Port de Québec

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Port de Québec
Quebec-Maasdam.JPG
Terminal de croisières du Port de Québec (secteur de la Pointe-à-Carcy)
Présentation
Type
Construction
XVIIIe au XXIe siècle
Superficie
53
Géographie
Coordonnées
Pays
Province
Ville
Plan d'eau
Localisation sur la carte de la ville de Québec
voir sur la carte de la ville de Québec
Legenda port.svg

Le port de Québec[1] est le plus vieux port au Canada[2]. Il est le 2e en importance au Québec et le dernier port en eau profonde du Saint-Laurent. Il est spécialisé dans le vrac solide et liquide ; les conteneurs étant plutôt réservé au port de Montréal. En 2012, plus de 33 millions de tonnes de marchandises ont été manutentionnées au port de Québec. Le Port de Québec est considéré légalement comme un territoire fédéral[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Philip John Bainbridge. Vue de Québec de la Rivière St-Charles, v. 1837-1838, aquarelle sur mine de plomb avec gomme arabique sur papier vélin, 41,3 x 50,6 cm. Le port, à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, vers 1837. Bois carrés à l'avant

Le bassin de Québec et l'estuaire de la rivière Saint-Charles furent les premiers emplacements portuaires de l'endroit. Les petites embarcations pouvaient être rangées sur la grève de la rivière Saint-Charles. Jacques Cartier y hiverna en 1535-1536 près du village de Stadaconé. Plus tard, les berges du fleuve qui s’étirent à marée haute près de l'actuelle Maison Chevalier formait un havre naturel pour les petites embarcations, appelé le Cul-de-Sac, qui devient le premier port de la colonie. L'intendant Jean Talon tente d'y développer la construction navale vers 1671. Plus en aval, le bassin principal, qui mesurait 5 kilomètres dans n'importe quelle direction offrait un ancrage sécuritaire entre l'Île d'Orléans et la ville de Québec. Lorsque le fleuve était libéré de ses glaces, plus de 30 navires pouvait y manœuvrer facilement. Durant les 5 ou 6 mois ou la navigation sur le fleuve était possible; une effervescence régnait dans le port. L'étendue du bassin et sa relative protection contre les vents en firent un endroit stratégique pour la Nouvelle-France. Les autorités de la colonie ont créé en 1711 un poste de «  capitaine de port » pour organiser les manœuvres, les transbordements, placer les bouées et garder la rive libre de débris; Louis Prat, Richard Testu de La Richardière, Gabriel Pellegrin, occupèrent tour à tour ce poste[4].

Régime Anglais[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le port de Québec est l'un des plus importants au monde ; il joue un rôle crucial dans le développement de la ville et du pays.

Le blocus continental de 1806 instauré par Napoléon Bonaparte, oblige le Royaume-Uni, qui s'alimente habituellement sur la Baltique, à importer du bois en provenance du Canada, stimulant le commerce du bois d’œuvre. Les bois carrés prennent le nom de plançon, ils sont flottés sur les cours d'eau, assemblé par trois en « brelle », puis en « cage ». Les cages sont assemblées en trains de bois depuis tous les points du vaste bassin hydrographique du Fleuve Saint-Laurent (de la Rivière Saint-Maurice, du Haut-Saguenay, plus particulièrement depuis le haut de la vallée des Outaouais, depuis le nord du Maine également), et acheminés jusqu'au Port de Québec[5] qui forme le port de mer le plus lointain à l'intérieur du Canada. Le bois est chargé à bord de vaisseau qui pour la plupart naviguent vers la Grande-Bretagne[6]. Le travail du bois crée une activité commerciale telle qu'on compte dans le port, le nombre important de 6 000 débardeurs, soit un dixième de la population de Québec[6]. Les navires chargés à l'aller reviennent lestés au retour. Les navires reviennent aussi chargés de migrants, aussi ceux qui fuient la famine en Irlande; le port de Québec devient ainsi une des porte d'entrée pour les migrants en Amérique du Nord[6].

C'est également à cette époque que la construction navale connaît un essor considérable à Québec. Abondance de bois d’œuvre bon marché, disponibilité de main d’œuvre, le développement de la construction navale ne heurte pas les intérêts britanniques. Les autres matériaux nécessaires tels que le fer, le cuivre, les cordages peuvent être importés bon marché d’Angleterre. Les navires de charge construits à Québec, sont quelques fois vendus en Europe (évitant le retour sur lest), reconstruits par des chantiers britanniques pour en faire des navires composites bois et fer, destinés au commerce d'Orient. Les entrepreneur de construction des navires sont à Québec les mêmes qui exploitaient le bois carré, ce qui fait dire que la construction navale n'était ici qu'une manière d’empaqueter le bois[6].

En 1834, pour les 16 vaisseaux construits à Québec d'une valeur de 84 037 £, 43 615 £ servent à l'achat de produits importés d'Angleterre (cuivre, fer, cordage, voiles, etc.) et à l'approvisionnement en bois de la colonie, 29 446 £ seulement sont consacrées aux coûts en main-d’œuvre. 2 860 ouvriers travaillent dans les 11 chantiers navals de Québec au cours de l'hiver 1840-1841. La Société amicale et bien-veillante des charpentiers de vaisseaux de Québec, est fondée dans le sillage de la grève de 1840 qui réunit 1 200 des ouvriers du port[7].

En 1863, plus de 1 600 navires transitent dans le port, transportant à leur bord près de 25 000 marins[réf. nécessaire].

En moins de vingt ans de 1875 à 1895, l'activité portuaire décline tandis que le chantier naval est déserté, conséquences du tarissement des forêts, de la progressive disparition de la marine en bois, et de la transformation du commerce mondial exigeant des navires plus robustes que ceux fabriqués à Québec. Le marché du bois de sciage tourné vers les États-Unis, n'offre pas le rôle central que tient Québec dans le commerce avec l'Angleterre. Cette dernière vient de rétablir son commerce avec la Baltique. Le commerce vers l'Angleterre de produits laitiers, de bétail et de blé, qui progressivement remplace le commerce de bois équarri, se fait désormais à partir de Montréal, mieux connectée à l'Ouest Canadien et aux fermes laitières de l'Ontarioetc.[6].

Au XXe siècle, le dragage du fleuve Saint-Laurent entre Québec et Montréal déplace les activités portuaires en amont.

Le bassin Louise, à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, cœur historique du port de Québec

Secteurs portuaires[modifier | modifier le code]

Silos dans le secteur portuaire de l'Anse au Foulon

Le port de Québec est composé de six secteurs répartis presque exclusivement sur la rive-nord du fleuve Saint-Laurent. On retrouve des quais à l'Anse au Foulon, à la Pointe-à-Carcy, dans l'estuaire de la rivière Saint-Charles (Vieux-Port), à Limoilou, au Cap Diamant ainsi qu'à la raffinerie Jean-Gaulin, à Lévis.

Ces sites sont dirigés par différents opérateurs mais ils sont tous unis par leur partenariat avec l'Administration portuaire de Québec (APQ), société ayant pour mission de développer les activités portuaires et maritimes de Québec.

Anse au Foulon[modifier | modifier le code]

Le Yacht-Club de Québec

Les quais de l'Anse au Foulon sont construits à partir des années 1930. Ils servirent notamment à l'exportation de marchandises entourant l'industrie papetière. Ce secteur portuaire possède aujourd'hui une superficie de 53 hectares s'étalant sur environ 3 kilomètres entre le fleuve Saint-Laurent et le boulevard Champlain. Les marchandises qu'on y retrouve aujourd'hui sont les grains de provende, les engrais agricoles et industriels, le sel de déglaçage, la dolomie et le calcaire.

Ce secteur comprend aussi un port de plaisance, le Yacht-Club de Québec.

Pointe-à-Carcy[modifier | modifier le code]

La Pointe-à-Carcy est utilisée dès la Nouvelle-France comme port d’échouage puis elle est équipée d’un quai et de batteries pour défendre la ville. Plus tard, ce secteur devient très important pour la construction navale, les échanges commerciaux et les services douaniers. Les 6 hectares n'ont plus aucune vocation commerciale ou industrielle aujourd'hui. La Pointe-à-Carcy est devenu depuis les années 1980 un pôle touristique avec la construction de l'Agora du Vieux-Port. Il s'est ajouté en 2002 l'arrivée d'un terminal de croisières, les Espaces Dalhousie.

Estuaire de la rivière Saint-Charles[modifier | modifier le code]

Terminal des silos de la Bunge au bassin Louise

Aussi nommé « Vieux-Port de Québec », il s'agit du premier emplacement portuaire de la ville. Il est bâti dès la Nouvelle-France à l'embouchure de la rivière Saint-Charles. Au XVIIIe siècle, il est un important chantier maritime et point d’exportation pour le bois de l'Empire britannique. De nos jours, on retrouve dans l'estuaire les célèbres silos à grains de la compagnie Bunge. Le bassin Louise, qui renferme la marina du Port de Québec, y fut aménagé de 1877 et 1882. Comme pour la Pointe-à-Carcy, le Vieux-Port joue un rôle considérable sur le plan touristique en tant que port de plaisance et composante du Vieux-Québec. De 2008 à 2013, il est l'hôte du spectacle Le Moulin à images.

Limoilou[modifier | modifier le code]

Secteur portuaire de Limoilou

Le secteur portuaire de Limoilou, officiellement nommé « Beauport », forme une imposante bande de terre s'avançant dans le fleuve située au sud de la baie de Beauport et bordé par l'autoroute Dufferin-Montmorency. Érigée artificiellement dans les années 1960 avec du remblai, cette zone très industrielle est le plus gros moteur économique du Port de Québec. Le port y entrepose essentiellement le vrac.

Depuis 2012, des événements sont survenus où de la poussière de nickel s'est retrouvée dans des zones résidentielles de Limoilou[8].

Autres quais[modifier | modifier le code]

Deux autres quais sont inclus dans l'ensemble de l'Administration portuaire de Québec (APQ) : celui de la Garde côtière canadienne, en bas du Cap Diamant, et le quai de la raffinerie Jean-Gaulin, située à Lévis.

Controverse des poussières[modifier | modifier le code]

Depuis 2012, le port de Québec est au centre d'une controverse entourant des poussières potentiellement nocives pour la santé détectées dans des zones résidentielles de la Ville de Québec. L'élément déclencheur de cette controverse a été une « tempête de poussière rouge » qui a laissé des dépôts de nature incertaine[9]. Des dépôts ont été observés sur des trottoirs, des balcons et des voitures du quartier Limoilou, mais aussi du quartier Saint-Sacrement[10]. Urgence-Environnement, une équipe d'intervention du Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP, aujourd'hui le MDDELCC) a immédiatement été appelé sur les lieux suite à l'appel de citoyens. Quelques jours plus tard, Arrimage du Saint-Laurent, une compagnie qui loue des espaces au port de Québec pour le transbordement de marchandises, confirme que la poussière rouge était constituée d'oxyde de fer issu d'un déchargement de minerai de fer dans le secteur de la baie de Beauport[10]. La compagnie affirme qu'il s'agit d'un événement isolé.

Pendant les années qui suivirent le début de la controverse, trois rapports d'analyses suggèrent que les activités du port de Québec contribuent à la pollution atmosphérique de certains quartiers de la Ville de Québec, et que cette pollution pourrait nuire à la santé des habitants de ces quartiers[11],[12],[13]. Un recours collectif a été intenté contre le Port de Québec et était toujours en cours en 2018. Un documentaire portant sur la controverse des poussières, intitulé Bras de fer, est paru en 2017.

Références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.tc.gc.ca/en/services/marine/ports-harbours/list-canada-port-authorities.html
  2. https://quai21.ca/recherche/histoire-d-immigration/port-prioritaire-une-histoire-du-port-de-quebec-partie-1
  3. https://www.journaldequebec.com/2016/09/08/le-gouvernement-du-quebec-na-pas-juridiction-au-port-de-quebec
  4. Chasing Empire across the Sea: Communications and the State in the French Atlantic, 1713–1763. By Kenneth J. Banks. Montreal: McGill-Queen's University Press, 2002. p.74
  5. Histoire forestière de l'outaouais.ca1760-1867 - L’époque du bois équarri. Capsule B6. L’équarrissage du bois, sur histoireforestiereoutaouais.ca
  6. a b c d et e Lemelin, André. « Le déclin du port de Québec et la reconversion économique à la fin du XIXe siècle. Une évaluation de la pertinence de l'hypothèse du staple. » Recherches sociographiques, volume 22, numéro 2, 1981, p. 155–186. Lire en ligne
  7. Tremblay, Robert. « La grève des ouvriers de la construction navale à Québec (1840). » Revue d'histoire de l'Amérique française, volume 37, numéro 2, septembre 1983, p. 227–239. Lire en ligne
  8. http://www.radio-canada.ca/regions/quebec/2013/06/02/003-marche-qualite-air-limoilou-citoyens-craintes-dimanche.shtml
  9. Nicolas Lachance, « Tempête rouge alarmante », Le Journal de Québec,‎ (lire en ligne)
  10. a et b Annie Morin, « De la poussière d'oxyde de fer sur les toits de Limoilou », Le Soleil,‎ (lire en ligne)
  11. Lalande, V., & L. Duchesne. 2013. Analyse des concentrations de métaux dans l’air ambiant du territoire de Limoilou. 20 pages.
  12. Lalande, V., & L. Duchesne. 2013. Analyse de la provenance du nickel dans l’air ambiant du territoire de Limoilou en fonction de la direction des rafales de vent. 4 pages.
  13. Lalande, V., & L. Duchesne. 2013. Analyse des concentrations de nickel dans l’air ambiant des quartiers Limoilou et Vanier (d’avril 2012 à mai 2013). 10 pages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]