Polygone de Boutovo

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Le Polygone de Boutovo (en russe : Бутовский полигон, Boutovski poligone) fait partie de l'un des grands charniers des répressions staliniennes entre 1937 et 1953[1], et principalement lors de la Grande Terreur de 1937-1938 où près de 21 000 exécutés sont condamnés entre le et le , dans le plus total secret[2]. Il était rare que moins de 100 personnes soient exécutées en une journée[2].

Cette zone « d'affectation spéciale », sous le contrôle du NKVD, est située à 25 km au sud du centre de Moscou, dans l'actuel raïon de Ioujnoïe Boutovo, près du village de Drojjino, et recouvre plusieurs dizaines d'hectares entourés de hautes palissades. Elle est aménagée par manque de place dans les cimetières de Moscou, ne pouvant faire face au nombre trop important de victimes de la terreur soviétique.

Parmi les victimes figuraient Béla Kun, Gustav Klutsis, Seraphim Chichagov ainsi qu'un grand nombre de prêtres orthodoxes, dont beaucoup furent ensuite canonisés comme « néo-martyrs ».

Devenu symbole de l'histoire tragique de l'Église orthodoxe au XXe siècle, ce lieu demeure l'unique site de mémoire des répressions reconnu et visité par l'État[2].

Découverte du lieu[modifier | modifier le code]

Le site est découvert par des historiens de l'association Memorial, principalement par le groupe de Mihail Mindlin, grâce à l'ouverture des Archives de la direction de Moscou du ministère de la Sécurité en 1991, suite à la chute de l'URSS. Le groupe découvre des dossiers des 20 761 personnes condamnées à mort, sans aucun lieu d'exécution notifié[3].

Le lieu n'était mentionné dans aucun document officiel et n'avait pas été dévoilé lors de la période khrouchtchevienne entre 1955 et 1964.

Des véritables démarches de recherche de témoins des répressions staliniennes des régions voisines, ainsi que des interrogations d'anciens membres du NKVD sont mises en place par l'Association Memorial, et permettent le l'autorisation d'y accéder auprès du Service fédéral de sécurité. L'association pour la mémoire des victimes des répressions politiques, accompagnée d'une délégation officielle ainsi que des parents de victime, s'y rendent alors.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Le , en présence d'officiels et d'environ 350 parents de victime est posée une plaque commémorative.

Une imposante croix en bois dessinée par l'architecte Sahovskoj est érigée en 1994 par le père Vladimir Vorob'ev[3].

L'Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Ce lieu est alors repris et investi par l'Église orthodoxe russe pour en faire une église martyrium, dans la tradition russe des « églises-sur-le-sang » afin de commémorer les centaines de membres du clergé exécutés à Boutovo pendant la Grande Terreur.

En 1995 est décidé de confier le site à l'Église orthodoxe Russe, seule institution montrant un intérêt pour ces lieux.

Une paroisse est implantée et la communauté orthodoxe décide de la construction de l'église des Saints Martyrs et Confesseurs de la foi russe de Boutovo où la première liturgie est célébrée le .

En bois et de taille modeste, l'église, accompagnée d'un clocher, de deux bâtiments en bois ainsi que de plaques commémoratives avec quelque 800 noms de chrétiens exécutés, n'aurait pu voir le jour sans les dons des croyants qui ne cessent d'enrichir le site.

Le est célébré par le patriarche et de nombreux prêtres de Moscou, le quatrième samedi après Pâques, un office à la mémoire des nouveaux martyrs de la foi où près de 3 000 laïcs affluent. Cet événement est ensuite inscrit dans le calendrier ecclésial général en 2003.

En 2007, pour le 70e anniversaire de la Grande Terreur, la croix fut transportée en procession depuis les îles Solovki, et plantée à proximité de l'église des Saints-Nouveaux-Martyrs-et-Confesseurs-de-la-Russie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elisabeth Anstett (dir.) et Luba Jurgenson (dir.), Le Goulag en héritage : Pour une anthropologie de la trace, Paris, Petra, coll. « Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement », (ISBN 978-2-84743-019-6).
  2. a, b et c Nicolas Werth, La route de la Kolyma : Voyage sur les traces du goulag, Paris, Belin, coll. « Alpha », , 221 p. (ISBN 978-2-7011-9801-9).
  3. a et b Kathy Rousselet, « Butovo », Politix, no 77 « Pèlerinages »,‎ janvier-mars 2007, p. 55–78 (ISBN 978-2-200-92380-8, DOI 10.3917/pox.077.0055).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]