Port Grimaud

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Port Grimaud
Vue aérienne de Port Grimaud (au centre) et de Saint-Tropez (au loin).
Vue aérienne de Port Grimaud (au centre) et de Saint-Tropez (au loin).
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Var
Commune Grimaud
Géographie
Coordonnées 43° 16′ 20″ nord, 6° 34′ 49″ est
Divers
Date de Fondation
Localisation

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Port Grimaud

Port Grimaud, souvent appelée la « Venise provençale », est une cité lacustre privée implantée au cœur du golfe de Saint-Tropez. Cette marina est située sur la commune de Grimaud, dans le Var.

Historique[modifier | modifier le code]

Port Grimaud a été conçu et construit par l'architecte mulhousien François Spoerry. En 1962, ce dernier possédant une maison à Cavalaire apprend que des terrains marécageux sont en vente au fond du golfe de Saint-Tropez près de l'embouchure de la Giscle. Il les achète et y édifiera un vaste lotissement : une cité lacustre intégrée à cet environnement méditerranéen[1]. À une époque où la conservation de la nature est une préoccupation moindre qu'aujourd'hui, disparaissaient ainsi les premiers pan d'une immense zone humide encore le long de la Giscle (qui certes était ancestralement et jusqu'alors considérée comme peu salubre). Au fil des extensions de la cité et de sa jumelle Les Marines de Cogolin, cet écosystème finira par être entièrement sacrifié.

Le premier permis de construire est délivré le , mais c'est le 14 juin qui est retenu comme date fondatrice de la cité à la suite de la demande de Paul Ploix, haut-fonctionnaire de la préfecture du Var chargé du dossier de Port Grimaud, et ami intime de François Spoerry : il tenait à célébrer la naissance de son fils né ce jour-là. La première place construite dans la cité, baptisée « place du 14-juin » commémore ces deux évènements[2],[3]. L'obtention du permis de construire fut néanmoins freinée quelque temps pour des raisons administratives : le projet prévoyait la démolition de deux silos à sables qui, bien qu'étant abandonnés, servaient d'amers pour les marins. Le projet de construction de l'église Saint-François d'Assise qui devait être facilement visible depuis le large cessa de convaincre l'administration maritime[4].

Spoerry et son équipe travaillèrent durant trois ans à l'élaboration des plans de la cité lacustre. Celle-ci devait être édifiée sur la terre avant que la mer n'y soit amenée par l'intermédiaire de canaux qui seront consolidés pour éviter la pollution de la nappe phréatique. Les futures îles et presqu'îles qui doivent former la cité sont préalablement délimitées par des palplanches d'acier destinés à stabiliser la terre, puis elles sont surélevées par les déblais issus des canaux qui sont creusés au ras de ces palplanches[4].

Les travaux de la première tranche débutèrent en juin 1966 autour des futures « place du 14-juin » et « Grand'Rue », le long de la plage. Les 75 premières maisons en bordure du canal et quarante appartements sont livrés en juillet et août 1967. C'est dans ce « village » partiellement construit, quasiment pas végétalisé et dont des bâtiments apparaissent encore non crépis à l'écran, que sont pourtant déjà tournées par François Reichenbach des séquences de Spécial Bardot, émission de télévision de prestige du Nouvel An diffusée le [5]. Le chantier de la première tranche se poursuivit jusqu'au printemps 1968. Aux premiers logements livrés venait s'ajouter 130 appartements et studios donnant sur la plage, ainsi que trente locaux commerciaux sous arcades et sur la « place des Six-Canons ». L'hôtel Giraglia ouvrit ses portes en juillet 1968 après plusieurs mois de travaux ayant débutés à l'automne 1967[6]. Afin de faciliter l'intégration des nouvelles constructions dans le paysage méditerranéen et les faire paraître aussi authentiques que n'importe quel village provençal, Spoerry n'hésita pas à réutiliser les matériaux (carrelages, tuiles, éléments de charpente, menuiserie, ferronnerie…) issus d'un chantier de démolition d'un quartier de Romans-sur-Isère[7].

C'est ainsi qu'est né un village lacustre avec son église, ses commerces et ses services (dont un bureau de poste) constitué de maisons et desservi à la fois par un accès terrestre et par un quai où l'on peut amarrer son bateau. Sa construction s'étalera en plusieurs tranches successives jusque dans les années 2000.

Depuis 2001, Port Grimaud est labellisé « Patrimoine du XXe siècle ». Cet ensemble immobilier unique qui s’étend sur 75 hectares représente au total 2 400 logements, plus de 2 000 places de bateaux, 7 km de canaux, 14 km de quais, quatorze ponts plus une passerelle en bois, ainsi que douze îles.

Une « Venise » provençale divisée en trois quartiers[modifier | modifier le code]

Port-Grimaud est une marina, ensemble immobilier destiné à la plaisance, avec un mouillage devant chaque maison. Principe dont les précurseurs se trouvent aux USA, en Floride et en Virginie. Mais le modèle avoué est Martigues, au débouché de l'étang de Berre, la première "Venise provençale" dont le style vernaculaire est réutilisé, mais avec une approche immobilière spécifique. Un module de base, la « maison de pêcheur » type T3 à un étage ou T5 à 2 étages, bâti étroit de 5 m sur 10 m environ, est séparé de la rue intérieure par un jardinet, et côté canal de déserte, par un quai de béton carrelé privatif, sans droit de passage. L’évolution de la construction de la cité, et la diversification du marché - son attrait dépasse largement dans les années 80 un noyau de plaisanciers français pour une clientèle fortunée venue du nord de l'Europe - aura généré trois « arrondissements » : Port Grimaud I, Port Grimaud II et Port Grimaud III, gérés par trois associations syndicales distinctes et autonomes.

Historiquement, Port Grimaud I est la première réalisation de François Spoerry et aussi la plus grande : 22 hectares terrestres et 13 hectares de plan d’eau. 1 108 lots de copropriété, 834 places d’amarrages dont 250 places publiques réservées aux bateaux de passage ou à des locataires à l’année. Les zones II et III se distinguent par des constructions plus spacieuses et bénéficiant d'un jardin côté quai et non côté rue, ce qui réduit l'ampleur de l'espace public intérieur et induit une modification d'ambiance des quartiers vers un type suburbain, le parcage automobile étant déporté moins loin des rues et îles résidentielles.

Port Grimaud I : géré par le conseil syndical des propriétaires[modifier | modifier le code]

Le conseil syndical de Port Grimaud I représente les propriétaires et prend les décisions relatives à la gestion de cette cité privée. Il est composé de seize membres bénévoles élus pour quatre ans par les propriétaires des huit quartiers de Port Grimaud I.

Le conseil syndical de Port Grimaud I est particulièrement attentif au respect de la cohérence architecturale du site créé par François Spoerry qu’il s’agisse du choix des couleurs des façades ou des travaux pouvant modifier l'aspect extérieur des maisons. Toute modification doit être autorisée par l’association syndicale qui s’entoure pour ce faire des conseils d’un architecte. La cité est dotée d'une association d'information et de défense des propriétaires[8].

Préservation de l’environnement et des traditions[modifier | modifier le code]

La qualité de vie et la préservation de l’environnement ne sont pas oubliées avec un service terrestre de transport en voiturettes électriques ou du transport maritime des résidents qui est lui aussi totalement électrique. Les espaces verts sont entretenus sans agents chimiques et le tri sélectif fonctionne efficacement dans tous les quartiers.

La cité fait cependant face au défi du changement climatique : l'élévation du niveau des océans, mais surtout la violence des épisodes de pluies et de forts vents d'Est au fond du Golfe de Saint-Tropez créant des inondations dans les zones riveraines de la Giscle.

Le conseil syndical est également le garant du maintien des traditions de la cité lacustre avec notamment, tous les 15 août, la fête de la mer et des pêcheurs qui donne lieu à une messe dite en l’église œcuménique Saint-François d’Assise qu’éclairent les magnifiques vitraux de Vasarely représentant le cycle du soleil. À l’issue de la cérémonie, une procession de bateaux suit le prêtre qui, à bord d’une embarcation, bénit les bateaux amarrés le long des canaux jusqu’à l’entrée du port, où il dépose une gerbe à la mémoire des marins disparus.

Décédé à Port Grimaud en 1999, François Spoerry repose désormais dans un caveau de l'église Saint-François d'Assise[9].

Gestion des échanges entre habitants, plaisanciers et visiteurs[modifier | modifier le code]

Port Grimaud I accueille de nombreux commerçants et professions libérales sur ses trois grandes places : la « place des Artisans », la « place du Marché », la « place des Six-canons ». Durant l’été, des marchés forains ont lieu tous les jeudis et dimanches de même que des marchés d’art. Ainsi, comme le souhaitait François Spoerry, cette copropriété est aussi un espace d’échange entre terre et mer ouvert aux plaisanciers.

Le plan d'une cité lacustre telle que Port Grimaud, où les mouillages sont tous accessibles au voiliers sans ponts mobiles, impliquait de créer des bassins allongés et contournés et des presqu'iles, telle "la chaussette" allongées et reliées par un minimum d'appendices. En conséquence il est souvent plus rapide de s'y déplacer en bateau qu'en voiture ou en deux-roues, c'est pourquoi des bateaux-bus, les coches d'eau, sont mis à la disposition des résidents afin de se déplacer dans la cité[10].

Les navettes grimaldines, permettent de se rendre à Saint-Tropez par la mer de juin à septembre[11].

Pour garantir cette harmonie entre propriétaires, commerçants, plaisanciers et visiteurs, certaines règles de bien vivre ensemble s'appliquent dans l’ensemble du village lacustre : les non-résidents sont invités à stationner leurs véhicules sur le parking extérieur qui leur est réservé à l’entrée de la cité, la visite s’effectuant à pied (les motos sont également interdites). Une tenue correcte est demandée, l’observation de la tranquillité des propriétaires est exigée de même que le respect de la propreté des parties communes. L'étalage du linge au regard des passants ou des voisins est interdite. Les chiens doivent être tenus en laisse. Sont également proscrits à l’intérieur de la cité : les rollers et skate-boards, ainsi que les pique-niques et les barbecues[12].

Droit d'auteur[modifier | modifier le code]

Les promoteurs de Port Grimaud ont contesté aux voyagistes le droit de publier des vues aériennes de la cité.

En France, un architecte jouit en effet de la protection du droit d'auteur sur les photographies de ses œuvres. D'autres pays ont pris une exception en la matière, de façon à autoriser les photographies de l'espace public ; cette exception est connue sous le nom liberté de panorama.

Le tribunal de grande instance de Draguignan a étendu à l'ensemble architectural de la cité cette protection du droit d'auteur, arguant qu'avant cette construction, il n'y avait rien, et que la nouvelle cité, de par l'originalité de son plan d'ensemble et des choix architecturaux est une création originale[13]. Ce jugement est décrit comme « une extension paradoxale du droit d'auteur au détriment de la chose commune »[14].

Durant un débat public organisé par l'Association des cinéastes documentaristes (ADDOC) lors du IXe festival international du documentaire de Marseille, le jugement[note 1] a été évoqué ; les propos suivants sont alors attribués au « promoteur de Port-Grimaud » (sic) : « Je détiens un droit de propriété absolu, j'interdis qu'on reproduise une vue aérienne de cette ville »[15].

Tournages cinématographiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La mise par écrit de cet entretien utilise le mot Cour et non Tribunal, ce qui signifie que soit le jugement a été frappé d'appel, ce qui ne serait pas cohérent avec la citation du jugement de première instance par la doctrine, soit qu'il s'agit d'une erreur factuelle durant le débat. Par conséquent, la citation est à prendre avec prudence, d'autant plus qu'elle n'est rapportée nulle part ailleurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Il était une fois Port Grimaud : Naissance du projet », sur atelier-crabe.com (consulté le 14 juin 2015)
  2. « Port Grimaud », sur grimaud-provence.com (consulté le 14 juin 2015)
  3. « Le permis de construire », sur atelier-crabe.com (consulté le 14 juin 2015)
  4. a et b « Les difficultés rencontrées », sur atelier-crabe.com (consulté le 14 juin 2015)
  5. Au début de ces séquences, la voix hors champ de Brigitte Bardot présente des vues aériennes de Port Grimaud, accompagnée d'un cours morceau instrumental (intitulé Port Grimaud) de Francis Lai, puis, dans ce décor, on la voit interpréter la chanson Je reviendrai toujours vers toi écrite par Jean-Max Rivière et composée par Gérard Bourgeois : « vidéo de ces séquences » [vidéo], sur ina.fr.
  6. « Le début des travaux, 1re tranche », sur atelier-crabe.com (consulté le 14 juin 2015)
  7. « Du neuf avec de la récupération », sur atelier-crabe.com (consulté le 14 juin 2015)
  8. Gestion de Port Grimaud
  9. « Eglise Saint-François d'Assise à Port Grimaud » (consulté le 9 juin 2015)
  10. « Circuit des coches d'eau », sur http://www.port-grimaud-sud.com/.
  11. http://www.les-navettes-grimaldines.fr/horaires.php5
  12. Respect du cahier des charges de la cité lacustre sur la page du Service Sécurité de Port Grimaud
  13. TGI Draguignan, 16 mai 1972
  14. Bernard Edelman, « L'œil du droit », dans Images et usages de la nature en droit, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, (ISBN 9782802800897, OCLC 260212890, lire en ligne), p. 390-391
  15. Claudine Bories, Patrice Chagnard et al., « Droit à l'image, droit des auteurs », dans La police des images : Droit à l'image, droit des auteurs — Faux et usage de faux, l'Harmattan, (ISBN 2-7475-2136-2, lire en ligne), p. 21. Le propos est rapporté par Jean-Louis Langlois, participant à ce débat.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]