Poupées Jumeau

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Une poupée Jumeau (vers 1870).

Une poupée Jumeau est une poupée à tête en porcelaine fabriquée en France au XIXe siècle.

La fabrication des poupées Jumeau a commencé dans les années 1840 dans la Maison Jumeau fondée par Louis-Désiré Belton et Pierre-François Jumeau à Montreuil-sous-Bois. Belton ne reste pas longtemps dans l'entreprise, mais sous la direction de Pierre-François Jumeau puis de son fils Émile-Louis Jumeau, les poupées Jumeau gagnent une réputation auprès des amateurs de poupées pour leurs visages raffinés et leurs vêtements reproduisant la mode de l'époque. Elles sont toujours recherchées de nos jours.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'entreprise Jumeau est fondée dans les années 1840 par un partenariat entre Pierre-François Jumeau et Louis-Désiré Belton[1]. La fabrique est située à Montreuil-sous-Bois[2].

Ils présentent leurs poupées pour la première fois à l'Exposition nationale de 1844 où elles reçoivent une mention honorable. En 1846, le nom de Belton n'est plus associé aux poupées, qui deviennent les poupées Jumeau[3]. Ces poupées reçoivent ensuite une médaille de bronze à l'Exposition des produits de l'industrie française en 1849, puis sont présentées à l'Exposition universelle de 1851 à Londres où l'entreprise reçoit un premier prix[3]. Pendant cette période, l'entreprise vend surtout ses propres poupées, mais dans les années 1850 et 1860, elle vend aussi des poupées de cire importées du Royaume-Uni[4].

Bébé Jumeau dans un catalogue de jouets vers 1880.

Les premières récompenses des poupées Jumeau sont dues à la qualité de leurs vêtements mais aucune remarque particulière n'est faite sur les poupées elles-mêmes. Vers 1860, Pierre-François Jumeau crée une poupée avec une tête en porcelaine de Sèvres et des bras en cuir, en carton ou articulés en bois, c'est le « bébé Jumeau ». À l'Exposition universelle de 1867, l'entreprise reçoit une médaille d'argent avec une « mention spéciale pour la tête des poupées »[3]. C'est également cette année que le deuxième fils du fondateur, Émile-Louis Jumeau, rejoint l'entreprise, qui connaît sous sa direction son heure de gloire à la fin du XIXe siècle[5].

Vers 1873, est lancé le « bébé incassable », qui se compose de carton moulé à tête de porcelaine, de membres en bois évidé, puis d’articulations et de rotules par juxtaposition de pièces tournées, enfin de mains dites incassables, grâce à une composition de silicate de potasse mélangée de colle et de sciure de bois. L'artiste Carrier-Belleuse sculpte un modèle de tête artistique[6]. La même année, l'entreprise reçoit une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1873 à Vienne[3].

Grâce à ces récompenses, à leurs yeux de verre réalistes et à leurs vêtements réputés de qualité fabriqués par des costumiers, les bébés Jumeau sont produits par milliers pour le marché international[7].

Bébé Jumeau au Musée des arts décoratifs à Paris.

L'entreprise Jumeau gagne encore une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878. Cette récompense fait l'objet de publicités sur les corps, les boîtes, les chaussures et même les étiquettes des vêtements des poupées. L'entreprise gagne également d'autres récompenses spécifiques aux fabricants de poupées à l'Exposition universelle de 1879 à Sydney et à l'Exposition universelle de 1880 à Melbourne en Australie, ce qui rend les poupées très recherchées à l'international, considérées comme des articles de luxe et des signes extérieurs de richesse. L'entreprise connaît un grand succès et produit plus de trois millions de poupées par an au milieu des années 1890. Cependant, quelques années plus tard, la concurrence de poupées moins chères venues d'Allemagne met l'entreprise en difficulté[6].

Le , afin d'éviter une faillite générale des entreprises de jouets français et lutter contre la concurrence allemande en abaissant les prix de revient, est formé un consortium, la Société française de fabrication de bébés et jouets[6] ; le siège est situé 8 rue Pastourelle[8]. Les bébés Jumeau y sont intégrés, mais ils sont encore nommés comme tels dans le guide de l'Exposition universelle de 1900[9].

Réputation[modifier | modifier le code]

Les poupées Jumeau sont toujours recherchées par les collectionneurs, et peuvent se vendre aux enchères pour des milliers d'euros selon les modèles[10].

Ces poupées sont par exemple visibles au Musée de la poupée ancienne à Paris[11] et au Musée de la Poupée et du Jouet ancien situé dans la Cité médiévale de Guérande[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Constance Eileen King, Jumeau : Les plus belles poupées françaises, Edita-Vilo, , 120 p. (ISBN 2-88001-177-9)
  • (en) Constance Eileen King, Jumeau, Schiffer Publishing Ltd, , 119 p. (ISBN 0-88740-115-5)
  • Jacky Lecomte, Pierre François, Georges Eugène et Émile Louis... Jumeau : une famille au berceau de leur bébé, Fédération des amis du Perche, , 63 p. (ISBN 978-2-900122-94-5)
  • François Theimer, Le bébé Jumeau, Paris, Éditions Polichinelle, , 213 p. (ISBN 978-2-905154-01-9)
  • (en) Margaret Whitton, The Jumeau Doll, Dover Publications, , 79 p. (ISBN 978-0-486-23954-5, lire en ligne)
  • (en) Juliette Peers, The Fashion Doll From Bébé Jumeau to Barbie, Oxford, Berg Publishers, (ISBN 1-85973-743-9, lire en ligne)
  • (en) Michelle Markel, Cornhusk, Silk, and Wishbones: A Book of Dolls From Around the World, HMCo Children's Books, (ISBN 0-618-05487-1, lire en ligne)
  • (en) Sally Hoban, « Antiques & Collecting: Enduring Appeal of Dolls and Teddy Bears », Birmingham Post,‎ , p. 12

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date exacte varie selon les sources, certaines parlent de l'année 1842 (Whitton 1980, p. 5) d'autres de 1843 (Hoban 2008, p. 12).
  2. M. A. Delapierre (dir.), Paris et le département de la Seine, Paris, A. Picard et Raan, (lire en ligne), p. 101
  3. a b c et d Whitton 1980, p. 5
  4. Peers 2004, p. 51
  5. B. Laveau, « La fabrication des Jouets (suite et fin) », La Science illustrée.,‎ , p. 103-6 (lire en ligne)
  6. a b et c La Revue des Deux Mondes, 1915, page 344.
  7. Markel 2000, p. 18
  8. « Annonces légales - 20 avril », Archives Commerciales de la France, vol. 26e année, no 32,‎ , p. 503
  9. H. Lapauze, Max de Nansouty, A. da Cunha, H. Jarzuel, G. Vitoux, L. Guillet,..., Le guide de l'Exposition de 1900, Paris, E. Flammarion, , 540 p., p. 260
  10. (en) « Rare French Doll Sells for Amazing Pounds 2,250 », Western Mail,‎
  11. « Salle 2 du musée de la poupée », Musée de la Poupée de Paris (consulté le )
  12. « Musée de la Poupée Guérande », sur Musée de la Poupée Guérande (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]