fortbilden » ; l'opposition entre le prétérit erweiterte et le présent fortbilden montre bien que si l'école a été fondée en 1971 elle est toujours en activité ; avec une traduction comme : « En 1971 Gaston Lenôtre se développe en créant l'École Lenôtre où chaque année se perfectionnent 3000 maîtres-pâtissiers et maîtres cuisiniers », on ne peut savoir si l'école existe toujours ou a disparu depuis.

Dans La Traduction Spécialisée: L'Exemple de l'Énonciation en Linguistique Française, le professeur Laurent Seychell montre un inconvénient du présent historique du fait qu’alors « le texte n’est pas à même d’exploiter les ressources qu’offre l’alternance entre passé simple et imparfait » et il donne cette phrase tirée du Monde : « La commission d’urbanisme commercial donne un avis défavorable, mais le préfet est seul juge : il appuie le projet. » Si on met le texte au passé simple (avec « donna » et « appuya », on ne sait pas s’il faut écrire : « le préfet fut seul juge » (il s’agit d’une décision qu’il a prise de son propre chef) ou « le préfet était seul juge » (il a exercé un droit permanent)[1].

Conjugaisons[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. [Laurent Seychell, It-traduzzjoni speċjalizzata, Brockmeyer Verlag, Bochum, 2011, p. 234)]