Porte Noire (Besançon)
| Type | |
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| Civilisation | |
| Style | |
| Construction |
entre 171 et 175 |
| Hauteur |
16,56 m |
| Propriétaire |
Ville de Besançon |
| Patrimonialité |
| Département | |
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| Commune |
| Autobus | BUS L3 L4 L6 10 |
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| Coordonnées |
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La porte Noire de Besançon est un arc de triomphe gallo-romain de 16,56 m (enterré de 1 m par le nivelage du temps) édifié sous l'empereur romain Marc Aurèle au IIe siècle, à l'origine entièrement décoré de fines sculptures représentant des héros et des divinités de la mythologie grecque et romaine ainsi que des scènes de combats, pour la plupart effacées par le temps.
La porte Noire fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte historique et datation
[modifier | modifier le code]La porte, qui dans l'Antiquité était désignée sous le vocable de Porte de Mars[2], est associée aux victoires militaires de Marc Aurèle (161-180) dans le contexte des guerres marcomanniques (vers 166-180). L'arc commémore les campagnes victorieuses menées par Marc Aurèle contre les peuples germaniques (Marcomans, Quades) et sarmates entre 172 et 175, ainsi que les victoires orientales de Lucius Aurelius Verus contre les Parthes en 165-166. L'identification des scènes historiques sculptées à l'intérieur du passage permet d'établir ce lien : la pile ouest évoque la prise de Ctésiphon, capitale parthe, toujours visible quoique très dégradée ; la pile est représente les combats contre les peuples germaniques[3]. La datation précise de l'arc a fait l'objet de débats. Alors qu'une première hypothèse le datait entre 171 et 175 et le reliait aux troubles survenus chez les Séquanes[4], l'analyse approfondie du décor propose une datation révisée entre 177 et 180 ap. J.-C.[3]. L'arc aurait été érigé en l'honneur de Marc Aurèle et de son fils Commode (associé au pouvoir comme Auguste en 177) pour commémorer le triomphe germanique célébré à Rome le 23 décembre 176. Cette datation s'appuie notamment sur la présence du relief montrant Victoria couronnant Tutela (la Tychè de Besançon), symbolisant la protection de la ville assurée par les victoires germaniques de l'empereur[3]. Le financement de l'arc a pu être assuré par la cité des Séquanes, par le Sénat de Rome, ou par les deux conjointement, à l'instar des arcs érigés hors de Rome pour d'autres empereurs[3].
Localisation et fonction originelle
[modifier | modifier le code]L'arc de triomphe originel était situé à l'extrémité sud du cardo maximus, au point de jonction entre la base du Mons Cælius (futur mont Saint-Étienne) et la ville basse, à l'endroit où la voie venant d'Italie pénétrait dans la ville. Il marquait ainsi la limite entre le centre urbain et les faubourgs, sans constituer une porte de ville à proprement parler[3]. Durant la pax Romana, l'arc marquait l'entrée monumentale de la ville pour les voyageurs arrivant d'Italie par Pontarlier. Ceux-ci passaient près de l'actuelle Chapelle-des-Buis, franchissaient la porte de Varesco, puis descendaient le mont Cælius avant d'atteindre l'arc.
Évolution médiévale
[modifier | modifier le code]Face aux invasions germaniques du IIIe siècle, la ville se protégea par un rempart fermant la boucle du Doubs. L'arc de triomphe fut alors intégré dans le tracé de l'enceinte tardive, commençant à jouer le rôle de porte de ville[5]. Tout au long du Moyen Âge, la porte constitua la limite entre le quartier capitulaire et l'agglomération qui s'étendit à ses pieds, sur les vestiges de la ville romaine.
Rôles
[modifier | modifier le code]Durant la pax Romana, l'arc de triomphe marquait l'entrée de la ville quand on arrivait d'Italie par Pontarlier. Les voyageurs passaient près de l'actuelle Chapelle-des-Buis, puis franchissaient la porte de Varesco, et enfin descendaient le mont Cælius (futur mont Saint-Étienne).
Face aux invasions germaniques du IIIe siècle, la ville se protégea par un rempart fermant la boucle du Doubs et réutilisant, dans la hâte, des blocs du Haut-Empire, la population s’installant sur les pentes du mont Cælius. L'arc de triomphe commença apparemment à jouer le rôle de porte de ville, dans une muraille, qui, établie au niveau du monument est archéologiquement mal connue et dont aucun tronçon n’apparaît dans le quartier de Saint-Jean[5].
Tout au long du Moyen Âge, la porte constitua la limite entre le quartier capitulaire et l’agglomération qui s’étendit à ses pieds, sur les vestiges de la ville romaine[5].
Description
[modifier | modifier le code]Architecture et style
[modifier | modifier le code]Primitivement, le monument présentait des proportions très élancées : plus de 16 m de haut pour seulement deux de profondeur et une hauteur sous baie de plus de 11 m. Le tout, sans doute couronné de statues, ne constituait pas une porte de la ville antique, mais un arc honorifique détaché d'autres bâtiments. La grande hauteur permettait une organisation des reliefs décoratifs en étages et registres. Pour sa décoration, on a pu parler d'horreur du vide tant les figures et statues recouvrent chaque partie de l'espace dans un décor foisonnant. Par son style, et surtout par l’omniprésence d'un discours décoratif envahissant à dominante mythologique, la porte Noire se distingue fortement des autres arcs de triomphe gallo-romains.
Décoration
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La porte était à l'origine entièrement recouverte de fines et très belles décorations sur le thème des divinités et des scènes de combats mythologiques des dieux et héros auxquels s'ajoutaient des scènes historiques représentant l'armée romaine. Ces reliefs sont malheureusement fortement effacés par la corrosion du temps, l'âge de la porte (1 800 ans), les nombreux incendies et la fragilité de la pierre utilisée.
Dans une profusion d'éléments de la mythologie grecque[6], on peut reconnaître les Dioscures, Dédale et Icare, Thésée, Ajax devenu fou… mais aussi Jupiter foudroyant les Géants. L'interprétation de l'ensemble de la décoration est cependant délicate, car l'identification d'une partie des reliefs reste problématique en raison du mauvais état du monument.
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Gravure de la porte Noire avant 1825 : la porte a perdu une partie du bastion qui l'écrasait, mais reste prisonnière des adjonctions médiévales.
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La porte Noire au début des années 1900.
Archéologie, conservation
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Conservation
[modifier | modifier le code]La porte Noire a été construite en pierre de Vergenne, une pierre de taille provenant de Haute-Saône. Cette pierre tendre et facile à tailler permet la réalisation de fines sculptures, mais résiste très mal au temps et à la pollution, comme en témoigne l'état actuel du monument et l'effacement plus ou moins prononcé de toutes les fines décorations qui le recouvraient.
Restauration
[modifier | modifier le code]L'état de conservation du monument n'a cessé de se dégrader jusqu'au premier tiers du XIXe siècle, lorsque la municipalité décida de procéder à sa consolidation et sa restauration, qui fut menée sous la direction de Pierre Marnotte, architecte de la Ville, s'achevant en 1827[7]. Des opérations de conservation et de restauration continuèrent d'être menées au cours du XXe siècle, celle menée de 2009 à 2011 ayant rendu à la porte Noire sa couleur d'origine[8].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Notice no PA00101607, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
- ↑ Besançon et ses environs, Auguste Castan, 1880, p.53
- Caroline Blonce, « À propos de la "Porte Noire" de Besançon et de la "Porte de Mars" de Reims », Revue historique, vol. 665, no 1, , p. 3-21
- ↑ HA, Marc Aurèle, XXII, 10
- « Porte Noire - Besançon, Franche-Comté, France - Monuments Historiques Français on Waymarking.com », sur www.waymarking.com (consulté le )
- ↑ Claire Stoullig (dir.), De Vesontio à Besançon, Chaman/Musée des Beaux-arts et d'archéologie de Besançon, (ISBN 978-2-9700435-3-9), p. 152
- ↑ Hélène Walter, « Laissez-vous conter la Porte Noire » [PDF], (consulté le )
- ↑ La Porte a été présentée au public après une importante campagne de restauration lors des journées du patrimoine des 17 et 18 septembre 2011. La Porte Noire restaurée sur macommune.info, consulté le 15 mai 2015 et La Porte Noire redevient blanche à Besançon sur besac.com, consultée le 08 juin 2022.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Caroline Blonce, « À propos de la "Porte Noire" de Besançon et de la "Porte de Mars" de Reims », Revue historique, vol. 665, no 1, , p. 3-21
- Edmond Frézouls (dir.), Les villes antiques de la France, vol. 2 : Germanie supérieure 1 (Besançon, Dijon, Langres, Mandeure), Strasbourg, , p. 150-154
- Roman Ghirshman, « La Porte noire de Besançon et la prise de Ctésiphon », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW), II, 9, 1, p. 215-218.
- Lucien Lerat, Hélène Walter, Besançon antique : ville gallo-romaine, Paris, Impr. nationale, coll. Guide archéologique de la France, 1990, 138 p.
- Hélène Walter, La Porte noire de Besançon. Contribution à l'étude de l'art triomphal des Gaules, Besançon, Université de Franche-Comté (thèse de doctorat), 1986, 660 p. [(fr) lire en ligne]
- Hélène Walter, « La Porte noire », in col., De Vesontio à Besançon, la ville s'expose, catalogue de l'exposition 2006, Besançon, 2006.
