Port négrier

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Vaisseau quittant Liverpool, principal port négrier européen.

Un port négrier est un port à partir duquel était organisées des opérations de traite négrière, dans le cadre du commerce triangulaire ou de la traite en droiture. Ce commerce de captifs africains par les Européens, du XVIe au XIXe siècle, a entrainé la déportation de 12 millions d'individus, de l'Afrique vers les colonies européennes.

L'historien Léon Vignols donne le qualificatif de « négrier » à tout port armant pour la traite négrière sans considération de taille.

Listes des ports négriers[modifier | modifier le code]

Les puissances européennes sont ici classées en fonction de l'importance des organisations de traite, mais parfois celles-ci peuvent se faire en droiture, directement de l'Afrique vers les colonies américaines, sans passer par des ports européens. C'est la raison pour laquelle certains pays ont déporté beaucoup d'individus mais se retrouvent avec des ports ayant peu pratiqué la traite. Le Portugal par exemple, principale puissance organisatrice (46% du total des déportations), n'a pas de grand port négrier sur son territoire[1].

Au Portugal[modifier | modifier le code]

Le Portugal est le premier pays européen en matière de traite négrière quant au nombre d'individus déportés : 5 millions entre le XVIe et le XIXe siècle[2]. Toutefois, en pratiquant principalement la traite en droiture (directement de l'Afrique vers les colonies américaines sans passer par l'Europe), le pays ne compte pas d'important port négrier.

  • Lisbonne (92 expéditions négrières). Le commerce portugais n’entrait pas dans le schéma du « commerce triangulaire » : il s’effectuait en reliant directement les deux rives portugaises de l’Atlantique Sud : des côtes du Cap-Vert, de Guinée, de l’Angola ou du Mozambique vers le Brésil, sans transiter par l’Europe.

En Angleterre[modifier | modifier le code]

Avec 3 millions d'individus déportés, l'Angleterre est le deuxième pays européen à avoir le plus participé à la traite atlantique[2].

En France[5],[6][modifier | modifier le code]

La France arrive en troisième position pour le commerce triangulaire avec 1,5 million de captifs déportés[2].

En nombre d'expéditions entre 1500 à 1815[4], les ports français se classent de la manière suivante, étant bien sûr précisé que la traite n'a ni commencé ni fini à la même date dans tous ces ports, et que le classement a pu varier suivant les périodes : ainsi, Bordeaux occupa tantôt la seconde place loin derrière Nantes, tantôt il fut dépassé par La Rochelle ou Le Havre[4]. Cette liste ne mentionne que les ports ayant comptabilisé plus de dix expéditions[4].

D'autres villes ont pu jouer un rôle dans la traite sans être des ports négriers notables : Ainsi Rouen comptabilise peu d'opérations de traite, mais reste indissociable des ports du Havre et de Honfleur, dont Rouen finançait une bonne partie des expéditions[9].

Gravure représentant le port de La Rochelle au XVIIIe siècle.

La Rochelle, premier port français à se lancer dans la traite négrière (à partir de la fin XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Bien que les activités négrières commencent à la toute fin du XVIe siècle à la Rochelle — notamment avec le départ du navire l'Espérance en 1594 — nous retiendrons une activité plus soutenue au XVIIe, et intense au XVIIIe siècle[10]. «La traite négrière est devenue une activité essentielle à la prospérité rochelaise »[11] : cela a un impact sur « l’activité des chantiers navals, les multiples raffineries de sucre et autres ateliers de transformations des produits coloniaux »[11]. La traite négrière modifie également la topographie de La Rochelle ; une somptueuse chambre de commerce est construite au cours du XVIIIe, des hôtels particuliers se construisent en nombre, le port se modernise. La ville portuaire, en s'enrichissant ainsi, abandonne les maisons à colombages, pour le 100 % pierre, plus résistant et moins inflammable.

Aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Les Provinces-Unies, actuels Pays-Bas ont contribué à ce commerce avec plus de 500 000 esclaves déportés[2].

En Espagne[modifier | modifier le code]

L'Espagne a beaucoup sous-traité l'approvisionnement de ses colonies américaines en esclaves à d'autres puissances européennes par le système de l'asiento.

En Suède[modifier | modifier le code]

En Afrique[modifier | modifier le code]

En Afrique, on trouve principalement des comptoirs où les Européens s'approvisionnaient en captifs auprès de vendeurs africains. Il ne s'agit donc pas à proprement parler de ports négriers dans la mesure où c'est depuis l'Europe que la quasi-totalité des expéditions de traite négrière étaient organisées. Les ports africains ne constituaient qu'une escale du parcours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Dorigny et Bernard Gainot, « Les ports négriers au XVIIIe siècle », sur Libération.fr, (consulté le )
  2. a b c et d Olivier Pétré-Grenouilleau, Paris, Gallimard, 2004, 468 p.  (ISBN 978-2-07-073499-3).
  3. Bordeaux au XVIIIe siècle : Le commerce atlantique et l’esclavage, document du musée d'Aquitaine.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Atlas des esclavages : De l'Antiquité à nos jours, Paris, autrement, (1re éd. 2007), 96 p. (ISBN 9782746734975, présentation en ligne)
  5. Jean Mettas et Serge Daget, Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle, L'Harmattan, , 972 p..
  6. « Esclavage : à la découverte des ports négriers de l'Hexagone [carte interactive] », sur Outre-mer la 1ère, (consulté le )
  7. Éric Saunier, Le Havre, port négrier : de la défense de l’esclavage à l’oubli, Les Anneaux de la Mémoire, (lire en ligne).
  8. Agathe Leyssens, « Dunkerque, port négrier au XVIIIe s. », Revue de l'Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie,‎ (lire en ligne [archive])
  9. « Quel rôle a joué Rouen dans la traite négrière ? », sur www.paris-normandie.fr (consulté le )
  10. Pour plus d'informations, voir la page plus générale sur la Traite négrière à La Rochelle.
  11. a et b Archives départementales de la Charente Maritime, Dossier pédagogique archives départementales, Le commerce triangulaire et la traite négrière rochelaise, La Rochelle, Archives départementales de Charente Maritime.
  12. « Saint-Barthélemy : traite négrière | Mémoire St Barth », sur www.memoirestbarth.com (consulté le )
  13. « La route des esclaves », sur Afroculture.net.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Grenouilleau, Les traites négrières: Essai d'histoire globale, 736 pages, Folio histoire, Gallimard, 2004, (ISBN 978-2-07033-902-0).
  • Renaud Hourcade, Les Ports négriers face à leur histoire. Politiques de la mémoire à Nantes, Bordeaux et Liverpool, Dalloz, 2014.
  • Éric Saugera, Bordeaux port négrier, chronologie, économie, idéologie, XVIIe-XIXe siècles, Karthala, 2002 (1re  éd. 1995), 382 p. ), (ISBN 2865375846 et 978-2865375844).
  • François Hubert, Christian Block and Jacques de Cauna, Bordeaux au XVIIIe siècle, le commerce atlantique et l'esclavage (2de édition), 205 pages, Le Festin, Bordeaux, 2018, (ISBN 978-2-36062-009-8).
  • J.M. Deveau, La traite rochelaise, Karthala, 2009, (ISBN 978-2-81110-099-5).
  • Brice Martinetti, La traite négrière à La Rochelle, 56 pages La Geste, La Crèche, 2017, (ISBN 978-2-36746-684-2).
  • Benoît Jullien, Un commerce pour gens ordinaires ? La Rochelle et la traite négrière au XVIIIe siècle, (ISBN 978-2-91768-813-7).
  • Eric Saunier, Le Havre, port négrier : de la défense de l’esclavage à l’oubli, Cahiers des Anneaux de la Mémoire, Les Anneaux de la Mémoire, 2007, pp. 23-41. [lire en ligne]
  • Édouard Delobette, Négociants et traite des Noirs au Havre au XVIIIe siècle, Annales de Normandie, 1998. [lire en ligne]
  • Agathe Leyssens, « Dunkerque, port négrier au XVIIIe s. », Revue de l'Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie,‎ (lire en ligne [archive])
  • Christian Pfister-Langanay, La traite négrière des ports du nord, Revue du Nord, , p. 811-827

Liens connexes[modifier | modifier le code]