Politique étrangère de la Thaïlande

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La politique étrangère de la Thaïlande vise la neutralité et l’équilibre avec les autres pays du monde. La Thaïlande préfère trouver des solutions diplomatiques plutôt que de s’engager dans des conflits armés[1] (même si cela est survenu dans le passé).

Elle peut être qualifiée comme étant du « bambou qui penche dans le sens du vent[2] ». Elle se plie sans jamais se briser. On l’a caractérisé par son manque de ligne directrice fixe. Dès les années 1930-40, le gouvernement proclame qu’il ne favorisera aucune nation en particulier, ne donnera aucun privilège ou droit spécial à un pays au détriment d’un autre[3]. Force est d’admettre que, à travers tous les défis historiques auxquels a été confrontée la Thaïlande, ce procédé politique lui a toujours valu son indépendance, de l’époque coloniale, en passant par les Guerres mondiales, la Guerre froide, jusqu’à aujourd’hui.

Histoire[modifier | modifier le code]

Lors de la colonisation en Asie du Sud-Est, la Thaïlande se retrouve entre deux grandes puissances. D’un côté la Grande-Bretagne s’étend en Inde et en Malaisie, puis de l’autre, la France s’incruste au Vietnam et poursuit son chemin au Cambodge et au Laos. La Thaïlande réussit à se sauver de cette colonisation grâce à des ententes bilatérales avec ces pays d’Europe. À cette époque, le royaume du Siam sert d’état « tampon »[4] entre ces deux rivaux coloniaux.

La politique de neutralité persiste dans le temps, mais à l’arrivée de la Deuxième Guerre mondiale les choses se compliquent. L’influence de la présence japonaise, l’arrivée des Américains sur leur territoire, la Chine communiste, le monde autour de la Thaïlande change et elle aussi.

Suite à la victoire japonaise contre la Russie, la Thaïlande reconnait la puissance nippone qui se propage en Asie du Sud-Est. Tandis que le Japon se retrouve en Thaïlande à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, elle impose un dilemme que le royaume thaï ne peut refuser. Le Siam de l’époque a pris son temps avant de prendre position. Il attendait de voir quel parti serait le plus avantageux. Toutefois, les conflits de définitions des frontières avec les Français au Cambodge vont froisser le gouvernement thaïlandais. De plus, de voir un pays asiatique industrialiser et en mesure de combattre les puissances européennes donnent envie à la Thaïlande de suivre ses traces. La Thaïlande se penche donc du côté japonais dans la condition qu’il aurait la possibilité de retrouver ses territoires concédés à la Grande-Bretagne et à la France. C’est donc en 1942 que la Thaïlande déclare officiellement la guerre aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pourtant, les États-Unis ne prennent pas cette déclaration au sérieux puisqu’ils considèrent la Thaïlande comme un pays faible et victime des autres États plus forts. Ce point de vue aidera d’ailleurs la Thaïlande lors de la fin de la guerre et suite à la défaite du Japon et l’Allemagne. Étant aussi un pays vaincu, la France a bien l’intention de punir le Siam, la Grande-Bretagne se penche aussi de ce côté. C’est toutefois la montée du communiste dans la région qui fera tourner les opinions et les puissances occidentales préféreront avoir la Thaïlande de leur côté dans cette nouvelle bataille. Ils accepteront finalement la présence de la Thaïlande aux Nations Unies (ONU) en 1946, bien que la France et le Royaume-Uni s’y soient opposé au départ[5].

Durant la guerre froide, alors que la théorie des dominos sur la propagation du communisme fait peur aux Occidentaux, ils se lancent dans plusieurs conflits et projets afin de réduire la propagation du mouvement.

La Thaïlande se retrouve impliquée malgré elle à cause de ses relations avec les États-Unis et sa position centrale en Asie du Sud-Est. Elle a donc son rôle à jouer durant la guerre du Vietnam (1963-1975)[2].

Se retrouver coincé dans des conflits qui découlent de la guerre froide, finira par froisser les compagnons du précédent royaume du Siam. La Thaïlande n’a d’autre choix que de signer des ententes qui, pour la plupart, la désavantage afin de retrouver son rôle de moteur de l’Asie[6].

Néanmoins, la Thaïlande conserve son idéologie politique basée sur la neutralité dans ses relations avec les autres pays du monde. Elle s’investit dans plusieurs projets et ententes avec les États qui l’entourent. C’est d’ailleurs à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, que sera créée l’organisation de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN ou ANASE) en 1967. L’Asie du Sud-Est étant dans une phase cruciale de réconciliation régionale suite aux tensions créer par la Seconde Guerre, puis maintenue par la Guerre Froide[7], la nouvelle organisation aura d’abord pour but de calmer la montée communiste, puis sera ensuite source de stabilité et de sécurité dans la région.

La politique étrangère de cette époque, durant les années 1960-70, se veut plus ancienne et expérimenter que celle de ses voisins qui sortent à peine de leur présence coloniale. Elle est indépendante et souple, ce qui lui vaut son rôle de « centre régional »[8]. On utilise alors la politique étrangère pour protéger et non pour créer une nation thaïlandaise. Les objectifs fondamentaux sont de maintenir l’indépendance du pays et de défendre l’intégrité du royaume[9] (la religion, la culture, etc.).

Plus tard, Thanat Khoman (en), à ce moment ministre des Affaires étrangères de la Thaïlande, préconise la méthode de concertation et consensus lors des réunions avec divers États. Ce qui deviendra par la suite le fameux «ASEAN WAY»[9].

Suite au coup militaire fait au gouvernement thaïlandais en 2014, le pays a pris un coup sur la scène internationale.

Relations internationales[modifier | modifier le code]

États-Unis et Thaïlande[modifier | modifier le code]

Les États-Unis et le Japon ont été les premiers partenaires économiques de la Thaïlande après la Deuxième Guerre mondiale. Les Américains ont joué un rôle très important dans le développement économique en investissant plusieurs millions de dollars dans les infrastructures au cours des années 1950-60. Ils avaient des privilèges particuliers en échange, comme le fait d’avoir la possibilité d’établir leurs entreprises en territoire thaï[10]. En 1951, la CIA aide à créer une unité de police chargée de protéger les frontières du pays afin de contenir le communisme et d’éviter qu’il se propage en Thaïlande. Les États-Unis se mêlent complètement du conflit en Indochine[11].

Durant les années 1960-70, la création de l’ASEAN constitue l’équilibre entre les puissances qui s’engagent en territoire sud-est asiatique. Elle réduit l’influence des États-Unis, lesquels se retrouvent très importants dans la région. Pour conserver son statut de neutralité et afin d’éviter de favoriser un État plus qu’un autre, la création de l’ASEAN et les relations qu’entretient la Thaïlande avec le Japon viennent contrebalancer la présence américaine sur son territoire. Toutefois, les investissements importants que reçoit le royaume thaï ne lui permettent pas de se détacher complètement de sa dépendance aux États-Unis. Ce qui amènera alors la Thaïlande à s’impliquer aux côtés des Américains dans la guerre du Vietnam.

Suite à la défaite des États-Unis au Vietnam, ils finissent par accepter les régimes autoritaires d’Asie du Sud-Est. La présence américaine diminue constamment, ils laissent derrière eux une Thaïlande fortifiée d’une armée beaucoup plus forte, dont les membres seront à l’origine de plusieurs coups d’état[12].

Aujourd’hui, suite à l’arrivée de Trump à la présidence du pays américain, un réengagement est en cours entre les deux pays. Le secrétaire d’État, Tillerson, est allé à Bangokok en août 2017 et le premier ministre Prayuth a été visiter Washington en octobre 2017 suite à l’invitation du président Trump[13].

Chine et Thaïlande[modifier | modifier le code]

La relation entre la Chine et la Thaïlande remonte à loin et bien que cette relation n’est pas toujours été cordiale, en 2003, ils signent un accord bilatéral de libre commerce et la Chine devient rapidement un poids lourd du paysage économique thaï. En 2009, la Chine est placée au deuxième rang des investisseurs au pays. Elle investit particulièrement dans le domaine de l’agroalimentaire, l’exploitation minière et l’industrie chimique[14].

Depuis 2013, ce ne sont pas moins de six mémorandums d’entente qui ont été signés entre la Chine et la Thaïlande. Parmi eux, on retrouve des accords de coopération énergétique, scientifique, maritime, universitaire ou encore agricole. Le touriste chinois est aussi très nombreux en Thaïlande, favorisant l’économie locale[15].

Suite au coup d’état du royaume thaï où l’armée a pris le pouvoir en 2014, plusieurs pays prennent du recul, mais contrairement à l’Europe et aux États-Unis, la Chine s’est abstenue de formuler des commentaires négatifs sur le nouveau régime. Le premier ministre chinois Li Keqiang a été, de manière assez symbolique, le premier dirigeant étranger de haut rang à se rendre à Bangkok en décembre 2014, après que l’armée ait pris le pouvoir le 22 mai de la même année.

« La Chine exerce une influence croissante en Thaïlande, moins du fait de sa diaspora que des grands enjeux économiques en termes de connectivité régionale. La visite du ministre des Affaires étrangères chinois à Bangkok en juillet 2017 a été l’occasion pour la Chine et la Thaïlande d’exprimer leur souhait de faire converger leurs projets d’infrastructure respectifs (Route de la soie et EEC) notamment en matière ferroviaire. »[13]

Asie du Sud-Est et Thaïlande[modifier | modifier le code]

La Thaïlande possède des relations multilatérales avec les autres États de l’Asie du Sud-Est afin de ne pas dépendre des forces occidentales. Elle se crée un réseau d’amitiés politiques et économiques avec ses voisins pour contrebalancer la présence de puissants États étrangers dans la région. La Thaïlande est très active dans les organisations internationales et régionales[16]. Parmi ses conflits avec ses voisins, la Thaïlande vit des tensions depuis plusieurs années avec la Birmanie, même s’ils ont des points culturels en commun, les dirigeants continuent de voir la Birmanie comme une menace en partie à cause de l’hétérogénéité ethnique (60 % de Birmans et 40 % de minorités ethniques) et aussi parce que la situation politique y est imprévisible[17].

Suite à son implication dans la guerre du Vietnam en étant rangé du côté des États-Unis, les relations entre la Thaïlande et le Vietnam restent tendues. Néanmoins, le royaume thaï parvient à rétablir des relations cordiales avec son voisin et le Vietnam intègre L’ASEAN en 1995, suivi du Laos en 1997. Mais avant cela, l’invasion de l’armée vietnamienne au Cambodge lors du règne des Khmers rouges en 1979, créer la panique à Bangkok. Le gouvernement avait peur qu’ils poursuivent leur ascension jusqu’à leur territoire. Mais suite au retrait du Vietnam en terre cambodgienne, les relations se sont améliorées[18].

« La Thaïlande se positionne comme un acteur majeur de la connectivité de la partie continentale de l’Asie du Sud-est (Cambodge, Birmanie, Laos, Vietnam) notamment à travers l’Eastern Economic Corridor (EEC) et le projet du grand Mékong. Elle s’investit particulièrement face aux enjeux sécuritaires continentaux tels que les trafics interrégionaux (drogue et trafic humain) ainsi que les questions migratoires.»[13]

Bien que la Thaïlande possède une position géostratégique clé dans l’Asie du Sud-Est et qu’elle ait été à l’origine de la création de l’ASEAN, elle est souvent freinée dans sa lancée de rôle de chef pour la région, puisque sa politique étrangère est mal définie. De même que depuis les années 1960, l’instabilité politique du royaume empêche la Thaïlande d’atteindre les devants de la scène politique dans la région[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 167
  2. a et b Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 168
  3. BOONYANANT, Paturaya. La situation internationale de la Thaïlande en Asie du Sud-Est, Thèse de doctorat, Faculté de Droit et des Sciences économiques, Université de Montpellier, 1971, p. 6.
  4. BOONYANANT, Paturaya. La situation internationale de la Thaïlande en Asie du Sud-Est, Thèse de doctorat, Faculté de Droit et des Sciences économiques, Université de Montpellier, 1971, p. 4.
  5. BOONYANANT, Paturaya. La situation internationale de la Thaïlande en Asie du Sud-Est, Thèse de doctorat, Faculté de Droit et des Sciences économiques, Université de Montpellier, 1971, p. 2-58.
  6. « La politique de neutralité de la Thaïlande jusqu’à la 2e Guerre Mondiale », sur redtac.org, (consulté le 7 juin 2018)
  7. Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, Thaïlande contemporaine, Paris, Les indes savantes, , 623 p.
  8. DOVERT, Stéphane, IVANOFF, Jacques, dir. Thaïlande contemporaine, IRASEC, 2011, p. 545.
  9. a et b DOVERT, Stéphane, IVANOFF, Jacques, dir. Thaïlande contemporaine, IRASEC, 2011, p. 546.
  10. Arnaud Dubus, Thaïlande, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 135
  11. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 75
  12. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p.77
  13. a b et c « Présentation de la Thaïlande », sur diplomatie.gouv.fr (consulté le 8 juin 2018)
  14. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 149
  15. « La Thaïlande réoriente sa diplomatie vers la Chine », sur thailande-fr (consulté le 7 juin 2018)
  16. François Joyaux, Politique étrangère de la Thaïlande en Asie, (lire en ligne), pp. 335-343
  17. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 171
  18. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 168-173-174
  19. Arnaud Dubus, Thaïlande, histoire, société, culture, Paris, La Découverte, , 223 p., p. 175

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]