Portrait de l'artiste au turban jaune
| Artiste | |
|---|---|
| Date | |
| Type |
peinture |
| Technique |
huile sur toile |
| Dimensions (H × L) |
61,5 × 51 cm |
| Mouvement |
symbolisme, orientalisme |
| No d’inventaire |
75-23-1 |
| Localisation |
musée des Beaux-Arts de Quimper, Quimper (France) |
Portrait de l’artiste au turban jaune, ou Mon Portrait en arabe, ou Portrait de l'artiste et sa sœur, ou L'Homme au chapeau jaune, est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1894 par Émile Bernard. Elle est actuellement conservée au musée des Beaux-Arts de Quimper.
Description
[modifier | modifier le code]Cette peinture à l'huile sur toile est un autoportrait représentant l’artiste, coiffé d’un turban jaune. Dans le fond, une femme à la tête baissée, identifiée comme Hanenah Sâati, l’épouse d’Émile Bernard, semble lire ou prier[1]. Derrière les deux figures, se trouve un objet rond non-identifié[1], ainsi qu’un rideau. Les couleurs, pastel[2] et acidulées[3] sont décrites par André Cariou comme « plus méditerranéennes » que celles des œuvres précédentes de l’artiste[4].
Technique
[modifier | modifier le code]L'œuvre a été réalisée à l’aide d’une technique de peinture mate, en utilisant peu de liant dans la peinture, et sa surface n'est pas vernie[5].
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte de réalisation
[modifier | modifier le code]Le Portrait de l’artiste au turban jaune a été réalisée par Émile Bernard en 1894. L’année précédente, en mars[1], l’artiste se rend au Caire, en passant par l’Italie[4]. Ce voyage fait suite à une rupture avec Paul Gauguin qui, lors d’un banquet organisé en l’honneur de Jean Moréas le , fut désigné comme le fondateur du mouvement du symbolisme, sans qu’il soit fait mention d’Émile Bernard, qui eut pourtant un rôle très important dans son élaboration[3]. La presse reprit alors cette désignation, sans que Gauguin ne tente de la corriger[3]. L'amitié des deux peintres souffrit beaucoup de cet événement, et Bernard et Gauguin ne se revirent plus après [3].
Grâce au mécénat du comte Antoine de la Rochefoucauld[1] et d’Andries Bonger[6] Émile Bernard voyage en Égypte pour exécuter des peintures murales[4]. À son arrivée, il rencontre Hanenah Sâati[1], une jeune fille plutôt pauvre issue de la communauté syriaque orthodoxe[6]. Alors qu’elle n’a que quinze ans[1], l'artiste - alors âgé de vingt-six ans - l’épouse le , quelques semaines après leur rencontre[6]. Plus tard, cette même année, il réalisera le Portrait de l'artiste au turban jaune.
La femme, représentée aux côtés d’Émile Bernard, a parfois été identifiée comme étant Madeleine[7], la sœur de l’artiste. Celle-ci le rejoignit en Égypte en [8], ce qui peut expliquer la confusion quant à l’identité de la femme du tableau. Cependant, la majorité des experts l'identifient comme étant bien Hanenah Sâati, l’épouse de Bernard.
En , la toile apparaît sous le titre Mon Portrait en arabe dans l’inventaire des toiles de l’atelier de Bernard[6]. Cela permet de supposer que l'œuvre était restée entre les mains de l'artiste, ou dans son cercle familial, entre 1894 et 1901[6].
Entrée dans les collections du musée des Beaux-Arts de Quimper
[modifier | modifier le code]Ce tableau a été acquis par le musée des Beaux-Arts de Quimper en 1975, sous le nom L'Homme au chapeau jaune, à la suite de son achat auprès des commissaires-priseurs Ader-Picard-Tajan[9]. Il était alors daté de 1899[9]. L’année suivante, l'œuvre connut une restauration[10].
Analyse
[modifier | modifier le code]Interprétation
[modifier | modifier le code]L'œuvre est fréquemment considérée comme une recherche d’identité de l’artiste[6], à la suite de sa rupture avec Paul Gauguin et à son arrivée en Égypte. Le turban jaune que porte Émile Bernard n’a pas de signification certaine. Toutefois, Stephen F. Eisenman y voit une preuve de l’adoption des coutumes égyptiennes par l’artiste, ou même une façon de faire de lui une sorte de figure biblique[1]. Le textile, visible à l’arrière-plan, montre l’intérêt marqué de Bernard pour cet art et pour son utilisation comme un motif abstrait, qu’il partageait avec Gauguin[1]. L'œuvre est considérée comme étant encore synthétiste, notamment grâce à l'aspect bidimensionnel des différents plans et par le fait que le fond est traité de façon décorative[3]. Cependant, elle a été identifiée par Wu Chaoying comme étant la dernière œuvre synthétiste de l’artiste, dont la production s'oriente ensuite vers l’imitation des maîtres modernes, comme Titien ou Vélasquez[3].
Émile Bernard et les autoportraits
[modifier | modifier le code]Cette œuvre est un des nombreux exemples d'autoportraits réalisés par Bernard[11]. Il en existe en effet plus de 40, que l'artiste réalisait annuellement[11]. Portrait de l'artiste au turban jaune se distingue par le fait que l'artiste n'y est pas représenté seul, ce qui est plutôt rare[11]. Dans toutes ces œuvres, Bernard est reconnaissable à son visage triangulaire, son front large, sa moustache et son bouc, qui restent présents malgré les années[11]. Les différences dans ces autoportraits tiennent principalement au style de l'artiste, qui évolue d'année en année[11].
Expositions
[modifier | modifier le code]- Du au : Gauguin and his friends, Ordrupgaard, Charlottenhund, Danemark[4]
- Du au : 30e anniversaire, musée d’Orsay, Paris, France[2]
- Du au : Simbolismo. Arte in Europa dalla Belle Epoque alla Grande Guerra, Palazzo Reale, Milan, Italie[12]
- Du au : Emile Bernard, la peinture en colère, Kunsthalle, Brême, Allemagne[13]
- Du au : Émile Bernard (1868-1941), musée de l’Orangerie, Paris, France[6]
- Du au : A la lettre, Léon Deubel, poète, musée de Belfort, Belfort, France[12]
- Du au : Gauguin Elsewhere, Taipei Fine Arts Museum, Taipei, Taïwan[3]
- Du au : Paul Gauguin: Artist of Myth and Dream, Complesso del Vittoriano, Rome, Italie[1]
- Du au : L’Aventure de Pont-Aven et Gauguin, musée de Capodimonte, Naples, Italie[12]
- Du au : L'École de Pont-Aven dans les collections du musée des Beaux-Arts de Quimper, musée des Beaux-Arts de Quimper, Quimper, France[12]
- De juillet à : Painting in Brittany, Gauguin and his friends, Laing Art Gallery, Newcastle Upon Tyne, Angleterre[12]
- De février à : Émile Bernard, American Center for Art and Culture, Paris[12]
- De janvier à : Aquarelles orientales d'Émile Bernard, musée Gauguin, Tahiti[12]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Stephen F. Eisenman, Anne-Birgitte Fonsmark, et al., Paul Gauguin : artist of myth and dream, Milan, Italie, Skira, , 439 p., p. 410.
- 1 2 Musée d'Orsay, Des prêts du monde entier pour les 30 ans du musée d'Orsay (Dépliant), .
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Wu Chaoying, Gauguin Elsewhere, , p. 316.
- 1 2 3 4 Paul Ordrupgaardsamlingen, André Cariou et Dorthe Vangsgaard Nielsen, Gauguin and his friends, Ordrupgaard, (ISBN 978-87-94211-06-2).
- ↑ Isabelle Chochod, Fiche d'intervention (document interne), Quimper, France, Dossier « Portrait de l'artiste au turban jaune » du musée des Beaux-Arts de Quimper.
- 1 2 3 4 5 6 7 Rodolphe Rapetti, Fred Leeman, Marie-Paul Vial, Émile Bernard: 1868 - 1941 ; [... à l'occasion de l'exposition "Émile Bernard", Paris, musée de l'Orangerie, 16 septembre 2014 - 5 janvier 2015], Musée d'Orsay, (ISBN 978-2-08-134304-7 et 978-2-35433-148-1).
- ↑ Elisabeth Walter, Lettre d'Elisabeth Walter à Pierre Quiniou (document interne), Dossier « Portrait de l'artiste au turban jaune » du musée des Beaux-Arts de Quimper.
- ↑ Pierre Quiniou, Lettre de Pierre Quiniou à Elisabeth Walter (document interne), L'auteur fait ici référence à l'ouvrage « Émile Bernard, l'initiateur », de Jean-Jacques Luthi ; Dossier « Portrait de l'artiste au turban jaune » du musée des Beaux-Arts de Quimper.
- 1 2 Mémoire de vente de l'œuvre « L'homme au chapeau jaune » d'Émile Bernard (document interne), Dossier « Portrait de l'artiste au turban jaune » du musée des Beaux-Arts de Quimper.
- ↑ André Mielniczek, Mémoire de restauration du tableau « Portrait de l'artiste et sa sœur » d'Emile Bernard (document interne), Dossier « Portrait de l'artiste au turban jaune » du musée des Beaux-Arts de Quimper.
- 1 2 3 4 5 « Les autoportraits d'Émile Bernard, miroir et manifeste », Dossier de l'art, no 221, , p. 24.
- 1 2 3 4 5 6 7 Musée des Beaux-Arts de Quimper, « Portrait de l'artiste au turban jaune »
, sur Musée des Beaux-Arts de Quimper (consulté le ). - ↑ Anne Kunsthalle et Dorothee Établissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie, Emile Bernard: am Puls der Moderne, Wienand, (ISBN 978-3-86832-243-9).
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Catalogues d'exposition
[modifier | modifier le code]- Wu Chaoying, Gauguin Elsewhere, Taipei Fine Arts Museum, , 365 p.

- Stephen F. Eisenman, Anne-Birgitte Fonsmark et al., Paul Gauguin : artist of myth and dream, Milan, Italie, Skira, , 439 p. (ISBN 8861304583), p. 410.

- Paul Ordrupgaardsamlingen, André Cariou et Dorthe Vangsgaard Nielsen, Gauguin and his friends, Ordrupgaard, (ISBN 978-8-794-21106-2).

- Rodolphe Rapetti, Fred Leeman, Marie-Paul Vial, Émile Bernard: 1868 - 1941 ; [... à l'occasion de l'exposition "Émile Bernard", Paris, musée de l'Orangerie, 16 septembre 2014 - 5 janvier 2015], Musée d'Orsay, (ISBN 978-2-08-134304-7).

Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Portrait de l'artiste au turban jaune », sur Musée des Beaux-Arts de Quimper (consulté le ).
- « Portrait de l'artiste au turban jaune », sur Collections du musée des Beaux-Arts de Quimper (consulté le ).