Pouvoir universel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le pape Pie II et l'empereur Frédéric III.
Le pape Jean XII et l'empereur Otton Ier.
L'antipape Clément III et l'empereur Henri IV.

Au Moyen Âge, le terme pouvoirs universels renvoie au Saint-Empire romain germanique et au pape. Les deux se battent pour ce qu'on appelle le dominium mundi (en), ou « domination du monde » en termes de suprématie politique et spirituelle. L'empereur et le pape maintiennent leurs autorités respectives au moyen de divers facteurs tels que la dispersion territoriale, le faible niveau des techniques et du développement de la production du mode de production féodale et la tendance sociale et politique allant du féodalisme à la décentralisation du pouvoir.

Les pouvoirs universels perdurent au début du XIXe siècle jusqu'aux guerres napoléoniennes. La réorganisation de l'Europe signifie la fin effective de l'Empire. Bien que la papauté voit ses limites territoriales confinées au Vatican et perd en influence dans les relations internationales, elle conserve son influence spirituelle dans le monde contemporain.

Origines[modifier | modifier le code]

Étant donne le césaropapisme de l'empire byzantin, la situation en Occident après le déclin de l'Empire romain assure une position exceptionnellement puissante à l'Évêque de Rome. En tant qu'unique patriarche de l'Occident, son statut est bientôt transformé en celui de primatie. En plus de ce pouvoir spirituel, l'évêque de Rome cherche à gagner le pouvoir temporel sur un territoire détenu par divers royaumes germaniques afin d'en faire une véritable théocratie. L'évêque de Rome essaye d'étendre son territoire de la ville de Rome sur l'ensemble de l'Italie et à la suite à l'ensemble de l'Empire romain d'Occident (en conformité avec la donation de Constantin). Le couronnement de Charlemagne en l'an 800,qui commence l'empire carolingien, marque l'apparition d'une autorité laïque aux prétentions universelles. La longue coexistence de deux siècles du pontife et de l'empire (regnum et sacerdocium) est difficile et aboutit à la querelle des investitures et à plusieurs formulations idéologiques différentes (la théorie des deux épées, Plenitutdo postestatis, Dictatus papae, condamnations de la simonie et du nicolaïsme). Ce faisant, le pape essaye d'établir la suprématie de l'autorité religieuse sur l'autorité civile (en), démarche qui en vient à être appelée « augustinisme politique ». Pendant ce temps, l'empereur tente de faire respecter la légitimité de sa position, qui prétend descendre de l'ancien Empire romain (Translatio imperii). Pour ce faire, il crée sa propre capacité militaire pour imposer son pouvoir territorial et étendre son pouvoir sur la vie religieuse. Cela est fait d'une manière similaire à celle de son équivalent en Orient. Les efforts aboutissent loin de leurs objectifs[1].

Évolution[modifier | modifier le code]

La division de l'empire carolingien entre les héritiers de Louis le Pieux et les revendications de différentes dynasties au titre impérial, comme les Ottoniens et la maison de Hohenstaufen, affaiblissent le pouvoir des empereurs et les soumettent à un système d'élection. Celui-ci les rend dépendants d'un délicat jeu d'alliances entre les nobles qui détiennent le titre de prince-électeur, certains laïques et d'autres ecclésiastiques. Nonobstant, il tente régulièrement de reprendre le pouvoir impérial (Otton III, Henri II). Cela conduit parfois à des affrontements spectaculaires (Henri IV, Frédéric Barberousse, Frédéric II ). Le renforcement du pouvoir de la papauté est très important à partir du pape Grégoire Ier et dépend de l'appui des ordres monastiques, surtout de l'ordre de Cluny. La constitution d'un grand nombre de ces nouveaux royaumes en fait des féodalités obligées au pape qui les libère de la domination féodale théorique de l'empereur ou d'un autre roi (comme c'est le cas du Portugal). Sur le territoire du saint Empire germanique, la rivalité entre les Guelfes, soutiens de la papauté, et les Gibelins, partisans de l'empereur, domine l'Allemagne et la vie politique italienne du XIIe siècle au XVe siècle.

Finalement, l'autorité de l'empereur se transforme en quelque chose de purement théorique, faute d'une base économique ou militaire forte. Il est incapable non seulement de tenir tête aux monarchies féodales définitivement libres de toute subordination Rex superiorem non recognoscens in regno suo est Imperator (décrétale Per Venerabilem d'Innocent III datée de 1202)[2], mais à ses propres princes territoriaux ou cités italiennes. L'autorité papale elle-même se délabre. Les croisades, préconisées par le pape, ne lui donnent pas plus de contrôle sur les territoires brièvement conquis en Terre sainte, les royaumes européens ou les nouveaux ordres religieux. Avec le papauté d'Avignon et le grand Schisme d'Occident, la monarchie française subjugue la papauté sous son contrôle. Cela affaiblit encore le pouvoir du pape et sape le pouvoir intimidant de l'excommunication jusqu'alors fort redouté[3].

D'autre part, la production d'arguments théoriques sur le thème du pouvoir universel, continue et comprend des contributions comme celles de Marsile de Padoue, Defensor Pacis, ou de Guillaume d'Ockham, « Huit questions sur l'autorité du Pape » (1342) et De imperatorum et pontificum potestate (1347)[4]. Ces travaux continuent de saper les ambitions universelles des deux autorités et sont produits par les auteurs les plus importants de la crise de la scolastique. Celle-ci débat de l'adoption et de l'extension de nouvelles idées juridiques prises au droit romain, avec le jus commune de l'école de Bologne d'une part et le conciliarisme du conseil de Florence de l'autre.

Fin[modifier | modifier le code]

L'empereur Charles Quint se réconcilie avec le roi François Ier de France, tous deux encouragés par le pape Paul III, tableau par Sebastiano Ricci.

Les deux pouvoirs universels entrent dans l'âge moderne très affaiblis bien que leur pouvoir continuent à être notables. Ils essayent de récupérer ce qui est perdu. Ces tentatives, toutefois, s'avèrent infructueuses, comme dans le cas de l'empereur Charles Quint[5] et les pontifes de la Renaissance (Alexandre VI et Jules II), dont les ambitions s’avèrent impossibles, surtout après la réforme protestante. La réalité imposée au cours de l'Ancien Régime est que de nouvelles monarchies autoritaires (comme les monarchies catholiques) évoluent vers l'absolutisme (comme en France) ou vers les révolutions bourgeoises (comme aux Pays-Bas avec la révolte néerlandaise et en Angleterre avec la guerre civile anglaise). En 1648, le traité de Westphalie supplante définitivement le rôle des pouvoirs universels et entraîne des relations internationales sécularisées sur la base du pragmatisme et de l'importance des États souverains[6]. Même dans les pays catholiques, la théorie selon laquelle seul le monarque peut accorder des redevances limite effectivement le pouvoir pontifical.

Le XIXe siècle voit la fin des deux pouvoirs universels comme entités territoriales : le Sacro Imperio est officiellement aboli par Napoléon Bonaparte qui créé son propre empire, et bien que l'empire de Napoléon est défait, le Saint-Empire romain germanique n'est pas rétabli dans la redéfinition de la carte européenne à la suite du Congrès de Vienne (1814–1815). Les territoires récupérés par la maison de Habsbourg sont transformés en un État multinational, d'abord comme empire autrichien et plus tard comme monarchie double, l'Empire austro-hongrois, qui dure jusqu'en 1918. Par ailleurs, la direction de la Prusse dans la Confédération allemande nouvellement créée entraîne la constitution du second empire allemand en 1871[7]

En même temps, les relations du pape avec la Révolution française et Napoléon, comme avec l'idéologie du libéralisme lui-même, oscillent entre l'opposition directe et la coexistence forcée. En 1860, le nouveau royaume d'Italie formé par le royaume de Piedmont-Sardaigne, conquiert les base territoriale des États pontificaux (appelée Marches) dans le centre de l'Italie. Cependant, le Royaume d'Italie ne prend Rome elle-même qu'en 1871 lorsque le second Empire de Napoléon III retire sa garnison de Rome qui servait à protéger les États pontificaux. Le rejet par le pape de la situation et l'enfermement volontaire des papes au Vatican continuent jusqu'au accords du Latran de 1929 avec le fasciste italien Benito Mussolini[8].

Depuis lors, les efforts du pape sur la scène internationale et dans les affaires internes des pays catholiques transcendent les dimensions territoriales de la Cité du Vatican, ce qui démontre que la dimension religieuse est décisive. Il montre également que ce qui est appelé puissance douce, bien que subtil, peut être efficace en raison de son poids moral, idéologique et culturel.

Sacre de Napoléon et Joséphine devant le pape, réduit à un rôle d'observateur, huile sur toile deJacques-Louis David.

Continuité du terme[modifier | modifier le code]

Le nom « empire » est appliqué à des types d'entités politiques qui n'ont pas eu une fonction universelle (théocratique ou césaropapiste), mais pour ceux qui ont un sécularisé un mondial. Cela est possible en termes géostratégiques pour la première fois depuis l'émergence d'une économie mondiale[9].

Bien que les premiers empires à se former (l'empire portugais et l'empire espagnol au XVIe siècle) à leur époque ne se réfèrent pas à eux-mêmes comme des empires, (les Espagnols se désignent en termes providentialistes, comme la monarchie catholique), le nom est généralement appliqué par l'historiographie (qui applique « empire » à toute forme politique du passé avec des dimensions multinationales : empire turc, empire mongol, empire Inca).

Par conséquent, cela se fait pour l'empire russe, qui prétend être une « nouvelle Rome » après la chute de Constantinople en 1453 (le titre tsar est dérivé de Caesar).

Le terme est également appliqué aux possessions territoriales d'outre-mer des États européens :

De même, le mot « empire » est également utilisé pour désigner des entités non-européennes, tels que l'empire chinois et l'empire du Japon, ou pour donner le titre d'empereur à des dirigeants comme le Négus d'Éthiopie, le chah de Perse et le sultan du Maroc[10].

Dans la plupart des cas, il s'agit d'une « courtoisie diplomatique ». Depuis la guerre froide, il est également commun de désigner les deux superpuissances rivales comme l'empire américain et l'empire soviétique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Julio Valdeón Baruque (es) et José Ángel García de Cortázar (es), dans FERNÁNDEZ ÁLVAREZ, Manuel; AVILÉS FERNÁNDEZ, Miguel y ESPADAS BURGOS, Manuel (dirs.) (1986), Gran Historia Universal (volúmenes 11 y 12), Barcelona, Club Internacional del Libro. (ISBN 84-7461-654-9). Especially Julio Valdeón: La época de las ideas universales. El pontificado y el imperio. Las criuzadas. Capetos y Angevinos, pp. 131–157.
  2. Francisco Tomás y Valiente (es) et al. (1996) [Autonomía y soberanía. Una consideración histórica], Madrid : Marcial Pons; cité dans Revista de estudios histórico-jurídicos no 21, Valparaíso 1999 (ISSN 0716-5455) [1]
  3. Julio Valdeón, op. cit., El siglo XIII. El fin de las construcciones universales. El auge de las monarquías nacionales, vol. 12 pp. 161–184.
  4. Bibliographic review « Copie archivée » (version du 10 juillet 2011 sur l'Internet Archive) of this.
  5. L'idée impériale de Charles Quint, est à l'occasion caractérisée comme une monarchie universelle et fait l'objet de nombreuses interprétations différentes sur sa modernité ou son caractère médiéval. Ses conseillers, le chancelier italien Gattinara Murcurino, son précepteur flamand Adrien d'Utrecht (futur pape Adrien VI) et les castillans docteur Mota et le moine Antonio de Guevara. (Carlos V y la lengua española « Copie archivée » (version du 10 mai 2008 sur l'Internet Archive) par Manuel Alvar extrait de Nebrija y estudios sobre la Edad de Oro. Madrid: C.S.I.C., 1997, pp. 169–188; qui recueille et commente brièvement la bibliographie du débat). Autres références : Fichier de l'article par Joseph Pérez. File of the classic work « Copie archivée » (version du 11 mai 2008 sur l'Internet Archive) par Ramón Menéndez Pidal (1937), réponse à partir d'un point de vue « hispaniste » au livre de l'Allemand Karl Brandi, Carlos V. Vida y fortuna de una personalidad y de un Imperio mundial (Notes over the documentary and bibliographic resources about Charles V par Claudia Möller, in cervantesvirtual). très brève référence sur le sujet « Copie archivée » (version du 11 mai 2008 sur l'Internet Archive) dans Kalipedia.
  6. La evolución del sistema interestatal desde la Paz de Westfalia hasta la Revolución Francesa, vista desde una perspectiva analítica (« Évolution du système interétatique de la paix de Westphalie jusqu'à la Révolution française, considérée du point de vue analytique »), qui cite comme source Rosecrance, The Rise of the State Trading. Commerce et conquête dans le monde moderne, New York, Basic Books, 1986.
  7. Eric J. HOBSBAWM, Las Revoluciones Burguesas (The Age of Revolution. Europe 1789–1848), Barcelona: Labor, (ISBN 84-335-2978-1)
  8. Eric J. HOBSBAWM, La Era del capitalismo (The Age of Capital 1848–1875), Barcelona: Labor, (ISBN 84-335-2983-8)
  9. Concept de Fernand Braudel Fernand BRAUDEL, Civilización material, economía y capitalismo, siglos XV–XVIII, Madrid, Alianza, (ISBN 84-206-9024-4) desarrollado por Immanuel Wallerstein Immanuel WALLERSTEIN, El moderno sistema mundial La agricultura capitalista y los orígenes de la economía-mundo europea en el siglo XVI, Madrid, Siglo XXI, (ISBN 84-323-0342-9)
  10. Eric J. HOBSBAWM, La Era del Imperio (The Age of Empire 1875–1914), Barcelona: Labor, (ISBN 84-335-9298-X) p. 56–57

Source de la traduction[modifier | modifier le code]