Portail:Printemps des peuples

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Printemps des peuples modifier ]

Metternich

À partir de la seconde moitié des années 1840, l'exaspération contre l'ordre établi est aggravée par une crise économique et sociale qui touche l'ensemble des pays européens. Or, ces derniers sont dirigés par des souverains plus ou moins absolutistes et par des gouvernements conservateurs issus des fractions les plus modérées du mouvement libéral. Tous sont soumis à l'ordre européen mis en place lors du Congrès de Vienne (1815) et défendu par l'Autrichien Metternich : le continent est ainsi dominé par l'équilibre des trois grandes puissances absolutistes ayant vaincu Napoléon (Russie, Autriche et Prusse).

Ce système, créé en réaction au mouvement révolutionnaire de 1789-1815, ignore ou combat les revendications des peuples. Ces dernières sont nationales (volonté de création d'États-nations), libérales (extension des libertés et droits civiques, limitation constitutionnelle du pouvoir de l'État) ou sociales (égalité des citoyens, reconnaissance d'un droit au travail).

Soulèvement de Palerme (12 janvier 1848)

Un mois après le soulèvement de Palerme (12 janvier 1848), c'est la chute de la monarchie en France (24 février) qui donne le coup d'envoi à un enchaînement d'événements révolutionnaires qui touchent toute l'Europe au mois de mars. Metternich est mis en fuite et son système semble s'effondrer : le principe de souveraineté nationale met à mal le droit divin des monarques, ces derniers étant contraints d'accorder des constitutions et des réformes libérales.

Ce mouvement révolutionnaire, qualifié de « Printemps des peuples » en raison de la politisation et de l'implication des masses populaires et des aspirations nationalistes de ces dernières, est cependant fragile. Il est en effet très vite dépassé sur sa gauche par une radicalisation des revendications politiques et sociales (démocratie sociale, socialisme, communisme) et menacé sur sa droite par une réaction monarchique et autoritaire qui reçoit le soutien de la bourgeoisie, effrayée par les revendications égalitaires des classes populaires et du prolétariat.

Combats de rue à Leipzig (mai 1849)

La réaction triomphe au début des années 1850, après avoir sévèrement réprimé le « Printemps des peuples ».


Ce portail a pour but de centraliser les 81 articles concernant cette période.

Les quatre grands foyers révolutionnaires modifier ]

France : la Révolution de février 1848 et la Deuxième république (1848-1852) États allemands : la Révolution de mars et l'échec du Parlement de Francfort
François Guizot

Avant 1848 : Initialement libérale, la Monarchie de Juillet, dont le suffrage censitaire est resté très restreint, est progressivement devenue conservatrice sous le gouvernement de François Guizot, par ailleurs entaché de scandales. Discrédité et sclérosé, le régime s'attire l'opposition des républicains et d'une partie des libéraux, qui réclament des réformes lors de la campagne des Banquets.

En 1848 : Les 22 et 23 février, les manifestants obtiennent le renvoi de Guizot. Mais une fusillade ravive l'émeute, qui se transforme en véritable révolution : le roi Louis-Philippe doit prendre la fuite le 24 février. Le lendemain est mis en place un gouvernement provisoire, qui précède l'établissement d'une Seconde république.

Lamartine rejette le drapeau rouge (Philippoteaux, 1848)
Celle-ci débute par une phase d'« illusion lyrique », dominée par la figure du libéral Lamartine : mise en place du suffrage universel, abolition de l'esclavage, suppression de la peine de mort en matière politique, proclamation du droit au travail. Ce dernier point pose rapidement problème car les ateliers nationaux de Louis Blanc sont jugés trop coûteux.
Journées de juin 1848
Barricade de la rue Soufflot (par Vernet)

Leur suppression entraîne les sanglantes Journées de Juin, durement réprimées par le général Cavaignac.
Effrayée par ce soulèvement et inquiète - depuis la manifestation du 15 mai - de la virulence de l'extrême-gauche, la bourgeoisie se tourne vers le républicain modéré Cavaignac ou vers les conservateurs et monarchistes du parti de l'Ordre.

Élection présidentielle française de décembre 1848

Ces derniers soutiennent la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la république (décembre). Battant Cavaignac et les autres candidats à plate couture, Bonaparte est élu à une large majorité après avoir obtenu les suffrages des campagnes conservatrices mais aussi ceux des ouvriers scandalisés par la répression des Journées de Juin.


Coup d'État du 2 décembre 1851

Après 1848 : Majoritaire après les élections de mai 1849, le parti de l'Ordre réprime l'influence de la « Montagne », en restreignant notamment le suffrage universel (loi du 31 mai 1850), et participe à la réaction européenne en écrasant la République romaine (juillet 1849).
Les partisans de l'Ordre considéraient Bonaparte comme un personnage peu intelligent et aisément manipulable, mais le prince-président se retourne bientôt contre eux et confisque le pouvoir au moyen du Coup d'État du 2 décembre 1851. La voie est libre à l'établissement d'un empire autoritaire (1852).

Décapitation de Karl Ludwig Sand (1819)

Avant 1848 : Les États allemands, principalement monarchiques, sont regroupés de manière symbolique au sein de la Confédération germanique. Mais celle-ci est en réalité aux ordres des puissances réactionnaires (royaume de Prusse et empire d'Autriche), qui imposent une politique liberticide (Décrets de Karlsbad de 1819) durant toute la période du Vormärz. Les libéraux, très actifs à partir des années 1830, rêvent par conséquent de régimes constitutionnels et d'une unité nationale.
La question des duchés (Schleswig et Holstein) avive depuis 1846 la tension nationaliste : les Danois revendiquent en effet le Schleswig, majoritairement danois, aux dépens de l'importante minorité allemande de ce duché et de l'union des deux entités sous l'autorité de la maison d'Augustenborg.


Berlin en mars 1848

En 1848 : Les événements parisiens incitent les libéraux et les radicaux à passer à l'action. En mars, la révolution commence dans le Grand-duché de Bade, où elle garde un caractère plutôt légaliste et parlementaire, puis s'étend rapidement en Bavière, où le roi Louis Ier est contraint d'abdiquer, et à Berlin, où un soulèvement force le roi Frédéric-Guillaume IV à accepter des réformes libérales.
Au Danemark, des événements comparables permettent aux Allemands du Schleswig de se soulever, de concert avec leurs compatriotes du Holstein, sous l'autorité du duc d'Augustenborg et avec l'aide de la Prusse : un conflit long et indécis commence.

Le Parlement de Francfort en juin 1848

Réuni à partir du 18 mai, le Parlement de Francfort est l'assemblée représentative d'une Allemagne unie pour la première fois.

Combats entre républicains et troupes de la Confédération à Fribourg-en-Brisgau (avril 1848)

Cependant la modération monarchiste de la majorité libérale pousse l'extrême-gauche à tenter des soulèvements républicains (insurrection de Friedrich Hecker en Forêt-Noire au mois d'avril, soulèvements de Lörrach et Francfort en septembre) dont l'écrasement inaugure une phase de réaction.


Le roi de Prusse refuse la couronne impériale

Après 1848 : Le 27 mars 1849, le Parlement adopte le Constitution de Francfort, qui prévoit la création d'un empire allemand fédéral et libéral. Conformément à la solution petite-allemande, la couronne est offerte au roi de Prusse, mais celui-ci refuse un pouvoir émanant d'un mouvement populaire.

Insurrection de mai 1849 à Dresde

Déserté par les représentants autrichiens et prussiens, le Parlement est impuissant face aux soulèvements du mois de mai (notamment ceux de Dresde, de Bade et du Palatinat), qui sont finalement réprimés par la Prusse. Déplacé à Stuttgart le 6 juin, le Parlement est définitivement dispersé douze jours plus tard.
Face à l'Autriche soutenue par la Russie, Frédéric-Guillaume IV échoue ensuite à réaliser par lui-même une « Union restreinte » (« plan Radowitz ») de trente États : la « reculade d'Olmütz » du 29 novembre 1850 montre que la Prusse n'est pas encore prête à étendre son hégémonie en Allemagne.

Empire d'Autriche : les Révolutions autrichienne et hongroise, de la chute de Metternich à la réaction néo-absolutiste Italie : le Quarantotto et la première guerre d'indépendance (1848-49)
Ferdinand Ier, empereur d'Autriche (1835-1848)

Avant 1848 : Ferdinand Ier règne sur une mosaïque de peuples : conscients de leur identité nationale, ses sujets italiens de Lombardie-Vénitie, tchèques de Bohême et Moravie, magyars de Hongrie, et polonais de Galicie aspirent à davantage d'autonomie voire d'indépendance. Faible d'esprit, l'empereur est sous l'influence du chancelier Metternich, artisan et défenseur de l'équilibre européen réactionnaire et liberticide issu du Congrès de Vienne.


La fuite de Metternich (caricature de 1848)

En 1848 : Le 13 mars, une émeute viennoise provoque la chute et la fuite de Metternich. L'empereur doit nommer des ministres libéraux et accepter l'élection d'une assemblée constituante. La situation reste cependant tendue et Vienne se couvre de barricades au mois de mai en raison du rejet d'un premier projet de constitution.
Les Tchèques et les Hongrois en profitent pour concrétiser leurs projets nationaux autonomistes, tandis que les Lombards et les Vénitiens se soulèvent avec succès contre les Autrichiens. D'abord en difficulté face à la révolte indépendantiste italienne soutenue par le roi de Sardaigne, le maréchal Radetzky en vient à bout dès le mois de juillet.
Dans les provinces slaves, où commence à se développer une idéologie panslaviste, l'autorité de Ferdinand reste acceptée, mais seulement en tant que souverain d'un empire fédéral regroupant des États-Nations autonomes : c'est l'option « austroslaviste », majoritaire au congrès panslave de Prague (juin).

Kossuth

Les libéraux hongrois, menés par Lajos Kossuth, reconnaissent également Ferdinand comme leur roi mais ils se donnent une autonomie beaucoup plus large (« lois de mars » ou « lois d'avril »), qui les place de facto hors de l'empire. Par défiance envers les Hongrois, auxquels ils craignent d'être soumis, les Croates de Josip Jelačić adoptent quant à eux une attitude beaucoup plus légaliste et, en prétextant le rétablissement de l'ordre ancien, attaquent la Hongrie, déjà aux prises avec d'autres peuples séparatistes (Slovaques, Serbes, Roumains de Transylvanie). Inquiets de la montée au pouvoir des radicaux hongrois (septembre), les autrichiens projettent également de marcher sur Pest.

Robert Blum sur les barricades viennoises (octobre 1848)

En octobre, l'opposition des masses révolutionnaires à ce projet est à l'origine d'une violente insurrection viennoise, qui provoque la fuite de l'empereur à Olmütz, en Moravie, et le déplacement à Kroměříž - également en Moravie - de l'assemblée constituante.

Répression de l'insurrection viennoise d'octobre : exécution de Robert Blum

Après s'être illustré lors de sa féroce répression de l'insurrection de Prague (juin), le général Windischgrätz, aidé par Jelačić, écrase la Révolution viennoise dès la fin du mois d'octobre avant de marcher sur Pest, d'où le parlement hongrois est évacué (décembre).
La réaction triomphe à Vienne et à Olmütz : le gouvernement est confié au beau-frère de Windischgrätz, le prince Felix von Schwarzenberg, tandis que Ferdinand est incité à abdiquer en faveur de son jeune neveu François-Joseph, un prince aux idées conservatrices.


Capitulation de l'armée hongroise à Világos

Après 1848 : En 1849, les mouvements nationaux reprennent ou se radicalisent : Charles-Albert de Sardaigne rompt l'armistice le 12 mars et Kossuth fait proclamer la République hongroise le 14 avril. Les troupes de Radtezky et Von Hess viennent très rapidement à bout des Italiens, tandis que Schwarzenberg doit demander l'aide de la Russie pour vaincre les Hongrois, qui capitulent le 13 août.
L'empire ainsi restauré retrouve un régime autoritaire « néo-absolutiste » : après avoir remplacé la Constitution libérale élaborée à Kroměříž par un texte plus conservateur et centralisateur (Constitution du 4 mars 1849), François-Joseph abroge ce dernier le 31 décembre 1851.
Exclue de la solution grande-allemande - proposée par certains membres du Parlement de Francfort - à cause de sa mosaïque de peuples non germaniques, l'Autriche parvient cependant à empêcher sa rivale, la Prusse, d'étendre son hégémonie sur les États allemands (« reculade d'Olmütz », 29 novembre 1850).

Avant 1848 : L'Italie est divisée en plusieurs principautés et dominée par l'Autriche.

Pie IX
Pie IX bénissant les combattants pour l'indépendance italienne

Après l'échec du carbonarisme (années 1820), du mouvement Giovine Italia de Mazzini et de nombreuses tentatives révolutionnaires (années 1830-40), les partisans d'une unité nationale - d'une « résurrection » (risorgimento) de l'Italie - se tournent vers des souverains libéraux tels que le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert, et le pape Pie IX. La protestation de ce dernier contre une démonstration militaire autrichienne à Ferrare (juillet 1847) le rend populaire auprès des patriotes.
Dès l'automne 1847, les revendications constitutionnelles sont au cœur d'une forte agitation dans le royaume des Deux-Siciles, le Grand-duché de Toscane, le Piémont et à Rome.


En 1848 : Dès le mois de janvier, une insurrection force Ferdinand II des Deux-Siciles à accorder une constitution à son royaume (publiée le 11 février). Il est bientôt imité par Charles-Albert de Sardaigne (qui accorde le Statut albertin), par le grand-duc de Toscane, et par le pape.

Les Cinq journées de Milan
Proclamation de la République de Saint-Marc à Venise (mars 1848)

En mars, la chute de Metternich encourage les patriotes de Lombardie-Vénitie, qui se soulèvent victorieusement contre les Autrichiens (18-22 mars). Tandis que Radetzky est chassé de la capitale lombarde à l'issue des Cinq journées de Milan, les révolutionnaires vénitiens proclament la République de Saint-Marc.

Bataille de Pastrengo (mai 1848)
Garibaldi et Charles-Albert (1848)

Afin de soutenir le mouvement, Charles-Albert déclare la guerre à l'Autriche : après une phase de succès (victoires de Goito et de Pastrengo) en avril-mai, la contre-offensive autrichienne de juin-juillet (victorieuse à Vicence et Custoza) force Charles-Albert à cesser le combat (armistice Salasco, 9 août) et à abandonner la Lombardie aux Autrichiens. Seuls Garibaldi et ses hommes continuent à lutter contre les troupes impériales.
La déception et la désillusion (notamment vis-à-vis du pape, qui est resté neutre) entraînent une radicalisation du mouvement en Toscane et à Rome, d'où le pape est obligé de s'enfuir pour chercher refuge à Gaète (novembre).


Après 1848 : Alors que Ferdinand II mène une violente répression en Sicile et à Naples, gagnant le surnom de roi « Bomba » des républiques sont créées en Toscane (février-avril 1849) et à Rome (février-juillet). Décidant de s'unir, elles relancent le combat pour l'unité italienne sur des bases républicaines.

Mort d'Anita Garibaldi

Alors que la république toscane se termine par le retour du grand-duc et une intervention autrichienne, celle de Rome est vaincue par l'expédition française du général Oudinot qui, après avoir été envoyée pour s'interposer entre les révolutionnaires et les partisans du pape, obéit finalement au parti de l'Ordre (qui vient de gagner les élections en France) en rétablissant le pouvoir pontifical.

Radetzky et Von Hess à la bataille de Novare (1849)

En mars, Charles-Albert rompt l'armistice mais, vaincu par les Autrichiens à Mortara (21 mars) et à Novare (23 mars), il doit accepter un nouvel armistice et abdiquer. Tandis que Gênes se révolte contre l'armistice, les patriotes de Brescia et de Venise résistent aux Autrichiens. Ces derniers les assiègent et les forcent à capituler (le 1er avril pour Brescia, le 23 août pour Venise).
Le traité de paix austro-sarde du 6 août 1849 rétablit le statu quo d'avant 1848.

États peu ou moins concernés par ce mouvement modifier ]

Suisse Grande-Bretagne
Le général Dufour

Après 1815, la Confédération des XXII cantons connait une phase de Restauration avant que les élus libéraux-radicaux de plusieurs cantons urbains, en majorité urbains et protestants, ne se lancent dans une « régénération » de leurs constitutions. L'opposition entre ces cantons radicaux et les cantons restaurés, principalement ruraux et catholiques, débouche en novembre 1847 sur la guerre civile du Sonderbund, remportée par les radicaux. Ces derniers profitent du Printemps des peuples pour faire voter une « Constitution fédérale de la Suisse » qui officialise, le 12 septembre 1848, la création d'un État fédéral composé de 22 cantons souverains.

Conseil Fédéral de 1848

Débutant en mars 1848 par une révolution républicaine locale, l'affaire de Neuchâtel s'achève neuf ans plus tard par l'abandon par le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse de ses droits sur ce canton (26 mai 1857).

Palmerston

De 1846 à 1852, les libéraux sont au pouvoir : après avoir encouragé le premier ministre conservateur Robert Peel à abandonner les Corn laws, c'est le whig John Russell qui dirige le gouvernement, tandis que Palmerston conduit une politique étrangère qui, tout en étant favorable aux mouvements révolutionnaires européens, se garde de tout interventionnisme sur le continent.
En raison de cette relative neutralité libérale, le pays est une terre d'asile pour les vaincus du Printemps des peuples. Parmi les exilés, on trouve aussi bien les victimes des soulèvements de 1848 (Metternich, Louis-Philippe) que celles de la réaction de 1849 (Mazzini, Ledru-Rollin, Struve).

Meeting chartiste de Kennington Common (10 avril 1848

L'ordre règne car les mouvements chartiste et irlandais s'essoufflent en 1848.
En avril, les chartistes menés par Feargus O'Connor tiennent un meeting à Kennington Common mais échouent à faire reconnaître leurs revendications : les forces de l'ordre dispersent un mouvement divisé qui n'a pas de soutien parmi la bourgeoisie libérale ou les classes moyennes.

Procès des patriotes irlandais (octobre 1848)

L'autonomisme irlandais, pourtant rendu potentiellement explosif par la Grande famine, est incapable de soulever les foules : une tentative de rébellion menée par des partisans du mouvement « Jeune Irlande » échoue lamentablement au mois de juillet.

Espagne et Portugal Russie et Pologne
Le général Narváez, chef du gouvernement de 1843 à 1854

Si l'Espagne a connu de nombreux troubles lors de la minorité de la reine Isabelle II (1833-43), elle traverse entre 1843 et 1854 une « décennie modérée » : le gouvernement du général Narváez est dominé par les conservateurs et les libéraux modérés. Un ordre relatif règne et la seconde guerre carliste (1845-49) n'a de loin pas l'ampleur du conflit de 1833-40.

Après avoir connu une grave crise politique en 1846, année marquée par des révoltes populaires, un coup d'État et une guerre civile, le Portugal retrouve la paix en juin 1847. Issus de la Révolution de septembre 1836, les affrontements entre les libéraux conservateurs « chartistes » (défenseurs de la Charte constitutionnelle de 1826) et les libéraux progressistes « septembristes » (partisans de la Constitution de 1822 ou de la Constitution de 1838) n'ont désormais plus recours à la lutte armée.

Nicolas Ier

L'empereur Nicolas Ier gouverne la Russie d'une main de fer et, hors de ses frontières, n'hésite pas à se comporter en « gendarme de l'Europe ». Il participe ainsi à la réaction en envoyant ses troupes écraser les révolutions moldave, valache (1848) et hongroise (1849).
Partisan de la conservation de l'équilibre européen du congrès de Vienne, il force Frédéric-Guillaume IV de Prusse à abandonner tout projet impérial et se prononce en faveur du statu quo dans le conflit du Schleswig.

Divisée entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, la Pologne - dont la noblesse libérale a été décimée par une opportune révolte populaire galicienne en 1846 - ne connaît pas de soulèvement comparable à l'insurrection de 1830-31. Une révolte militaire a bien lieu dans la partie prussienne, dans le Grand-duché de Posen (mars-mai 1848), mais elle est rapidement écrasée malgré les déclarations de soutien de la part de nombreux révolutionnaires (tels le poète allemand Georg Herwegh ou les responsables de la manifestation parisienne du 15 mai 1848).

Pays-Bas et Belgique Suède et Norvège
Thorbecke

Les Pays-Bas sont peu touchés par les événements révolutionnaires. Toutefois, la situation des pays voisins convainc Guillaume II d'accorder des réformes et de confier à un comité présidé par le chef des libéraux, Johan Rudolf Thorbecke, la rédaction d'une nouvelle constitution introduisant des libertés nouvelles ainsi qu'une limitation plus importante des pouvoirs du roi (11 octobre 1848). Une nouvelle constitution est également accordée au Luxembourg, dont Guillaume II est le grand-duc.

Indépendante des Pays-Bas depuis 1830-31, la Belgique est une monarchie constitutionnelle dans laquelle dominent les libéraux, organisés en parti depuis 1846. Après quelques émeutes, le gouvernement de Charles Rogier baisse le cens électoral. Le 28 mars, une légion belge, composée d'ouvriers belges revenant de France pour renverser Léopold Ier et imposer la République, est écrasée par l'armée régulière près de la frontière.

Oscar Ier (1844-59)
Appel républicain (mars 1848)

Oscar Ier, roi de Suède et de Norvège depuis 1844, est un monarque libéral mais ses initiatives se heurtent souvent au conservatisme des États généraux de Suède. Malgré des slogans républicains scandés à l'occasion d'émeutes anti-fiscales dans les rues de Stockholm en mars 1848, le pays ne connaît pas de révolution et la constitution de 1809 reste inchangée.
Lors de la première guerre du Schleswig (1848-50), Oscar Ier soutient le Danemark.

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Une image au hasard

Rossetti - Proclamazione della Repubblica Romana, nel 1849, in Piazza del Popolo - 1861.jpg

Rossetti, Proclamation de la République romaine sur la place du Peuple, 1849, estampe colorée, v. 1861

Lumière sur... modifier ]

Drapeau tricolore de la République romaine.

La République romaine est instaurée en 1849 dans les États pontificaux après la fuite du pape Pie IX, en raison de l'activité insurrectionnelle des libéraux romains. Elle est gouvernée par un triumvirat composé de Carlo Armellini, Giuseppe Mazzini et Aurelio Saffi.

La péninsule italienne, alors divisée en de multiples États, est traversée par un embrasement général au cours du printemps des peuples de 1848. Tous les États se voient obligés de concéder une constitution tandis que Milan et Venise, les principales villes du Royaume lombard-vénitien se rebellent contre l'empire d'Autriche. Le royaume de Sardaigne se porte à leur secours, ce qui donne lieu à la première guerre d'indépendance italienne. Celle-ci entraîne le Grand-duché de Toscane, les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles mais ces derniers renoncent rapidement aux réformes, provoquant une large contestation de leurs éléments les plus libéraux. Cette contestation, alors que se poursuit la guerre austro-sarde bientôt en défaveur des Sardes, prend, à Rome, une tournure révolutionnaire. Le Premier ministre Pellegrino Rossi est assassiné, le pape s'enfuit à Gaète sous la protection de Ferdinand II des Deux-Siciles et la République romaine est instaurée.

Cette nouvelle République romaine ne dure que cinq mois, du au , et prend fin après une expédition française votée par l'Assemblée nationale française et avec le soutien de Louis-Napoléon, alors président de la Deuxième République française. Cet épisode est connu, en France, sous le nom d'expédition de Rome. La République romaine, cernée de toutes parts, doit s'opposer aux Espagnols, aux Napolitains et à l'Autriche qui, forte de sa victoire sur les Sardes, envahit la République romaine. Après de violents combats qui durent un mois, le pape est rétabli dans ses prérogatives par la France.

L’ambiguïté, pour la France, naît de ce que l'intervention est votée par l'assemblée d'une république contre une autre république, alors que toutes deux sont issues du mouvement libéral et démocrate du printemps des peuples et de ce que certains membres de la gauche votent l'expédition afin de défendre une république sœur contre une intervention autrichienne alors que la droite vote l'organisation de la mort de la République romaine. L'opération est accompagnée par un ministre des Affaires étrangères, Alexis de Tocqueville, hostile au pouvoir temporel du pape.

La République amplifie les deux mythes du Risorgimento italien qui ont déjà une vision nationale, Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi, personnages centraux de la République, le premier sur le plan politique, le second sur le plan militaire. Elle leur donne une dimension internationale notamment auprès des intellectuels français, George Sand et Victor Hugo.

Autres articles sélectionnés au sein du portail du Printemps des peuples

Personnages modifier ]

Hommes politiques libéraux Hommes politiques et révolutionnaires radicaux, républicains ou socialistes

Libéraux allemands et autrichiens : Bekk • Droysen • Gagern • Itzstein • Mathy • Schmerling • Welcker
Libéraux et républicains modérés français : Arago • Barrot • Cavaignac • Hugo • Lamartine • Schoelcher • Thiers • Tocqueville
Libéraux italiens : d'Azeglio • Balbo • Capponi • Cavour • Gioberti • Guerrazzi • Mamiani • Montanelli • Ridolfi • Rossi
Libéraux roumains : Vasile Alecsandri • Ghica • Kogălniceanu
Libéraux slaves : Palacký • Rieger • Mgr Strossmayer

Radicaux et républicains allemands : Bakounine • Bamberger • Blind • Blum • Brentano • Fickler • Hecker • Herwegh • Liebknecht • Marr • Schurz • Sigel • Struve • Vogt
Radicaux et socialistes français : Martin, dit "Albert" • Barbès • Baudin • Blanqui • Caussidière • Considerant • Delescluze • Garnier-Pagès • Ledru-Rollin • Leroux • Raspail • Sue
Patriotes hongrois : Kossuth • Petőfi
Patriotes et démocrates italiens : Armellini • Brunetti • Garibaldi • Manara • Manin • Mazzini • Pepe • Saffi
Révolutionnaires polonais : Słowacki • Josef Bem
Révolutionnaires roumains : Nicolae Bălcescu, Avram Iancu

Hommes politiques ou militaires conservateurs et réactionnaires Souverains

Réactionnaires prussiens : Prince Frédéric Charles • Prince Guillaume • Radowitz
Réactionnaires d'Autriche : d'Aspre • Bach • Hess • Jelačić • Metternich • Radetzky • Schwarzenberg • Windischgrätz
Réactionnaires, légitimistes ou bonapartistes français : Baroche • Berryer • Bonaparte • Bugeaud • Changarnier • Falloux • Marie • Rouher • Saint-Arnaud

Souverains allemands : Frédéric-Auguste II de Saxe • Frédéric-Guillaume IV de Prusse • Léopold Ier de Bade
Régent de l'empire : Jean d'Autriche
Empereurs d'Autriche : Ferdinand • François-Joseph
Roi du Danemark : Frédéric VII
Princes roumains : Georges Bibesco • Michel Stourdza
Souverains italiens : Charles-Albert de Sardaigne • Ferdinand II des Deux-Siciles • Léopold II de Toscane • Pie IX • Victor-Emmanuel II de Savoie
Empereur de Russie : Nicolas Ier

Penseurs et théoriciens Grands témoins (écrivains et artistes)

Blanc • Marx & Engels • Mill • Owen • Proudhon • Ruge • Weitling

Écrivains : Flaubert • Heine • Meysenbug • Quinet • Reybaud • George Sand • Sacher-Masoch • Stern (Marie d'Agoult)
Artistes : Biard • Courbet • Daumier • Doré • Johannot • Meissonier • Menzel • Philippoteaux • Rethel • Sorrieu
Musiciens : Liszt • Verdi • Wagner

Autres personnalités :

Mgr Affre • Lola Montez

Articles modifier ]

Articles généraux : Printemps des peuples - 1848 - 1849 - 1850 - 1851

Articles par pays

Allemagne

Autriche

France

1848 (avant les Journées de Juin)

Révolution et gouvernement provisoire
Gouvernement Arago

1848 (après les Journées de Juin)

1849-51

Articles thématiques

Hongrie

Italie

1848

1849-50

Transylvanie, Moldavie et Valachie

Suisse

Articles sur des thèmes communs ou transversaux

Autres pays concernés modifier ]

Manifestation à Copenhague le 21 mars 1848
Le roi Frédéric VII
Guerre du Schleswig (1848)

Danemark

Le 21 mars 1848, une immense manifestation a lieu à Copenhague pour demander au nouveau roi, Frédéric VII, de mettre fin à l'absolutisme. Cette demande est satisfaite par la promulgation, le 5 juin 1849, d'une constitution libérale garantissant la séparation des pouvoirs.

Le royaume est également concerné par la question des nationalités : les Allemands du duché de Schleswig, soutenus par la Prusse et le Parlement de Francfort, profitent du sursaut révolutionnaire pour déclarer leur indépendance, rejoignant le duché de Holstein. La première guerre du Schleswig (1848-51) - première guerre des duchés - se solde, sous la pression de la Grande-Bretagne et de la Russie, par le maintien du statu quo.

Lajos Kossuth

Hongrie : la Révolution hongroise

Partie de l'Empire d'Autriche autocratique, la Hongrie est soumise à un régime absolutiste et féodal, soutenu par son aristocratie, mais honni par les intellectuels et la population.

Les révolutionnaires hongrois de Lajos Kossuth, républicains et jacobins (centralisateurs), s'aliènent le soutien des peuples non-magyars du royaume, ainsi que celui des fédéralistes magyars, alors que les Habsbourg dépêchent contre la Hongrie leurs armées et celles du Tzar de Russie.

La révolution hongroise est ainsi défaite par le corps Paskiévitch à la bataille de Vilagos, et Kossuth doit s'exiler.

Révolutionnaires valaches portant le drapeau tricolore
À Bucarest, le Règlement Organique et les registres de noblesse des boyards sont brûlés (septembre 1848)

Transylvanie, Moldavie et Valachie : la Révolution roumaine

En Transylvanie, alors dans l'Empire d'Autriche, la révolution d'Avram Iancu échoue faute de pouvoir s'entendre avec les révolutionnaires hongrois de Lajos Kossuth. Vassales de l'Empire ottoman mais sous protectorat russe depuis le traité d'Andrinople, les principautés de Moldavie et Valachie sont gouvernées autoritairement par les hospodars Mihail Sturdza et Georges Bibesco. La population se soulève contre le régime féodal des boyards, et les révolutionnaires rêvent d'une union républicaine des deux principautés.
Les libéraux moldaves adressent à Sturdza une pétition rédigée par Vasile Alecsandri et font rédiger par Mihail Kogălniceanu un projet de constitution. Sturdza répond, avec l'aide de la Russie, par la répression. En juin, les révolutionnaires valaques parviennent à chasser Bibesco mais l'armée républicaine est vaincue par les troupes ottomanes et russes qui interviennent en septembre 1848 et mettent fin à la révolution.

Autre pays non concerné modifier ]

Grèce

Othon Ier

État ayant gagné son indépendance contre l'Empire ottoman (1830), la Grèce est dotée en 1833 d'un monarque catholique, Othon Ier, et d'un gouvernement bavarois qui tardent à lui donner une constitution. Cette dernière n'est accordée qu'à la suite du coup d'État du 3 septembre 1843.
Principalement sous influence étrangère (partis anglais, français ou russe), la Grèce ne connaît pas de mouvement national en 1848/49, malgré le développement de thèses irrédentistes partagées par le pouvoir (la « Grande Idée »).

Carte de l'Europe modifier ]