Police de la sécurité quotidienne (France)

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Policiers assurant la sécurité à Toulouse

La police de la sécurité quotidienne[1] est une nouvelle doctrine d'emploi de la police française annoncée le par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb — sur laquelle il lui a été demandé de travailler dès sa prise de fonction[2] — pour satisfaire la promesse électorale du président Emmanuel Macron élu en mai 2017[3]. Le ministre prévoit sa mise en place avant la fin 2017[4].

Elle est présentée par les médias comme une résurgence de la police de proximité au sein de la police nationale[5],[6],[7] mais l'Exécutif ne lui reconnait qu'une inspiration commune (infra).

Le concept[modifier | modifier le code]

Depuis la disparition de la police de proximité en 2003 le désir de la rétablir s'est souvent manifesté, mais de plus en plus avec la volonté de la « réinventer » sur de nouvelles bases pour prendre en compte les évolutions intervenues au cours des dernières années, y compris le développement des polices municipales[8],[9].

Ainsi, selon les déclarations d'Emmanuel Macron faites entre octobre 2016 et mars 2017 lors de la campagne présidentielle : « Il ne s'agit pas de ressusciter, 20 ans plus tard, la police de proximité créée par Jean-Pierre Chevènement. Le contexte a changé et la délinquance s'est transformée (…) toutefois, l'inspiration est la même. Il s'agit de déployer une police mieux ancrée dans les territoires dont elle a la charge »[10]. « Au plus près des français, elle développera une connaissance approfondie des lieux et des habitants qu'elle sera chargée de protéger et d'entendre »[3],[11]. « Une police qui connaît la population est plus à même de résoudre les problèmes locaux (…) elle sait faire preuve de fermeté quand c'est nécessaire, parce que seule une police proche des gens a les moyens de faire comprendre son action, d'assurer la sécurité de tout un quartier et de faire reconnaître son autorité »[10]. « Nous favoriserons la création au niveau des quartiers de contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance qui associeront plus étroitement la police et la gendarmerie aux acteurs de la prévention et de la sécurité. (…) Nous susciterons des partenariats locaux innovants entre policiers et habitants »[3] ; Emmanuel Macron évoquant, par ailleurs, « la société de vigilance », c'est-à-dire une « société qui assume que l'État n'est plus l'unique acteur de la sécurité » ou chacune et chacun doit être « les propres acteurs de notre sécurité » (…) « en complémentarité du travail de nos forces de l'ordre »[12]. Emmanuel Macron précise aussi : « Nous diminuerons la bureaucratie et imposerons un retour au coeur du métier de policier pour plus de présence sur le terrain. (… À cette fin) il faudra d'abord traquer les tâches indues qui pèsent sur les forces de l'ordre »[3].

Pour Daniel Chomette (USGP Police) : Plutôt que d'utiliser la terminologie "police de proximité", « on préfère parler de sécurité du quotidien. Le principe est très simple : reconquérir toutes les zones de non-droit, permettre aux policiers déployés sur un secteur déterminé de pouvoir travailler sereinement en leur laissant l’initiative de la gestion sécuritaire de ce secteur et en établissant un contact avec tous les acteurs sociaux sur place »[13].

Gérard Collomb confirme que la "police de la sécurité quotidienne" ne sera pas un retour de la police de proximité[14]. « Cette police sur le terrain aura pour mission de lutter, par des réponses différenciées, à la montée de la violence qui touche nos villes et nos quartiers, contre les incivilités et contre ce qui perturbe la vie quotidienne »[14]. Elle devrait permettre de « répondre de manière plus efficace à l’ensemble des préoccupations de nos concitoyens, par tous les moyens (contact, intervention, police judiciaire, etc.)[15] » ; plus particulièrement, de « renouer le dialogue avec les jeunes dans les quartiers en difficulté, de faire baisser la tension entre ces jeunes et la police, et plus largement, de « retisser le lien police-population »[2]. En pratique, Gérard Collomb compte donner plus de temps aux policiers en les déchargeant des tâches administratives, notamment en « oralisant la procédure » (réforme de la procédure pénale), en leur permettant d'être « connectés » (policiers équipés de tablettes reliés aux fichiers en temps réel)[16] et en instituant « la forfaitisation de petits délits »[14] ; ceci s'ajoutant à la traque des « charges indues » évoquée par le candidat Emmanuel Macron (supra)[17]. Quant à la méthode, il s'agirait de « construire avec les élus de terrain, avec la population et l'ensemble des acteurs, les solutions de sécurité »[6] ; leur mise en œuvre pouvant se faire dans « une liaison plus forte avec les polices municipales »[14].

Pour autant, comme pour la police de proximité, aucune définition ni doctrine claire n'existent encore[18].

La mise en oeuvre[modifier | modifier le code]

Les élus locaux semblent demandeurs et de nombreuses villes seraient candidates pour une expérimentation rapide[19]. Les premières expérimentations sont annoncées pour début 2018[15], notamment probablement à Lille[20]. Le calendrier semble être le suivant : concertations en septembre et octobre 2017 avec les autorités locales, les organisations syndicales, les associations d'élus, ainsi que des universitaires ; les territoires retenus pour l'expérimentation mettront en place l'organisation du dispositif en novembre et décembre 2017[21].

Tandis que certains sonnent l'alarme à ce sujet[22], pour retisser le lien police-population, le ministre peut déjà s'appuyer sur les initiatives locales et les dispositifs institutionnels actuels pour l'amélioration des relations entre la population et les forces de sécurité de l'Etat[23], pour probablement les amplifier ou les réorienter.

Le ministre de l'Intérieur n'a encore rien dit des effectifs prévus, mais le candidat Emmanuel Macron envisageait de recruter 7500 policiers affectés aux zones prioritaires[3].

Cependant, les écueils à sa mise en œuvre avant la fin de l'année 2017 (comme annoncé) ne sont pas encore levés, dans une période de restriction budgétaire, de pénurie des effectifs et du temps qu'il faut pour les former (à moins de redéployer massivement après avoir simplifié et/ou externalisé certaines missions policières)[24],[25], et face aux résistances idéologiques, politiques et même policières[26],[27],[13]. Son articulation, voire sa substitution aux brigades spécialisées de terrain (BST), ainsi qu'avec le concept de police territoriale (municipale)[28] qui agissent déjà dans les quartiers, n'est pas encore clarifiée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon les termes du tract-programme d'Emmanuel Macron, mais la terminologie ne semble pas encore bien fixée. On parle aussi de la police « de » sécurité « au quotidien », ou « du » quotidien. En septembre 2017, le nom n'est toujours pas définitif [1]
  2. a et b Le Figaro, Gérard Collomb s'attelle à l'élaboration de sa «police de sécurité quotidienne», édition du 5 mai 2017
  3. a, b, c, d et e Emmanuel Macron, « Sécurité. Des forces de sécurité publique et des services de renseignement efficaces », en-marche.fr, nil (consulté le 28 août 2017)
  4. Dans une interview donnée au quotidien Le Figaro : Gérard Collomb au Figaro : «On ne peut pas continuer dans une voie qui a amené le pays à 3 millions de chômeurs», édition du 16 août 2017
  5. Gérard Collomb promet la police de proximité pour la fin 2017 sur parismatch.com (consulté le 28 août 2017)
  6. a et b Gérard Collomb annonce une police de proximité pour la fin de l'année sur lepoint.fr (consulté le 28 août 2017)
  7. Elie Abergel - Faut-il relancer la police de proximité ? sur sudouest.fr (consulté le 28 août 2017)
  8. Léon Garibaldi (pseudo), Il est temps de réinventer la police de proximité, Après-Demain, n° 18 NF, 2011/2 (Lire en ligne sur www.cairn.info)
  9. Christian Le Bart, Rémi Lefebvre (dir.), « Les maires et la sécurité quotidienne : rhétoriques et pratiques de proximité » in "La proximité en politique", Res publica, Rennes, 2005
  10. a et b Aulnay-sous-Bois: Macron veut une "police de la sécurité quotidienne" sur lexpress.fr (consulté le 28 août 2017)
  11. Pour une analyse de cette déclaration  : De la police de proximité et de la politique de Macron en la matière sur blogs.mediapart.fr (consulté le 10 septembre 2017)
  12. Emmanuel Macron : police de proximité, renseignements et formation, les axes de son diagnostic sur http://www.rtl.fr (consulté le 3 mars 2017)
  13. a et b La "police de sécurité quotidienne" ne convainc pas... la police sur tempsreel.nouvelobs.com (consulté le 30 août 2017)
  14. a, b, c et d En bref - Gérard Collomb : la police de sécurité du quotidien "dans une liaison plus forte avec les polices municipales" sur caissedesdepotsdesterritoires.fr (consulté le 20 septembre 2017)
  15. a et b Police de proximité: Les premières expérimentations début 2018, annonce Collomb sur 20minutes.fr (consulté le 1er septembre 2017)
  16. Plus de terrain, plus connectée… Collomb décrit les missions de la police de sécurité quotidienne sur bfmtv.com (consulté le 3 septembre 2017)
  17. Dans sont programme Emmanuel Macron donne l'exemple de l'examen médical nécessaire lors d'une garde à vue qui pourrait être accéléré par l'intervention au commissariat de médecins libéraux, plutôt qu'un déplacement à l'hopital (Site de campagne d'Emmanuel Macron, 2 mars 2017)
  18. De la police de proximité et de la politique de Macron en la matière sur blogs.mediapart.fr (consulté le 10 septembre 2017)
  19. Roubaix, zone d’expérimentation de la nouvelle police de proximité ? sur lavoixdunord.fr (consulté le 28 août 2017)
  20. Martine Aubry obtient le retour de la police de proximité sur lavoixdunord.fr (consulté le 14 septembre 2017)
  21. Police de proximité: concertations en septembre sur lefigaro.fr (consulté le 3 septembre 2017)
  22. Cf. Interview de Sebastian Roché par "La Revue Civique" (revuecivique.eu) concernant son ouvrage : « De la police en démocratie », Grasset, Paris 2016
  23. Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, Commissariat général à l'égalité des territoires, « Guide pour l'amélioration des relations entre la population et les forces de sécurité de l'Etat. Initiatives locales et dispositifs institutionnels », La Documentation Française, Paris, 2017
  24. Gérard Collomb veut "externaliser" les contrôles de vitesse sur leprogres.fr (consulté le 3 septembre 2017)
  25. Lancement en Normandie de l'expérimentation des voitures-radar conduites par un opérateur externalisé sous le contrôle de l'État sur interieur.gouv.fr (consulté le 3 septembre 2017)
  26. L'étroit chemin vers une police du quotidien sur blogs.mediapart.fr (consulté le 16 août 2017)
  27. Le financement de la future « police au quotidien » suscite le scepticisme sur lesechos.fr (consulté le 16 août 2017)
  28. Police de sécurité quotidienne : vers la dissolution des polices territoriales? sur lagazettedescommunes.com (consulté le 13 septembre 2017)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, Commissariat général à l'égalité des territoires, « Guide pour l'amélioration des relations entre la population et les forces de sécurité de l'Etat. Initiatives locales et dispositifs institutionnels », La Documentation Française, Paris, 2017 (ISBN 978-2111453180) (Lire en ligne)
  • Christian Le Bart, Rémi Lefebvre (dir.), « Les maires et la sécurité quotidienne : rhétoriques et pratiques de proximité » in "La proximité en politique", Res publica, Rennes, 2005 (ISBN 978-2753539389) (Lire en ligne sur http://books.openedition.org).
  • Jacques de Maillard et al., « Police et population : pour des relations de confiance », Rapport pour Terra Nova, novembre 2016. (Lire en ligne)
  • Sebastian Roché, « De la police en démocratie », Grasset, Paris, 2016 (ISBN 978-2246806141).

Articles connexes[modifier | modifier le code]