Polynômes orthogonaux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

En mathématiques, une suite de polynômes orthogonaux est une suite infinie de polynômes p0(x), p1(x), p2(x) ... à coefficients réels, dans laquelle chaque pn(x) est de degré n, et telle que les polynômes de la suite sont orthogonaux deux à deux pour un produit scalaire de fonctions donné.

Introduction[modifier | modifier le code]

Le produit scalaire de fonctions le plus simple est l'intégrale du produit de ces fonctions, sur un intervalle borné :

Plus généralement, on peut introduire une « fonction poids » W(x) dans l'intégrale (sur l'intervalle d'intégration , W doit être à valeurs finies et strictement positives, et l'intégrale du produit de la fonction poids par un polynôme doit être finie ; les bornes peuvent être infinies) :

Avec cette définition du produit scalaire, deux fonctions sont orthogonales entre elles si leur produit scalaire est égal à zéro (de la même manière que deux vecteurs sont orthogonaux (perpendiculaires) si leur produit scalaire égale zéro). On introduit alors la norme associée :  ; le produit scalaire fait de l'ensemble de toutes les fonctions de norme finie un espace de Hilbert.

L'intervalle d'intégration est appelé intervalle d'orthogonalité.

Le domaine des polynômes orthogonaux a été développé durant le XIXe siècle par Stieltjes, comme outil de la théorie analytique des fractions continues. De multiples applications en ont découlé en mathématiques et en physique.

Exemple : les polynômes de Legendre[modifier | modifier le code]

Les six premiers polynômes de Legendre

Les polynômes orthogonaux les plus simples sont les polynômes de Legendre pour lesquels l'intervalle d'orthogonalité est ]-1, 1[ et la fonction poids est la fonction constante de valeur 1 :

Ils sont tous orthogonaux sur ]-1, 1[ :

Propriétés[modifier | modifier le code]

Toute suite de polynômes , où chaque est de degré k, est une base de l'espace vectoriel (de dimension infinie) de tous les polynômes, « adaptée au drapeau  ». Une suite de polynômes orthogonaux est une telle base qui est, de plus, orthogonale pour un certain produit scalaire. Ce produit scalaire étant fixé, une telle suite est presque unique (unique à produit près de ses vecteurs par des scalaires non nuls), et peut s'obtenir à partir de la base canonique (non orthogonale en général), par le procédé de Gram-Schmidt.

Quand on construit une base orthogonale, on peut être tenté de la rendre orthonormale, c'est-à-dire telle que pour tout n, en divisant chaque par sa norme. Dans le cas des polynômes, on préfère ne pas imposer cette condition supplémentaire car il en résulterait souvent des coefficients contenant des racines carrées. On préfère souvent choisir un multiplicateur tel que les coefficients restent rationnels, et donnent des formules aussi simples que possible. C'est la standardisation. Les polynômes « classiques » énumérés ci-dessous ont été ainsi standardisés ; typiquement, le coefficient de leur terme de plus haut degré ou leur valeur en un point ont été mis à une quantité donnée (pour les polynômes de Legendre, ). Cette standardisation est une convention qui pourrait aussi parfois être obtenue par une mise à l'échelle de la fonction poids correspondante. Notons

(la norme de est la racine carrée de ). Les valeurs de pour les polynômes standardisés sont énumérées dans le tableau ci-dessous. Nous avons

 ;

est le symbole de Kronecker.

Toute suite de polynômes orthogonaux possède un grand nombre de propriétés remarquables. Pour commencer :

Lemme 1 : est une base de

Lemme 2 : est orthogonal à .

Le lemme 1 est dû au fait que est de degré k. Le lemme 2 vient de ce que, de plus, les sont orthogonaux deux à deux.

Relation de récurrence[modifier | modifier le code]

Pour toute suite de polynômes orthogonaux, il existe une relation de récurrence relativement à trois polynômes consécutifs.

Les coefficients sont donnés par

et désignent les deux premiers coefficients de  :

et le produit scalaire de par lui-même :

.

(Par convention, sont nuls.)

Ce résultat admet une réciproque, le théorème de Favard, affirmant que sous certaines conditions supplémentaires, une suite de polynômes satisfaisant cette récurrence est une suite de polynômes orthogonaux (pour une certaine fonction de pondération W).

Noyau de Christoffel-Darboux[modifier | modifier le code]

Dans l'espace L2 associé à W, notons la projection orthogonale sur  : pour toute fonction telle que ,

est le noyau de Christoffel-Darboux, défini par :

La relation de récurrence précédente permet alors de montrer :

Existence de racines réelles[modifier | modifier le code]

Tout polynôme d'une suite de polynômes orthogonaux dont le degré n est supérieur ou égal à 1 admet n racines distinctes, toutes réelles, et situées strictement à l'intérieur de l'intervalle d'intégration (c'est une propriété remarquable : il est rare, pour un polynôme de degré élevé dont les coefficients ont été choisis au hasard, d'avoir toutes ses racines réelles).

Position des racines[modifier | modifier le code]

Les racines des polynômes se trouvent strictement entre les racines du polynôme de degré supérieur dans la suite.

Équations différentielles conduisant à des polynômes orthogonaux[modifier | modifier le code]

Une importante classe des polynômes orthogonaux provient d'une équation différentielle de Sturm-Liouville de la forme

où Q est un polynôme quadratique donné et L un polynôme linéaire donné. La fonction f est inconnue, et la constante λ est un paramètre. On peut remarquer qu'une solution polynomiale est a priori envisageable pour une telle équation, les degrés des termes étant compatibles. Cependant, les solutions de cette équation différentielle ont des singularités, à moins que λ ne prenne des valeurs spécifiques. La suite de ces valeurs conduit à une suite de polynômes solutions si l'une des assertions suivantes est vérifiée :

  1. Q est vraiment quadratique, L est linéaire, Q a deux racines réelles distinctes, la racine de L est située entre les deux racines de Q, et les termes de plus haut degré de Q et L ont le même signe.
  2. Q n'est pas quadratique, mais linéaire, L est linéaire, les racines de Q et L sont différentes, et les termes de plus haut degré de Q et L ont le même signe si la racine de L est plus petite que celle de Q, ou inversement.
  3. Q est un polynôme constant non nul, L est linéaire, et le terme de plus haut degré de L est de signe opposé à celui de Q.

Ces trois cas conduisent respectivement aux polynômes de Jacobi, de Laguerre et d'Hermite. Pour chacun de ces cas :

  • La solution est une suite de polynômes , chaque ayant un degré n, et correspondant au nombre .
  • L'intervalle d'orthogonalité est limité par les racines de Q.
  • La racine de L est à l'intérieur de l'intervalle d'orthogonalité.
  • En notant , les polynômes sont orthogonaux sous la fonction poids
  • W(x) ne peut pas s'annuler ou prendre une valeur infinie dans l'intervalle, bien qu'il puisse le faire aux extrémités.
  • W(x) peut être choisi positif sur l'intervalle (multiplier l'équation différentielle par -1 si nécessaire)

En raison de la constante d'intégration, la quantité R(x) est définie à une constante multiplicative près. Le tableau ci-dessous donne les valeurs "officielles" de R(x) et W(x).

Formule de Rodrigues[modifier | modifier le code]

Avec les hypothèses de la section précédente, Pn(x) est proportionnel à

équation mieux connue sous le nom de « formule de Rodrigues », du nom d'Olinde Rodrigues. Elle est souvent écrite :

où les nombres en dépendent de la normalisation. Les valeurs de en sont données dans le tableau plus bas.

Pour démontrer cette formule on vérifie, dans chacun des trois cas ci-dessus, que le qu'elle fournit est bien un polynôme de degré n, puis, par intégrations par parties répétées, que pour tout polynôme P, est égal à donc est nul si P est de degré inférieur à n. Cette méthode montre en outre que .

Les nombres λn[modifier | modifier le code]

Avec les hypothèses de la section précédente,

(on remarquera que étant quadratique et linéaire, et sont bien des constantes.)

Seconde forme de l'équation différentielle[modifier | modifier le code]

Avec .

Alors

En multipliant maintenant l'équation différentielle

par R/Q, on obtient

ou encore

C'est la forme normalisée de Sturm-Liouville de l'équation.

Troisième forme de l'équation différentielle[modifier | modifier le code]

En posant .

Alors :

En multipliant maintenant l'équation différentielle

par S/Q, on obtient :

ou encore

Mais , donc

ou, en posant u = Sy,

Tableau des polynômes orthogonaux classiques[modifier | modifier le code]

Pour des raisons de mise en page, ce tableau est scindé en trois parties.

Nom et symbole conventionnel Tchebychev, Tchebychev
(seconde sorte),
Legendre, Hermite (forme physique),
Limite d'orthogonalité
Poids,
Normalisation Coefficient dominant =
Carré de la norme
Coefficient dominant
Coefficient suivant
Constante dans l'équation différentielle,
Constante dans la formule de Rodrigues,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,
Nom et symbole Laguerre associé, Laguerre,
Limites d'orthogonalité
Poids,
Normalisation Coefficient dominant = Coefficient dominant =
Carré de la norme
Coefficient dominant
Coefficient suivant
Constante dans l'équation différentielle,
Constante dans la relation de Rodrigues,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,
Nom et symbole Gegenbauer, Jacobi,
Limites d'orthogonalité
Poids,
Normalisation if
Carré de la norme,
Coefficient dominant
Coefficient suivant
Constante dans l'équation différentielle,
Constante dans l'équation de Rodrigues,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,
Relation de récurrence,

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]