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Port-Blanc (Penvénan)

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Port-Blanc
Pors Gwenn
Port-Blanc (Penvénan)
Rocher de la Sentinelle
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Côtes-d'Armor
Arrondissement Lannion
Canton Tréguier
Commune Penvénan
Géographie
Coordonnées 48° 50′ 09″ nord, 3° 18′ 56″ ouest
Localisation
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Port-Blanc
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Géographie

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Port-Blanc est un petit port côtier breton, et un hameau et quartier de pêcheurs dans la commune de Penvénan dans les Côtes-d'Armor, dans le pays historique du Trégor. Perdant son caractère traditionnel il est devenu la station balnéaire de Penvénan.

Port-Blanc (Pors Gwen en breton) était jadis un havre pour marins. Les moines de Grande-Bretagne y trouvèrent aussi refuge pour ensuite s'installer à l'intérieur des terres. Port-Blanc serait l'endroit où aurait séjourné la petite Gwen, Gwenan, la fille de Judaël.

Préhistoire

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La présence de plusieurs mégalithes sur le territoire atteste d'une occupation dès le Néolithique.

Selon Paul Sébillot «au dire des habitants de Penvénan et des pays voisins, la ville d'Is était située à l'endroit où se trouve désormais la grève désolée de Trestel ; les empreintes qu'on voit sur un des rochers de la côte sont pour les uns les fers du cheval du diable, pour les autres ceux du roi Gradlon »[1].

Havre naturel, Port-Blanc (Pors Gwen en breton) fut un endroit facile où débarquer pour les moines de Grande-Bretagne qui y trouvèrent un refuge pour s'installer ensuite plus à l'intérieur des terres[2]. Port-Blanc aurait été fondé par le moine breton Gildas le Sage, d'origine princière, venu du Pays de Galles vers la fin du Ve siècle.

En mai 1230, l'armée anglaise débarque à Port-Blanc, alors appelé Port Gueltas, d'après le saint. Il s'agit alors d'une des deux troupes sous le commandement de Richard, frère du roi Henri III d'Angleterre, appelé à l'aide par Pierre Mauclerc, alors en sédition contre le roi Louis IX[3].

En , Bolingbroke, duc de Lancastre, futur roi Henri IV d'Angleterre, armé et équipé par le duc de Bretagne, part de Port-Blanc[4] avec dix navires[5] et fait voile vers l'Angleterre pour réclamer ses titres et terres que le roi Richard II lui a confisqués. Il déposera ce roi et se fera couronner à sa place sous le nom d'Henri IV. Shakespeare, dans sa pièce Richard II, cite Port-Blanc à l'acte II scène 1 vers 277 : « Port-le-Blanc, a bay in Brittany ! »[6].

En 1492, un seigneur de la Roche-Jagu chargé de la défense de Port-Blanc où les Anglais avaient débarqué demande de l'aide à la ville de Guingamp. Les Anglais repartent avant même la bataille[3]. Il est probable que cet épisode soit à l'origine de la légende de l'invasion anglaise manquée[7], racontée par Anatole Le Braz :

« C'était (...) dans le temps que les forbans d'Outre-Manche, les Saozons exécrés, écumaient à tout propos les eaux armoricaines. Et donc, une nuit, profitant de ce que le ciel était chargé de nuages, ils s'introduisirent furtivement dans la baie, avec l'espoir de surprendre à la faveur des ténèbres les habitants endormis. Mais Notre-Dame du Port-Blanc veillait. À la minute précise où ils s'apprêtaient à débarquer, une lune resplendissante, survie à l'improviste, leur montra le muretin qui entourait le courtil de la chapelle entièrement garni d'hommes en armes dont ils pouvaient voir se découper au-dessus de la crête les ombres mouvantes et menaçantes (...). Ils n'eurent qu'un souci, celui de déguerpir au plus vite. (...) On raconta le lendemain dans le village que Notre-Dame du Port-Blanc avait métamorphosé en soldats les fougères arborescentes qui foisonnant alors sur son tertre[8]. »

Époque moderne

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A la fin du XVIe siècle, Port Gueltas prend définitivement le nom de Port-Blanc[9].

Le XIXe siècle

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En 1853, un journal de Châteaulin écrit, à propos de Port-Blanc : « On y extrait le sable calcaire (maërl) des deux bancs suivants : Buguélès , entre les deux îles Saint-Gildas, dans le nord-est de la grande. Le banc est rond et a 100 mètres de diamètre. Il reste dessus 8 mètres d'eau. Le sable est gris-bleu et formé de menus débris de moules ; Kerec-ès-Treou , dans le sud du Four, long de 50 mètres et large de 40 ; il reste dessus 11 mètres d'eau. C’est, en par tant de l'est, le premier banc où l'on se serve de la drague attachée a une corde. Le sable est jaune rougeâtre et entièrement formé de débris de coquilles de diverses natures. Ils sont occupés le reste de l'année à la pêche des huîtres ou à la récolte du varech, qui donne lieu dans tous ces parages à un commerce important, soit pour l’agriculture, soit pour l'incinération. Le nombre de bateaux s'occupant du commerce de sable de Plougrescant à Louannec est de 15, portant en moyenne 5 mètres, et faisant de mai à septembre 50 voyages par an. Le transport annuel du sable coquillier s’élève ä environ 1,100 m3, se vendant 1 100 m3 »[10].

La Marée montante à Port-Blanc
Maxime Maufra, 1914
Petit Palais, Paris

A. Marteville et P. Vain écrivent en 1853 que « la commune de Penvénan est située sur la côte ; mais son chef-lieu a peut-être moins d'importance que le Port-Blanc, grand attérage situé à l'extrémité nord de ce territoire. Les navires de toute dimension peuvent aborder à ce petit port ; aussi est-il devenu, depuis quelques années, le centre d'un certain commerce pour les grains. Son entrée est défendue par une batterie située sur l'Île-aux-Moines, et couverte par l'Île Saint-Gildas, l'un des innombrables îlots qui bordent cette côte »[11].

Le front de mer du Port-Blanc se caractérise par une architecture de défense militaire et portuaire[12] datant du XVIIIe siècle jusqu'au début du XXe siècle qui s'est associée à l'architecture vernaculaire et balnéaire du XXe siècle et du début du XXe siècle.

La station balnéaire est créée en 1872[13] (Quelles sources ou preuves ?) Des prises de sable ont lieu dans la baie et le long des grèves jusqu'à la fin des années 1930 et suscitent en 1937 des manifestations des hôteliers et des pêcheurs pour son interdiction à l'instar des plages voisines comme celle de Trestel ou de Perros[13].

Anatole Le Braz décrit ainsi Port-Blanc en 1897 :

« Le Port-Blanc n'est, à proprement parler, qu'un hameau marin, une enclave de Penvénan, dont le bourg est situé à quatre kilomètres dans les terres, au centre d'un plateau assez triste, planté surtout de calvaires et de haies d'ajoncs. Deux ou trois auberges, une douzaine de chaumières, c'est tout le village. Une route de grève, plantée de galets, et où traînent des guirlandes de varechs abandonnées par le jusant forment la rue unique[14]. »

Le XXe siècle

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La Belle Époque

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Le pardon de Port-Blanc en 1912 (journal L'Ouest-Éclair).

Port-Blanc est ainsi décrit en 1903 :

« Des maisons apparaissent disséminées derrière des massifs d'arbres verts et noirs ; pourtant, à mesure qu'on avance, le tout prend un air élégant et coquet, mais rude et brutal. Peu à peu, la station, minuscule au début, s'élargit et s'étend. Je trouve un Port-Blanc très grand, repli de maisons sont la plupart sont inoccupées, la saison [touristique] étant depuis longtemps terminée. Dans les cours, le goémon parfume l'air et, devant les habitations des pêcheurs, sèchent d'interminables filets et toute la collection des engins de pêche[15]. »

Port-Blanc à la Belle Époque

L'Entre-deux-guerres

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La pêche des ormeaux était une activité importante et rémunératrice sur tout le littoral de part et d'autre de Tréguier. Un article daté de 1918 indique que « rien sur la côte nord-ouest de la presqu'île de Plougrescant et jusqu'à l'Île d'Er, on pêche 50 000 ormeaux de novembre à mars, soit 10 000 de plus qu'au Port-Blanc situé plus à l'ouest »[16].

La Seconde Guerre mondiale

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L'ancienne maison d'Anatole Le Braz où l'écrivain séjourna entre 1898 et 1924 est représentative de ce type d'habitat traditionnel néo-breton. La digue-promenade et le mur-digue militaire de l'organisation Todt (Seconde Guerre mondiale) offrent deux types d'architecture, l'une en béton et l'autre en moellons de granite pour défier les assauts de la mer. L'ancienne poudrière et l'oratoire de la Sentinelle correspondent à des ré-utilisations d'architecture de défense, de même que la nouvelle cale à proximité du blockhaus.

Monuments et sites

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Baigneuses à Port-Blanc, par Maurice Denis en 1925.

La commune compte de nombreux sites pittoresques, comme la chapelle Notre-Dame de Port-Blanc[17] qui date du XVIe siècle, avec les vestiges de sa tour de garde du XIIe siècle et le manoir de Kerpeulven[18], inscrit au titre des Monuments historiques. Plusieurs mégalithes sont également visibles, parmi lesquelles les menhirs de Kerbelven et le menhir de Kervéniou et les sépultures néolithiques de Roch-Las-en-Port-Blanc.

Port-Blanc (Penvénan) ː vue générale du site avec le rocher de la Sentinelle.

Des rochers spectaculaires offrent un décor pittoresque : le rocher de la Sentinelle, avec à son sommet un petit oratoire surmonté d'une croix et à son pied une ancienne poudrière dont la guérite fut reconstruite avec l'ajout de deux statues (saint Tugdual et Notre-Dame de la Mer) grâce à Théodore Botrel, qui avait une maison à proximité. Les statues ont par la suite été placées dans la chapelle voisine. En direction de l'anse du Pellinec, le rocher du Voleur semble fendu en deux en raison de la faille qui se trouve à son milieu ; il fut fortifié par Vauban en 1694 et il en subsiste quelques traces[19].

La chapelle Notre-Dame de Port-Blanc

Sur le littoral de Port-Blanc, on trouve de nombreux îlots et ses paysages sauvages, comme l'île des Femmes, l'île du Château-Neuf et l'île Saint-Gildas. Un sentier des douaniers rejoint Port-Blanc à Buguélès, et permet de découvrir la côte des Ajoncs et de suivre de petits circuits balisés qui mènent aux différents calvaires et chapelles.

Paul Sébillot rapporte cette légende et les superstitions qui y sont liées dans son livre "Légendes, croyances et superstitions de la mer. La mer et le rivage" : « Auprès du Port-Blanc, dans la grève, à la limite de Penvénan et de Trévou-Tréguignec, est un îlot très sauvage appelé Bruck (l'inculte, le sauvage), tout entouré d'écueils dangereux. C'est la demeure de mauvais génies qui y attirent lès navires pour les perdre. La mer y est toujours en furie, et la nuit entre les rochers on voit des fantômes et des personnages armés de haches qui semblent guetter les navires naufragés. De Bruck à Trestel, sur une étendue d'une demi-lieue, la côte est maudite. Naguère personne ne s'y hasardait la nuit, et les douaniers mêmes redoutaient d'y passer. Un dicton breton constate la mauvaise renommée de ce passage :

Hen tre Bruck ha Treslel,
He ma belly an drouk-Aael.
Hen tre Bruck hag an Treo
He ma belly an Diaolo.
Entre Bruck et Trestel
Est le domaine du mauvais ange.
Entre Bruck et le Trevou
Est le domaine des diables.

Les personnes qui passent même de jour par ce lieu maudit se signent avant d'y entrer et craignent quelque effrayante apparition. Sur l'un des rochers on montre la trace des pieds du cheval du diable »[20].

Personnages célèbres

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Parmi les personnages célèbres à l'histoire entremêlée au Port-Blanc, on trouve notamment Anatole Le Braz dont l'ouvrage célèbre La légende de la mort en Basse-Bretagne évoque à plusieurs reprises le Port-Blanc et ses alentours. Il reçut vraisemblablement dans sa demeure au Port-Blanc Ernest Renan, auteur en 1882 de la célèbre conférence à la Sorbonne « Qu'est-ce qu'une Nation ? ». Théodore Botrel et Andre Juillard habitèrent également le Port-Blanc.

Notes et références

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  1. Paul Sébillot, Légendes, croyances et superstitions de la mer. La mer et le rivage, Paris, G. Charpentier et Cie, (lire en ligne), p. 300.
  2. « Étymologie et histoire de Penvénan », sur infobretagne.com (consulté le ).
  3. a et b Chouteau, p. 8
  4. Jean-Michel Déprats, Shakespeare Histoires, tome 2, Gallimard, collection La Pléiade, Paris, 2008, 1743 pages, (ISBN 978-0-804-70503-5), p. 1475 note 16
  5. Benjamin Williams, Chronicque de Richart, 1846, 324 pages, (OCLC 2200437), p. 179
  6. Chouteau, p. 9
  7. Corlouër, Bruger, p. 14
  8. Anatole Le Braz, Vieilles chapelles de Bretagne, Terre de Brume, 2003 (ISBN 2-84362-214-X)
  9. Corlouër, Bruger, p. 15
  10. « Le Port-Blanc », L'Écho de Châteaulin,‎ , p. 3 (lire en ligne, consulté le ).
  11. A. Marteville et P. Varin, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, vol. 2, Rennes, Deniel, (lire en ligne), p. 267.
  12. Ensemble fortifié de port-Blanc
  13. a et b Corlouër, Bruger, p. 48
  14. Anatole Le Braz, Pâques d'Islande, (lire en ligne), p. 88.
  15. « Théodore Botel chez lui », L'indépendant du Cher,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  16. H. Cardot, « Les Mollusques gastéropodes comestibles », Bulletin de la Société scientifique d'hygiène alimentaire et d'alimentation rationnelle de l'homme,‎ , p. 144 (lire en ligne, consulté le ).
  17. Chapelle Notre-Dame du port-Blanc
  18. Manoir de Kerpeulven
  19. .Lionel Le Saux, « À Port Blanc, de beaux rochers protecteurs », Journal Le Télégramme,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. Paul Sébillot, Légendes, croyances et superstitions de la mer. La mer et le rivage, Paris, G. Charpentier et Cie, (lire en ligne), p. 233.

Bibliographie

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  • Nicole Chouteau, Histoire de Penvénan, Port-Blanc, Buguélès, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, , 104 p. (lire en ligne)
  • Nicole Chouteau, Histoire de Penvénan, Port-Blanc et Buguélès, Bégard, Cahier du Trégor, (ISSN 0758-1238, lire en ligne), p. 3-17
  • Luc Corlouër, Pierre Bruger, Penvénan Port-Blanc Autrefois, Editions Le Cormoran, , 216 p. (ISBN 978-2-916687-33-9)
  • Luc Corlouër, Pierre Bruger, Histoires de Penvénan Port-Blanc -Buguélès, Editions Le Cormoran, avril 2023, 252 p. (ISBN 978-2-916687-52-0)

Articles connexes

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