Prélude et fugue en majeur (BWV 874)

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Le Clavier bien tempéré II

Article général Pour un article plus général, voir Le Clavier bien tempéré.

Prélude et fugue n°5
BWV 874
Le Clavier bien tempéré, livre II (d)
Ré majeur
Ré majeur
Prélude
Métrique 12
8
Fugue
Voix 4
Métrique alla breve
Liens externes
(en) Partitions et informations sur IMSLP
(en) La fugue jouée et animée (bach.nau.edu)

Le prélude et fugue en majeur, BWV 874 est le cinquième couple de préludes et fugues du second livre du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach.

Le prélude d'une dimension exceptionnelle, évoque le caractère d'une sonate bipartite de Scarlatti. La fugue à quatre voix, en style vocal, se focalise que le procédé de strette auquel se prête son sujet ; la complexité est comparable à L'Art de la fugue.



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  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {
%fontSize = #-2
  }
<<
  \relative c' {
    \key d \major
    \time 12/8
    \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 

     %% INCIPIT CBT II-5, BWV 874, ré majeur
     r8^\markup{Prélude} d16 e fis g a8 fis a d a d fis d fis | a4 << { a4 } \\ { fis4 } >> | \once \override Staff.TimeSignature #'stencil = ##f \time 4/8  \bar ".."

     \skip 16*1
     \override Staff.Clef.extra-offset = #'( -1 . 0 )
     \clef bass
     \time 2/2 
     r8^\markup{Fugue} d,8 d d g,4 b~ b8 e, a g fis4 d

  }
>>
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     \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver" 
     \override SpacingSpanner.common-shortest-duration = #(ly:make-moment 1/2) 
       }
   }
  \midi {}
}

Prélude[modifier | modifier le code]

Le prélude, noté simultanément alla breve et 12
8
, de 56 mesures, est l'un des diptyques les plus joués[1], l'une des plus magnifiques pièces de clavecin du second livre[2], que Ferruccio Busoni qualifie de douée d'un « sentiment de liberté sans contrainte ».

Bach compose pour cette tonalité une pièce longue, à trois voix, aux allures de gigue, articulée en deux parties d'inégale longueur. Plus que prélude, elle prend la forme d'une véritable sonate mono-thématique régulièrement structurée, avec exposition (mesures 1–16), développement (mesures 17–40) et réexposition (mesures 40–56).

Le thème est une fanfare sur l'accord de majeur suivie d'une réponse très orchestrale semblant convier d'abord les flûtes à la mesure suivante et les cordes à la troisième mesure. L'exposition elle-même annonce les grands classiques avec son thème de quatre mesures, le conséquent de huit et la conclusion de quatre mesures. Pour la seconde section, le thème est renversé[3].

L'inspiration évoque Scarlatti[4],[5] (voir aussi celui en si-bémol majeur) ; et pour la forme — si ce n'est l'absence de second thème — ce prélude-sonate peut soutenir la comparaison avec une œuvre de jeunesse de Haydn ou Mozart[3] et aux œuvres de la décennie 1740 d'Emanuel et Friedemann Bach (sonate en majeur, F. 3, éd. 1745). Dans sa solennité, Keller rapproche ce prélude de la sinfonia d'ouverture de la cantate BWV 29, également en majeur[6].


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\header {
  tagline = ##f
}

%% PRÉLUDE CBT II-5, BWV 874, ré majeur

#(define ((double-time-signature) grob)
   (grob-interpret-markup grob
      (markup #:override '(baseline-skip . 0) #:number
        (#:line ((markup (#:musicglyph "timesig.C22"))
                 (#:center-column ("12" "8")))))))

upper = \relative c' {
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 
  \clef treble 
  \key d \major
  \tempo 4 = 84

  \override Staff.TimeSignature.stencil = #(double-time-signature)
  \time 4/4

  \tuplet 3/2 { r8 d16 e fis g a8 fis a d a d fis d fis } |
  << {
    a4 a a8( g) g( fis) | fis4 r4 r2 | r4 fis4 fis8 e e d | d r8 r4 \tuplet 3/2 { r8 e,16[ fis gis a] b8 gis b } |
    e r8 r4 \tuplet 3/2 { r8 d,16 e fis gis a8 fis a } | d8.
  } \\ {
    r4 fis4 fis8 e e d |
    \tuplet 3/2 { d \stemUp \change Staff = "lower" d,,16 e fis g a8 fis a \stemDown \change Staff = "upper" d a d fis d fis } |
    a4 a a8( g) g( fis) | \tuplet 3/2 { fis fis16 e d cis b8 d b } gis r8 r4 |
    \tuplet 3/2 { r8 e'16 d cis b \stemUp \change Staff = "lower" \voiceOne a8 cis a } fis8 r r4 |
  } >>
}

lower = \relative c {
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 
  \clef bass 
  \key d \major
  \override Staff.TimeSignature.stencil = #(double-time-signature)
  \time 4/4
  
  < d d, >4 r4 r2 | r4 d' a' a, | d r4 r2 | r4 d, a' a, |
  d8.*8/9 d,16*4/3 d'8.*8/9 d16*4/3 d4 \tuplet 3/2 { r8 \stemDown e16 d cis b } |
  \voiceTwo cis8.*8/9 cis,16*4/3 cis'8.*8/9 cis16*4/3 cis4 \tuplet 3/2 { r8 d16 cis b a } |
  b8
} 

\score {
  \new PianoStaff <<
    \set PianoStaff.instrumentName = #"BWV 874"
    \new Staff = "upper" \upper
    \new Staff = "lower" \lower
  >>
  \layout {
    \context {
      \Score
      \remove "Metronome_mark_engraver"
      \override SpacingSpanner.common-shortest-duration = #(ly:make-moment 1/2)
    }
    \context {
      \Staff
      \omit TupletBracket
      \omit TupletNumber
    }
  }
  \midi { }
}


L'écriture simultanée en binaire (alla breve) et en ternaire (12
8
) est courante chez Bach, mais d'habitude seul le mètre binaire est écrit ; les triolets sont indiqués au début, puis laissés à la sagacité du lecteur.

Extrait de la Courante de la 4e suite française (BWV 815).

Voir par exemple la Courante de la 4e suite française (BWV 815) qui est notée 3
4
plutôt que 9
8
.

Autre convention habituelle, l'écriture « croche-pointée double » (en binaire) remplace l'écriture « noire croche » (en ternaire), ce qui permet une ligature facilitant la lecture de l'interprète. D'ailleurs la double-croche est alors alignée verticalement avec la troisième des groupes de trois croches, comme on le voit aux mesures 5 et 6 du prélude[7].

Au contraire, deux croches ou quatre croches à la suite (en binaire) sont jouées régulièrement ; on le voit à la mesure 18, où elles sont alignées avec des séries de trois doubles-croches en ternaire.

Cette pièce pourrait être écrite entièrement en 12
8
, avec des quartolets à trois endroits : d'abord aux mesures 2 et 4, puis aux mesures 18 et 20, enfin aux mesures 42 et 44. Bien entendu cela alourdirait la partition avec de nombreuses noires pointées, et surtout de nombreuses paires de soupirs et demi-soupirs car on n'avait pas l'habitude d'écrire des soupirs pointés.


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\header {
  tagline = ##f
}

%% PRÉLUDE CBT II-5, BWV 874, ré majeur

upper = \relative c' {
  \clef treble 
  \key d \major
  \tempo 4. = 84
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 

  \time 12/8

  r8 d16 e fis g a8 fis a d a d fis d fis |
  << {
    a4. a \tuplet 4/6 { a8[( g) g( fis)] } | fis4. r4 r8 r4 r8 r4 r8 |
    r4 r8 fis4. \tuplet 4/6 { fis8[ e e d] } | d8 r r r4 r8 r8 e,16[ fis gis a] b8 gis b |
    e8 r r r4 r8 r8 d,16 e fis gis a8 fis a | d8.
  } \\ {
    r4 r8 fis4. \tuplet 4/6 { fis8[ e e d] } |
    d \stemUp \change Staff = "lower" d,,16 e fis g a8 fis a \stemDown \change Staff = "upper" d a d fis d fis |
    a4. a \tuplet 4/6 { a8[( g) g( fis)] } | fis fis16 e d cis b8 d b gis8 r8 r8 r4 r8 |
    r8 e'16 d cis b \stemUp \change Staff = "lower" \voiceOne a8 cis a fis8 r8 r8 r4 r8 |
  } >>
}

lower = \relative c {
  \clef bass 
  \key d \major
  \time 12/8
  
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 
  
  <d d,>4. r4 r8 r4 r8 r4 r8 | r4 r8 d'4. a' a, | d r4 r8 r4 r8 r4 r8 | \break
  r4 r8 d,4. a' a, | d4 d,8 d'4 d8 d4. r8 \stemDown e16 d cis b |
  \voiceTwo cis4 cis,8 cis'4 cis8 cis4. r8 d16 cis b a |
  b8
} 

\score {
  \new PianoStaff <<
    \set PianoStaff.instrumentName = \markup { \column { "BWV 874" "(modernisé)" } }
    \new Staff = "upper" \upper
    \new Staff = "lower" \lower
  >>
  \layout {
    \context {
      \Score
      \remove "Metronome_mark_engraver"
      \override SpacingSpanner.common-shortest-duration = #(ly:make-moment 1/2)
    }
  }
  \midi { }
}

Fugue[modifier | modifier le code]

Caractéristiques
4 voix — alla breve, 50 mes.
⋅ 25 entrées du sujet
réponse tonale et réelle
contre-sujet
⋅ 5 divertissements
Procédés
canon, strette

La fugue à quatre voix, notée alla breve, est longue de 50 mesures.

Le sujet est en style de choral, calme et noble, dont les premières notes répétées évoquent la canzone des maîtres du XVIIe siècle. Bien que ce sujet soit composé de deux motifs, l'interprète doit bien se garder de le couper en deux. Le motif b revient près de cent fois[6].



\version "2.18.2"
\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {

  }
<<
  \relative c' {
    \clef bass
    \key d \major
    \time 2/2
    \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 

     %% SUJET fugue CBT II-5, BWV 874, ré majeur
     r8 \[ d8 d d^\markup{a} g,4 b~ \] b8 \[ e, a^\markup{b} g fis4 \] \parenthesize d

  }
>>
  \layout {
     \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver" 
    }
  }
  \midi {} 
}


D'allure plus modeste que son prélude, la fugue en strettes[4] est divisée en deux sections : mesures 1–27 et 27–50. L'exposition enchaîne les entrées dans l'ordre : ténor, alto, soprano, basse (mesures 1–10), suivie d'une double redite mais en canon, alto-soprano (mesures 10–12 et 14–16). Après l'exploitation du motif b du premier divertissement, nouvelle présentation en canon à trois voix, ténor, soprano, alto conduisant vers un passage en fadièse mineur, avec un nouveau canon à l'octave, basse, soprano, alto (mesures 27–28). Suit un canon à la sixte, ténor, alto, soprano (mesure 33). Après une descente de deux octaves de la basse, suit une entrée spectaculaire et isolée du ténor (mesure 40). Bach termine la fugue par un canon très serré à la tierce inférieure, conviant les quatre voix de haut en bas (mesures 44–46), et très difficile voire impossible à réaliser parfaitement au clavier[6].



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\header {
  tagline = ##f
}

Dux           = { r8-\markup{Dux} d8 d d g,4 b~ b8 e, a g }
Comes         = { r8-\markup{Comes} a8 a a d,4 fis~ fis8 b, e d }

upper = \relative c'' {
  \clef treble 
  \key d \major
  \time 2/2
  \tempo 4 = 84
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 

   %% FUGUE CBT II-5, BWV 874, ré majeur
   R1 r2 \Comes << { s1 \relative c'' { \Dux fis2 gis a4 r8 e8 a g fis4~ fis e8 d cis4 d~ d8 b'16 a b8 d, cis4 } } \\ { cis8 e a g fis4 a~ a8 d, g fis e fis g4~ g fis8 e d4 r4 | r4 r8 b8 e d cis4~ cis r8 a8 d cis b4 a } >>

}

lower = \relative c' {
  \clef bass 
  \key d \major
  \time 2/2
  \set Staff.midiInstrument = #"harpsichord" 
    
   \Dux fis4 d r8 fis8 b a gis2 a4 cis r8 a8 d cis b2 r8 b8 e d 
   << { cis2 r8 a8 d cis b2 r8 e,8 a g | fis e d4 r8 d8 g fis | e4 < gis d >8 < fis cis > < e b >2 | e2*1/2 } \\ { \relative c' { \Comes  cis8 b a4  | r8 a8 d cis b a g4~ g8 fis b a gis2 a4 } } >>
    
} 

\score {
  \new PianoStaff <<
    \set PianoStaff.instrumentName = #"BWV 874"
    \new Staff = "upper" \upper
    \new Staff = "lower" \lower
  >>
  \layout {
    \context {
      \Score
      \remove "Metronome_mark_engraver"
    }
  }
  \midi { }
}

Manuscrits[modifier | modifier le code]

Les deux principales sources[8], en l'absence de ce couple dans le manuscrit de la British Library Londres (Add. MS. 35 021), sont :

Postérité[modifier | modifier le code]

Théodore Dubois en a réalisé une version pour piano à quatre mains[10], publiée en 1914.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Hugo Riemann (trad. de l'allemand), Analysis of J.S. Bach's Wohltemperirtes clavier [« Katechismus der fugen-komposition »], vol. 2, Londres, Augener & Co., 1893 (1re éd. 1891 (de)), 234 p. (lire en ligne)
  • (en) Cecil Gray, Forty-Eight Preludes and Fugues of J.S .Bach, Oxford University Press, 1938, 148 p. (OCLC 603425933, lire en ligne [PDF]), p. 104–106.
  • Hermann Keller, Le clavier bien tempéré de Johann Sebastian Bach : l'œuvre, l'interprétation, Paris, Bordas, coll. « Études », 1973 (1re éd. 1965(de)), 233 p. (OCLC 373521522, présentation en ligne, lire en ligne [PDF]), p. 157–160
  • Roland de Candé, Jean-Sébastien Bach, Paris, Seuil, 1984, 493 p. (ISBN 2-02-008505-4, OCLC 319750728, notice BnF no FRBNF34763585).
  • (en) Yo Tomita, J. S. Bach’s ‘Das Wohltemperierte Clavier II’ : A Study of its Aim, Historical Significance and Compiling Process, Leeds, University of Leeds, 1990 (lire en ligne [PDF])
  • (en) Yo Tomita, J. S. Bach’s ‘Das Wohltemperierte Clavier II’ : A Critical Commentary, vol. 2 : All the extant manuscripts, Leeds, Household World Publisher, 1995, 1033 p. (lire en ligne [PDF]), p. 15–25 ; 26–29
  • François-René Tranchefort (dir.), Guide de la musique de piano et de clavecin, Paris, Fayard, coll. « Les Indispensables de la musique », , 867 p. (ISBN 978-2-213-01639-9, OCLC 17967083, lire en ligne), p. 35.
  • Guy Sacre, La musique pour piano : dictionnaire des compositeurs et des œuvres, vol. I (A-I), Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1998, 2998 p. (ISBN 2-221-05017-7), p. 212.
  •  Robert Levin (clavecin, clavicorde, orgue et piano-forte) (trad. Anne Paris-Glaser), « Bach, Clavier bien tempéré, livre II : BWV 870-893 », p. 644, Hänssler Edition Bachakademie, vol. (102 à) 117, 2000 (OCLC 705291496).
  • (en) David Schulenberg, The keyboard music of J.S. Bach, New York, Routledge, 2006, viii–535 p. (ISBN 0415973996, OCLC 63472907, lire en ligne), p. 250–252.
  • Yo Tomita, « préface », dans J.-S. Bach, Clavier bien tempéré, Livre II, Henle, , xvii-163 p. (ISMN 979-0-2018-0017-2, lire en ligne), p. IX–XIII

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]