Potager du Roi

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Potager du Roi
Image illustrative de l’article Potager du Roi
Vue aérienne du potager du Roi du château de Versailles.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Yvelines
Commune Versailles
Cours d'eau Grand bassin central, pièce d'eau des Suisses
Histoire
Création 1683
Personnalité(s) Louis XIV, Jean-Baptiste de La Quintinie, Placide Massey
Caractéristiques
Type Jardin potager, jardin fruitier, verger
Gestion
Propriétaire État français (précédemment : la famille royale, dont Louis XIV)
Protection Logo monument historique Classé MH (1926)
Logo affichant deux demies silhouettes d'arbre Jardin remarquable
Patrimoine mondial de l'UNESCO
Localisation
Coordonnées 48° 47′ 55″ nord, 2° 07′ 16″ est
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Potager du Roi
Géolocalisation sur la carte : Yvelines
(Voir situation sur carte : Yvelines)
Potager du Roi
Géolocalisation sur la carte : Île-de-France
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Potager du Roi

Le potager du Roi est un jardin potager-fruitier de 9 hectares, créé en 1683 au château de Versailles par le directeur des jardins royaux Jean-Baptiste de La Quintinie, à la demande du roi Louis XIV, pour alimenter la cour de Versailles.

Son sort évolue après la révolution : successivement mis en location puis jardin d'application, il est finalement exploité par l'École nationale supérieure d'horticulture de 1874 à 1995. Depuis 1976, il est pris en charge par l'École nationale supérieure de paysage de Versailles.

Il est classé, avec le parc Balbi voisin, aux monuments historiques par arrêté du [1]. Reconnu Jardin remarquable de France, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979 avec le parc de Versailles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Potager créé par Jean-Baptiste de la Quintinie, à la demande de Louis XIV[modifier | modifier le code]

Alors qu'André Le Nôtre est chargé par Louis XIV de créer le parc et le jardin de son château de Versailles, le jardinier-agronome Jean-Baptiste de La Quintinie (directeur des vergers et potagers des palais royaux) créé entre 1678 et 1683 ce jardin potager-fruitier de 9 hectares, structuré en jardin à la française, voisin du parc de Versailles, de la cathédrale Saint-Louis, et du marché Notre-Dame, pour remplacer un précédent jardin de 4 hectares[2].

Jardin d'agrément et nourricier pour la cour du château de Versailles[modifier | modifier le code]

Ce jardin potager-verger a une double vocation de fournir des fruits et légumes, en toutes saisons, au potager de la Bouche du roi de France du château de Versailles. L'objectif de ce jardin est aussi de participer à la révolution agricole de l'époque en formant des jardiniers, en cultivant des plantes et variétés nouvelles. Le travail qui y est réalisé permet de développer des techniques de cultures expérimentales et innovantes, pour optimiser la qualité et et permettre une productivité intensive d'horticulture.

Pour le roi Louis XIV, ce jardin allie agrément, esthétique, qualité, productivité, et sécurité alimentaire. Féru de jardinage, il aime s'y promener, et apprend même à tailler les arbres fruitiers avec son jardinier. Madame de Sévigné note ironiquement dans des mémoires : « Le chapitre des pois dure toujours ; l'impatience d'en manger, le plaisir d'en avoir mangé, et la joie d'en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours »[3].

Acclimatation de nouvelles variétés culturales[modifier | modifier le code]

Quelques légumes du potager du Roi, en 2009.

Jean-Baptiste de La Quintinie expérimente, sélectionne, acclimate, et développe entre autres la culture de près de 400 variétés légumières qui se succèdent au fil des saisons[4]. Parmi celles-ci : laitues, oseille, épinards, fines herbes, oignons, choux, artichauts, poireaux, pois, petit pois, fèves, concombres, aubergines, carottes, tomates, asperges, citrouilles, potirons, champignon de Paris, rosé des prés, ou pomme de terre (sous Louis XVI).

De nombreux fruits y sont aussi cultivés tels que les melons, cerises, fraises, framboises, cassis, groseilles, figues, raisins, amandes, pommes, poires, coings, prunes, pêches, nectarines, abricots[5].

Une partie du jardin est occupé par les plantes médicinales, il y a également des fleurs.

Des plantes exotiques rapportées par les voyageurs, sont également acclimatées dans le jardin : kakis, grenades, citrons et oranges avec l'orangerie du château de Versailles créée en 1686.

Des innovations techniques pour obtenir des produits hors saison[modifier | modifier le code]

Il expérimente et développe des techniques d'étude des plantes au microscope. Concernant les gestion des arbres fruitiers, des savants procédés de tailles, de porte-greffe, d'espalier, de treille permettent de façonner les arbres.

Les techniques de paillage et d'irrigation, permettent de gérer la qualité du sol. L'enrichissement de la fertilité des sols est rendu possible par l'usage du fumier de bœuf, de vache, ou de cheval des écuries royales.

Des techniques de protection climatique sont également mises en place, par l'installation de successions de murs qui, en jouant des diverses expositions, permettent de créer des micro-climats pour bénéficier des pluies, préserver la chaleur du soleil, et abriter du vent et des gelées.

Ce qui est également rendu possible par l'utilisation de cloches de verre de jardinage, et de culture sous serres chauffées au bois, avec les premiers vitres de verre de grandes tailles produites à partir de 1685 par la Manufacture royale de glaces de miroirs Saint-Gobain.

Ouvrage de synthèse publié par Jean-Baptiste de la Quintinie[modifier | modifier le code]

Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un traité des orangers, de Jean-Baptiste de La Quintinie (1756).

La savante combinaison de toutes ces différentes méthodes de culture permet de servir des légumes et des fruits frais hâtifs et tardifs, à la cour du château de Versailles, même en dehors des saisons habituelles.

Jean-Baptiste de La Quintinie publie ses connaissances et résultats de ses observations journalières de ce chef-d'œuvre horticole de sa carrière, dans son ouvrage d'horticulture de référence intitulé : « Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un traité des orangers, et des réflexions sur l'agriculture ». L'ouvrage est paru en 1690, à titre posthume[6]. Dans ce livre, il décrit « ce qui, tant pour l'abondance que pour l'agrément, peut faire réussir avec plus de facilité et moins de dépense ».

Dans cet ouvrage, Jean-Baptiste de la Quintinie écrit d'ailleurs :

« La chaleur, tant dans la terre que dans l'air ne peut régulièrement venir que des rayons du soleil. J'ose dire pourtant que j'ai été assez heureux pour l'imiter en petit à l'égard de quelques petits fruits : j'en ai fait mûrir cinq et six semaines devant le temps, par exemple des fraises à la fin mars, des précoces, et des pois en avril, des figues en juin, des asperges et des laitues pommées en décembre, janvier... ».


Jardins potager du hameau de la Reine Marie-Antoinette, du parc de Versailles, de 1783.

Entre 1782 et 1783, la reine Marie-Antoinette se fait créer dans le parc de Versailles voisin son hameau de la Reine, avec d'importantes surfaces de jardins potager.

La Révolution française : le jardin est vendu[modifier | modifier le code]

Le potager du Roi abrite l'École centrale lors de la Révolution française.

Jardin d'application après la Révolution française[modifier | modifier le code]

Placide Massey a été directeur du potager du roi entre 1819 et 1848, il développe des techniques perfectionnées. Par exemple, le principe du thermosiphon était utilisé pour le chauffage des serres. Ce système est mis en place par le jardinier en chef, M. Masson. En effet, ce procédé était déjà adopté à l’époque par les horticulteurs anglais[7].

Le 3 octobre 1848, le gouvernement de la Deuxième république décide la création d’un Institut national agronomique situé à Versailles dans la Grande Écurie, qui ouvre ses portes en décembre 1850. Le potager de Versailles devient le champ d’application d’un établissement d’instruction. La direction des jardins est confiée à Auguste-François Hardy. L’Institut national agronomique est supprimé par décret le 14 septembre 1852, au rétablissement du Second Empire[7].

L'École nationale d'horticulture est créée en 1873, transférée à Angers en 1995 (puis devient l'Institut national d'horticulture et de paysage, INHP).

Localisation[modifier | modifier le code]

Le potager du Roi est établit sur un marécage préexistant, l'« étang puant », voisin du parc de Versailles et de la pièce d'eau des Suisses, non loin de l'orangerie. Il nécessite des travaux importants d'asséchage par drainage et de remblayage avec deux mètres de terre fertile issue de la création de la pièce d'eau des Suisses et des collines de Satory, enrichie avec du fumier de bœuf, de vache, ou de cheval des écuries royales. Des travaux importants de maçonnerie, pour la construction de terrasses et de hauts murs, sont réalisés par le Premier architecte du Roi Jules Hardouin-Mansart[8]. Le roi s'y rend par l'allée du Potager, et entre par « la grille du roi », une des plus belles portes monumentales en fer forgé de Versailles (parmi les rares grilles d'origine), qui donne sur l'allée de la pièce d'eau des Suisses[9],[10]. Le Fonds mondial pour les monuments (WMF) à contribué à sa restauration en 1993[11].

Architecture[modifier | modifier le code]

Plan des Potager du Roi en 1716, de l'ouvrage Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un traité des orangers, de Jean-Baptiste de La Quintinie (1756).

Ce jardin se compose de deux parties[9]:

  • le « grand carré » central de 3 hectares, consacré à la culture des légumes. Il est divisé en seize carrés disposés autour d'un grand bassin circulaire orné d'un jet d'eau central, qui sert de réserve pour l'eau d'arrosage, et entouré de quatre terrasses surélevées qui le transforment en une sorte de scène théâtrale. Les carrés sont entourés de poiriers palissés sur des contre-espaliers. À la fin du XVIIIe siècle, les terrasses du levant et du couchant ont été transformées en rampes pour faciliter la circulation des charrettes.
  • 29 jardins clos répartis autour du grand carré, et clos de hauts murs (les Onze (vergers), la figuerie, la melonnière, la prunelaie...) pour cultiver et abriter des légumes, des petits fruits et surtout des arbres fruitiers, pommiers et poiriers principalement, palissés en partie en espaliers sur les murs ou en forme libre ou conduits en espaliers. Six murs sont supprimés en 1785, dans la partie sud, trop humide et insuffisamment aérée, ne laissant subsister que cinq jardins au lieu de onze.

Depuis 1976 : l'École nationale supérieure de paysage[modifier | modifier le code]

Il est placé depuis 1976 sous la responsabilité de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles (ENSP), d'environ 400 étudiants, qui fut à l'origine une division de l'ENSH[12]. Le potager du Roi cultive à ce jour plus de 460 variétés fruitières (sur quelque 5 000 arbres fruitiers) et presque autant de variétés légumières, et produit 40 à 50 tonnes de fruits et 20 tonnes de légumes annuels, dont une partie est vendue au public (frais, en conserves et en jus) dans la boutique d'accueil attenante, ou au marché Notre-Dame de Versailles (créé par Louis XIV).

Ouvert au public depuis 1991 (du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00, du premier week-end d'avril au dernier week-end d'octobre), avec près de 40 000 visiteurs annuels[13], il recherche des partenaires et mécènes pour financer les frais d'exploitation, d'entretient et les importants besoins de restauration de ce chef-d'œuvre horticole historique[14],[15],[16],[17],[18].

Controverse[modifier | modifier le code]

En 2019, une tribune du Figaro[19] inspirée par l'association des Amis du Potager du Roi dénonce une « gestion hasardeuse, l'air de friche du jardin, les murs effondrés et des squelettes d'arbres mourants ». L'École nationale supérieure de paysage, qui a en charge la conservation, la gestion et la valorisation du site, dénonce dans une conférence de presse[20] le caractère erroné et tendancieux de cette position. Le , le Monde publie une tribune[21] cosignée par plus de 80 intellectuels, universitaires, paysagistes, architectes du patrimoine, historiens de l'art des jardins, qui dénonce à son tour les positions qu'elle juge rétrogrades et erronées de l'association des Amis du Potager du Roi.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00087681, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Le potager de Louis XIV », sur www.potager-du-roi.fr (consulté en ).
  3. « La table royale », sur www.potager-du-roi.fr (consulté en ).
  4. « Fruits et légumes de roi à Versailles », sur rendezvousauxjardins.culture.gouv.fr (consulté en ).
  5. « Le potager du Roi à Versailles », sur www.jardinsdefrance.org (consulté en ).
  6. « Instruction pour les jardins fruitiers et potagers », sur gallica.bnf.fr (consulté en ).
  7. a et b Jean Pasquier 1974.
  8. Nomexy 2011, Ulysse.
  9. a et b Quellier 2012.
  10. Riou 2013.
  11. LM 1993, Le Monde.
  12. de Roux 1995, Le Monde.
  13. « Le Potager du Roi de Versaille », sur www.potager-du-roi.fr
  14. « Face aux défis du temps, le Potager du Roi à Versailles cherche des mécènes », sur www.challenges.fr (consulté en ).
  15. « Versailles : le Potager du roi, un joyau du patrimoine vert en danger », sur www.francetvinfo.fr (consulté en ).
  16. « À Versailles, la lente agonie du Potager du roi »
  17. « Actions et investissements pour la conservation et la valorisation du potager du Roi », sur www.ecole-paysage.fr
  18. « Restaurons le Potager du roi à Versailles sans mettre en péril ses valeurs historiques et pédagogiques », sur www.lemonde.fr
  19. « https://www.lefigaro.fr/jardin/a-versailles-la-lente-agonie-du-potager-du-roi-20191004 »
  20. « http://www.ecole-paysage.fr/media/ensp_fr/UPL1652196911725588501_DPactionsENSPpourPDR161019web.pdf »
  21. « https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/18/restaurons-le-potager-du-roi-a-versailles-sans-mettre-en-peril-ses-valeurs-historiques-et-pedagogiques_6026441_3232.html »
  22. [vidéo] Les Jardins du Roi - extrait de film sur YouTube
  23. [vidéo] Les Jardins du Roi - bande annonce sur YouTube

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste de La Quintinie, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, Claude Barbin, .
  • Raymonde de Bellaigue, Le potager du Roy 1678 - 1793, École nationale supérieure d'horticulture, , 116 p. (ISBN 2-903906-00-9).
  • Rédaction LM, « Cités Versailles. La vie du " Potager " », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Emmanuel de Roux, « Projets, rénovation, mécénat », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Vincent Brunot, Le potager du roi, Gallimard, coll. « Collection Carrés de jardin », , 72 p..
  • Pierre David, Gilles Mermet et Martine Willemin, Le potager du roi, La Martinière, , 208 p..
  • Andrée Nomexy, « Versailles, rayon fruits et légumes », Ulysse magazine,‎ (lire en ligne).
  • Jean Pasquier, 100 ans d’horticulture, 1874-1974, École nationale supérieure d’horticulture, Versailles (Plaquette du centenaire), l’association amicale des ingénieurs horticoles et anciens élèves de l’ENSH, (BNF 37148756), « L’ENSH : un siècle d’histoire », p. 7 à 17.
  • Florent Quellier, Histoire du jardin potager, Armand Colin, , 192 p..
  • Jean-Michel Riou, Les Glorieux de Versailles : 1679-1682, Paris, Flammarion, (lire en ligne).
  • Lucien Bély (dir.), Dictionnaire Louis XIV, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1405 p. (ISBN 978-2-221-12482-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]