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Porte de Schaerbeek

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La porte de Schaerbeek à la fin du XVIIIe siècle

La porte de Schaerbeek (en néerlandais : Schaarbeeksepoort) est une des anciennes portes de la seconde enceinte de la ville de Bruxelles. Construite au XIVe siècle, renforcée au XVIe siècle, elle fut détruite en 1784 et remplacée, pendant quelques décennies, par des pavillons d'octroi.

À l'origine elle portait le nom de porte de Cologne puisqu'elle donnait accès à la vieille route de Cologne[1], (dont l'actuelle chaussée de Helmet est un vestige), qui permettait de rejoindre l'axe commercial allant de Bruges à Cologne. En raison du développement du village de Schaerbeek, le nom de celui-ci a fini par remplacer celui de la ville rhénane[réf. nécessaire].

L'appellation porte de Schaerbeek est encore utilisée au XXIe siècle pour désigner le carrefour de la rue Royale et du boulevard du Jardin Botanique[2].

La Porte de Schaerbeek et la Porte de Louvain sur la carte de Ferraris du XVIIIe siècle

Située sur les remparts entre la porte de Louvain et la porte de Laeken, elle sert d'accès nord à la ville.

À l'intérieur, la porte donne accès à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, en passant par le chemin de Schaerbeek et la rue aux Herbes Potagères. À partir des années 1820, la rue Royale connecte la porte au parc de Bruxelles. Au XXe siècle, le chemin de Schaerbeek disparaît sous la Cité administrative de l'État.

À l'extérieur, plusieurs chemins partent de la porte, l'actuelle chaussée de Haecht, étant entretenue par la ville, d'au plus tard en 1700[3].

L'attaque de la porte par l'armée lors du déclenchement des Quatre Jours de Bruxelles.

La porte de Cologne est aménagée en 1359[4]. Déjà en 1360 elle est alternativement appelée porte de Schaerbeek[5]. Elle est défendue, dès 1383, par le lignage Coudenbergh, rejoint après la révolte de 1422 par la nation de Saint-Géry[6].

Quand en 1577, Bruxelles devient une ville frontalière des sécessionistes de la Guerre de Quatre-Vingts Ans, le magistrat renforce les portes les plus vulnérables avec des ravelins, donc celles dont les fossés n'ont pas de l'eau, donc tout d'abord la porte de Schaerbeek[7]. Ça n'a pas empêché la prise de la ville par les Espagnols en 1585.

D'après une liste des montants perçus comme péages sur les charrettes aux différentes portes de la ville en 1595, on peut conclure que la porte de Schaerbeek est économiquement la moins intéressante des portes. On y a récolté 37 fl., contre 45 à 137 fl. aux autres portes[8].

En août 1669, un incident à la porte de Schaerbeek risque de déclencher une révolte : Quand un paysan se plaint que des soldats espagnols, à la garde de la porte, lui auraient volé des légumes, ils le tuent. Des maraîchers des environs se ruent vers la ville et chassent les soldats des portes de Schaerbeek et Louvain. Le gouverneur, Juan Domingo de Zúñiga y Fonseca, comte de Monterey, va apaiser les esprits en personne et assure l'exécution du coupable plusieurs jours plus tard. Ce qui calme en effet les esprits[9].

Quand, dans les années qui suivent, ce gouverneur fait adapter les fortifications de Bruxelles aux nouvelles techniques de siège et à l’apparition de l’artillerie, notamment en faisant construire le Fort de Monterey sur les hauteurs de Saint-Gilles, la porte de Schaerbeek est dotée d'un ouvrage à cornes, composé de deux demi-bastions reliés par une courtine et protégé par des ravelins[10].

C'est par la porte de Schaerbeek, que le général français Maurice de Saxe force l'entrée dans la ville, la nuit du au , terminant donc le siège de Bruxelles lors de la Guerre de Succession d'Autriche. Les Français prennent d'assaut l'ouvrage à cornes après avoir pratiqué une brèche dans la courtine[11]. Le portier a déjà été tué par une bombe qui détruit sa maisonnette, le 12 février[12].

D'une lettre de l'époque napoléonienne on peut tirer que la porte de Schaerbeek comportait un logement pour le portier, composé de deux chambres basses, trois chambres hautes et un grenier, ainsi qu'un logement pour la consigne militaire comprenant deux chambres basses, deux chambres hautes et une cour[13]

En 1822, la rue Royale est prolongée, d'une manière rectiligne, de la place de Louvain vers le nord, le nouveau tronçon s'appelle au début rue Royale Neuve. Pour se trouver dans l'axe de la nouvelle rue, la porte de Schaerbeek est déplacée de quelques dizaines de mètres. La Tour des Finances se trouve à l'emplacement de l'ancienne porte[14]. La nouvelle porte consiste d'une grille et de deux aubettes carrées et massives, construites en 1827[15]. De la nouvelle porte, on peut donc voir l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Six ans plus tard, la rue Royale extérieure continue l'axe vers Schaerbeek[16].

Le soir du , lorsque la Belgique faisait encore partie du royaume uni des Pays-Bas, l'inauguration du Jardin botanique de Bruxelles est une fête mémorable. Le public vient nombreux assister au feu d'artifice. La Société royale d'Horticulture des Pays-Bas avait déjà réalisé un buffet champêtre pendant la journée[17].

Lors de la révolution belge de 1830, la porte de Schaerbeek fut un haut lieu de la résistance belge lors de l'épisode des Quatre Jours de Bruxelles. Elle est prise dès le premier jour de l'assaut, le et l'hôtel de la famille Meeûs est détruit par un incendie. Ferdinand de Meeûs en sort de justesse avec toute sa famille. Les troupes néerlandaises tirent alors au canon vers le parc de Bruxelles.

C'est dans une lettre écrite hors de la « porte de Scarrebecke » du à 4 heures du matin écrite par le prince Frédéric d'Orange-Nassau, fils de Guillaume Ier des Pays-Bas à son frère Guillaume (futur Guillaume II des Pays-Bas), qu'il déclare devoir quitter la position de Bruxelles devenue trop dangereuse pour ses troupes. Lors de la défense de la porte, on note, entre autres, la présence des Volontaires de Couvin commandés par le sous-lieutenant de gendarmerie Vandenbussche[18].

De l'année 1683 est rapporté l'histoire que le portier de la porte de Schaerbeek, qui était tondeur de draps, aurait inventé un métier qui permettait à un apprenti de faire le travail de trois ou quatre ouvriers. La populace s'empare de ce métier et le brûle sur le marché aux Grains[19].

Ce site est desservi par la station de métro : Botanique.

Notes et références

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  1. (nl) Hugo Reinhard, Tussen poorten en wallen, Hugo Reinhard, (ISBN 9081051512), p. 14
  2. St. Bo., « Porte de Schaerbeek aménagée », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. Christian Dessouroux et Paulo Charruadas, Etude historique de la Région Bruxelloise, des grandes formes urbanistiques et de la législation sur le bâti (Volume 2 - Iconographie), (DOI 10.13140/RG.2.2.35187.32809, lire en ligne), p. 10
  4. Thierry Demey, Bruxelles, de remparts aux boulevards, Bruxelles, Badeaux, , p. 57
  5. Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la Ville de Bruxelles, t. 1, Bruxelles, Culture et Civilisations, (1re éd. 1845), p. 115
  6. Henne et Wauters 1968, p. 190.
  7. Henne et Wauters 1968, p. 381, 388.
  8. Henne et Wauters 1969, p. 454.
  9. Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la Ville de Bruxelles, t. 2, Bruxelles, Culture et Civilisations, (1re éd. 1845), p. 95
  10. Demey 2013, p. 63-64.
  11. Demey 2013, p. 312.
  12. Henne et Wauters 1969, p. 232.
  13. Victor-Gaston Martiny, Bruxelles, architecture civile et militaire avant 1900, Braine-l'Alleud, J.M. Collet, (ISBN 2-87367-007-X), p. 75
  14. Sophie T'Kint, La deuxième enceinte de Bruxelles, Bruxelles, MRBC, (lire en ligne), p. 33
  15. Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la Ville de Bruxelles, t. 4, Bruxelles, Culture et Civilisations, (1re éd. 1845), p. 220
  16. Demey 2013, p. 472.
  17. Jean-Claude Riquier, « Origine et métamorphose d'un jardin botanique et d'un musée des plantes », dans Patricia de Prelle, Le Botanique, de 1829 à nos jours, Bruxelles, CFC Éditions (ISBN 2-87132-244-9), p. 26
  18. « La grenade, emblème de la Gendarmerie. », sur www.gdrw.eu
  19. Henne et Wauters 1969, p. 112.

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • André de Meeûs, Recherches historiques et iconographiques sur la porte de Schaerbeek, ce haut-lieu de la Révolution de 1830, épreuve intégrée déposée au Cercle d'histoire de Bruxelles en .