Pont Battant

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Pont Battant
Le pont Battant avec passage d'une rame du tramway de Besançon.
Le pont Battant avec passage d'une rame du tramway de Besançon.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Drapeau du Bourgogne-Franche-Comté Bourgogne-Franche-Comté
Département Doubs
Commune Besançon
Coordonnées géographiques 47° 14′ 23″ N, 6° 01′ 14″ E
Fonction
Franchit Doubs
Fonction Routier
Caractéristiques techniques
Type Pont en poutre
Longueur 60 m
Largeur 24 m
Hauteur m
Hauteur libre m
Matériau(x) caissons métalliques
Construction
Construction époque romaine - 1944 - 1953 - 2013

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Pont Battant

Géolocalisation sur la carte : Besançon

(Voir situation sur carte : Besançon)
Pont Battant

Le pont (de) Battant est un des huit ponts routiers de la ville de Besançon.

Situation et accès[modifier | modifier le code]

Le pont franchit le Doubs et relie les quartiers de La Boucle (centre historique) et de Battant entre le quai Vauban et la place Jouffroy d'Abbans.

Transports

Historique[modifier | modifier le code]

Le pont romain (160-1953)[modifier | modifier le code]

Une partie du pont à cinq arches, dans l'Entre-deux-guerres, avec un tramway.

Succédant vraisemblablement à un gué puis un pont de bois, le pont (de) Battant est construit à l'époque romaine (v. 160) et comprend alors sept arches[1]. Conformément aux principes des architectes transalpins, le matériau utilisé devait résister à l’épreuve du temps : les Romains découvrent près d'Avrigney, à une trentaine de kilomètres de Vesontio, un calcaire blanc particulièrement résistant quoique tendre[2] qu'ils utilisent notamment pour l'édification de l'ouvrage[3]. Les piles du pont sont constituées de pierres polygonales reliées par des crampons en fer scellés avec du plomb.

Il est, jusqu'à la fin du XVIIe siècle, le seul pont à franchir le Doubs à Besançon et est donc le point de passage pour les échanges entre le secteur historique et le nouveau quartier pendant l'expansion romaine de la ville[4].

À l'Époque moderne, seules cinq arches sont encore visibles les autres ayant été enfouies sous le cardo qui va devenir la Grande rue.

Le pont est, comme le cardo, pavé de blocs de 2 × 0,7 m, épais de plus de 35 cm. Il est plusieurs fois réparé et restauré (1453, 1506), élargi en 1688 époque où le quai Vauban l'empiète d'une demi-arche, et restauré à nouveau en 1729. En 1761, c'est l'ingénieur Jean Querret qui le sauve de la déconstruction souhaitée par la municipalité[5].

Durant le Moyen Âge, le pont se couvre d’échoppes dont les dernières ne disparaissent qu'en 1841 à l’occasion d’un ultime élargissement qui porte sa largeur à 6 m entre trottoirs. En 1265, l’archevêque de Besançon décide de faire construire trois bâtisses débordant la margelle et percées de poternes ; elles subsisteront jusqu'en 1677.

La croix de pierre présente dès le XIIIe siècle[6] au centre du pont est détruite sous la Révolution puis rétablie solennellement avant d'être retirée en 1880 lors du conflit entre la République et l’Église[7], contre l'avis des paroissiens de la Madeleine.

Après la conquête française de 1678, un arc de triomphe à la gloire de Louis XIV est érigé à son extrémité côté boucle entre 1691 et 1693[8]. Cet édifice est déconstruit en 1776 car devenu dangereux du fait des chutes de pierres gélives. La casemate de tir positionnée sous le pont en rive gauche est supprimée vers 1828 pour permettre le passage du chemin de halage.

Le général Marulaz, défenseur de Besançon lors du blocus de 1814 envisage de le couper pour isoler la boucle, mais y renonce à la lecture d'une lettre que la comtesse de Montrond attribue à Fénelon mais qu'elle a écrite elle-même.

Le pont romain résiste aux crues de 1570, 1789, et 1802. Le 18 septembre 1852, il échappe à une destruction au canon, du fait d'une montée des eaux devenue critique[9].

L'aménagement des quai Vauban (1695) en rive gauche du Doubs, puis de Strasbourg et Veil-Picard en rive droite (1874-1879), fait que le nombre d'arches est réduit à trois[10].

En 1910, il résiste encore bien que l'eau monte jusqu'au parapet. C'est sans doute l'existence du canal de dérivation sous la place Jouffroy d'Abbans lors de la construction des quais rive droite qui le sauve, mais dès cette époque on envisage de le remplacer par un pont à une seule arche.

De 1897 à 1952, une ligne de tramway venant de la Grande rue, traverse le Doubs à cet endroit, puis, après le quai Veil-Picard, suit la rue de Dole jusqu'à la Cité Rosemont.

L'arche à l'extrémité sud du pont située contre le quai Veil-Picard et le quai de Strasbourg) [11],[12] est détruite durant la Seconde Guerre mondiale (par les Français en juin 1940 puis par les Allemands en septembre 1944). Le pont est finalement déconstruit en 1953 et remplacé par un ouvrage en béton précontraint à une seule arche, laissant passer librement les eaux des crues.

Aujourd'hui encore subsiste, en rive gauche, la base d'une pile du pont bâti par les Romains[13].

La crue de 1910[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crue du Doubs de 1910.

Dès le début de l'année 1910, il ne cesse de pleuvoir sur la région, et la fonte des neiges due à des températures clémentes n'arrange rien. Le , le niveau du Doubs ne finit pas d'augmenter, atteignant 5,31 mètres de haut le lendemain et 6,90 mètres le 20 janvier au matin avant d'atteindre 8,68 mètres à 17 h. La cote maximale est historique de 9,57 mètres est atteinte le vendredi à h du matin.

Les billes de bois venant des papeteries de Novillars heurtent les piles et s'accumulent au niveau du pont, obstruant ainsi considérablement le passage de l'eau jusqu'à former un barrage tel que le niveau du Doubs devient supérieur d'1,50 m en amont par rapport à l'aval. La traversée du pont est même, lors de la cote historique, totalement interdit. Par chance, aucun dégât majeur n'est à déplorer, à l'instar du reste des infrastructures de la ville qui sont cependant très endommagées[14].

Le pont Battant, le .

Les ponts modernes[modifier | modifier le code]

Pont de 1953 et quartier Battant, de nuit

Après la Seconde Guerre mondiale le pont est réparé puis, en 1953, remplacé par un premier ouvrage moderne. Un second prend sa place en 2013

En 1944, après avoir été partiellement détruit. il est réhabilité tout en conservant ses trois arches. En 1953, le pont est déconstruit pour deux raisons : Premièrement, pour éviter les inondations répétées qui paralysent alors la circulation ; deuxièmement, le transport fluvial touristique étant en plein essor, il est alors souhaitable que des bateaux puissent emprunter la boucle. C'est un pont en béton à une seule arche qui prend la place du pont romain. Suite aux révisions du plan de circulation dans la boucle il est dédié à la circulation des bus et cycles au début du XXIe siècle.

Jugé « en fin de vie » et trop étroit pour le passage du tramway, il est remplacé par un autre pont en juin 2013, pont interdit aux automobilistes. En janvier 2014, le tramway de Besançon[15] le franchit pour la première fois.

Caractéristiques du pont de 1953[modifier | modifier le code]

Le pont, situé 8 mètres au-dessus du niveau du Doubs, mesure environ 60 m de long et 17 m de large. Il s'agit d'un pont en béton précontraint d'une seule travée parmi les premiers construits en France, ce qui constitue une prouesse technique pour l'époque. Trois mille tonnes de béton sont nécessaires à sa construction. Les barrières sont en fer forgé, peintes de couleur verte ; des jardinières le décorent fréquemment. Une partie de l'année, des camelots y posent leurs étals.

Caractéristiques du pont de 2013[modifier | modifier le code]

Constitué de caissons métalliques assemblés, cet ouvrage est très peu épais, ce qui permet d'offrir une perspective encore plus épurée sur le quai Vauban. Long de 60 mètres, comme le précédent, le nouveau pont, qui peut supporter une charge de 400 tonnes, est plus large de 7 mètres, passant ainsi à 24 mètres. Cet élargissement est la condition nécessaire au franchissement du Doubs par le tramway mis en service en 2014. Les mètres supplémentaires permettent, en effet, au tramway de tourner du quai Veil-Picard sur le pont, tout en préservant les distances de sécurité avec les autres usagers et le confort des piétons et des cyclistes. Sur l’ouvrage, les rails dessinent un "S" en reliant les places de la Révolution et de Jouffroy d’Abbans. Quelques marches séparent la partie réservée au tram des espaces piétonniers.

Comme sur le pont des Arts à Paris, les amoureux ont pris l'habitude de suspendre un cadenas aux grilles du nouveau pont. La municipalité en a dénombré 400 en juin 2015, et laisse faire avec bienveillance[16].

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire[modifier | modifier le code]

Autre statue de Jouffroy d'Abbans (celle du pont Battant n'est pas libre de droits)
  • Sur un des côtés du pont sont très souvent présents à même le sol, les étals des vendeurs de bibelots de culture noire-africaine et d'articles de mode.
  • Sous le pont, de nombreux sans domicile fixe dorment et vivent la nuit, notamment pour se protéger de la pluie.
  • Il y a de multiples tags sous l'édifice, en effet le pont Battant est très populaire et il est un des lieux préférés des tagueurs de la ville.
  • Sur le pont[17] se trouve, depuis 2015, une statue de Pascal Coupot honorant Claude François Jouffroy d'Abbans (1751-1832), pionnier de la navigation à vapeur, dont les premiers essais eurent lieu en 1778 sur le Doubs.

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. Du fait d'un lit naturel,la rivière est alors beaucoup plus large que de nos jours.
  2. Le bois d'Autoreille où une carrière romaine a été localisée, porte le nom attribué à cette pierre : Vergenne
  3. Il s'agit d'un calcaire oolithique résistant bien au gel. La Porte Noire et l'amphithéâtre de Besançon ont été construits avec ce matériau.
  4. « Pont de Battant (Besancon) - < IIe siècle », sur http://www.art-et-histoire.com, Base d'ouvrages en service ou construits au XIXe siècle en France (consulté le 13 février 2011)
  5. Il était question de le remplacer par un ouvrage plus large.
  6. Les bisontins ont longtemps crû que la croix commémorait l’échec du coup de main des huguenots sur la ville en 1575.
  7. Cette année-là, Jules Ferry ministre de l'Éducation promulgue 2 décrets : - L'expulsion de France des jésuites ; -L'imposition aux autres congrégations de demander leur autorisation dans un délai de trois mois, sous peine de dissolution et de dispersion. En septembre 1880, devenu président du Conseil il poursuit la laïcisation de la société en s’appuyant sur une réforme de l’enseignement public.
  8. (en) « Pin by Musée des Plans-Reliefs on Monuments disparus / Lost monuments | Pinterest | How to plan », sur Pinterest (consulté le 14 décembre 2018)
  9. La décrue s’amorça in extremis
  10. A la construction du quai de Strasbourg, la première arche se retrouva sous celui-ci ; un canal de dérivation permettra cependant le passage de l'eau sous le quai, ce qui sera utile lors des crues. La construction du quai Vauban, côté boucle, avec implantation de la casemate de tir conduiront à la transformation de l'arche qui se trouvait à cet endroit en une demi-arche ne permettant plus le passage de la rivière.
  11. Daniel Bourguignon, « Photo : 1940 - Les Allemands font réparer le pont Battant détruit par l'armée française. », sur http://www.besancon.fr (consulté le 13 février 2011)
  12. « Photo du Pont Battant en septembre 1944 », Ancien site de la commune d'Avanne-Aveney, (consulté le 13 février 2011)
  13. www.Besançon.fr (Consulté le 13/09/09)
  14. 1910-2010 : La crue du siècle, brochure éditée par la ville de Besançon
  15. Pierre Bazin, « Besançon prend le tram », Connaissance du rail, nos 354-355,‎ , p. 6-12 (ISSN 0222-4844)
  16. On est loin des 700 000 cadenas qui s'étaient accumulés au fil des ans sur le pont parisien au point qu'il a fallu les déposer car la surcharge avait atteint 45 tonnes.
  17. Originellement (1998), la statue se trouvait sur le trottoir du quai Veil-Picard, près du pont.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Defrasne, Battant : Au pays des Bousbots, Yens-sur-Morge, Cabédita, coll. « Archives vivantes », , 136 p. (ISBN 2-88295-264-3), « Le pont Battant », p. 9–12