Polygonaceae

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La famille des Polygonaceae (Polygonacées) regroupe des plantes dicotylédones ; elle comprend 51 genres répartis en 1200 espèces. Ce sont principalement des plantes herbacées cosmopolites qui ont une préférence marquée pour les zones tempérées et froides de l'hémisphère Nord.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie grecque de la famille des Polygonaceae est issue de celle du genre type Polygonum : "Poly" (plusieurs) et "gonu" (genoux, d'où "gônia", angle, comme dans polygone) désigne les nombreuses articulations qui figurent sur les plantes, notamment sur les tiges au niveau des nœuds renflés, et sur les akènes trigones[1].

Description[modifier | modifier le code]

Les Polygonacées sont une famille encore peu évoluée. On y trouve certains caractères monocotyloïdes : ochréa, pollen lisse et racine principale avortant souvent[2].

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Les Polygonaceae sont des plantes herbacées (plus rarement des lianes et des formes ligneuses généralement confinées à l'Amérique tropicale, telle que Coccoloba ou Triplaris) annuelles, bisannuelles ou le plus souvent vivaces, généralement des régions de l'hémisphère nord où beaucoup sont des rudérales ou de mauvaises herbes[3].

Les racines sont fibreuses, rarement tubéreuses[3]. Elles forment chez les espèces vivaces des racines adventives secondaires latérales qui se ramifient et finissent par devenir à leur tour des racines principales : le pied originel a ainsi colonisé l'espace par reproduction asexuée ou clonale. Ce développement latéral est une stratégie de type phalange permettant une certaine mobilité végétative. Il explique aussi, en combinaison avec l'allélopathie de ces espèces, que plusieurs d'entre elles soient devenues des mauvaises herbes qui interfèrent notamment avec les plantes cultivées[4].

Les feuilles simples sont généralement alternes, parfois groupées en rosette basale, rarement opposées ou verticillées[5]. Le limbe entier, hasté, diversement découpé est à nervation pennée, ou plus spécifiquement palmatilobé à nervation palmée (comme celui des rhubarbes). Les feuilles peuvent être réduites à des écailles, des cladodes les suppléant dans leur fonction (Muehlenbeckia platyclada. L'hétérophyllie existe chez certains Polygonum. La membrane tubuleuse entourant la tige au niveau des nœuds renflés est une ochréa, caractéristique[6] de la famille[5].

Les tiges des espèces vivaces ont une croissance secondaire (en) souvent « anormale » : elles présentent des faisceaux libéro-ligneux surnuméraires corticaux (Calligonum), péricycliques (Antigonum), périmédullaires à orientation inverse[7] (Rumex crispus, Rumex patientia, Rheum ribes), périmédullaires concentriques à liber intérieur (« formations étoilées » du rhizome de Rheum officinale (en))[8].

Le feuillage et les parties souterraines sont riches en acide oxalique qui participent à la défense contre les herbivores et sont toxiques pour l'homme si il les consomme en grandes quantités. Des composés anthracéniques (rumicine dans Rumex) et des flavonoïdes (rutine) ont été trouvés chez plusieurs espèces, substances qui présentent des signes d'activité antifongique, antimicrobienne, antivirale, immunostimulante, anti-inflammatoire et antioxydante[9].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Les fleurs actinomorphes souvent bisexuées sont soit solitaires, soit regroupées en faux verticilles (cymes condensées pauciflores de fleurs peu développées) disposés en grappes ou en panicules[5]. Le périanthe est pétaloïde ou sépaloïde, formant un périgone trimère de 6 tépales sur deux cycles (type Rumex), ou pentamère de 5 tépales spiralés (par soudure d'un interne et d'un externe) (type Polygonum). Les pièces du périanthe, blanc-verdâtres à rouge, sont libres ou légèrement soudées à la base, et dans ce cas souvent persistantes[10]. L'androcée est composé généralement de 6 étamines (de 2 à 9) à déhiscence longitudinale. Le gynécée est la seule partie homogène de la famille : l'ovaire supère, uniloculaire, contient un unique ovule basal (orthotrope, bitégumenté) et est surmonté de 3 styles libres. La pollinisation est souvent entomophile (anémophilie chez les Rumex, autopollinisation chez Polygonum aviculare), favorisée par un disque nectarifère à la base de l'ovaire[11]. La polycarpie est de règle. Les fruits sont des akènes trigones, souvent protégés par une enveloppe membraneuse (« valves » soudées et accrescentes formées par les tépales) et constituant alors une samare[12].

Galerie[modifier | modifier le code]

Liste des genres[modifier | modifier le code]

La famille comprend 51 genres répartis en 1200 espèces[13].

Selon NCBI (4 mai 2010)[14] :

Selon DELTA Angio (4 mai 2010)[15] :

Selon ITIS (4 mai 2010)[16] :

Les principaux genres sont Eriogonum (240 espèces), Rumex (200 espèces divisées en deux sous-genres : les rumex vrais — Eurumex — ou patiences, et les oseilles), Polygonum (170 espèces de renouées), Coccoloba (120 espèces), Calligonum (80 espèces). En France, les deux genres principaux sont Rumex (25 espèces plus quelques naturalisées) et Polygonum (18 espèces plus des naturalisées), auxquels il faut rajouter les genres Fagopyrum (le sarrasin), Rheum (la rhubarbe)[5].

Diversité génétique[modifier | modifier le code]

La polyploïdie et l'aneuploïdie ont joué un rôle important conduisant à une spéciation active au sein de cette famille. Ainsi, Rumex est parfois découpé en quatre genres distincts et de nombreuses sous-espèces selon le degré de polyploïdie[17]. Généralement, les polyploïdes ont une barrière post-zygotique empêchant l'hybridation avec leurs parents ou les hybrides sont incapables de se développer normalement. Cet isolement sexuel immédiat est à l'origine d'une spéciation sympatrique instantanée responsable de la genèse de près de la moitié des espèces actuelles de plantes à fleurs[18]. Plusieurs espèces de Polygonaceae présentent un dimorphisme sexuel et des chromosomes sexuels qui détermineraient le sexe[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolites, Quae, , p. 105
  2. (en) Ann S. Lamb Frye & Kathleen A. Kron, « rbcL Phylogeny and Character Evolution in Polygonaceae », Systematic Botany, vol. 28, no 2,‎ , p. 326-332 (DOI 10.1043/0363-6445-28.2.326).
  3. a et b « Famille des Polygonaceae », sur plantes-botanique.org (consulté en avril 2018).
  4. (en) Tomáš Herben, František Krahulec, Věra Hadincová & Sylvie Pecháčková, « Is a grassland community composed of coexisting species with low and high spatial mobility ? », Folia Geobotanica & Phytotaxonomica, vol. 29, no 4,‎ , p. 459-468.
  5. a, b, c et d Michel Botineau, Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs, Lavoisier, , p. 385.
  6. Quelques genres plus évolués comme dans la sous-famille Eriogonoïdeae sont dépourvus d'ochréas et caractérisés par un involucre de 2-10 bractées scarieuses ou membraneuses formant une collerette.
  7. Xylème externe, phloème interne.
  8. Guy Deysson, Éléments d'anatomie des plantes vasculaires, Société d'Édition d'Enseignement Supérieur, , p. 169.
  9. (en) A.M. Salehab, Mohamed N.El-Hadidi, Raafat F.M.Arafa, « Flavonoids and anthraquinones of some Egyptian Rumex species (Polygonaceae) », Biochemical Systematics and Ecology Systematics, vol. 21, no 2,‎ , p. 301-303.
  10. Michel Botineau, op. cit., p. 387
  11. Michel Botineau, op. cit., p. 389
  12. Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, Gérard Dumé, Flore forestière française, Forêt privée française, , p. 2033
  13. M. J. M. Christenhusz, J. W. Byng, « The number of known plants species in the world and its annual increase », Phytotaxa, vol. 261, no 3,‎ , p. 201–217 (DOI 10.11646/phytotaxa.261.3.1).
  14. NCBI, consulté le 4 mai 2010
  15. DELTA Angio, consulté le 4 mai 2010
  16. ITIS, consulté le 4 mai 2010
  17. a et b (en) J. Żuk, « An investigation on polyploidy and sex determination within the Genus Rumex », Acta Societatis Botanicorum Poloniae, vol. 32, no 1,‎ , p. 5-57 (DOI 10.5586/asbp.1963.001).
  18. Edward Osborne Wilson, La diversité de la vie, Odile Jacob, , p. 98.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]