Pont des Filles de Jacob

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33° 00′ 37.02″ N 35° 37′ 41.83″ E / 33.0102833, 35.6282861

Le pont des Filles de Jacob sur le Jourdain depuis le sud.

Le pont des Filles de Jacob (hébreu : גשר בנות יעקב) est un pont traversant le Jourdain supérieur en Israël construit sur un site stratégique entre la Haute (en) Galilée et le plateau du Golan et un site archéologique du Paléolithique inférieur.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les ponts construits ici dans le passé ont pris le nom arabe du site, Jisr Banât Ya'qūb (arabe : جسر بنات يعقوب)[1], littéralement « pont des Filles de Jacob », traduit en Hébreu par Gesher Bnot Ya'akov (hébreu : גשר בנות יעקב), nom sous lequel il est aujourd'hui connu en Israël. Le nom de « Gué de Jacob » apparu durant la période des Croisades est encore en usage principalement en anglais (« Jacob's Ford »). Son appellation semble provenir du nom d'un couvent (« Jacob ») situé à Safed, et dont les sœurs percevaient les taxes de passage en cet endroit. La tradition associe progressivement le nom du pont au patriarche biblique du même nom.

Localisation[modifier | modifier le code]

Carte montrant le passage du Jourdain entre la Haute (en) Galilée et le plateau du Golan.

Situé dans la Haute (en) Galilée, à 15 km au nord du Lac de Tibériade, le site du pont des Filles de Jacob était le dernier gué au sud de la vallée de la Houla avant le passage du Jourdain entre le bloc basaltique de Korazin et le plateau du Golan et fut un point stratégique depuis des temps immémoriaux.

Le pont moderne fait partie de l'Autoroute 91 (en) à cheval sur la frontière entre Israël et la partie du plateau du Golan occupée par Israël. Il est d'une importance militaire stratégique car il est l'un des rares points de passage fixes sur la partie supérieure du Jourdain qui permette l'accès, depuis le plateau du Golan, vers la Haute Galilée. Il se trouve à proximité de l'ancienne moshava (en) de Mishmar-Hayarden et du kibboutz de Gadot.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Lors de travaux d'aménagement entrepris par 30 soldats britanniques sur le lieu pour la construction de bassins d'épuration, on découvre des ossements d'animaux fossilisés et des ustensiles en pierre datant de l'âge de la pierre. Une nouvelle campagne de fouilles archéologiques est en cours aujourd'hui.

Les vestiges découverts lors des fouilles du site préhistorique de Gesher Bnot Ya'aqov (GBY), analysés par les archéologues de l'Université hébraïque de Jérusalem, l'Allemagne et les États-Unis, apportent une preuve d'un « comportement humain avancé » un demi-million d'années plus tôt que ce qui avait été précédemment estimé. Le rapport décrit une couche appartenant à l'Acheuléen (une culture du premier âge de la pierre) où de nombreux outils, des os d'animaux et des restes de plantes ont été trouvés démontrant que des ancêtres du Paléolithique inférieur vivant sur la rive d'un précédant lac Houla (qui, à l'époque, couvrait une superficie beaucoup plus grande) produisaient des outils de pierre, des animaux de boucherie, de la nourriture à partir de plantes cueillies et contrôlaient le feu il y a 790 000 années[2],[3],[4],[5],[6]. Le site a notamment révélé la présence d'une quantité importante de hachereaux et l'utilisation du basalte comme matière première[7].

Antiquité[modifier | modifier le code]

À l'époque romaine, le pont est emprunté par des convois de marchands ; on retrouve d'ailleurs les vestiges d'un pont de cette époque.

La route des caravanes entre la Chine et le Maroc via la Mésopotamie et l'Égypte utilisait ce passage correspondant à l'ancienne via Maris qui fut d'une importance stratégique pour les Égyptiens, les Assyriens, les Hittites, les Juifs, les Sarrasins, les Arabes, les Croisés et les janissaires ottomans qui ont tous traversé la rivière à cet endroit[8],[9].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Vue du champ de bataille du gué de Jacob (1179), en regardant vers l'est, depuis la forteresse des Croisés, au-delà de la rivière, dans la direction depuis laquelle les forces de Saladin attaquèrent.

Le Gué de Jacob était un point clé de passage de la rivière sur la principale route commerciale entre Acre et Damas[10].

On le mentionne également lors des batailles qui opposent les Croisés aux Musulmans au XIIe siècle ap. J.-C.

Le Gué de Jacob fut utilisé par la Palestine chrétienne et la Syrie seldjoukide (en) comme un grand carrefour entre les deux civilisations, ce qui lui conféra une importance stratégique. Lorsqu'Onfroy II de Toron fut assiégé dans la ville de Baniyas (en) en 1157, le roi Baudouin IV de Jérusalem réussit à le libérer mais il fut pris en embuscade au Gué de Jacob en juin de cette même année[11].

Par la suite la zone autour du Gué de Jacob fut constamment disputée par Baudouin et Saladin. Baudouin autorisa les Templiers à construire un château surplombant le gué et commandant la route de Kuneitra à Tibériade, menaçant Damas[12]. Le 23 août 1179, Saladin assiégea le château et détruisit les fortifications qui n'étaient pas complètement terminées. Le château est connu sous le nom de Vadum Iacob ou Chastellet.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Le pont des Filles de Jacob en 1912

L'ancien pont de pierre à arches marque la limite nord de l'avance de Napoléon en 1799[8],[9].

Une autre bataille (en) s'est déroulée dans la zone le 27 septembre 1918 durant la campagne de Palestine de la Première Guerre mondiale, au début de la poursuite par l'Armée britannique des rescapés du Groupe d'armées Yildirim (en) de l'Empire ottoman battant en retraite vers Damas. Le pont fut détruit par les forces armées turques mais fut reconstruit par les sapeurs du corps d'armée australien et néo-zélandais.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Le pont Bailey

Lors de la Nuit des ponts, entre les 16 et 17 juin 1946, le pont est à nouveau dynamité par la Haganah.

Les Syriens reprennent le pont le 11 juin 1948, durant la Guerre de Palestine de 1948 mais se retirent à la suite des accords d'armistice israélo-arabes de 1949. Après la guerre, le pont se trouve au centre de la zone démilitarisée par les accords d'armistice.

En 1953, le site est choisi comme emplacement d'origine pour la prise d'eau du projet de l'aqueduc national d'Israël mais sur la pression américaine l'emplacement est déplacé en aval, à Eshed Kinrot, sur le lac de Tibériade[13].

Pendant la guerre des Six Jours, une brigade parachutiste israélienne s'empare de la région et le Combat Engineering Corps (en) israélien construit un pont Bailey.

Lors de la guerre du Kippour, les forces syriennes approchent le voisinage du pont mais ne traversent pas.

Jusqu'en 2007, il y avait deux ponts Bailey sur le site, l'un pour le trafic d'est en ouest et l'autre pour la direction opposée. Cependant, en 2007, un pont moderne en béton est achevé. L'un des ponts Bailey est démantelé et l'autre est conservé pour une utilisation d'urgence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sharon, Moshe (1997) Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, (CIAP) BRILL, ISBN 90-04-11083-6, p. 41
  2. Evidence found of early modern humans (January 5, 2010) in Israel 21c Innovation News Service
  3. Evidence of advanced human life half a million years earlier than previously thought (Dec 22, 2009) in The Jerusalem Post
  4. Dig site shows distinct living spaces in early Stone Age
  5. Gesher Benot Ya'aqov (Israel)
  6. Paul Pettitt et Mark White, The British Palaeolithic: Human Societies at the Edge of the Pleistocene World, Abingdon, UK, Routledge,‎ , 194 p. (ISBN 978-0-415-67455-3)
  7. Francis Hours (en), « La période de l'Homo habilis et de l'Homo erectus en Asie occidentale » in Histoire de l'humanité, Volume I, De la préhistoire aux débuts de la civilisation, UNESCO, Paris, Edicef, 2000, 1658 p. (ISBN 92-3-202810-7) (lire en ligne p. 192-193)
  8. a et b R. M. P. Preston, The Desert Mounted Corps: An Account of the Cavalry Operations in Palestine and Syria 1917–1918, Londres, Constable & Co.,‎ (OCLC 3900439), p. 261
  9. a et b Jill duchesse d' Hamilton, First to Damascus: The Story of the Australian Light Horse and Lawrence of Arabia, Roseville, Kangaroo Press,‎ (OCLC 248935397), p. 158
  10. Alan V. Murray, ed. (2006), The Crusades: An Encyclopaedia, ISBN 1-57607-862-0 p. 649.
  11. Richard, Jean (1999) The Crusades c.1071-c.1291 Cambridge University press ISBN 0-521-62566-1 p. 175-176
  12. Payne, Robert (1998) The Crusades: A History Wordsworth Editions, ISBN 1-85326-689-2 p. 188
  13. Sosland, Jeffrey (2007) Cooperating Rivals: The Riparian Politics of the Jordan River Basin SUNY Press, ISBN 0-7914-7201-9 p. 70

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]