Précarité menstruelle

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La précarité menstruelle est la difficulté ou manque d'accès des personnes réglées aux protections hygiéniques par pauvreté. La précarité menstruelle a notamment pour origine le coût des produits hygiéniques, qui rend leur accès difficile, et a pour principale conséquence l'exclusion des personnes réglées, dont le décrochage scolaire. Dans le monde, jusqu'à 500 millions de personnes vivent dans la précarité menstruelle (2019)[1].

En France, le coût des dépenses pour les règles (qui concernent 15,5 millions de femmes, soit un quart de la population, en 2018) varie entre 1700 euros et 5400 euros tout au long d'une vie (sans compter les médicaments et les sous-vêtements)[2].

Origine[modifier | modifier le code]

La précarité menstruelle a pour origine le manque d'information et d'infrastructures adaptées (accès à l'eau potable), ainsi que le coût élevé des protections hygiéniques. Une femme sur dix ne pourrait pas avoir accès à ces produits dans le monde[1]. Dans les pays occidentaux, les femmes sans-abris, les personnes précaires et étudiantes sont particulièrement touchées en raison du budget nécessaire à l'achat de ces protections[3]. Les femmes (cisgenres), les personnes non-binaires et les hommes trans peuvent être concernés par la précarité menstruelle[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Pour la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique, la précarité menstruelle a pour conséquence une diminution des opportunités offertes aux filles et aux femmes à travers le monde. Ces personnes sont ainsi parfois obligées de concevoir leurs propres protections, parfois inefficaces et peu ou pas hygiéniques. Le manque d'accès aux protections hygiéniques a pour principale conséquence l'exclusion des personnes réglées, dont le décrochage scolaire pour les plus jeunes[1].

La précarité menstruelle est aussi présente en prison. En effet dans ces lieux de détention, les femmes ne reçoivent généralement qu'un « kit arrivante » avec le nécessaire d'hygiène dont notamment quelques serviettes hygiéniques. Même si elles ont souvent accès à des protections supplémentaires, elles sont souvent plus chères que dans les grandes surfaces et s'en procurer de meilleure qualité devient compliqué. De ce fait, certaines femmes décident de créer elles-mêmes leurs protections hygiéniques notamment des coupes menstruelles. Elles sont réalisées à partir d'anciennes bouteilles et ne sont donc pas conformes aux règles sanitaires[5].

Dans de nombreux pays, occidentaux ou non[6], de jeunes filles s'abstiennent d'aller à l'école durant leurs règles parce qu'elles ne disposent pas de protection hygiénique, manquant jusqu'à 145 jours d'école de plus que leur homologues masculins au Royaume-Uni[1]. En France, 1,7 million de femmes manqueraient de protections menstruelles et des femmes sont parfois contraintes de choisir entre acheter des protections hygiéniques ou s'alimenter[4]. Certaines femmes optent pour l'utilisation de papier journal, de papier toilette, d'essuie-tout, de chaussette[4], jusqu'à l'utilisation de bouteilles d'eau comme coupe menstruelle par des femmes en prison, faute d'accès à des protections hygiéniques à des prix décents[7].

Le défaut d'hygiène lié à la précarité menstruelle peut entraîner démangeaisons et infections, pouvant mener à un syndrome du choc toxique. C'est également un problème concernant la réinsertion : 17 % des femmes qui bénéficient du soutien d'association distribuant des protections hygiéniques ont déjà manqué le travail ou un rendez-vous par manque de protection, tandis que 12 % des jeunes filles ont manqué des cours[4].

Initiatives[modifier | modifier le code]

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Depuis 2016, la ville de New York met à disposition des protections hygiéniques gratuites dans les écoles publiques, les centres pour sans-abris et les établissements pénitentiaires[8].

Aux États-Unis, l'association à but non lucratif Period., créée par Nadya Okamoto en a pour but d'aider les personnes précaires à accéder à des protections hygiéniques[9].

Europe[modifier | modifier le code]

Le concept de "précarité menstruelle", traduction de period poverty en anglais, est dénoncé en France dès février 2015[10] par le collectif Georgette Sand, qui a mobilisé l'ensemble du paysage associatif[11] sur la taxe sur les protections menstruelles[12], dite "taxe tampon".

En Écosse, les écoles et universités mettent à disposition des protections hygiéniques gratuites depuis 2018[3].

Courant 2020, le gouvernement écossais a lancé une mesure contre la précarité menstruelle, la loi votée en première lecture par 112 députés garantie la distribution de protections hygiéniques dans les lieux publics comme les universités ou les centres communautaires[13]. Cette opération est chiffrée à 28 millions d'euros[14]. Il s'agit d'une première mondiale dans la lutte contre la précarité menstruelle.

Pour plusieurs associations, l'accès aux protections hygiéniques devrait être un droit et gratuit, avoir ses règles n'étant pas nécessairement un choix[15] et les produits d'hygiène menstruelle des produits de première nécessité. Néanmoins la France se penche sur la question des règles depuis 2016[14].

En France, une mutualité étudiante rembourse partiellement l'achat de protections hygiéniques[16],[3],[15]. De plus certaines associations organisent des collectes de protections hygiéniques[3] comme l'association Règles élémentaires fondée en 2015 qui collecte des protections redistribuées par d'autres organisations comme les Restos du coeur, le Samu social, le Secours populaire[4] et Monthly Dignity France[17]. D'autres encore, comme Soie Rouge, produisent elles-mêmes les protections hygiéniques (ici, des serviettes lavables) qu'elles redistribuent à des personnes en situation de précarité. Cependant les protections hygiéniques ne sont pas encore distribuées en quantité suffisante[6].

En 2019, l'association Dons Solidaires et la marque Always lancent une campagne contre la précarité menstruelle, à travers le hashtag #NonàLaPrécaritéMenstruelle dans un objectif de sensibilisation, associée à une récolte de protections hygiéniques du au . Plusieurs youtubeuses et influenceuses apportent également leur soutien à cette campagne[18],[19],[20]. D'autres ONG souhaitent abolir le tabou des règles et de la précarité menstruelle dans le monde. Par exemple l'ONG Care lance la campagne #RespectezNosRègles, avec le soutien d'influenceurs[21]. Le collectif Georgette Sand sollicite les pouvoirs publics et le Parlement européen pour contraindre les fabricants à communiquer la composition de leurs produits : précarité menstruelle ne doit pas signifier produits nocifs pour la santé des femmes[22].

En , une jeune parisienne militante lance un mouvement sur Instagram pour lutter contre la précarité menstruelle, en publiant des photos d'elle dans les rues de Paris sans protection hygiénique et avec ses vêtements tachés, dans le but de sensibiliser la population à la banalité des règles et pour demander à l'État français que les protections périodiques soient totalement prises en charge par celui-ci ou gratuites[23].

En octobre 2019, le collectif Georgette Sand défile devant le Ministère de la Justice pour dénoncer la précarité menstruelle des publics vulnérables et notamment en prison[24]. Le gouvernement budgète dans la loi de finances 2021 un budget de 5 millions d'euros[25] dont une partie est fléchée vers les lieux privatifs de liberté.

En , le gouvernement français annonce une expérimentation consistant à distribuer gratuitement des protections périodiques, grâce à l'implantation de distributeurs dans des lieux publics. Cette initiative inclut des mesures pour lutter contre le manque d'information des industries sur le sujet[26]. La région Ile de France équipe 31 lycées de distributeurs de protections périodiques en 2020 dans le cadre d'une expérimentation, prévoyant qu'en 2021, 465 établissements soient concernées[27]. Les résidences universitaires et les universités volontaires sont par la suite concernées[27].

En , le Royaume-Uni a supprimé la "taxe tampon" sur tous les produits périodiques.

Controverses[modifier | modifier le code]

Le problème de la précarité menstruelle est souvent remis en cause au regard du prix assez faible des protections hygiéniques. Le concept de précarité menstruelle interroge aussi quant au rôle des pouvoirs publics vis-à-vis des besoins primordiaux des individus, et certains voient dans les revendications de remboursement des protections hygiéniques une dérive de l’état-providence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Month After Month: Period Poverty », (consulté le 20 mars 2018).
  2. « Précarité menstruelle : combien coûtent les règles dans la vie d’une femme ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 13 mars 2020)
  3. a b c et d Anissa Boumediene, « Précarité menstruelle: Comment fait-on quand on n'a pas de quoi acheter serviettes et tampons? », sur 20 minutes, (consulté le 20 mars 2019).
  4. a b c d et e Dorothée Duchemin, «Il a fallu que je choisisse: j’achète des protections hygiéniques ou je mange?», sur Slate, (consulté le 27 mars 2017).
  5. « Précarité menstruelle : en prison, des femmes fabriquent des cups avec des bouteilles en plastique », sur L'Obs (consulté le 7 mai 2019)
  6. a et b « Précarité menstruelle : quand avoir ses règles coûte cher » (consulté le 20 mars 2019).
  7. Helena Ergisi, « Des bouteilles en plastique en guise de cups, le système D des prisonnières », (consulté le 23 mars 2019).
  8. Caroline Criado-Perez, Femmes invisibles : Comme le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes, First, , 400 p. (ISBN 2412053030), p. 339.
  9. (en-GB) « PERIOD talk with Nadya Okamoto — Assembly | Malala Fund », sur Assembly (consulté le 10 décembre 2020)
  10. « Un collectif féministe dénonce la taxation des tampons et serviettes hygiéniques », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  11. « Taxe tampon : la mobilisation féministe a payé », sur L'Obs (consulté le 26 février 2021)
  12. Anne-Laure Chouin, « Taxe tampon : quand les féministes s'emparent de la fiscalité », France Culture,‎ (lire en ligne)
  13. « Royaume-Uni. L’Écosse adopte la gratuité des protections périodiques, une première historique », sur Courrier international, (consulté le 13 mars 2020)
  14. a et b « Précarité menstruelle : vers la gratuité des protections périodiques en Ecosse », sur www.pourquoidocteur.fr (consulté le 13 mars 2020).
  15. a et b Simon Auffret, « En France, la difficile reconnaissance de la précarité menstruelle », sur Le Monde, (consulté le 20 mars 2019).
  16. « Pour ses adhérents, la LMDE rembourse désormais les protections hygiéniques », sur Le Monde, (consulté le 20 mars 2019).
  17. « Monthly Dignity - France » (consulté le 22 octobre 2019)
  18. « Always dit non à la précarité menstruelle », sur L'ADN, (consulté le 23 avril 2019)
  19. Bibamagazine.fr, « Always s'engage contre la précarité menstruelle - Biba », sur www.bibamagazine.fr, (consulté le 23 avril 2019)
  20. Clémentine Hologan, « Always dit non à la précarité menstruelle en faisant appel aux influenceuses », sur Influenth, (consulté le 23 avril 2019)
  21. « #RespectezNosRègles, la campagne de CARE pour briser le tabou menstruel », sur www.terrafemina.com (consulté le 23 avril 2019)
  22. QueenCamille, « Au fait, c'est quoi un tampon bio ? », Madmoizelle,‎ (lire en ligne)
  23. « Elle se balade à Paris sans protection périodique pour dénoncer la précarité menstruelle », sur www.terrafemina.com (consulté le 23 avril 2019)
  24. J.G., « Des militantes demandent des protections moins chères pour les détenues », AFP,‎ (lire en ligne)
  25. Virginie Ballet, « 4 millions d'euros supplémentaires pour lutter contre la précarité menstruelle », Libération,‎ (lire en ligne)
  26. « Des protections périodiques seront distribuées gratuitement à des femmes précaires », sur leparisien.fr, (consulté le 13 mars 2020)
  27. a et b Marlène Thomas, « Les facs et résidences étudiantes franciliennes bientôt dotées de distributeurs de protections périodiques gratuites », sur Libération (consulté le 5 février 2021)

Voir aussi[modifier | modifier le code]