Pointe de la Torche

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Pointe de la Torche
Le tumulus, écrêté, laisse apparaître le dolmen.
Le tumulus, écrêté, laisse apparaître le dolmen.
Localisation
Pays France
Coordonnées 47° 50′ 12″ nord, 4° 21′ 16″ ouest
Étendue d'eau baie d'Audierne
Géographie
Superficie 0,9 ha[1]
Longueur 500 m[2]
Largeur 100 m[2]
Altitude 16 m[2]

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Pointe de la Torche

Géolocalisation sur la carte : Finistère

(Voir situation sur carte : Finistère)
Pointe de la Torche

La pointe de la Torche (Beg an Dorchenn, de son nom breton) est une presqu'île naturelle barrant l'extrémité sud-est de la baie d'Audierne, sur la commune de Plomeur, en pays Bigouden, dans le Finistère, en Bretagne. Ce promontoire garde les empreintes d'une présence humaine au mésolithique (amas coquillier) et au néolithique (tumulus). Le plan d'eau est très fréquenté par les amateurs de sports de glisse.

Géographie[modifier | modifier le code]

Du côté nord de la presqu'île s'étire la plage de Tréguennec, qui se prolonge sur plusieurs kilomètres tout au long de la baie, jusqu'à Plozevet. Du côté nord se trouve la plage de Tronoan (Tronoën) et du côté sud-ouest, se trouve la plage de Pors Carn (commune de Penmarc'h). La plage se prolonge jusqu'à Saint-Guénolé, où se trouve le musée de la Préhistoire finistérienne, témoin de l'existence très ancienne d'une activité humaine dans le pays.

La houle déferlante et les courants violents rendent parfois la mer très dangereuse aux abords de la pointe de la Torche.

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La presqu'île fait partie, depuis le décret du , du site naturel classé que constitue la baie d'Audierne, de Plovan à Saint-Guénolé[3]. La pointe de la Torche est constituée de leucogranite dit de Pont-l'Abbé. Ce leucogranite est un granite de teinte claire à deux micas (biotite et muscovite) ; il est le plus souvent à gros grain, mais peut aussi présenter un aspect plus feuilleté ou être fissuré par des diaclases, donnant alors à cause de l'érosion des rochers aux formes spectaculaires, comme aussi ceux de Saint-Guénolé en Penmarch[4].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Torchenn signifie « coussin », et torgenn « tertre, éminence, hauteur, colline »[5]. Beg an Dorchenn pourrait donc se traduire par « la pointe du coussin »[6], tandis que Beg an Dorgenn voudrait dire « la pointe du tertre ». Le nom est improprement traduit en « pointe de la Torche ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Le promontoire est longuement fréquenté au mésolithique, où le niveau de la mer est plus bas qu'aujourd'hui[7]. Les occupants ont laissé là un important amas coquillier, qui a pratiquement disparu du fait de l'érosion et des fouilles[6]. Ces hommes se nourrissaient d'huîtres, de palourdes, de coques, de bigorneaux, de berniques, et aussi de crabes, de poissons, de coquilles Saint-Jacques, de peignes et de couteaux. Ils étaient par ailleurs des chasseurs de sanglier et de cerf. On a trouvé des traces de foyers, d'outils et d'une structure d'habitation[8].

On voit s'élever au nord un inselberg, auquel sont adossés le cairn inférieur et le cairn supérieur (ce dernier contenant le dolmen).
Coupe nord-sud du promontoire et du tumulus. Les deux cairns sont adossés au nord à un inselberg.

Bien plus tard, un tumulus comportant deux cairns superposés est érigé au sommet du promontoire granitique. Le cairn supérieur contient deux monuments mégalithiques :

  • un dolmen du néolithique moyen, à couloir et à deux compartiments latéraux, où l'on a trouvé des ossements humains datés entre 4500 et 4090 avant notre ère[9] ;
  • « une sorte de couloir-allée couverte[10] » du néolithique final[6], qui prolonge sur le versant oriental le court couloir du dolmen.
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Écrêté, le tumulus laisse aujourd'hui apparaître les deux monuments.

Article détaillé : Dolmen de la pointe de la Torche.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ancien chemin pavé menant à la Pointe de la Torche

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1892, un auteur inconnu signant sous le pseudonyme de Paracelse écrit :

« Pendant les nuits d'hiver, lorsque le vent de tempête pousse les navires à la côte, on rencontre, allant par bandes de six à huit, toujours armés de leurs terribles crocs à goémon, « ceux de la Palud de Tréguennec » ; ils espèrent les épaves humaines le long du Pors-Carn[11], cachés entre les rochers de cette pointe de la Torche (...). C'est là qu'opéraient les naufrageurs dont ces brigands sont les dignes fils. Ils attachaient des lanternes aux cornes de leurs vaches ; la démarche oscillante des animaux faisait prendre aux navigateurs égarés ces falots pour les feux de quelque navire à l'ancre secoué par le roulis. D'autant que la pointe de la Torche s'avance invisible dans l'immense baie d'Audierne et que, doublant le cap de Penmarch, les marins croyaient arriver dans un port sûr où étaient mouillés des bateaux. C'est pourquoi entre la pointe de Pen'march et la pointe de la Torche, la baie s'appelle Pors-Carn, le port à la charogne où, comme ancre de salut, les malheureux, leur navire brisé sur les rochers, trouvaient le croc des pêcheurs de goémon. Au sommet de la pointe de la Torche se voit un corps de garde, aujourd'hui en ruine, élevé pour mettre obstacle à ces brigandages. Aussi les descendants des anciens naufrageurs ont-ils encore fort mauvaise réputation ; s'ils n'allument plus de feux homicides, ils errent toujours la nuit sur la grève du Pors-Carn, et en plein jour il ne fait pas bon de s'aventurer sans un bon fusil dans la Palud de Tréguennec, surtout si l'on a quelque bijou apparent. Il faut se tenir sur ses gardes vis-à-vis de grands gars de vingt ans, qui viennent à vous dans ces solitudes le croc d'une main, tendant l'autre pour demander sans rougir or guennec, un sou. Qui défendra le voyageur égaré dans ce désert ? Il ne faut pas cinq minutes pour creuser dans le sable de la grève une tombe de six pieds, et dans un quart d'heure, la marée montante aura tout nivelé ![12] »

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands construisent là des blockhaus, endommageant le dolmen[6]. L'un des blockaus est, jusque dans les années 1980, un refuge de SDF. Il est aujourd'hui transformé en poste de secours.

La presqu'île est classée monument historique par arrêté du [13].

Les épaves en mer[modifier | modifier le code]

De nombreux navires, au fil des siècles, ont coulé dans le voisinage de la Pointe de la Torche. Parmi eux La Calliope, un trois-mâts corvette de 39 mètres de long et 9,7 m de largeur, disposant de 32 canons (24 canons de 8 livres et 8 canons de 4 livres), construite à Honfleur en 1791, montée par un équipage d’environ 220 hommes, qui escortait un convoi de 18 navires français, est attaqué le au large de Penmarc’h par des frégates anglaises et, après huit heures de bataille, son capitaine, le lieutenant Deshayes, doit se résoudre d’ordonner à l’équipage l’évacuation du navire après y avoir mis le feu. L’épave, découverte vers 1980, gît à 7 mètres de profondeur devant la Pointe de la Torche, à proximité de celle du V720, un chalutier armé par les Allemands et coulé en 1944 par des avions britanniques et canadiens[14].

Loisirs[modifier | modifier le code]

La Torche est un lieu très visité permettant les activités de sports de glisse et de voile, notamment le surf, le planche à voile, le kitesurf, le wave-ski, le bodyboard et le char à voile. Il s'y pratique aussi la pêche au bar et aux poissons plats (sole, turbot, etc.)

Ornithologie[modifier | modifier le code]

La pointe de la Torche abrite en été une colonie nicheuse de guêpiers d'Europe, la seule de Bretagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vers 1881. Paul du Chatellier, « Exploration des tumuli de Run Aour et de la Torche en Plomeur (Finistère) et du kjøkkenmødding de la Torche », Extrait des mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1881, p. 4.
  2. a, b et c Catherine Dupont et al., « Beg-an-Dorchenn », sur academia.edu, Bulletin de la Société préhistorique française, no 2, t. 107, août 2010, p. 228.
  3. « Liste des sites classés du département du Finistère », sur bretagne.developpement-durable.gouv.fr, 19 octobre 2011.
  4. Louis Chauris, "Pays bigouden : des pierres et des hommes", éditions Skol Vreizh, 2011, [ (ISBN 978-2-915-623-58-1)]
  5. Émile Ernault, Gériardurig brezonek-gallek, Saint-Brieuc, Prud'homme, 1927, p. 630 et 631. Laurent Stéphan, Visant Séité, Lexique breton-français, français-breton, Brest, Emgleo Breiz, 1998, p. 147. Pour certains, torchenn et torgenn sont un seul et même mot. « Comprendre les noms de lieu en pays Bigouden », sur ville-pontlabbe.fr. À l'île de Batz, on appelle torgenn mamm-gaer (que l'on traduit par « coussin de belle-mère ») une variété de plante grasse. « A lavar ma vamm-gaer », sur pennarbed-anarvor.over-blog.com.
  6. a, b, c et d Pierre-Roland Giot, La Bretagne des mégalithes, Ouest-France, 2007, p. 61.
  7. Catherine Dupont et al., op. cit., p. 232.
  8. Jean-Laurent Monnier, in Pierre-Roland Giot, Jean-Laurent Monnier, Jean L'Helgouac'h, Préhistoire de la Bretagne, Ouest-France, 1998, p. 200 et 201.
  9. GIF A 92372. Jean L'Helgouac'h, in Pierre-Roland Giot, Jean-Laurent Monnier, Jean L'Helgouac'h, Préhistoire de la Bretagne, op. cit., p. 258.
  10. Jean L'Helgouac'h, op. cit., p. 258.
  11. La plage de Pors-Carn se trouve sur le territoire de la commune de Pen'march, les marins croyaient arriver dans un port sur
  12. Les pêcheurs de Pen'march, "Revue hebdomadaire";octobre 1892, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k299305v/f313.image.r=Tr%C3%A9guennec
  13. Base Mérimée.
  14. David Cormier, ‘’La Calliope sort des sables’’, journal Le Télégramme n° du 16 septembre 2014 et n° du 5 septembre 2014

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul du Chatellier, « Exploration des tumuli de Run Aour et de la Torche en Plomeur (Finistère) et du kjøkkenmødding de la Torche », Extrait des mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1881, p. 175-183 (en ligne).
  • Charles Bénard Le Pontois, P.-M. Favret, Georges A. L. Boisselier, Importance archéologique de la presqu'île de la Torche, Penmarc'h, Finistère, Quimper, Jaouen, 1919 ; tiré à part du Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1919, p. 172-192 (en ligne).
  • Pierre-Roland Giot, « Le tumulus mégalithique de Beg an Dorchenn en Plomeur (Finistère) », Gallia, t. V, 1947, p. 167-170 (en ligne).
  • Olivier Kayser, « L'épipaléolithique et le mésolithique en Bretagne », in Jean-Pierre Mohen (dir.), Le Temps de la préhistoire, Paris, Dijon, Société Préhistorique Française, Archéologia, 1989, t. I, p. 350-352.
  • Catherine Dupont et al., « Beg-an-Dorchenn : une fenêtre ouverte sur l’exploitation du littoral par les peuples mésolithiques du sixième millénaire dans l’ouest de la France », Bulletin de la Société préhistorique française, no 2, t. 107, août 2010, p. 227-290 (en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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